Category: entretien d'explicitation

Dissociation et réflexivité

Dissociation et réflexivité, deux manières de nommer la propriété fondamentale de la conscience

Dans la pratique de l’entretien d’explicitation depuis plusieurs années nous avons essayé d’élargir les possibilités d’accès introspectives au vécu en introduisant des techniques de « changement de point de vue »  ou encore des techniques de dissociation (pour moi c’est synonyme).

Fondamentalement ces techniques sont inspirées des praticiens de la psychothérapie, qui les ont inventé en bénéficiant de l’extraordinaire permissivité expérientielle propre à ce domaine. Par exemple, ce que Perls a inventé en ajoutant une seconde chaise, pour que le patient puisse changer de place et parler de ce qui se passe, de ce que vit « l’autre » toujours assis (en imagination) sur la chaise initiale ; ou toutes « les stratégies des génies » de Dilts, qui reposent sans cesse sur le fait de proposer des emplacements spatiaux distincts de la situation initiale pour faire parler de ce que peut dire un mentor, soi-même à un autre âge, ou une partie de moi qui est experte et va considérer le problème du point de vue de cette expertise. Depuis le travail avec les sub-personnalités des Stone, des co-identités de l’analyse transactionnelle faisant appel séparément à l’adulte, l’enfant, le parent ; l’Internal system family de Schwartz ; le dialogue avec un personnage de son rêve dans l’imagination active de Jung ;  les péripéties et dialogue des scénarios des rêves éveillés dirigés, (et je ne cherche pas à être exhaustif), toutes ces techniques ont multipliées les possibilités de faire intervenir différentes places et différentes instances de soi.

Un point important que je veux souligner, est que le fait que ces techniques se soient créées dans le domaine de la psychothérapie au sens large, ne suppose pas que leur emploi implique ce cadre là. Au contraire, on peut penser que ce cadre-là n’a été, au final, qu’un moyen pour explorer la subjectivité dans un point de vue en première personne, et qui donne des indications sur les possibilités de la conscience en général !

Ce transfert de la psychothérapie a l’étude expérientielle de la subjectivité a été possible parce que je me suis moi-même formé à la plupart de ces techniques, que j’en ai fait l’expérience, que j’ai guidé d’autres dans leur pratique et apprentissage, et surtout, que je ne suis pas resté limité dans un point de vue de praticien, mais que j’ai passé ma vie professionnelle a l’insérer dans la recherche, dans la formation expérientielle de chercheurs devenus des pratiquants experts.

Après ce préambule, un peu long, mon billet porte sur le concept de dissociation. Dans les années précédentes, beaucoup de résistances se sont exprimées dans le groupe de recherche sur l’explicitation (GREX) pour utiliser ces concepts. L’argument principal étant qu’ils renvoyaient trop à une connotation négative liée à la psychiatrie, à la schizophrénie, aux personnalités multiples, à la maladie.

Il est vrai que le concept de dissociation a été mobilisé principalement par la psychiatrie et la psychologie pathologique. C’était inévitable, parce qu’il y a plus d’un siècle que la psychologie a totalement abandonné l’expérience subjective, qu’elle a renoncé à la pratique encadrée de l’introspection pour documenter le point de vue en première personne ! La seule discipline qui n’a pu en faire l’économie est la psychiatrie et il n’est resté que cette voie de catégorisation liée aux pathologies mentales les plus graves. Dans le même ordre idée la réussite sociale de la psychanalyse freudienne a fait que le concept d’inconscient est connoté par les idées de censure, de refoulement, par les névroses, la pathologie. Alors que bien avant Freud des philosophes avaient bien vu le fonctionnement d’un inconscient normal, lié à l’activité habituelle de la pensée et des actes (voir le philosophe Vaysse L’inconscient des modernes, par exemple).

Si l’on sort de ces connotations pathologiques, le concept de dissociation renvoie à un phénomène normal, habituel, non pathologique, exhibant une propriété fondamentale de la conscience : la réflexivité. C’est-à-dire la séparation basique entre le pôle égoïque et ce qu’il prend comme objet (de pensée, de visée perceptive, d’imagination).

La conscience est fondée sur la possibilité de se diviser, de se rapporter à un objet qui est le contenu de la propre pensée du sujet. Le symbole du miroir, ou le mythe de Narcisse (voir Legendre) sont là pour illustrer maladroitement cette division fondatrice de la possibilité de prendre conscience. Pourquoi maladroite ? C’est qu’elle semble figurer métaphoriquement une division qui serait séparatrice. Le sujet perd son unité par l’introduction d’un lieu qui n’est pas lui (le miroir). Au lieu d’être comme un pli de soi-même, qui distingue mais ne coupe pas, le miroir introduit une scission séparative. Or quand j’écris un texte, puis que je le relis, que je le reprends comme objet de pensée, à la fois je me divise, et à la fois mon unité identitaire n’est pas menacé par cette scission, ce pliage. La pathologie mentale s’introduit quand ce pliage est vécu comme une perte de l’unité du tissu constituant et comme introduisant un étranger.

Donc l’idée de base est que la division entre un pôle égoïque qui vise et ce qui est visé est la base de la réflexivité, de la normalité du fonctionnement de la conscience.

Ce que la pratique expérientielle montre, c’est qu’il est facile de moduler les conditions de cette réflexivité, (de cette dissociation qui ne fait pas perdre l’unité d’ensemble de la personne). Il est, par exemple, possible de changer l’adressage : au lieu de parler en Je, je peux parler à la troisième personne en il ou elle, ou au pluriel avec un nous, ou utiliser mon prénom, un surnom, et même plus. Ce qui est intéressant, c’est que chacun de ses adressages permet de décrire des facettes différentes de l’expérience. Le pas suivant est d’introduire une séparation spatiale entre une position d’origine où le sujet s’exprimait en « je » et une nouvelle position géographiquement distincte (réelle ou imaginaire) depuis laquelle un autre « sujet » s’exprime au « nom de celui qui occupe cette nouvelle place » et qui a l’intention de viser la première pour s’en informer. Cet autre sujet, peut être moi maintenant prenant de la distance, mais il est possible de solliciter aussi « moi » à d’autres âges, ou moi relativement à des rôles particuliers, comme ceux liés à une expertise que je maîtrise bien. Il est encore possible, de positionner à cette place d’autres que moi, des personnes de références réelles (un professeur, un parent) ou imaginaire (un personnage de film, de roman). Il est enfin possible de convoquer un « joker » dont on découvrira la personnalité et les compétences quand on sera dans la nouvelle place.

Nous sommes toujours dans le cadre de la réflexivité, simplement nous manipulons les filtres, les points de vue. Ce qui nous a profondément étonné, c’est que chacune de ces variations réflexives, peut produire de nouvelles informations ! De nouvelles données subjectives décrivant le contenu de l’expérience de référence qui est en cours d’explicitation. Je n’ai pas de théorie sur ce qui pourrait expliquer pourquoi ces variations de positions ou d’instances sont si fécondes et pertinentes. Le point le plus important à l’heure actuelle est qu’elles révèlent des propriétés de la conscience réfléchie nouvelles et qui doivent être prises en compte par la recherche, et tout autant par les praticiens de la relation comme les formateurs, entraîneurs, enseignants, rééducateurs etc …

 

 

Au final, créer de la dissociation, mettre en place un dissocié, ce n’est ni plus ni moins que de créer de la réflexivité, de la conscience (de la prise de conscience). Il n’y a là rien de pathologique, même si cela peut le devenir dans des cas particuliers.

Mais nous avons l’habitude de penser la réflexivité comme simplement « penser sur sa pensée », la manipulation des places, des co-identités, des instances, des adressages permet d’élargir la pratique de la réflexivité et de la prise de conscience à la fois de façon normale (sans drogue, sans pathologie, sans épreuve initiatique, sans prières, …) et créative. Le propre de la conscience est de pouvoir indéfiniment moduler des scissions réflexives, des plissements,  sans que l’identité de la personne qui s’y prête ne soit coupée. La conscience est d’une plasticité extraordinaire, il est possible de le découvrir, de l’explorer, sans faire plusieurs années de retraite, sans absorber des substances particulières, sans être malade. Cela ouvre à un renouvellement des conceptions de la conscience réfléchie par la prise en compte de l’expérience que l’on peut en faire.

La dissociation n’est pas une maladie ou une opération cognitive qu’il faut craindre, c’est une manière d’amplifier la réflexivité de chacun et d’accroitre fortement ce dont nous pouvons prendre conscience de nous-même. Chiche ?

 

Dissociation et réflexivité, deux manières de nommer la propriété fondamentale de la conscience Dans la pratique de l’en...

Lire la suite »

Understanding V1, V2, V3 notation in the practice of the explicitation interview

Understanding V1, V2, V3 notation in the practice of 

the explicitation interview

By Pierre Vermersch

 

The explicitation interview was created and developed from several intuitions, themselves coming from my lived experiences. I described this progession in the first chapter of my book « Explicitation and phenomenology ».

Gradually, its utilization led to formalizations, systematizations and new formulations of questions. But then it became necessary to understand better what we were doing and to do so, it was logical and obvious to start by practicing the explicitation of the technics of the explicitation interview.

The tool became an object of study, but was still the privileged instrument of study applied to the description of its uses! As attention is necessary to study attention, the explicitation interview was the ideal tool to study the actions implemented in its practice.

Then we encountered many difficulties to talk about what we were studying : every time there was confusion as to whether we were talking about the experience studied, or about the experience of explaining this experience studied, or about the lived experience of explaining the explicitation… Gradually, the need to establish clear benchmarks for naming the different times of exploration and the different activities that characterize them became necessary.

As such, we created a basic vocabulary designating three types of lived experiences, corresponding to three separate activities.

– V1 is the lived experience of reference, that is to say, the past singular moment that has been chosen to be described and explained.

There is only one reference of a lived experience, it is not necessary to add any index whatsoever, whereas for other types of lived experiences the question will arise. I recall that for the explicitation interview, the reference of the lived experience can only be a moment (a short time to study in detail its begetting), and that this moment is singular (singular occurrence, not a typical case treated as a general case). Otherwise, there are no a priori limits to the variety of reference of lived experiences that may be the subject of an explicitation interview.
– V2 is the lived experience of the explicitation, when my work is to remember V1 in evocation, and describe it in a detailed way.

V2 has the characteristic of being a time off from usual activity, in order to deal only with calling up the past in a targeted way. But what is important is that V2 mobilizes the remembrance of the activity, and that this activity is twofold, it has always two layers: the first is the content of evocation, this content is composed itself of actions when this layer becomes present; the second layer concerns the actions implemented at the time to remember the past, such as arousing an awakening intention, getting in evocation, detailing a lived experience. If we want to develop a science of the explicitation, we must describe, take note of this second layer and understand the distinction outcome from Husserl’s phenomenology, between content and act, between noema and noesis.

