Category: entretien d'explicitation

La prise de conscience du passé fondement de l’entretien d’explicitation.

La prise de conscience du passé fondement de l’entretien d’explicitation.

Résumé d’un chapitre dans un ouvrage collectif pluridisciplinaire coordonnée par Cécile Barbier sur les « Traces »

L’entretien d’explicitation est une technique qui vise en priorité à faire décrire le déroulement d’un vécu, de façon à pouvoir documenter comment une personne, un opérateur, un élève, un sportif, un soignant, un malade en auto-traitement etc. s’y prend pour faire ce qu’il a fait. L’entretien d’explicitation comprend donc plusieurs ressources.

Il y a une approche théorique de ce qu’est le déroulement d’un vécu, de ce que c’est que s’en informer. Il y a un ensemble de savoir-faire pour maîtriser les effets perlocutoires des relances et des questions de façon à guider la personne vers un moment vécu spécifié de son passé, et lui faire explorer dans le détail ce vécu, ce qu’elle ne saurait pas faire seule.

Reste qu’une des questions cruciales est de comprendre comment nous traitons avec la mémoire, puisque l’entretien d’explicitation est toujours basé sur un accès rétrospectif, sur un rappel du vécu. Le problème est que la psychologie expérimentale de la mémoire, quoique extrêmement prolifique depuis plus d’un siècle, a produit essentiellement des données de laboratoire sans jamais s’intéresser à ce que faisait le sujet pour se rappeler (ou apprendre). Du coup, on a bien des concepts reliés à la mémoire du vécu passé comme “la mémoire épisodique” de Tulving, ou “la mémoire autobiographiques” initiée par Neisser, mais rien  qui nous informe des pratiques de rappel des sujets.

L’entretien d’explicitation, s’inspirant de théories plus anciennes de la mémoire concrète (Gusdorf) a systématisé une pratique de guidage vers le rappel, fondé sur un acte particulier : l’évocation. Cet acte a pour caractéristique de ne pas être volontaire (on peut l’induire, mais pas le commander), d’être incompatible avec tout effort de  se rappeler, de privilégier le sentiment de revécu et un mouvement de prise de conscience de son propre vécu, plus que de se rappeler.

Dans un premier temps, l’utilisation de l’entretien d’explicitation dans le cadre d’activité de praticiens a permis une validation opérationnelle directe des descriptions produites par l’entretien par la possibilité d’agir efficacement ou pas en retour; des travaux récents ont démontrés l’efficacité de ce mode d’accès à la mémoire du vécu. On a donc un outil disponible pour aller chercher les traces détaillées des vécus passés.

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La cohérence de l’entretien d’explicitation

Guider la prise de conscience du vécu passé : la cohérence de l’entretien d’explicitation.

But, besoin,

Je veux m’informer du vécu, pour intégrer ces données dans une recherche, pour comprendre les difficultés ou l’expertise, pour faire prendre conscience de ses savoirs faire.

Présupposés

Vécu : mon passé a existé, je l’ai vécu, définition : est un vécu un moment de ma vie à moi.

Rétention : mon passé vécu s’est mémorisé en moi passivement, en  conséquence je ne sais pas que je l’ai mémorisé, mais il s’est mémorisé beaucoup plus que ce que je crois.

Actions

0/ Viser : décider d’aller vers le vécu passé, même si je croie de ne pas m’en souvenir.

Une fois la décision prise :

1/ Accéder : guidage vers le “revécu” grâce à un paradoxe : solliciter l’involontaire !

– ce qu’il faut faire : induire le geste involontaire d’évocation, produisant le revécu,

– ce qu’il ne faut pas faire : demander de se souvenir, ou de faire un effort pour retrouver,

Une fois dans le revécu, garder cet état :

2/ Maintenir : garder dans le revécu, (mais surtout ne rien faire qui fasse sortir du revécu),

– ce qu’il faut faire : questionner, relancer, en visant la focalisation en cours dans le revécu,

– ce qu’il ne faut surtout pas faire : induire des actions mentales qui font sortir du revécu (demande de jugements, de raisonnement) ;

Dans cet état d’accès maintenu au revécu, explorer de manière méthodique.