– V3 is the lived experience of the explicitation of explicitation interview, in other words it is the moment where I get content of this new interview what was experienced during V2. But not all the V2! For if we include the content of V2, we will return to V1 and we will learn nothing, for example, on the act of evocation which allows its access. If we take the description of V1, it is not a V3, but a V2,2. That is to say a second interview on the initial reference V1 lived. For this to be a V3, we must question the actions undertaken during the V2 interview. Our experience has shown us that it was not obvious! In our first attempts to describe acts of evocation we just slipped on the content of evocation. When we wanted to study the attentional shifts when conducting the interview, we did not know what to ask, for lack of a categorization for recognition of acts that could be questioned. V3 is a lived experience that means a phenomenological description of the acts of the explicitation.

It is possible to resume the interview on the acts of the interview several times, it will not make V4 or V5, … but V3,2, V3,3, etc.
Could the V4 rating have a sense? To do this, it would reflect a sufficiently different activity than V2 (clarification of past acts and acts of content of the acts produced during V1) and during V3 (explicit acts occured when V2). Or, one might ask what would be the activity that overhangs V3 and deserves to be named V4; which would overhang in the same way, but transposed to the fact that overhangs V1 V2 V3 and overlooks the actions produced by V2? Questioning acts at V3 , would only reproduce the practice of V3, which means to aim a double lived experience by not focusing on content but on the acts. In both cases, we have the same fundamental : understand the difference between content and act in a lived experience and categorize the act in order to identify them and question them precisely. What would overhang V3 would be the act of thinking, thematizing and formalizing the experiences. Therefore, we leave explicitation and its practice to study the intellectual act of thematization ( in the Piagetian sense) which calls for a study of a represented content in order to name it, categorize it, semiotize it whith a langage which abstracts from the concrete to go towards different forms of abstraction. So it seems to me senseless to use a V4 mark in practicing the explicitation.

 

Developing this reference system V1, V2, V3 has been a great help for the research on the practice of explicitation and it seems essential to me for every psychophenomenological research.

 

 

 

 

Understanding V1, V2, V3 notation in the practice of  the explicitation interview By Pierre Vermersch   The explici...

Lire la suite »

The universal structure of all lived experiences (continued)

The universal structure of all lived experiences (continued)

by Pierre Vermersch
The universal structure of all lived experiences (continued)

Perspective of the researcher and point of view of the subject: structure and content of the lived experience.
Answering a question from C. Delavergne, (I added numbers) : »1 / You quote the temporal structure as universal. You do not mention the spatial dimension. However, in your speech you use terms like space « layers », « place » …

2 /Yet, temporal perceptions also differ across cultures (cyclic perception, arrow of time, monochromy, polychromy ….)  »

3 / Also, we all trend to patterning (Schutz), this temporal structure « routine », incorporated action schemes « I do this, and then that » insinuating « as usual » or « always” , and also this ability to describe a situation, giving to it a typical plot structure, generalizing, to format a singular lived experience in this structure. In this case, the temporal structure is present, but is typified, and does not describe what was experienced.

I suppose that this also belongs to universal temporal structure …?

4 / But even in these situations called « routine », it happens differently as there are still micro « events » and micro decisions to take.
The identification of « qualitative temporal structures » is the one of the change of “granulation”, moving or reorienting the landmarks of the start and the end?
=================================

Initially, these issues seem to deal with simple oppositions: time versus space; universal time versus cultural time; singular time versus typified, generalized, pre-categorized time.

But in the function I seek to give to the idea of universal structure of all the lived experiences, I’m not trying to situate myself in relation to these oppositions. I position myself upstream in a first opposition between the structure of experienced versus the content of lived experiences. The content of all lived experience involves temporality, spatiality, the subjective assessment of each of these dimensions. I stand, for my part, in a point of « external » view that takes the structure of the lived experience as an object, an abstraction.

 

To do so, we must distinguish the point of view of the subject from the one of the researcher / practitioner who conducts the interview.

When I develop the idea of the universal structure of lived experience with a strong emphasis on the temporal dimension, I am located in the point of view of the researcher / interviewer, which aims to document the detailed description of the experience of a finalized action.

 

Checklist for the interviewer during the interview

The idea of universal structure then acts as a reminder which, at every moment of the interview allows to identify what is said at its position on the time frame of the living experience and at the same time, what is not said in reference to the inevitable time sequence in which every lived experience is registered.

 

It is not a temporal structure based on the length, but on the articulation of different times specifict to each action, to each micro action: the beginning, marked by an information outlet that guides action and pre organizes it, the realization that accomplishes the action, the end marked by a taking of information that evaluates the results and prepares the transition to the next action. This is true of a complete action (prepare an apple pie [1]),but as a fractal structure, it is still true for actions that compose it (weigh butter and flour, prepare the apples etc.), but also true for micro actions which allow the weighing (take butter with an instrument, measure the amount, deposit), even true for micro micro actions (action to take butter on a tablet), and even thinner yet (how I seize the knife to make the move) and more if necessary. The granularity of questioning and relaunching will allow to go down to the useful detail levelf, that is to say: the one that allows to understand the success or failure of the action. Besides these material actions, at the same time, unfold thoughts, judgments, personal activities, emotions, beliefs, one or more co-identities, each of these « lived layers » require to be taken in account on an additional questioning. And each of these layers is necessarily indexed to the time sequence structure. The intimate and subjective dimension of the lived experience qualities are captured and indexed in the frame of the universal temporal structure, including, if it is the case, the assessment of subjective temporal qualities.

The constant awareness of this universal temporal structure is one of the essential tools for the listening of the explicitation interview in order to guide the questioning, and improve the description. No subject can do it by himself, without help, or without a prior learning (learning of self-explicitation). But we must understand that the explicitation interview does not seek to guide a verbalization in a such structured way from the beginning to the end of the singular experience, but it adapts continually as the information is verbalized, to complete what is said. This means that the interview takes place on the basis of spontaneously proposed materials by bouncing to detail them in order to extend the necessary exploration of the just after or just before, or return to some missing time. The spontaneous order of description does not match the order of the lived experience. To understand the lived experience, we need restore it from the « disorder » of its temporal description. This is particularly true for research, while for a teacher, for example, in his questioning in connection with the completion of an exercice, he will synthetize as the student works, to be able to intervene then, or verify that the student is well aware of how he did it.

 

In research: organization of the transcriptons of the verbalized descriptions.

So this universal structure of lived temporality will also be most important for the preparation of the analysis of interview transcripts. After carefully transcribe the interview, one of the key steps is to restore in order every moment in succession of the past lived, even if that information on this point could be obtained at any time of the interview. Note that no computer program can automatically perform this setting time sequence of verbalization, it must necessarily be done by hand. The current text analysis programs know very well how to make lexical statistics, extract themes, but cannot automatically reconstruct the temporal sequence of the lived experience from its verbalization.

 

Contents lived

All the questions you ask concern the different points of views between structure and content of the lived experience. What you cite reports of subjective properties of the lived experience, whether be the spatial information of each outlet or the verbal expression in its metaphorical dimension, or the multiple forms of subjective temporal apprehension, or also of all possible lived layers (emotion, action, body, beliefs, identities). And of course, these properties are important in reference to the aim pursued in research (one never seeks to document all living properties). But whatever these properties, they manifest themselves and fall inexorably in a time sequence. By analogy, a piece of music can have different tempi, slow motion, acceleration, pauses, reversals, transpositions, voice overlays, landslides, but the fact remains that execution takes place necessarily in the context of the universal temporal structure and that each of these shades is at a time of the structure, as one or several musician realize it. And if I want to help to verbalize these micro times, the interviewed must be guided, kept in contact with each of the past lived moments. In my research framework, when I have a subjective term that is not connected to a specified lived moment, I do not know how is embodied what is said, may be it is just an opinion , a representation, a comment …

Thus, as part of the colloquium, it was commented the example of a night watchman who says « the night is long » ; from my point of view this statement is a judgment. Alone, it is meaningless: on what occasion, when, in his work, that judgment comes to him? What are the criteria that lead him to describe it as « long »? Research mobilizing explicitation interview never aims to directly verbalize the opinions, judgments, representations, or generalizations. On the other hand, it is clear that from the description of the course of action it is possible to know what are the immanent representations, those actually embodied. During a research with students teachers in physical education, a trainee gave himself the aim « to engage all the students, » as the basis of his pedagogical values. But the description of what he had done at a specific time (not in general), showed that he had only discipline! The values embodied by his actions did not reflect his verbalized values. The primacy of the reference to the action (and therefore its development) that characterizes the explicitation interview is based on the concern of how subjectivity is embodied, not just how it is thought of.

 

 

1] I choose a material action as an example, just because it is easier to visualize and follow, but the approach is the same for a mental action: reading, problem solving remembering activity, etc …

 

 

 

The universal structure of all lived experiences (continued) by Pierre Vermersch The universal structure of all lived ex...

Lire la suite »

How to describe the lived-experience for research : Meditation, meditators, explicitation-interview ?

How to describe the lived-experience for research :

Meditation, meditators, explicitation-interview ?

By Pierre Vermersch

How to describe the lived-experience for research :

Meditation, meditators, explicitation-interview ?

Pierre Vermersch

Nowadays, there is no shortage of papers or books that advocate the preferred use of meditation to explore « really » subjective experience. Intuitively, the idea seems correct, as meditation is certainly the expert human activity which prepares best to pay attention to the events of the inner life and therefore to describe them in order to know about them and sustain a research program in the field of psycho-phenomenology (of neurophenomenology and even of experiencial philosophy…).

Numerous researchers who are interested in the description of the lived experience are themselves practionners of meditation, mostly from buddhist influence (Bitbol, Petitmengin, Varela, Depraz, Thomson and many others…). I have, myself, a long and continuous practice of meditation (non-buddhist). However, I find it essential to develop and pratice a tool like the explicitation interview to know about the lived-experience, as if meditation seemed to me insufficient or inadequate but also as if there was a confusion between meditator (expert) and meditation (practice) or between the informant and the researcher posture.

I try, in this small text, to organize some landmarks questioning the arguments for and against the use of meditation and / or the explicitation-interview to serve research on first and second person speech addressing and perhaps open the discussion.

1/ Defining minimum what I refer to when I speak of meditation.

What is meditation ? Of course I will not propose a complete definition, as if I was overhanging the subject ! But I will highlight the essential points which caracterize the activity to which I am referring. There are dozens of forms of meditation and meditative traditions, I do not pretend to know them all. I will focus on some points that I think are crucial :

– The practice meditation suppose to focus on a specific activity subject to a time of withdrawal, suspension, from usual activities, but also a time of stillness in a particular posture. (But already here, some will want to extend this activity to all meditation practices, as a way of practicing a profession, an art, a body activity. But I would stick to this basic idea : a withdrawal time, motionless, silent, and in a particular posture.)

-The fundamental characteristic of all meditation which I keep is the practice of the continued presence, which means to maintain, as much as possible, a living relationship to being present to oneself. As often, the positive definition is trivial, but it helps to stand out what is not the presence, the absence of one’s self, in other words it is opposed to being lost in thoughts or in dreams, be taken by one’s emotions or also to doze or fly away.

The learning of the continued presence is based on a simple set, easy to understand, offering to remain attentive to one’s body, its feelings, its posture, for others it will be more specifically linked to monitoring on the breathing. Following one’s body sensation from momentsto moments, the perception of the vertical, the relaxation, and / or track the movements of breathing, that’s simple, intelligible and immediately practical. The advantage of this set is that it allows immediate meditation, even if we need some additional indications on the seat, otherwise it is much more difficult; which means to be attentive to the vertical spine to support the sit bones, to get a little chin, relax the shoulders.

The beginning set is clear and simple, but the indirect pedagogical goal is to create the conditions leading to discover that we don’t succeed. The will to maintain this presence leads to discover its difficulty and as such, it allows to be conscient that we are absent in thoughts, in associations of ideas, emotions, boredom, drowsiness, pending the gong that never ceases to arrive … and many more forms of self-forgetfulness and lack of being present to one’s self.

So, it gets exciting, wanting simply to follow the sensation or breathing spontaneously leads to discover the ceaseless activity of the inner world, makes it sensitive and even, gradually makes expert to perceive the birth of distractions, non-presence and adverse effects of repression, and to discover the very soft interior gestures of the letting-go and the delicate return to the continuity of presence. The near impossibility in the beginnings to follow this type of simple instruction educates attention to the perception of the inner world. Not only the meditant tries to cultivate his own presence, but to do so, he becomes aware of all the movements of subjectivity that prevents it ! The beginning instructions can be seen as a clever way (indirect) to get to know, recognize his inner world. Thus, the meditant becomes an expert of subjectivity (in the framework of a contemplative activity because he has nothing to do, nothing to produce, « just » stay present).

Of course, one can think that the deep goal (s) of the meditation are not only the learning of this practice of being present, but also that this learning, for example, is the only way to reach other goals which will be discovered later, and paradoxically would be more difficult to achieve by the only fact of being named.

The learning of meditation therefore leads necessarily to be expert in the practice of one’s own subjectivity and develops discrimination of inner events and their comings. So it seems interesting to know what meditation can teach us about this subjectivity. But several limitations seem necessary which diminish interest of the meditation for research on subjectivity.

– Meditation is an exclusive activity. When I meditate, by definition I set apart from the world and I have no productive activity, neither a finalized one. So I can not practice and examine a finalized cognitive activity while I meditate. Meditation therefore directly opens only at the knowledge of the occurrence of thoughts or emotions, of the perception of the discrimination between self and non-self, and more, to the discovery of unusual states for advanced practitioners. It sounds interesting for large general questions about consciousness, but relatively little for the study of specific cognitive activities. But to build a science of subjectivity, we need to study these activities in terms of subjective experience.

– Meditation is unique in another sense. It is not compatible with the simultaneous verbalization of one’s lived experience. Of course, instructors know to hold the wire of their meditation while guiding meditators, but they do not really go into the details of what they are living, just verbalizing a thread, their presence superimposed on an educational speech. Anyway, we will meet the general problem of simultaneous verbalization (act and describe one’s action at the same time), which temporality is so much slower than that of the current experience, we have to change or stop the activity regularly to readjust on the experience itself. This changes the experience studied. In all cases it is hardly compatible with the characteristics of the meditation activity.

– Excluding the simultaneous verbalization in the present, it then falls to the inevitable choice of an a posteriori verbalization based on the remembrance of the lived experience as proposed by the explicitation interview. But this does not remove the limit of objects of study for contemplative activities.
The question that we can ask then is whether to consider any cognitive activity rather than trying to mobilize meditation, it would be wiser to build on these topics experts, these experts of the inner world that are meditators, but probably and more broadly, also take into account all practitioners oriented towards activities based on detailed monitoring internal activity.

 

2 / Instead of mobilizing meditation, why not use the experts: meditators, or others?

Again, we are faced with an idea that seems obvious. Since meditation makes expert in the realization of one’s internal events, since it leads to a sensitivity and a very fine discrimination, why not mobilize meditators to explore the subjective activity of any type of finalized activity?

The idea in principle is not new. From the early 20th century, it was thought to use trained subjects, experts, calibrated to participate in experiments in psychology of sensory and intellectual activities. But again, why stop at meditators? All persons engaged in practices seeking to develop a focus on internal activities are in the requirements to become experts in the subjective world, even if it is favoring one aspect or another of interiority: either focused in the « internal movement » proper to fasciatherapies or in listening and guiding the chi in some internal practices of Tai Chi; but also everyone who followed psychotherapeutic course, or simply people with many experiences of the explicitation interview as the interviewed. Whatever the technique, all have become experts in listening to oneself, discriminating the thoughts, associations, the birth of an emotion.

So we come to the simple and intuitive idea : it would be beneficial to involve « experts of the inner world » in all studies taking into account the description of introspective experience. Whether or not meditants, the criterion being rather to have developed a practice for paying attention to the inner life.

But at this point it seems to me necessary to distinguish at least two distinct competencies:

– Discriminative sensitive skills, one hand,

– Categorial skills on the other hand.

Basically, the argument is that it is not because I became sensitive that I know everything ; for the best, I appreciate what educated me and became familiar to me. In various forms, all practitioners of the inner world are encouraged to develop a discrimination of various internal events, and more, to become more and more sensitive to nuances, to what occurred, almost invisible. But at the same time, it mainly develops this sensitivity only in conjunction with their specific practical universe. In fact, not solely because the training of the sensitivity induces a potential transfer to any situation that will ask me to discriminate finely. But it is only an opportunity to embody, to update in a new situation. In fact, which must be learned !

 

An example has much impressed me. During the workshops of practical phenomenology, we explored the resolution of a small projective geometry problem from the book of Dennett « Consciousness Explained » in order to give the opportunity to describe a course of mental actions related to a spatial support. Francisco Varela was part of the workshop, along with others. He performed the task, in minutes he wrote a description of his actions and gave it me to read. And there I saw a very incomplete description, highly schematic, and I gave him an indication of the interest of fragmenting the steps by which he passed with an example from his text. He looked at me, speechless, and immediately replied « yes, of course » and he worked to expand his description. Francisco was an advanced meditant, we cannot doubt of his capacity to discriminate indoor events ! It was enough that I gave him a categorial indication, from which he immediately transferred his skills to another field of activity. What he lacked was therefore no sensitivity, but the categorial competence to describe a mental action in detail based on what I call « the universal structure of lived experiences. » He was trained as a biologist, and was not used to thinking about sequences of actions related to problem resolutions. He had not developed the expertise that demand fine description of sequences of completed actions.

 

I could give many examples of this type, where sensitivity was there, but not categorial competences, whether universal or specific, either about meditators or other categories of expert practitioners.

I want to emphasize this idea : it is not enough to be very sensitive to know how to describe the whole of one’s internal activity, we must also know what types of events we want to capture, the types of properties that differentiate them. This is what I call: categorial skills.

 

Categorial skills are of two kinds:

– The first kind concerns what I have called the universal structure of all lived experiences, and is the permanent tracking grid to know (structure) how to describe what it takes to account for cognitive acts, but also to perceive what is missing in the description.

 

– The second kind concerns the specific categories to a type of work or activity, and assumes that a research has already been accomplished on the field to have been updated, and if not, it is the job description and analysis of data that will allow to discover, invent the specific categories to a type of activity.

 

The practice of explicitation interview has allowed good progress on the first point, and the practice of the universal structure of lived experience takes part of the basic training sessions. However, whenever we wanted to describe a new activity (the act of evocation, my attentional movements, perlocutionary effects …), we had to discover / invent what was to describe to make account of this activity.

 

Differentiate the skills of discrimination and the categorial skills also leads to pay attention to the distribution of these skills among the informant and in the researcher.
Particularly wether we are on a self-explicitation situation or on an explicitation interview.

 

The self-explicitation requests to master the two skill sets: sensitivity and categorization, because it is necessarily the researcher who described his own experience, because if it is not the researcher, he will miss categorial competence to the one who describes (and skills to conduct research). The explicitation interview distributes skills, the informant being interviewed may be chosen because he is particularly expert in internal discrimination, and the researcher who is the interviewer is an expert in description of lived experiences because he masters the categorization.

 

This is what makes the specific interest of the explicitation interview that can guide non-inductively the informant in access, fine description, the reflection of his past lived experience without either the interviewed be necessarily an expert on categorization of the inner world. And all the better if he is particularly sensitive and discriminating, but it is not a necessary condition.

 

Through my text, thus, another theme follows: the types of research questions that we ask. Often researchers referring to meditation aim for themes such as the nature of consciousness, the elementary events of thoughts appearances, discrimination between self and non-self in experience. For my part, I am more mobilized by knowing the cognitive acts involved in the various forms of remembrance, by the possible effects of view change as the subject moves his place of consciousness with different intentions, by the fine transitions which operate in a course of an engaged action etc …

How to articulate the types of research questions with the methodology of data collection in the first and second person address ? To be continued ….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

How to describe the lived-experience for research : Meditation, meditators, explicitation-interview ? By Pierre Vermersc...

Lire la suite »

The evocation remembrance in the explicitation interview

The evocation remembrance in the explicitation interview : similar to the remembrance in the psychotherapy or under hypnosis ?

The importance of giving up the cognitive voluntary control in evocation.

(An answer to a question asked during the RIFREQ colloquium, Montpellier, may 2015)

Pierre Vermersch

 

Someone  asked me if the emphasis upon the past-lived experience was not identical to a psychotherapy practice.

Two answers :

1/ The psychotherapy practice is based on a particular social contract which allows the access to intimacy, acknowledging the psychological suffering of the patient in order to releive or even cure him ; the explicitation interview does not at all practice within this sort of social contract, its aim is not the deep intimacy of the person, it does not target to help for changing but it aims at the description of an acting of a past lived experience to give information to the practitioner/ the researcher or the interviewed himself about his past-lived action.

2/ Nevertheless, there is a sort of ressemblance since, in both cases, we take in account the remembrance of past-lived experience. But every  remembrance work does not necessarily belongs to a psychotherapeutical practice.

Also, they have in common the suprisingly plentytiful past experience access and its re-lived dimension. To understand this nearness, I must come back to the answers I made before, like in my lecture : I emphasised on two opposite ways to reach the past. They are : Recalling, a voluntary and abstract act, and, on the other hand, evocation which is an involuntary and warm act (feeling to live again the past). The evocation process bases upon an involuntary act and is only possible with the withdrawal of the cognitive control which organizes  the voluntary acts.