3/ Explorer : guider la description du déroulement et des qualités de ce revécu,

– que faut-il savoir-faire pour guider ? faire fragmenter, reconstituer la chronologie, déployer les qualités, choisir les couches de vécu,

– que faut-il savoir pour guider ? Entendre les manques, les omissions, les incomplétudes.

– que faut-il éviter : questionner en nommant ce qui n’a pas encore été nommé. Les questions qui contiennent des informations ajoutées sont inductives et créent des fausses-mémoires.

 

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Mémoire et prise de conscience

Rappel et/ou prise de conscience dans l’entretien d’explicitation.

Projet pour l’écriture d’un chapitre dans un ouvrage collectif sur la “trace” :

Globalement : Montrer que l’on peut par une méthode d’entretien obtenir beaucoup plus d’informations sur un vécu passé que ce que l’on croit généralement.

Esquisser la description de l’extraordinaire gisement de données subjectives qui sont encore largement inexploitées par méconnaissance des actes intimes de rappel et de prise de conscience (c’est-à-dire les actes tels que le sujet les mets en oeuvre, je les qualifie “d’intimes” parce qu’ils ne sont directement connus que par moi-même dans un point de vue en première personne) .

Montrer que la remémoration a toujours été pensée indépendamment de la (prise de) conscience, alors que le problème n’est pas uniquement de se rappeler, mais tout autant de prendre conscience du passé, c’est-à-dire de savoir amener à la conscience réfléchie ce qui a été vécu sur le mode non réfléchi (en acte). Pour cela, il faut découvrir quels sont les obstacles et comment les surmonter pratiquement.

Mais avant cela, il faut mettre en évidence la ressource : la mémoire passive. Car à chaque moment vécu, il se mémorise en nous de nombreuses informations liées à ce que nous faisons et prennons en compte en acte et à ce qui a une action sur nous (qui nous affecte). Ces informations ne sont pas oubliées, elles disparaissent pour laisser place à la suite, et en apparence c’est comme si elles étaient oubliées. Mais la maladie d’Alzheimer nous montre ce qu’est qu’une vie avec un  véritable oubli de toutes ces informations qui nous servent en permanence à suivre une conversation, un film, un livre, qui sont disponibles pour retrouver un chemin, reconnaître une personne. Nous ne sommes pas des malades de la mémoire, sinon nous ne pourrions pas vivre en société. Mais tout ce qui s’est mémorisé de manière passive et qui se rend disponible quand nous en avons besoin (mais pas de façon parfaite bien sûr), peut être réactivé, peut être éveillé par un “pont sur le passé” comme dans l’écrit de Proust et sa madeleine plongée dans le thé.

Quel est le principal obstacle à prendre en compte et à éveiller le contenu de la mémoire passive ? C’est que je suis inconscient (je n’ai pas la conscience réfléchie) de disposer de ces informations, et que de ce fait “Je” est convaincu que “moi” a oublié, que “moi” ne se rappelle pas. Quand je me tourne vers le passé, s’il ne me revient pas immédiatement des informations, c’est que j’ai oublié. Et de plus personne ne m’a jamais appris, ne m’a jamais éduqué à me tourner vers mon passé vécu pour en prendre conscience, personne ne m’a montré comment éviter les actes qui empêche de laisser revenir le passé à la conscience (comme de faire un effort pour me rappeler par exemple, ce qui empêche la prise de conscience).

La solution consiste 1/ à ne pas tenir compte de cette croyance en l’oubli, sinon ça s’arrête, 2/ à utiliser une technique qui pratiquement rend accessible cette mémoire passive, donc une technique qui induit l’évocation, (c’est-à-dire une mémoire sensorielle attachée à un sentiment de revécu du passé), et tout autant à éviter toutes les demandes qui empêchent l’accès au passé, comme le sont les demandes d’explication par exemple qui engagent la personne dans une activité de raisonnement, de justification et pas d’évocation, ou encore les demandes plus ou moins discrète de faire un effort pour se rappeler, ce qui bloque aussitôt le mécanisme naturel et involontaire du laisser venir ; 3/ et une fois l’accès au vécu passé établi, à guider et déplacer l’attention dans le souvenir pour en faire surgir les détails, les étapes, les nuances, les couches.