Yet, numerous psychotherapeutic technics have in common the base on this withdrawal of the cognitive control, the letting-go off from the will to control. We find this in several groupal psychotherapeutic practices which first ask the patients to leave this control. Or also in the psychoanalysis instructions of free association and free expression. Also in the focusing technics when the interviewer proposes to pay attention to the corporal answer (un-verbal) to a question of the client ; or in a directed waking dream which proposes to meet one’s power animal, an old wise man or a house, this  release of control let the realization to succeed in the coming of an image which fits the instructions. Then, more, we think about the whole transe induction specific of eriksonian hypnosis.

The common denominator of all these technics is the release of the cognitive control.

The evocation act aimed in the explicitation interview is involuntary, it comes, it is carried out by the wish to let come back, and a wish is just an intention whose goal is to awake the association field about everything memorized inside of me, consciently or not (awakening of the passive memory). Vice versa, evocation is prevented from happening by each voluntary remembrance, by each effort which compromises it and it is even stopped by every rational, conceptual and organized induction (and so, explain to me, why, tell me the reason why…etc). The evocation act is based on the launching of an awakening intention which let the response come and do not control its production.

Thus, we have a central opposition between « voluntary control » and « let it come » which are exclusive from one another ; either one or the other.

Among all the technics I spoke of, the common denominator is precisely the let go, the giving up of the voluntary control of the thought.

Hypnosis is the clearest case. All the transe induction technic (in the eriksonian hypnosis) is based upon the use of a concrete, sensorial, un-conceptual vocabulary which aims to leave the abstract, conceptual field ; nothing is asked which would need an effort, a will ; « sequences of acceptance [1]» are used in order to let the subject be passive and have the precise target  to erase the sens of agentivness[2] and the voluntary control. The transe induction leads to the release of the voluntary control which allows to get around the consciousness to induce an help to changing, by reframing, metaphor etc. ; but at the same time, while doing that, it creates the condition of the « ungrip it » which sometimes allows the past remembrance to spring up. Thus we read, among specilazed papers about hypnosis, many accounts about the condition of the transe which let the subject find easily detailled autobiographic memories.

But the explicitation interview does not induce and does not try to induce a state of trance.
If the induction of the transe state creates also the release of the voluntary cognitive control, the opposite is not true, the release of the control is not the sign of a transe ! It only is the sign of a change of the cognitive functioning. For the release is of the voluntary control is proper to plenty of numerous acts which are not transe, such as : deep relaxing, directed waking dreams, focusing, active imagination, automatic speech or design etc… These practices aim for different goals except transe induction and the release of consciousness, as hypnosis do.

Furthermore, transe induction does not go with a precise proposal of a finalized purpose ( certainly not !) while the explicitation interview, on the contrary, directly seeks for an act : evocation (I propose you to take the time, to let a moment come back…). It gently creates the conditions of implementing a finalized action based upon an intention which let the result be.

In the psychotherapy practice, it often is a main point for the person to let herself go in order to feel, express without control about what comes and in the same way, in the psychoanalytic treatment, for the instruction of free associating and spontaneous verbalization.

So, as soon as we release the voluntary control of the consciousness, we can easily reach the non-conscient field in reply to a particular intention, to let a past event come back or to let come an unexpected answer.

But the becoming of this release of the voluntary control is only one of the necessary condition for a direct access to evocation, and therefore to the practice of the explicitation interview.
The explicitation cares about calling up remembrance by means of evocation, but it is not enough to clarify the details of a finilazed past-lived experience. To do that clarification, we must have a descriptive main thread organized by our knowledge of the universal structure of the past-lived experiences (http://wp.me/p4AqKY-3C ), but also we must know how to ask questions which 1/ do not arouse the return of the voluntary control 2/ relaunch to the stages fragmentation, to clarify the criteria underlying the interpretaion of the taking of information and the complete reconstitution of the chronological unfolding.

Leading an explicitation interview is an active process which accompanies and guide the interviewed and needs a permanent observation and analysis of what is said to orient and stimulate the subject. To create the condition of the voluntary control release is one of the necessary condition.

It is an important one since it is a necessary condition. But this control release is totally insufficient. As such, hypnosis has been given up in the justice inquieries in the U.S. because the person becomes extremely suggestible and therefore the formulation of the questions is most delicate and must not, by any ways, induce ( like speaking of elements not already expressed by the witness himself).

The question of the nature of the cognitive voluntary control is a crucial one on the level of the technical practices towards subjectivity in a first person speech position. The release conditions as well as the degrees of control or of the loss of the control mostly need to be defined.

For the researcher as for the practitioner, the interviewer’s skills to locate the voluntary control and to create the conditions the reducing and even the releasing it, is a necessary ability. But only the one who practiced it for one’s self is able to understand how to do for the other.

There, we have a research theme which go further than the remembrance question and which is decisive for a pychophenomenology achievement.

 

 

[1]  An « acceptance sequence » is made of affirmations which are always true, for example : « you are seated there, you are inhaling while listening to me » etc and to which the subject can only agree. The purpose is to provoke a passive posture leading progressively the consciousness to become weak.

 

[2] To feel « agent of » is to feel responsible of what we do ; in the hypnosis, it is easy to have a subject getting his arm up, without feeling he has decided to do that, even if it is him who moves his arm. We say that it is a loss of agentivity or loss of the sense of being the cause of the movement.

The evocation remembrance in the explicitation interview : similar to the remembrance in the psychotherapy or under hypn...

Lire la suite »

Book review : Explicitation et phénoménologie

Book Review

Reviewed by Claire Petitmengin

Institut Mines-Télécom

Consciousness and cognition, 2013, 11, 196-201

 

Pierre Vermersch

Explicitation et Phénoménologie

Paris: Presses Universitaires France, 2012

 

Which would be the methods of a science of lived experience? The elicitation interview is a method of ‘assisted introspection’ which helps the interviewer to collect a very fine-grained description of a given past experience. This method has been used in various contexts, ranging from the cognitive context to describe the emergence of an idea or a decision, to the clinical context to describe the emergence of an epileptic seizure or a painful episode, and to pedagogical, sporting, artistic, technological, and managerial contexts. The purpose of Pierre Vermersch’s book is not to describe these applications, or the tech- niques required to conduct an elicitation interview accurately, which are described elsewhere (Vermersch, 1994/2010). The purpose is to develop the theoretical foundations that explain why these techniques are effective, which constitute by themselves a response to the various criticisms that have been levelled at introspection. In other words, the aim is to build the foundations of a method providing access to subjectivity, that is to say a psychology of subjectivity, a psychology ‘in the first person’, or a phenomenological psychology. Vermersch borrows most of these foundations from Husserl’s phenomenology, which aims at describing phenomena as they appear to consciousness, while distinguishing his project from Husserl’s, which was not to describe singular subjective (psychological) experiences, but to identify the essential and invariant structures of the acts of consciousness.

The book is organized into four parts, which can be read independently. In Part I, the author shows that this method is the most recent expression of the immemorial need that human beings have to know their own experience, that is to say their subjectivity, as it appears to them in the first person. Throughout the history of Western thought, this need has been repeatedly denied, fought, discredited, and repressed, but alternately, regularly brought up to date, because not taking it into account amounts to losing what makes us human. How- ever, for the first time, the methodological and institutional conditions for a science of subjectivity seem to be now satisfied. Among the former, an essential aspect is to consider the access to lived experience as an expert act, of which it is possible to describe the unfolding, allowing it to be taken as a research object, which opens a huge and largely unexplored field of investigation.

Part II, where Vermersch describes three phenomenological models borrowed from Husserl that make the elicitation acts intelligible, is the keystone of the book. It is on this part that my commentary will focus.

Part III outlines a phenomenology of perlocutory effects, that is to say, ‘what we do to the other with our words’. After distinguishing three types of effects — inducing, convincing, and asking — the author examines the modes of production of these effects in the context of an elicitation interview: which questions and prompts are the most appropriate to guide the interviewee in achieving the introspective acts? How can we analyse in real-time the response from the interviewee, in order to determine the content of the question to come?

Part IV reviews the effects of elicitation from the standpoint of the process of creation of meaning or semiosis. Starting from the premise that there is a level of nonverbal experience, and that it is from this level that new meanings can form, the author proposes a model of the stages and transitions of the process of constitution of meaning, from this nonverbal level up to the fulfilment of meaning. Then he proposes a model of the various types of reflexive activity which contribute to the creation of meaning: the ‘réfléxion’ on knowledge which is already reflexively conscious; the ‘réfléchissement’ that allows the transition from pre-reflective consciousness to reflective consciousness, which is generated by the elicitation interview; and the ‘reflètement’ as emergence of new meaning, as encountered in the Focusing method developed by Gendlin (1962/1997).

Let us come back to Part II which, in order to develop the theoreti- cal foundations of a phenomenological psychology, uses three models borrowed from Husserl. During any thorough elicitation interview, the subject is surprised to discover elements (acts, states, details of any kind) that he recognizes he has lived, but that he had not noticed when he was living them, and about which he did not know, when he was about to speak, that he would have something to say. To explain this fundamental discrepancy between what the subject thinks he has memorized about his experience and what he can actually remember, and therefore the paradox of a kind of ‘unconscious consciousness’, Vermersch invokes Husserl’s model of the three modes of conscious- ness. Beside an unconscious mode (the ‘field of predonation’) and a reflective mode, where consciousness takes itself as an object, Husserl identifies a third mode of consciousness: a direct, in action (terms borrowed by Vermersch from Piaget) or pre-reflective consciousness,which is characterized, as any consciousness for

Husserl, by the intentional seizing of a content, but a content that is not itself seized as being conscious.

Vermersch quotes a passage from Ideen (Husserl, 1950), where Husserl takes the personal example of a state of joy, first pre-reflectively lived since his consciousness is entirely absorbed into his unfolding thoughts. At one point in this unfolding, his consciousness ‘turns towards joy’, that becomes reflectively conscious. And while discovering the current presence of joy, he discovers that it was already there, already present in a pre-reflective mode, before being seized by reflective consciousness. Husserl relies on this example to show that it is possible to access through recollection experiences that have been lived in the pre-reflective mode, and therefore to submit them to systematic study.

However, what does the act of ‘réfléchissement’, through which the transition from the pre-reflective to the reflective mode is achieved, consist in? Husserl said almost nothing of this act. The assumption that Vermersch develops is that it is closely linked to the presentification of the past lived experience: ‘Becoming aware and presenti- fication of the past are two sides of the same activity’ (p. 159). And in order to explain the possibility of this presentification — the keystone of the criticism of introspection (see for example Petitmengin and Bitbol, 2009) — he uses another model developed by Husserl, that of ‘passive memory’. We are indeed continuously memorizing what we live, but mostly involuntarily, without being aware of memorizing. The memory traces or retentions which are passively constituted in this way gradually lose their vividness, but do not disappear. They can be awakened and come (back) to reflective consciousness, regardless of the time that has elapsed. This recalling mode, which is experienced as the revival of the past situation in all its detail and its sensoriality, allows the recollection of elements that had been memorized without awareness of being memorized and therefore the transition into reflective consciousness of elements which had been initially lived on the pre-reflective mode. This recalling can be achieved deliberately, a possibility which justifies the deliberate solicitation of this act in the elicitation interview under the name of ‘evocation’. But this act being itself involuntary (how can I target a content that I do not even know I have memorized?), the interviewer’s role consists in using devices that can trigger it indirectly, for example by asking questions about the sensorial context of the past experience, that it is impossible to answer without evoking the experience.