Et ça marche bien !

Mais ce n’est pas parfait, infaillible, exhaustif. Désolé, l’homme n’est pas une bonne machine…

Mais ça marche bien au-delà de ce que l’on obtient d’habitude (pardon, de ce que l’on n’obtient pas dans toutes les manips expérimentales qui ignorent la subjectivité et donc l’accès à la mémoire passive).

 

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Examining Subjective Experience ; un dossier intéressant !

Examining Subjective Experience: Advances in Neurophenomenology

Topic Editors:

Wendy HasenkampMind and Life Institute, USA
Evan ThompsonUniversity of British Columbia, Canada

http://www.frontiersin.org/Human_Neuroscience/researchtopics/Examining_Subjective_Experienc/1163

Juliana Bagdasaryan and Michel LE VAN QUYEN

Microcognitive science: bridging experiential and neuronal microdynamics

Claire Petitmengin and Jean-Philippe Lachaux

The embodied transcendental: a Kantian perspective on neurophenomenology

Omar Timothy KhachoufStefano Poletti and Giuseppe Pagnoni

Reporting dream experience: Why (not) to be skeptical about dream reports

Jennifer Michelle Windt

Methodological lessons in neurophenomenology: Review of a baseline study and recommendations for research approaches

Patricia BockelmanLauren Reinerman-Jones and Shaun Gallagher

A narrative method for consciousness research

José-Luis Díaz

Hypnosis as neurophenomenology

Michael LifshitzEmma P Cusumano and Amir Raz

Timing and Awareness of Movement Decisions: Does Consciousness Really Come Too Late?

Adrian G Guggisberg and Anais Mottaz

A new era for mind studies: training investigators in both scientific and contemplative methods of inquiry

Gaelle Desbordes and Lobsang Tenzin Negi

Effortless awareness: using real time neurofeedback to investigate correlates of posterior cingulate cortex activity in meditators’ self-report

Kathleen GarrisonJuan SantoyoJake DavisThomas Thornhill, Catherine Kerr andJudson Brewer

The balanced mind: the variability of task-unrelated thoughts predicts error-monitoring

Micah AllenJonathan SmallwoodJoanna Christensen, Daniel GrammBeinta Rasmussen, Christian Gaden Jensen, Andreas Roepstorff and Antoine Lutz

Dreaming as mind wandering: evidence from functional neuroimaging and first-person content reports

Kieran C. R. FoxSavannah Nijeboer, Elizaveta SolomonovaG. William Domhoff andKalina Christoff

Executive control and felt concentrative engagement following intensive meditation training

Anthony Paul ZanescoBrandon KingKatherine MacLean and Clifford D Saron

Mindfulness-induced selflessness: a MEG neurophenomenological study

Yair Dor-ZidermanAviva Berkovich-OhanaJoseph Glicksohn and Abraham Goldstein

Exploring the subjective experience of the “rubber hand” illusion

Camila Valenzuela MoguillanskyJ.Kevin O’Regan and Claire Petitmengin

Original Research Article, Published on 10 Oct 2013

The phenomenology of deep brain stimulation-induced changes in OCD: an enactive affordance-based model

Sanneke de HaanErik RietveldMartin Stokhof and Damiaan Denys

The Amsterdam Resting-State Questionnaire reveals multiple phenotypes of resting-state cognition

B. Alexander DiazSophie Van Der SluisSarah MoensJeroen S. Benjamins, Filippo Migliorati, Diederick StoffersAnouk Den Braber, Simon-Shlomo PoilRichard HardstoneDennis Van ‘t Ent, Dorret I. Boomsma, Eco De Geus, Huibert D. Mansvelder,Eus J.W. Van Someren and Klaus Linkenkaer-Hansen

Disentangling conscious and unconscious processing: a subjective trial-based assessment approach

Examining Subjective Experience: Advances in Neurophenomenology Topic Editors: Wendy Hasenkamp, Mind and Life Institute,...