On the basis of this recalling in evocation, the elicitation interview then consists in suggesting to the listener, through specific questions, modulations of his attention within the evoked experience. Understanding the organization of the attentional field and the dynamics of attentional movements is then crucial for conducting an interview. The author presents the attentional field as structured according to three different topics: the first is organized into increasingly tight degrees of focusing; the theme, the direction, and the attentional object. The second one, supported by the analyses of Husserl and Gurwitsch (1957; 1985), is organized into four concentric zones: focus, secondary objects, margins, and distant horizons. The third topic is organized according to the size of the possible spatial and tem- poral spans of the attentional target, that Vermersch calls ‘attentional windows’. For example, he distinguishes five types of visual windows, in ascending order of spatial size: jewel, page, room, courtyard, and landscape.

Three orders of attentional movements are also identified: seizing/ retention/withdrawal; focusing/defocusing; reorientation of the attentional target. The elicitation interview relies on the principle that everything that was present in the attentional field in the initial experience, including what was not in the centre of the attentional focus, is still accessible through evocation. The skill of the interviewer there- fore consists, on the basis of his knowledge of what it is possible to access, in achieving deliberate perlocutary acts in order to trigger in the interviewed person, within the evoked experience, accurate attentional movements that will allow the transition into the reflective mode of elements of the experience which had initially been lived in the pre-reflective mode.

This book by Pierre Vermersch, as all his work, opens a huge field of research, which has been little explored by psychology and even phenomenology, that of the acts enabling access to the consciousness of lived experience, and of the perlocutionary devices likely to generate these acts. This is a very promising field of research, which is essential for the emerging science of consciousness, and crucial to our society on the educational, clinical, technological, and simply existential levels.

I would like to focus on a central idea of the book, which the author stresses repeatedly: ‘Becoming aware and presentification of the past are two sides of the same activity’ (p. 159), or ‘It is through the act of recalling that consciousness enters the reflective mode’ (p. 196). The argument is the following: the (awakening and therefore) recalling of elements which have been memorized without consciousness of being memorized makes possible the transition into reflective consciousness of those which had initially been lived in the pre-reflective mode. However, while reading the book, it seemed to me that a subtle shift occurred from this possibility offered by the act of recalling, towards the necessity to recall in order to become aware. On the one hand, recalling past experience is not sufficient to trigger the transition to reflective consciousness. One simply has to live an episode of ‘attentional drift’ leading to the intense evocation of past situations, without occurrence of any new awareness of past elements, to be convinced. To become aware of an initially pre-reflective element, one has to do something more: coming into contact with experience. On the other hand, it seems that evocation is not a necessary condition of this coming into contact. In Husserl’s example, the ‘turning’ from current thoughts towards a feeling of joy, which allows this feeling to become reflectively conscious, does not occur in a state of evocation, but here and now. As Vermersch rightly underlines, Husserl does not describe precisely this inner gesture. However, it is clear that, in this example, evocation is not the condition for turning towards joy and becoming aware of it. On the contrary, it is the awareness of joy that triggers the recollection of past moments and the consciousness that joy was already present. Some meditation techniques such as vipashyana can in fact enable us to learn to come into contact with our experience and therefore become aware of it, here and now.

It seems to me that a too exclusive emphasis on the act of recall- ing/presentification might suggest that the pre-reflective reduces itself to a phenomenon of passive memorization. It would consist of elements which have been memorized passively without being in the attentional field, while becoming aware of them would amount to an act of recalling accompanied by a shift in focus within the recalled experience. However, the elicitation of the process of vipashyana meditation (Petitmengin et al., in preparation) suggests a slightly different hypothesis: the pre-reflective would be the part of experience that is occulted by the tension towards objects or objectives (and may be memorized passively), while becoming aware of it would require releasing this tension, within a possible (but not necessary) act of recalling. Assimilating becoming aware and recalling might have the effect of hindering the detection and description of the subtle micro- activity, itself deeply pre-reflective, which cuts us off from moment to moment from the awareness of our experience, and of the loosening process that allows us to come into contact with experience and thus to become fully aware of it.

Separating the process of coming into contact with one’s experience from evocation brings together new questions: what differentiates this act when it is achieved in evocation and in the present? To which strata of pre-reflective experience does it allow access in each case? For example, evocation seems to give privileged access to deeply pre-reflective — notably sensorial — strata that are difficult to access in real time, and whose consciousness endows experience with ‘a new value of enchantment and liberation’ (Gusdorf, 1950, p. 133). Which properties of evocation can explain that, far from betraying experience — as it has been suspected — it arouses contact with these deep dimensions of experience more easily than present experience does? What could explain this mystery?

By suggesting such nuances in the acts of becoming aware of one’s experience, these remarks have no other purpose than showing that it is now possible to take them as objects of research. In other words, they aim at demonstrating that the project of phenomenological psychology to which Pierre Vermersch is devoting his life is now underway.

References

Gendlin, E. (1962/1997) Experiencing and the Creation of Meaning, Chicago, IL: Northwestern University Press.

Gusdorf, G. (1950) Mémoire et personne, Paris: Presses Universitaires de France. Petitmengin, C. & Bitbol, M. (2009) The validity of first-person descriptions as authenticity and coherence, Journal of Consciousness Studies, 16 (10–12), pp.

363–404.

Petitmengin, C., Van Beek, M. & Bitbol, M. (in preparation) Eliciting the dynamics of meditative experience.

Vermersch, P. (1994/2010) L’entretien d’explicitation, Paris: ESF.

Book Review Reviewed by Claire Petitmengin Institut Mines-Télécom Consciousness and cognition, 2013, 11, 196-201   Pierr...

Lire la suite »

Décrire l’expérience vécue pour la recherche : Méditation, méditant, entretien d’explicitation ?

Décrire l’expérience vécue pour la recherche

Méditation, méditant, entretien d’explicitation ?

Pierre Vermersch

Il ne manque pas à l’heure actuelle d’articles ou de livres qui prônent l’utilisation privilégiée de la méditation pour explorer « vraiment » l’expérience subjective. L’idée semble intuitivement juste, car la méditation est certainement l’activité humaine experte qui prépare le mieux à faire attention aux événements de la vie intérieure et de ce fait à les décrire pour permettre de les connaître et alimenter un programme de recherche en psycho-phénomènologie (et même en neurophénoménologie voire en philosophie expérientielle …).

De nombreux chercheurs qui s’intéressent à la description de l’expérience vécue sont eux-mêmes des pratiquants de la méditation, en majorité d’influence bouddhiste (Bitbol, Petitemengin, Varela, Depraz, Thomson, et bien d’autres …). J’ai moi-même une longue pratique continue de la méditation (non bouddhiste). Pourtant je trouve indispensable de développer et d’utiliser un outil comme l’entretien d’explicitation pour s’informer du vécu, comme si la méditation me paraissait insuffisante ou inadaptée, mais aussi comme s’il y avait un amalgame entre méditant (expert) et méditation (pratique), ou encore entre la posture d’informateur et celle de chercheur.

J’essaie dans ce petit texte d’organiser quelques points de repères questionnant les arguments pour et contre l’utilisation de la méditation et/ou l’entretien d’explicitation  pour servir la recherche en première et seconde personne et peut-être ouvrir à la discussion.

 

1/ Définir à minima ce à quoi je me réfère quand je parle de méditation.

 

Qu’est-ce que la méditation ? Bien sûr je ne vais pas proposer une définition achevée, comme si je surplombais le sujet ! Mais je vais plutôt accentuer les points essentiels qui caractérisent l’activité à laquelle moi je me réfère. Il existe des dizaines de formes de méditations et de traditions méditatives, je n’ai pas la prétention de les connaître toutes. Je vais me concentrer sur quelques points qui me semblent cruciaux :

 

– pratiquer la méditation suppose de se consacrer à une activité particulière subordonnée à un temps de retrait, de suspension, des activités finalisées habituelles, mais aussi un temps d’immobilité dans une posture particulière. (Mais déjà là, certains vont vouloir étendre cette activité de méditation à toutes pratiques, comme une manière de pratiquer un métier, un art, une activité corporelle. Mais ici, je m’en tiendrais à cette idée de base, un temps de retrait, immobile, silencieux, et dans une posture particulière.)

 

– la caractéristique fondamentale de toute méditation que je retiens est celle de l’exercice de la présence continue, c’est-à-dire de conserver autant que possible une relation vivante au fait d’être présent à soi-même. Comme souvent la définition positive est triviale, mais elle permet de démarquer ce que n’est pas la présence, l’absence de soi, autrement dit cela s’oppose à être perdu dans ses pensées ou dans des rêveries, être pris par ses émotions, et tout autant à somnoler ou à s’envoler.

L’apprentissage de la présence continue repose sur une consigne simple, facile à comprendre, qui propose de rester attentif à son corps, à ses sensations, à sa posture, pour d’autres ce sera plus spécifiquement lié au suivi de sa respiration. Suivre de moments en moments sa sensation corporelle, la perception de la verticale, de la détente, et/ou suivre les mouvements de la respiration, voilà qui est simple, intelligible et immédiatement praticable. L’avantage de cette consigne est qu’elle permet immédiatement de commencer à méditer, même s’il faut quelques indications complémentaires sur l’assise, sinon c’est beaucoup plus difficile ; c’est-à-dire être attentif à la verticale de la colonne vertébrale, à l’appui sur les ischions, à rentrer un peu le menton, à détendre les épaules.

La consigne de départ est simple et claire, mais le but pédagogique indirect est de créer les conditions pour découvrir que l’on n’y arrive pas. Que vouloir maintenir cette présence permet d’en découvrir la difficulté et ce faisant peut faire  prendre conscience que l’on s’absente dans des pensées, des associations d’idées, des émotions, de l’ennui, de la somnolence, l’attente du gong qui n’en finit pas d’arriver … et bien d’autres formes d’oubli de soi, d’absence à soi.

Donc, ce devient passionnant,  vouloir tout simplement suivre la sensation ou la respiration fait découvrir l’activité spontanée incessante du monde intérieur, rend sensible, et même, rend progressivement expert à percevoir la naissance des distractions, de la non présence et des effets indésirables de la répression, pour découvrir des gestes intérieurs très doux de lâcher-prise et de retour délicat vers la continuité de la présence.  La quasi impossibilité dans les débuts de suivre ce type de consigne simple, éduque l’attention à la perception du monde intérieur. Non seulement le méditant s’essaie à cultiver la présence, mais pour ce faire,  il se sensibilise à tous les mouvements de la subjectivité qui l’empêche ! La consigne de départ peut être considérée comme un moyen habile (indirect) pour apprendre à connaître, reconnaître son monde intérieur. Ainsi, le méditant devient un expert de la subjectivité (dans le cadre d’une activité contemplative, car il n’a rien à faire, rien à produire, « juste » rester présent).

Bien entendu, on peut penser que le(s) but(s) profonds de la méditation ne sont pas  seulement dans l’apprentissage de  cet exercice de présence, mais que cet apprentissage n’est —par exemple— que la condition d’atteinte d’autres buts qui se découvriront plus tard, et paradoxalement deviendraient plus difficile à atteindre par le seul fait d’être nommé …

 

L’apprentissage de la méditation rend donc nécessairement expert dans la pratique de sa propre subjectivité et développe la discrimination des évènements intérieurs et de leurs avènements. Il paraît donc intéressant de savoir ce que la méditation peut nous apprendre sur cette subjectivité. Mais plusieurs limitations s’imposent qui me semble diminuer l’intérêt de la méditation pour la recherche sur la subjectivité.

 

– La méditation est une activité exclusive. Quand je médite, par définition je suis en retrait du monde et je n’ai pas d’activité productive, finalisée. Je ne peux donc pas pratiquer et étudier une activité cognitive finalisée en même temps que je médite. La méditation n’ouvre donc directement qu’à la connaissance de la survenue des pensées ou des émotions, à la perception de la discrimination entre soi et non soi, et encore à la découverte d’états inhabituels pour les pratiquants avancés. Cela paraît intéressant pour des grandes questions générales sur la conscience, mais relativement peu pour l’étude des activités cognitives particulières. Or, pour construire une science de la subjectivité,  on a besoin d’étudier ces activités sous l’angle de l’expérience subjective.

– La méditation est exclusive en un autre sens. Elle n’est pas compatible avec la verbalisation simultanée de son vécu. Bien sûr des instructeurs savent tenir le fil de leur méditation tout en guidant les méditants, mais ce n’est pas vraiment rentrer dans le détail de ce qu’ils vivent, juste verbaliser un fil conducteur, superposer à leur présence un discours pédagogique. De toute façon, on rencontrerai le problème général de la verbalisation simultanée (agir et décrire son action en même temps), dont la temporalisation est tellement plus lente que celle du courant de vécu, qu’il faut changer, voire arrêter l’activité régulièrement pour se recaler sur le vécu lui-même. Ce qui change le vécu étudié. Dans tous les cas de figure c’est peu compatible avec les caractéristiques de l’activité de méditation.

– Si l’on exclue la verbalisation simultanée dans le présent, on retombe alors sur le choix inévitable d’une verbalisation a posteriori, basée sur la mémoire du vécu, comme le propose l’entretien d’explicitation.  Mais cela ne supprime pas la limite des objets d’étude aux activités contemplatives.

La question que l’on peut se poser alors est de savoir si pour étudier n’importe quelle activité cognitive plutôt que de vouloir mobiliser la méditation, il ne serait pas plus judicieux de s’appuyer sur ces sujets experts, ces experts du monde intérieur que sont les méditants, mais probablement et de façon bien plus large, prendre aussi en compte tous les pratiquants tournés vers des activités fondées sur le suivi détaillé de l’activité interne.

 

2/ Plutôt que de mobiliser la méditation, pourquoi ne pas utiliser des experts : les méditants, ou autres ?

Là aussi, on est face à une idée qui paraît évidente. Puisque la méditation rend expert dans la prise de conscience de ses évènements intérieurs, puisqu’elle conduit à une sensibilité et à une discrimination très fine,  pourquoi ne pas mobiliser des méditants pour explorer l’activité subjective  de n’importe quel type d’activité finalisée ?

L’idée de principe n’est pas nouvelle. Dès le début du 20ème siècle, on a pensé à utiliser des sujets formés, experts, calibrés, pour participer à des expériences en psychologie des activités sensorielles et intellectuelles. Mais de plus, pourquoi se limiter aux méditants ? Toutes les personnes engagées dans des pratiques demandant de développer une activité attentive suivie intérieure sont dans les conditions pour devenir experts du monde subjectif, même si c’est en privilégiant une facette ou une autre de l’intériorité : que ce soit dans le suivit du « mouvement interne » propre aux fasciathérapies, ou dans l’écoute et le guidage du chi dans certaines pratiques internes de Tai Chi ; mais aussi toutes les personnes ayant suivit un parcours psychothérapeutique, ou encore tout simplement les personnes ayant de nombreuses expériences de l’entretien d’explicitation en tant qu’interviewé. Quelle qu’en soit la technique, toutes sont devenues des experts de l’écoute de soi, de la discrimination de l’advenue des pensées, des associations, de la naissance d’une émotion.

On en vient donc à l’idée simple et intuitive qu’il y aurait intérêt à faire participer des « experts du monde intérieur » à toutes les études prenant en compte la description introspective du vécu. Que ce soit des méditants ou pas, le critère étant plutôt d’avoir développer une pratique visant le suivit de la vie intérieure.

Mais à cet endroit il me semble nécessaire de distinguer au moins deux compétences distinctes :

– compétences discriminatives, sensibles d’une part ;

– d’autre part compétences catégorielles d’autre part.

En gros, l’argument est que ce n’est pas parce que je suis devenu sensible que je connais tout, au mieux je suis sensible à ce qui m’a éduqué et m’est devenu familier. Sous différentes formes, tous les pratiquants du monde intérieur sont amenés à développer une discrimination des différents évènements internes, et plus encore à devenir de plus en plus sensibles aux nuances, aux survenues presque invisibles. Mais en même temps, cela ne développe principalement cette sensibilité qu’en liaison à l’univers de leur pratique spécifique. En fait, pas seulement, puisque l’éducation de la sensibilité a un pouvoir de transfert potentiel à toute situation qui va me demander de discriminer finement. Mais il ne s’agit que d’une possibilité à incarner, à actualiser dans une nouvelle situation. En fait, qui doit faire l’objet d’un apprentissage !

Un exemple m’avait beaucoup marqué. Lors des atelier de pratique phénoménologie, nous avions exploré la résolution d’un petit problème de géométrie projective tiré du livre de Dennet  » La conscience expliquée », dans le but de se donner l’occasion de décrire un déroulement d’actions mentales lié à un support spatial. Francisco Varela faisait partie de l’atelier, avec d’autres, après avoir réalisé la tâche, en quelques minutes il rédige une description de son action et me la donne à lire. Et là je voie une description très incomplète, très schématique, et je lui donne une indication sur l’intérêt de fragmenter les étapes par lesquelles il est passé en prenant un exemple à partir de son texte. Il me regarde, bouche bée, et me répond immédiatement « oui, bien sûr », et s’attelle à développer sa description. Francisco était un méditant avancé, dont on ne peux pas douter des capacités à discriminer ses évènements intérieurs ! Il a suffit que je lui donne une indication catégorielle, pour qu’il transfère aussitôt ses compétences à un autre domaine d’activité. Ce qui lui manquait ce n’était donc pas la sensibilité, mais la compétence catégorielle à décrire une action mentale de façon détaillée en s’appuyant sur ce que j’appelle « la structure universelle des vécus ». Il était biologiste de formation, et n’avait pas l’habitude de réfléchir aux déroulements d’actions liés aux résolutions de problème. Il n’avait pas développé l’expertise que demande la description fine des déroulements d’actions finalisées.

Je pourrais donner de nombreux exemples de ce type, où la sensibilité était là, mais pas la compétence catégorielle, qu’elle soit universelle ou spécifique, que ce soit à propos de méditants ou d’autres catégories de pratiquants experts.

 

L’idée sur laquelle je veux insister est qu’il ne suffit pas d’être très sensible pour savoir tout décrire de son activité interne, il faut aussi savoir quels sont les types d’évènements que l’on peut saisir, les types de propriétés qui les différencient. C’est ce que je nomme : les compétences catégorielles.

Les compétences catégorielles sont de deux sortes :

– la première concerne ce que j’ai appelé la structure universelle de tous les vécus, et qui sert de grille de repérage permanent pour savoir (en structure) ce qu’il faut décrire pour rendre compte des actes cognitifs, mais aussi pour percevoir ce qui manque dans la description;

– la seconde concerne les catégories spécifiques à un type de tâche ou d’activité, et suppose qu’une recherche ait déjà été accomplie sur le domaine pour avoir été mis à jour, sinon, c’est le travail de description et l’analyse des données recueillies qui va permettre de découvrir, d’inventer les catégories spécifiques à un type d’activité.

La pratique de l’entretien d’explicitation a permit de bien avancer sur le premier point, l’apprentissage de la structure universelle des vécus fait partie des formations de base. En revanche, chaque fois que nous avons voulu décrire une nouvelle activité (l’acte d’évocation, mes mouvements attentionnels, les effets perlocutoires…), il nous a fallu découvrir/inventer ce qu’il y avait à décrire pour rendre compte de cette activité.

 

Différencier les compétences de discrimination et les compétences catégorielles conduit aussi à faire attention à la répartition de ces compétences chez l’informateur et chez le chercheur.

En particulier suivant que l’on se situe en auto-explicitation ou en entretien d’explicitation.

L’auto-explicitation demande de maîtriser les deux ensembles de compétences : sensibilité et catégorisation, car c’est nécessairement le chercheur qui décrit son propre vécu, car si ce n’est pas le chercheur il manquera les compétences catégorielles à celui qui décrit (et les compétences à conduire une recherche). L’entretien d’explicitation  répartit les compétences, l’informateur qui est interviewé peut être choisit parce qu’il est particulièrement expert dans la discrimination interne, et le chercheur, c’est-à-dire l’intervieweur, est expert dans la description des vécus parce qu’il en maîtrise la catégorisation.

 

C’est ce qui fait l’intérêt précis de l’entretien d’explicitation que de pouvoir guider de façon non inductive l’informateur dans l’accès, la description fine, le réfléchissement de son vécu passé, sans que l’interviewé soit nécessairement un expert de la catégorisation du monde intérieur. Et tant mieux s’il est particulièrement sensible et discriminant, mais ce n’est pas une condition nécessaire.

 

A travers mon texte, suit donc un autre thème : celui des types de questions de recherche que l’on se pose. Souvent les chercheurs se référant à la méditation visent des thèmes comme : la nature de la conscience, les évènements élémentaires d’apparitions des pensées, la discrimination entre soi et non soi dans l’expérience. Pour ma part, je suis plus mobilisé par la connaissance des actes cognitifs impliqués dans les différentes formes de remémoration, dans les effets possibles de changement de point de vue suivant que le sujet déplace son lieu de conscience avec différentes intentions, les transitions fines qui s’opèrent dans un déroulement d’action engagé etc …

Comment s’articulent les types de questions de recherche et la méthodologie de recueil des données en première et seconde personne ? À suivre ….