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Méditation et entretien d’explicitation (2)

Comparer la méditation et l’entretien d’explicitation dans une perspective de méthodologie de recherche scientifique en première personne.

La question se pose, parce que tous les auteurs qui ont investis le point de vue en première personne ont de fait une pratique sérieuse de la méditation, généralement d’inspiration bouddhiste (Varela, Depraz, Bitbol, Petitmengin, Vermersch). Et dans quelques livres et articles récents (Bitbol et Petitmengin en particulier) il est fait comme si la méditation pouvait donner la méthodologie nécessaire à une exploration du point de vue en première personne.  Est-ce bien le cas ? Je ne crois pas, ayant l’expérience des deux démarches. J’argumente.

Certes dans les deux il y a une même direction d’attention : le monde intérieur, et du coup dans les deux (et dans beaucoup d’autres activités) il y a une éducation de l’attention à se tourner vers ce monde, comme je l’ai déjà écrit, avoir pratiqué la méditation, la relaxation, le tai chi interne, le lying etc … est préparatoire à la capacité à décrire son monde intérieur du fait de l’apprentissage du geste de base de l’attention, mais pas du point de vue des catégories descriptives, ni du savoir faire descriptif.

Car la méditation est exercice de présence, de présence au maintenant, avec un support minimal qui sert surtout d’outil pour repèrer la non présence (attention à la respiration, à la sensation du corps ou à un support externe), cela limite l’activité de l’attention à une tâche contemplative, une tâche de surveillance, de rappel, de retour, et ce strictement de moment en moment, puisque s’attarder sur le passé, même le juste passé c’est quitter la présence au présent, donc une activité qui se résume à une centration sur le présent et sur le simple (!) maintien de l’attention à une seule visée (même si pratiquement, il y aura progressivement cristallisation d’un témoin intérieur discret, bienveillant, non agressif, sans jugement, qui surveillera le maintien et créera le rappel pour un retour vers le but).

Or ce dont on a besoin dans la recherche scientifique, c’est d’un procédé, qui certes est bien tourné vers le monde intérieur de façon experte et disciplinée, mais a surtout la capacité d’étudier toutes les activités humaines, pas seulement les activités contemplatives et cela n’est accessibles que par le moyen du rappel du vécu correspondant, donc d’absence au présent, pour devenir présent au passé et la méditation n’a pas du tout vocation à être une activité tournée vers le passé, qui serait centrée sur le processus de rappel.

Du coup, dans la recherche scientifique,  l’attention vers le monde intérieur est double, d’une part dans le fait de maintenir actuellement la visée, l’intention, de description d’un vécu passé spécifié, d’autre part dans la présence active au vécu passé, à son expansion, sa fragmentation, son exploration dans toutes ses couches et et dans toutes les propriétés que je suis formé à saisir au moment même où le passé m’apparaît, où je me pose des questions sur la base de la compétence à saisir le manque, l’absence, le déficit et me ramène vers l’incomplétude de ce qui se donne en premier. Le faire pour soi-même en auto-explicitation demande beaucoup d’expertise, mais heureusement il est possible d’être guidé par le biais d’une technique d’entretien non inductive : l’entretien d’explicitation.

Il n’est pas nécessaire d’apprendre à pratiquer la méditation pour apprendre à décrire son vécu (passé), mais si l’on a pratiqué la méditation, le lying, le tai chi interne, l’hypnose, la relaxation, etc … alors on a déjà quelques compétences très utiles, en particulier on est déjà bien familiarisé à garder son attention de façon précise vers le monde intérieur.

Et vous, avez-vous une opinion sur le rôle que peut jouer la méditation dans les recherches sur la subjectivité ?