 

 

Décrire l'expérience vécue pour la recherche Méditation, méditant, entretien d'explicitation ? Pierre Vermersch Il ne ma...

Lire la suite »

La structure universelle de tous les vécus (suite)

La structure universelle de tous les vécus (suite)

Point de vue du chercheur et point de vue du sujet : structure et contenu du vécu.

en réponse à une question de C. Delavergne, (j’ai rajouté des numéros) :  « 1/ Vous citez la structure temporelle comme universelle. Vous n’évoquez pas la dimension spatiale. Cependant, vous utilisez dans votre discours des termes spatiaux comme « couches », « endroit »…

2/ Cependant, les perceptions temporelles diffèrent aussi selon les cultures (perception cyclique, flèche du temps, monochronie, polychronie….) »

3/ Il y a aussi chez nous tous cette tendance à la typification (Schutz), cette structure temporelle « routinière », incorporée dans des schèmes d’action  « je fais ceci, puis cela », sous entendu « d’habitude » ou « toujours »… et aussi cette aptitude à qualifier une situation, à lui donner une structure d’intrigue typique, généralisante, à formater un vécu singulier dans cette structure. Dans ce cas là, la structure temporelle est présente, mais elle est typifiée, et ne décrit pas ce qui a été vécu

Je suppose que cela relève aussi de la structure temporelle universelle…?

4/ Mais même dans des situations dites « routinières », cela se passe différemment car il y a toujours des micro « événements » et des micro décisions à prendre.

Le repérage de « structures temporelles qualitatives » c’est celui du changement « de grain », du déplacement ou de la réorientation des repères de début et de fin ? »

=================================

 

Dans un premier temps, ces questions semblent faire jouer des oppositions simples : temporel versus spatial ; temporel universel versus temporel culturel ; temporel singulier versus temporel typifié, généralisé, pré catégorisé.

Mais dans le rôle que je cherche à faire jouer à l’idée de structure universelle de tous les vécus, je ne cherche pas à me situer par rapport à ces oppositions. Je me positionne en amont dans une première opposition entre la structure des vécus versus le contenu des vécus. Le contenu de tous les vécus participe de la temporalité, de la spatialité, de l’appréciation subjective de chacune de ces dimensions.  Je me situe pour ma part dans un point de vue « externe » qui prend la structure du vécu comme un objet, une abstraction.

Pour faire, il faut distinguer le point de vue du sujet et le point de vue du chercheur/praticien qui conduit l’entretien.

Quand je développe l’idée de la structure universelle des vécus, en insistant fortement sur la dimension temporelle, je me situe du point de vue du chercheur / intervieweur, qui vise à documenter la description détaillée du vécu d’une action finalisée.

 

Aide mémoire pour l’intervieweur pendant l’entretien

L’idée de structure universelle joue alors le rôle d’un aide-mémoire qui à chaque instant de l’entretien permet de repérer ce qui est dit dans sa position à la trame temporelle du vécu et du même coup ce qui n’est pas dit en référence à l’inévitable déroulement temporel dans lequel tout vécu est inscrit.

Il ne s’agit pas d’une structure temporelle basée sur la durée, mais sur l’articulation des différents temps propres à chaque action, à chaque micro action : début marqué par une prise d’information qui oriente l’action, la pré organise, réalisation qui accomplit l’action, fin marquée par prise d’information qui évalue le résultat et prépare la transition avec l’action suivante. C’est vrai d’une action complète (préparer une tarte aux pommes[1]), mais comme une structure fractale c’est encore vrai des actions qui la compose (peser le beurre, peser la farine, préparer les pommes etc.), mais aussi des micros actions qui permettent par exemple cette pesée (prélever du beurre avec un instrument, mesurer la quantité, déposer), c’est vrai des micros-micros action (action de prélever du beurre sur une tablette), et même plus fin encore (comment je me saisis du couteau pour faire le geste) et plus si nécessaire.  La granularité du questionnement et des relances va permettre de descendre au niveau de détail utile, c’est-à-dire celui qui permet de comprendre la réussite ou l’échec de l’action. A côté de ces actions matérielles, en même temps, se déroulent des pensées, des jugements, des activités corporelles, des émotions, des croyances, une ou plusieurs co-identités, chacune de ces « couches de vécu » demandent une reprise, un questionnement supplémentaire. Et chacune de ces couches est nécessairement indexée sur la structure du déroulement temporel. La dimension intime et subjective des qualités du vécu sont saisies et indexées dans la trame de la structure temporelle universelle, y compris, si c’est le cas l’appréciation des qualités temporelles subjectives.

La conscience permanente de cette structure temporelle universelle est un des outils essentiels de l’écoute propre à l’entretien d’explicitation permettant de guider le questionnement, et d’améliorer la description. Ce qu’aucun sujet ne saurait faire seul, sans aide, ou sans apprentissage préalable (apprentissage de l’auto-explicitation). Mais il faut bien comprendre que l’entretien d’explicitation ne cherche pas à guider une verbalisation de manière directement structurée du début à la fin du vécu singulier, mais s’adapte sans cesse au fur et à mesure que l’information passée se verbalise pour faire compléter ce qui est dit. Ce qui veut dire que l’entretien se déroule sur la base des matériaux spontanément proposés en rebondissant pour les détailler autant que nécessaire, explorer le juste après ou le juste avant, ou encore revenir sur des temps manquants. L’ordre de description spontanée ne correspondra pas à l’ordre du vécu. Pour comprendre le vécu, il faudra le reconstituer à partir du « désordre » temporel de sa description. C’est particulièrement vrai pour la recherche, alors que pour un enseignant par exemple, dans son questionnement relativement à la réalisation d’un exercice, il fera la synthèse au fur et à mesure pour pouvoir intervenir ensuite, ou vérifier que l’élève a bien pris conscience de comment il a fait.

 

Dans la recherche : organisation des transcriptions des descriptions verbalisées.

Donc, cette structure universelle de temporalisation des vécus sera tout aussi importante pour la préparation de l’analyse des transcriptions d’entretien. Une fois l’entretien soigneusement transcris, une des étapes essentielles  est de remettre en ordre chaque moment dans la succession du vécu passé, alors que l’information sur ce moment a pu être obtenue à n’importe quel temps de l’entretien. Il faut noter qu’aucun programme informatique ne peut réaliser automatiquement cette mise en séquence temporelle des verbalisations, elle doit être faite nécessairement à la main. Les programmes actuels d’analyse de textes savent très bien faire des statistiques lexicales, extraire des thèmes, mais ne peuvent reconstituer automatiquement la séquence temporelle du vécu à partir de sa verbalisation.

 

Contenus du vécu

Toutes les questions que tu poses relèvent de la différence de point de vue entre structure et contenu du vécu. Ce que tu cites relève des propriétés subjectives du vécu, que ce soit la spatialisation de chaque prise d’information ou de l’expression verbale dans sa dimension métaphorique, que ce soit les multiples formes d’appréhension temporelle subjective, que ce soit aussi toutes les couches de vécu possibles (émotion, acte, corps, croyances, identités). Et bien sûr, ces propriétés sont importantes en référence au but poursuivi dans la recherche (on ne cherche jamais à documenter la totalité des propriétés du vécu). Mais quelles que soient ces propriétés, elles se manifestent et s’inscrivent inexorablement dans un déroulement temporel. Par analogie, un morceau de musique peut comporter des rythmes différents, des ralentis, des accélérations, des pauses,  des reprises, des transpositions, des superpositions de voix, des glissements, mais il n’en reste pas moins que son exécution se déroule nécessairement dans le cadre de la structure temporelle universelle et que chacune de ces nuances se situe à un moment de cette structure, tel qu’un ou plusieurs musicien la réalise. Et si je veux aider à verbaliser ces micro temps, il faut que la personne interviewée soit guidée, maintenue dans le contact avec chacun des moments vécus passés. Dans mon cadre de recherche, quand j’ai une expression subjective qui n’est pas reliée à un moment vécu spécifié, je ne sais pas comment ce qui est nommé s’incarne, peut être n’est-ce juste qu’une opinion, une représentation, un commentaire …

Ainsi, dans le cadre du colloque, il a été commenté l’exemple d’un veilleur de nuit qui dit « la nuit est longue », de mon point de vue cet énoncé est un jugement. Seul, il ne veut rien dire : à quelle occasion, à quel moment de son travail ce jugement lui vient-il ? Quels sont les critères qui le conduisent à qualifier de « longue » ?  Les recherches mobilisant l’entretien d’explicitation ne visent jamais à faire verbaliser directement les opinions, les jugements, les représentations, les généralisations. En revanche il est clair qu’à partir de la description du déroulement de l’action il est possible de savoir quels sont les représentations immanentes, celles qui se sont effectivement incarnées. Lors d’une recherche sur les élèves professeurs d’éducation physique, un stagiaire se donnait pour but de « faire participer tous les élèves », comme étant la base de ses valeurs pédagogiques. Mais la description de ce qu’il avait fait, lors d’une heure précise (pas en général), montrait qu’il n’avait fait que de la discipline ! Les valeurs incarnées par ses actes ne reflétaient pas les valeurs verbalisées. Le primat de la référence à l’action (et donc à son déroulement) qui caractérise l’entretien d’explicitation est basé sur le souci de savoir comment la subjectivité s’incarne, pas juste comment elle se pense.

 

[1] Je choisit une action matérielle comme exemple, juste parce que c’est plus facile à se représenter et à suivre, mais la démarche est la même pour une action mentale : lecture résolution de problème, activité de remémoration, etc …

La structure universelle de tous les vécus (suite) Point de vue du chercheur et point de vue du sujet : structure et con...

Lire la suite »

Comprendre la notation V1, V2, V3 dans la pratique de l’entretien d’explicitation

Comprendre V1, V2, V3

dans la psychophénoménologie et l’explicitation

Pierre Vermersch

 

L’entretien d’explicitation s’est créé et s’est développé à partir de quelques intuitions, elles mêmes issues de mes expériences vécues. J’ai décrit ce cheminement dans le premier chapitre de mon livre « Explicitation et phénoménologie ».

Progressivement, son utilisation à conduit à des formalisations, des systématisations, de nouvelles formulations de questions. Mais il est alors devenu nécessaire de mieux comprendre ce que nous faisions et pour cela il était logique et évident de commencer par pratiquer l’explicitation des techniques de l’entretien d’explicitation.

L’outil devenait un objet d’étude, mais était encore l’instrument d’étude privilégié appliqué à la description de ses usages ! Comme l’attention est nécessaire à l’étude de l’attention, l’entretien d’explicitation était l’outil idéal pour étudier les actes mis en œuvre dans sa pratique.

Nous avons alors rencontré de nombreuses difficultés pour parler de ce que nous étudions  : à tout moment il y avait une confusion pour savoir si nous parlions du vécu étudié, du vécu d’expliciter ce vécu étudié, ou du vécu explicitant l’explicitation … Progressivement, le besoin de créer des repères précis pour nommer les différents temps d’exploration et les différentes activités qui les caractérisent est devenu nécessaire.

Nous avons ainsi créé un vocabulaire de base désignant trois types de vécus, correspondant à trois activités distinctes.

– V1, est le vécu de référence, c’est-à-dire le moment singulier passé qui a été choisi pour être décrit et explicité.

Il n’y a qu’un vécu de référence, il n’est pas nécessaire de rajouter quelque index que ce soit, alors que pour les autres types de vécus la question se posera. Je rappelle que pour l’entretien d’explicitation le vécu de référence ne peut être qu’un moment (un court laps de temps permettant d’étudier de façon détaillée son engendrement), et que ce moment soit singulier (une occurrence singulière, pas un cas habituel traité comme un cas général). Sinon, il n’y a pas de limites a priori à la variété des vécus de référence qui peuvent faire l’objet d’un entretien d’explicitation.

 

– V2, est le vécu de l’explicitation, le moment où mon activité est de remémorer V1 en évocation, et de le décrire de façon détaillé.

V2 a la caractéristique d’être un temps de suspension de l’activité habituelle, pour ne s’occuper que d’évoquer le passé de façon ciblée.  Mais ce qui est important c’est que V2 mobilise l’activité de remémoration, et que cette activité est double, elle comporte toujours deux couches : la première, c’est le contenu de l’évocation, ce contenu comporte lui-même des actions, dans cette première couche le passé se présentifie ; la seconde, concerne les actes mis en œuvre actuellement pour se souvenir du passé, comme lancer une intention éveillante, entrer en évocation, détailler un vécu. Si l’on veut développer une science de l’explicitation il faut décrire, prendre connaissance, de cette seconde couche et bien comprendre la distinction issue de la phénoménologie de Husserl entre contenu et acte, entre noème et noèse.

 

– V3, est le vécu d’explicitation de l’entretien d’explicitation, autrement dit c’est le moment où je prends pour contenu de ce nouvel entretien ce qui a été vécu lors de V2. Mais pas tout le V2 ! Car si l’on reprend le contenu de V2, on va revenir au questionnement de V1 et l’on n’apprendra rien, par exemple, sur l’acte d’évocation qui permet d’y accéder. Si l’on reprend la description de V1, ce n’est pas un V3, mais un V22. c’est-à-dire un second entretien sur le vécu de référence initial V1.  Pour que ce soit un V3, il faut questionner les actes déployés lors de l’entretien V2. Notre expérience nous a montré que cela n’allait pas de soi ! Dans nos premiers essais de faire décrire les actes de mise en évocation, nous avons justement dérapé dans le contenu de l’évocation. Quand nous avons voulu étudier les déplacements attentionnels lors de la conduite de l’entretien, nous n’avons pas su quoi questionner, faute d’une catégorisation permettant la reconnaissance des actes qui pouvaient être questionnés. V3 est donc un vécu qui désigne une activité de description phénoménologique des actes de l’explicitation.

Il est possible de reprendre l’entretien sur les actes de l’entretien plusieurs fois, cela ne produira pas des V4, ou V5, … mais des V32, V33, etc

La notation V4 pourrait-elle avoir un sens ? Pour ce faire, elle devrait traduire une activité suffisamment différente de V2 (explicitation des actes et contenus d’actes passés produit lors de  V1) et de V3 (explicitation des actes produit lors de V2). Ou encore, on pourrait se demander quelle serait l’activité qui surplomberait V3, et mériterait d’être nommée V4 ; qui surplomberait de la même façon, mais transposée, au fait que V2 surplombe V1 et que V3 surplombe les actions produites en V2 ? Questionner les actes produits lors de V3, ne ferait que reproduire la pratique de V3 : c’est-à-dire viser un vécu double, en se centrant non pas sur le contenu mais sur les actes. Dans les deux cas, on a le même fondamental : comprendre la distinction entre contenu et acte dans un vécu, et disposer d’une catégorisation des actes pour pouvoir les identifier et les questionner en détail. Ce qui surplomberait V3 serait l’activité de penser, de thématiser, de formaliser les vécus. Mais alors on quitte l’explicitation et sa pratique pour étudier l’activité intellectuelle de thématisation (au sens Piagétien), qui désigne une reprise d’un contenu représenté, pour le nommer, le catégoriser, le sémiotiser dans un langage qui s’abstrait du concret pour aller vers différentes formes d’abstraction. Il ne me semble donc pas qu’il y ait du sens à utiliser une notation V4, dans le cadre de la pratique de l’explicitation.

Le développement de ce système de repère V1, V2, V3 a été d’une grande aide pour la recherche sur la pratique de l’explicitation et me paraît essentiel pour toute recherche psychophénoménologique.

 

Comprendre V1, V2, V3 dans la psychophénoménologie et l'explicitation Pierre Vermersch   L'entretien d'explicitatio...

Lire la suite »

The universal structure of every past-lived experience Orientation basis for the practice of the explicitation interview

The universal structure of every past-lived experience. Orientation basis for  the practice of the explicitation interview

( An answer to a question during the colloquium RIFREQ may 2015 Montpellier Fr.)

Pierre Vermersch

During my lecture and in numerous recents papers, I speak of « the universal structure of all past-lived experiences » as a permanent universal guide to pay attention and explore the understanding of the description given by the interviewed.

Someone  asked if I formalized this structure.

I have not made a real formalization, instead a systematization which allows to find easily one’s way for, on one part, the practice of the guiding and the following throught the interview and, on the other part, for the researcher,  in the stage of formalization of the data from the verbalizations collected in preparation for their analysis.

 

For a good understanding of my point of view, we have to tell apart the generic properties of all past-lived experiences from the specific properties of each sphere of the experience.

 

The universal structure relates to generic properties. It is universal because it applies and it appears within all the possible past-lived experiences.

 

A/ Universal structure of the generic properties of the past-lived experiences.

 

Fundamentally, each past experience has a temporal organization. It can be understood in several ways.

 

1/ Every past-lived experience takes place in time, takes time to occur.

It is a trivial definition, but the interest lies in its negative properties.

When an author gives the description of a lived experience without any temporality, he leaves the lived experience to favor a peculiar event wich we do not know how it began, from what stages it was concieved, how it ended for something else. For example, when often the philosophers speak about introspection, consciousness, subjective experience. All I read, by now, refers to « see a tomato », « imagine an olive », « think of some rhubarb » etc, without ever taking in account the temporal dynamics of the experience. Instead of that, when interviewing someone about an action he lived, you must ask to yourself permanently if you have succeeded in getting  the time  progress of what you listen.

 

The time development of each past-lived experience is characterized by various qualitative structures :

 

  • Radically irreversible, it occurs from now to future, therefore it matters a lot to catch the before/after of the information hold which founds the decisions, the evaluations about what genders the next experience.
  • Each temporal progress has a beginning (a relative one), a succession of stages, an end (relative) ; before each beginning is an ante-beginning which may be important to understand its development ; and after each end, there is a post-end sometimes crucial. The term of beginning and end is always relative and must be precised relatively to criteria ( as change of goal, of place, of cycle, of acting).
  • Each of these times or stages can even itself be divided up, split up into smaller detailed description units which leads to understand how the action was generated. For example, in a thesis, the student describes the fact that the first page of a software is three times read. Thusly we must know how this front page is read, and even more, how is organized the reading of the first sentence on this first page and so on…
  • Each of these stages or micro-stages has always a qualitative structure : before it has been an information seizure which fixes up the micro-aim and also the supposedly appropriate acting answer ; then the act, a micro-act and the end coming from an information seizure which let know if the act was appropriate to the goal and settles, for one part, the decision to go to the next stage. (We are then very close to the TOTE model by Miller).

 

Practicaly, the temporal splitting into micro-stages is possible by noticing the verbs of action and by the relaunch on how the person does what she does.

Practically, we take in account the qualitative structure by discovering the beginning and the end, as they are based on information holdings which validate criteria of choice, of decision (and how do you knew it was over ?) often very implicite.

 

  • Each hold of information is organized with criteria ; most of the time, we have words about the result : the judgement (I knew it was easy, everything was allright etc). It is always interesting to make the spreading of the criteria attached to the grips of information.

 

The temporal qualitative structure is mostly based on information grips which determine the choice of the beginning and the assessment of the end. So it is crucial to get the assessment criteria on an adequate level to make them understandable for the gendering of the lived action.

 

2/ Past-lived experience layers and experiencial qualities of the past-lived experiences

 

Nearby the temporal structures, each lived experience  is made of numerous aspects simultaneously developing but nevertheless they must be considered and decribed separetly : I called them layers of past-lived experience. Meaning that each one is made of a cognitive layer of mental acts ; an emotional value layer (feelings) ; a bodily layer, with sensation of posture, gesture ; a value and believes layer ; an indentity layer (who am I when I am telling that ?) ; and more.

 

They are always there, but the researcher or the practitioner may not be interested by the whole of the past-lived layers. We must always have in mind what kind of descriptive information we search according to the goal we pursue.

 

B/ Specific properties

 

Each time we examine one sort of past-lived experience which has not yet been described and about which we need to know what to describe, and what are its pertinent descriptive categories, then, to know how to question and master the universal structures of every past-lived experience is enough !

As I am doing now, if I want to compare the process of evocation genuine to the explicitation interview with the peculiar one induced in the eriksonian trance, I found myself in front of the difficult distinction between the several states of psychic minds, the several acts induced or inhibited. As such, we need to invent new descriptive categories. For example, hypnosis induces easely someone to let his arm go up by itself, how categorize this fact ? We must discover the « agentivity » category (to feel responsible of what we do) and consequently the possibility of the loss of aggressiveness peculiar to the hypnosis, which does not occur in the explicitation interview. Each time we had to explore a mental act which was not yet conceptually cleared before, we felt in a condition of impotence and error, a blindness which became transformed by successive trials taking advantage of the first failures. It was the case for describing the evocation process and the attentionnal movements, and it is still the case for the lived experiences of dissociation.

 

As a result, it is important, in the field of research strategies, to give a full status to the exploratory analysis, to emphasize a thorough case study for the falsely rigorous prospect of an important sampling.

 

To conclude

 

The idea of an universal structure of all past-lived experiences organized by qualitative temporal structures and by past-lived layers, is not a complete and a formalized theory, its aim is pragmatical : to understand how to get a description of a past-lived experience to make it understandable, whatever its contents.

 

The important privative point is to locate quickly among the past-lived examples if temporality is taken in account or not, and also which  layer is privilieged (are there any other which could be pertinent but are not taken?).

 

Finally, we must not confuse the competence acquired from the control of the marks given by the universal structure with the competence we need constantly to develop for describing some sorts of acts which have never been examined in a first person speech position (and there are lots of them!!!).

 

 

 

 

 

 

The universal structure of every past-lived experience. Orientation basis for  the practice of the explicitation intervi...

Lire la suite »