 

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Utilisation de l’entretien d’explicitation (elicitation interview en anglais)

An extended case study on the phenomenology of sequence-space synesthesia

Investigation of synesthesia phenomenology in adults is needed to constrain accounts of developmental trajectories of this trait. We report an extended phenomenological investigation of sequence-space synesthesia in a single case (AB). We used the Elicitation Interview (EI) method to facilitate repeated exploration of AB’s synesthetic experience. During an EI the subject’s attention is selectively guided by the interviewer in order to reveal precise details about the experience. Detailed analysis of the resulting 9 h of interview transcripts provided a comprehensive description of AB’s synesthetic experience, including several novel observations. For example, we describe a specific spatial reference frame (a “mental room”) in which AB’s concurrents occur, and which overlays his perception of the real world (the “physical room”). AB is able to switch his attention voluntarily between this mental room and the physical room. Exemplifying the EI method, some of our observations were previously unknown even to AB. For example, AB initially reported to experience concurrents following visual presentation, yet we determined that in the majority of cases the concurrent followed an internal verbalization of the inducer, indicating an auditory component to sequence-space synesthesia. This finding is congruent with typical rehearsal of inducer sequences during development, implicating cross-modal interactions between auditory and visual systems in the genesis of this synesthetic form. To our knowledge, this paper describes the first application of an EI to synesthesia, and the first systematic longitudinal investigation of the first-person experience of synesthesia since the re-emergence of interest in this topic in the 1980’s. These descriptions move beyond rudimentary graphical or spatial representations of the synesthetic spatial form, thereby providing new targets for neurobehavioral analysis.

(le texte complet téléchargeable à http://journal.frontiersin.org/Journal/10.3389/fnhum.2014.00433/full

An extended case study on the phenomenology of sequence-space synesthesia Cassandra Gould1,2,3*, Tom Froese1,2,4,5, Adam...

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Mémoire et « participation » selon F. Ellenberger

Le livre de François Ellenberger, « Le mystère de la mémoire », publié en 1947 et écrit pendant ses cinq années de captivité, est très étrange, en ce sens qu’il introduit un vocabulaire, des concepts, pour désigner des aspects de la vie subjective qui sont à la fois très évocateurs (cf « la larve » pour désigner une rétention non sue, à la fois potentiellement activable et insue), dans le passage que je transcris, il utilise le concept de participation,  … lisez …

p 262 Le paradoxe de la participation mnésique.

La description pure et simple des évidences, des phénomènes intérieurs, nous a obligé de présenter la réminiscence comme ayant la forme d’une participation. Le souvenir et l’image ne peuvent en aucune façon être décrits comme la reproduction actuelle d’états de conscience passés, ou, à plus forte raison, de perceptions passées. L’objet sensible reçu dans l’image mnésique est inséparable d’une attitude vis-à-vis de lui, d’une conduite spécifique, impliquant des actes et une affectivité – le tout relatif à un sujet « Je », car n’ayant plus aucun sens en dehors de ce sujet. La réminiscence est donc la participation à une conscience complète, ayant toutes ses structures irrévocablement déterminées ; mais cette participation est plus ou moins profonde, d’où la liberté relative conservée dans la participation proprement imaginaire.

Ainsi la réminiscence nous fait communier à l’intimité d’une autre conscience, prisonnière de sa durée « passée » comme nous le sommes de la durée présente.

Aucune autre description ne peut être donnée du fait mnémique. Il est impossible d’échapper à la conclusion que la réminiscence, loin de reproduire dans l’actuel des structures conscientes déjà vécues jadis, nous arrache à la durée actuelle et nous rend participants directs de la conscience passée. Toute réminiscence est un ravissement dans une autre monade. Une autre conséquence certaine de l’évidence de la participation est de supprimer le problème de la subsistance du souvenir. Le souvenir n’a pas d’autre subsistance que sa propre intimité ;  il réside éternellement dans sa durée interne. Le souvenir se confond avec la conscience dite « passée », mais intérieurement toujours présente à elle-même et ignorant ce titre de « passé ». Le problème de la mémoire n’est pas celui de la subsistance des « images », mais celui de la participation pour ainsi dire « télépathique » à des consciences perpétuellement subsistantes.

et + si affinité …

Le livre de François Ellenberger, "Le mystère de la mémoire", publié en 1947 et écrit pendant ses cinq années de captivi...

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Le paradoxe de la mémoire volontaire. La larve

(extrait de « Le mystère de la mémoire », F. Ellenberger, 1947, p  266)

Comment peut-on évoquer un souvenir choisi à l’avance ? Comment peut-on déterminer le plus par le moins ? Le paradoxe est flagrant. Logiquement, je ne puis pas, ne possédant pas encore le contenu du souvenir, désigner ce souvenir à l’avance comme objet de remémoration. Je saurai pourtant immédiatement si ce qui s’évoque en réponse à mon désir est ou n’est pas le souvenir cherché. Avant l’évocation, je ne puis rien connaître de précis, par définition, puisque c’est cela même que je cherche. Comme pour le paradoxe de la ressemblance {paragraphe précédent}, les faits contredisent la logique et imposent une solution prélogique. … Il n’est pas vrai de dire que je crée la remémoration ex nihilo, psychologiquement parlant. Bien souvent l’éclosion du souvenir est précédée par la conscience d’une possession qui s’empare de moi ; c’est l’expérience de la larve. Je suis possédé par un être entièrement spécifique, bien que s’offrant comme vide à ma connaissance. D’ailleurs la possession annihile mon pouvoir de connaissance. On peut généraliser et affirmer que tout acte de remémoration dirigée présuppose ma participation préalable à la larve abstraite mais totale de ce dont je veux me souvenir. Ainsi le paradoxe se déplace. Au lieu d’être un problème logique, il devient un problème de nature.  La nature, le statut de la larve, est un défi à la raison, non pas tellement parce que le concept de larve est obscur ; mais surtout parce que la connaissance est une identification, une participation : or participer à la larve, c’est devenir en elle un être informe, opaque, incapable de connaissance. Une fois de plus la psychologie de l a mémoire se heurte aux limites de l’absurde.

et vous qu’en pensez-vous ?

(extrait de "Le mystère de la mémoire", F. Ellenberger, 1947, p  266) Comment peut-on évoquer un souvenir choisi à l'ava...

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Langage et conscience par Maryse Maurel à partir de Bitbol

Langage et conscience (billet invité de Maryse Maurel)

Après avoir papillonné dans le livre de Michel Bitbol La conscience a-t-elle une origine ? , j’en reprends la lecture dans l’ordre des chapitres. Je lis donc la question 1 : quel langage pour la conscience ?

Dans ce chapitre je retiens que « … le langage dans son maniement ordinaire convient mal pour cerner la question de la conscience … ». Pour différentes raisons,.

D’abord le langage signifie et dans ce cas, cela peut être un défaut, une contrainte, il nous prescrit « des renoncements à notre insu, c’est le réseau d’évidences partagées de de certitudes inquestionnées qui s’imprime en creux dans les règles limitatives de son bon emploi ». De plus, « en accomplissant l’acte de nommer, y compris lorsque je nomme l’expérience consciente, je vous pousse en avant, je vous attire autre part, je vous lance dans un futur proche, je fais mine de vous demander de rétrécir votre champ attentionnel et d’aller chercher quelque chose que vous n’avez pas directement sous la main ». Toutefois « … l’expérience n’est pas ailleurs ; elle est plus ici que quoi que ce soit d’autre ; plus ici que tous ses contenus, plus ici que quoi que n’importe quelle chose que l’on pourrait nommer ; plus ici encore que l’ici spatial ». L’expérience n’est pas en avant non plus qu’en arrière, elle est entrelacée à la présence.

Un autre défaut du langage est le jeu des contrastes et différences qui lui est consubstantiel. Impossible de trouver quelque chose à mettre en contraste avec l’expérience consciente.

« … utiliser le langage, c’est accepter de se décentrer, de se déactualiser pour prendre élan vers le foyer idéal d’un possible accord universel ».

J’ai maintes fois éprouvé, en étant A dans des entretiens avec ou sans dissociées, ou dans des  autoexplicitations, cette impossibilité à verbaliser au plus près de ce que je contacte, et la nécessité de faire quand même la mise en mots puisque c’est le seul moyen à ma disposition pour partager mon expérience avec les autres.

D’où mon manque de soin à choisir mes mots, comme si de toutes façons, quoique je fasse, il seraient trop approximatifs de ce dont je veux rendre compte. Pourtant, en écoutant ou en relisant mes mots, imparfaits, approximatifs, inexacts, je peux retrouver tout le remplissement dont ils sont l’étiquette, seulement l’étiquette, mais une étiquette qui peut réactiver le vécu évoqué dans toute son épaisseur.

Et je retiens ce qu’écrit Michel Bitbol dans ce chapitre. Le sage qui montre la lune quand l’être naïf regarde le doigt « est plus naïf que l’être naïf, car il se précipite vers les lointains au lieu de se déployer dans le proche ; et l’être naïf a au moins la sagesse d’habiter son monde-de-la-vie mitoyen au lieu de courir sur les sentiers de l’univers. Si le sage, pour ne pas céder à la naïveté, voulait dépasser le geste et la parole, cela devrait être vers leur amont, vers l’expérience immédiate de leur réalisation, plutôt que vers leur aval et vers des futurs incertains. Il devrait demander au verbe de le reconduire à la source vive plutôt que de l’égarer en le jetant à la poursuite de ses projets. Et il lui faudrait pour cela inventer une modalité de la langue où la prolifération coïncide avec son intention, et où l’audition opère comme un miroir de ce que vit l’auditeur. Il s’agit là d’une modalité que l’on peut appeler réflexive, auto-référentielle, tautologique ou encore « identifiante » (une note explique que c’est une référence à la locution italienne « linguaggio modesimale » en lien avec les enseignements du Zen). Une modalité de la langue de laquelle on ne peut pas participer en se mettant en tension pour saisir ce qu’elle veut dire, mais en creusant sa propre réceptivité pour dire ce qu’elle suscite. » Quelque chose qui relève du perlocutoire comme invitation à faire quelque chose, auto-locutoire en quelque sorte.

« L’acte auto-locutoire ne dit, ne décrit ni ne désigne rien non plus … simplement au lieu de nous enjoindre de faire, il nous enjoint de dé-faire ; de défaire la représentation d’idéalité qui nous fascine et nous entraîne hors de nous. Au lieu de nous inviter à agir, l’acte auto-locutoire nous invite à être et à réaliser cet être qui lui est contemporain. En nous rendant infiniment voisin du cœur de ce que nous vivons pendant qu’il est proféré, l’acte de langage auto-locutoire nous change ; et il nous change de la manière la plus complète qui soit puisqu’il nous fait coïncider avec la racine unique de nos puissances de voir, de comprendre, de décider, nous libérant par là de tout enfermement dans une vision, une compréhension, ou une décision particulières. »

Quant à l’utilisation d’un mot dans la description de l’expérience consciente, en référence à Wittgenstein, « ce n’est rien d’autre que savoir l’utiliser à bon escient dans un jeu d’échange intersubjectif, et d’interconvertibilité des circonstances vécues en première personne avec les circonstances associées descriptibles en troisième personne »

Quand je dis que le ciel est bleu ou que tel tissu est bleu (référence à mon témoignage d’Expliciter 100), je n’ai aucune garantie que votre perception soit la même que la mienne mais j’ai vérifié qu’il y a un invariant au sein des personnes qui parlent français, le mot « bleu » pour désigner cette couleur. Pourtant, il faudrait encore continuer l’investigation en posant la question : comment ai-je appris la définition du mot couleur, de son contenu sémantique et de son usage ?

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projet de Préface de la nouvelle édition de « L’entretien d’explicitation »

Préface : 20 ans après …

La première édition de cet ouvrage est paru en septembre 1994, après quelques années de mise au point de la technique de l’entretien d’explicitation (dont on peut dater la naissance en 1986), mais surtout après avoir animé depuis 1987 de nombreux stages de formation où la systématisation de chacun de ses outils s’est précisée, affinée, au fur et à mesure des prises de conscience des besoins des formés.

Fondamentalement, tout ce que j’ai écrit sur les différentes techniques mises au point en 86 reste juste et n’a pas changé, pour s’en tenir aux fondamentaux, je peux citer : importance de la référence à un moment singulier pour être sûr de viser le vécu et non pas la théorie ou les représentations de ce vécu ; mobilisation guidée de la mémoire d’évocation ; repérage des verbalisations descriptives et fragmentation de ces descriptions ; utilisation délibérée du contrat de communication … Ce livre reste donc pleinement d’actualité.

Ce qui a évolué, au plan de la technique, ce sont les finesses de questionnement par exemple. Le travail avec un groupe d’universitaires et de praticiens dans le cadre de l’association GREX (Groupe de recherche sur l’explicitation) fondée en juin 1991 avec Catherine Le Hir a permis de découvrir des formulations plus pertinentes, plus efficaces. Ou bien, nous avons progressivement perfectionné le repérage de la fragmentation, de l’amplification des qualifications, ou une meilleure prise en compte des couches de vécu.

Mais surtout, ce qui s’est beaucoup développé concerne le cadre théorique visant à donner sens à l’efficacité des pratiques d’aide à l’explicitation, que ce soit dans le développement de la phénoménologie de la conscience, de l’éveil de la mémoire passive, de la prise en compte de la modélisation de l’attention, d’une meilleure compréhension des effets perlocutoires, de la reprise actuelle des réflexions sur la pluralité des lieux de conscience. Toutes ces avancées théoriques ont été présentées dans mon livre  « Explicitation et Phénoménologie » paru en 2012. Ce dernier livre contient aussi quelques chapitres autobiographiques qui aideront le lecteur à mieux comprendre l’histoire de la création de l’entretien d’explicitation  mise en relation avec ma propre démarche intellectuelle et mes expériences pratiques. De nombreuses vidéos ont été mises  sur Youtube en 2013 qui décrivent différents points : comment est né l’entretien d’explicitation , mes rapports avec les praticiens, le rôle crucial de la mémoire d’évocation etc … d’autres vidéos sont en préparation.

A l’origine, ce livre est né d’une commande de Philippe Meirieu pour la collection Pédagogie, de ce fait beaucoup d’exemples étaient orientés vers les pratiques des enseignants et des formateurs. Mais progressivement, l’utilisation de l’entretien d’explicitation a largement débordé le cadre de la pédagogie. D’une part parce que ma communauté de recherche s’y est intéressé (psychologie cognitive, psychologie du travail, puis psychologie du sport et de la santé, anthropologie et finalement la philosophie dans son orientation phénoménologique), mais aussi parce que de nombreux domaines de la pratique dont je n’étais pas familier sont venus me solliciter (petite enfance, éducation spécialisée, formation infirmière, danse, musique, équitation, debreifing dans les métiers d’urgence, supervision, VAE,  pratique des bilans de compétences, …). En conséquence, vingt ans plus tard, il parait judicieux de le publier dans une collection autre que pédagogique pour viser tous les métiers de la relation.

Le sens de l’entretien d’explicitation s’est progressivement modifié et élargi. A l’origine il était pour moi le moyen privilégié pour s’informer de l’inobservable, comme les activités cognitives, les raisonnements, les prises d’information qui ne sont accessibles que par l’introspection de celui qui agit. Dans son développement vers les praticiens, il s’est imposé comme un moyen incontournable pour outiller une pédagogie réflexive, une pédagogie à la fois fondée sur la prise de conscience de sa manière d’agir et sur la possibilité pour le professionnel de s’informer auprès du formé de ce qu’il avait fait afin de mieux ajuster sa pédagogie. A l’étape actuelle, l’entretien d’explicitation se présente comme le seul moyen disponible pour conduire des recherches en première personne, prenant en compte la subjectivité, telle que la vit le sujet, et permettant d’aborder des sujets de recherche liés à la conscience, à l’attention, aux différents modes de représentation, à la création du sens. Bref, à tout ce qui pourra constituer à terme une véritable psychologie phénoménologique.

(note, les références bibliographiques ne sont pas visibles)

Préface : 20 ans après … La première édition de cet ouvrage est paru en septembre 1994, après quelques années de mise au...

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