Written by: "Pierre Vermersch"

Langage et conscience par Maryse Maurel à partir de Bitbol

Langage et conscience (billet invité de Maryse Maurel)

Après avoir papillonné dans le livre de Michel Bitbol La conscience a-t-elle une origine ? , j’en reprends la lecture dans l’ordre des chapitres. Je lis donc la question 1 : quel langage pour la conscience ?

Dans ce chapitre je retiens que « … le langage dans son maniement ordinaire convient mal pour cerner la question de la conscience … ». Pour différentes raisons,.

D’abord le langage signifie et dans ce cas, cela peut être un défaut, une contrainte, il nous prescrit « des renoncements à notre insu, c’est le réseau d’évidences partagées de de certitudes inquestionnées qui s’imprime en creux dans les règles limitatives de son bon emploi ». De plus, « en accomplissant l’acte de nommer, y compris lorsque je nomme l’expérience consciente, je vous pousse en avant, je vous attire autre part, je vous lance dans un futur proche, je fais mine de vous demander de rétrécir votre champ attentionnel et d’aller chercher quelque chose que vous n’avez pas directement sous la main ». Toutefois « … l’expérience n’est pas ailleurs ; elle est plus ici que quoi que ce soit d’autre ; plus ici que tous ses contenus, plus ici que quoi que n’importe quelle chose que l’on pourrait nommer ; plus ici encore que l’ici spatial ». L’expérience n’est pas en avant non plus qu’en arrière, elle est entrelacée à la présence.

Un autre défaut du langage est le jeu des contrastes et différences qui lui est consubstantiel. Impossible de trouver quelque chose à mettre en contraste avec l’expérience consciente.

« … utiliser le langage, c’est accepter de se décentrer, de se déactualiser pour prendre élan vers le foyer idéal d’un possible accord universel ».

J’ai maintes fois éprouvé, en étant A dans des entretiens avec ou sans dissociées, ou dans des  autoexplicitations, cette impossibilité à verbaliser au plus près de ce que je contacte, et la nécessité de faire quand même la mise en mots puisque c’est le seul moyen à ma disposition pour partager mon expérience avec les autres.

D’où mon manque de soin à choisir mes mots, comme si de toutes façons, quoique je fasse, il seraient trop approximatifs de ce dont je veux rendre compte. Pourtant, en écoutant ou en relisant mes mots, imparfaits, approximatifs, inexacts, je peux retrouver tout le remplissement dont ils sont l’étiquette, seulement l’étiquette, mais une étiquette qui peut réactiver le vécu évoqué dans toute son épaisseur.

Et je retiens ce qu’écrit Michel Bitbol dans ce chapitre. Le sage qui montre la lune quand l’être naïf regarde le doigt « est plus naïf que l’être naïf, car il se précipite vers les lointains au lieu de se déployer dans le proche ; et l’être naïf a au moins la sagesse d’habiter son monde-de-la-vie mitoyen au lieu de courir sur les sentiers de l’univers. Si le sage, pour ne pas céder à la naïveté, voulait dépasser le geste et la parole, cela devrait être vers leur amont, vers l’expérience immédiate de leur réalisation, plutôt que vers leur aval et vers des futurs incertains. Il devrait demander au verbe de le reconduire à la source vive plutôt que de l’égarer en le jetant à la poursuite de ses projets. Et il lui faudrait pour cela inventer une modalité de la langue où la prolifération coïncide avec son intention, et où l’audition opère comme un miroir de ce que vit l’auditeur. Il s’agit là d’une modalité que l’on peut appeler réflexive, auto-référentielle, tautologique ou encore « identifiante » (une note explique que c’est une référence à la locution italienne « linguaggio modesimale » en lien avec les enseignements du Zen). Une modalité de la langue de laquelle on ne peut pas participer en se mettant en tension pour saisir ce qu’elle veut dire, mais en creusant sa propre réceptivité pour dire ce qu’elle suscite. » Quelque chose qui relève du perlocutoire comme invitation à faire quelque chose, auto-locutoire en quelque sorte.

« L’acte auto-locutoire ne dit, ne décrit ni ne désigne rien non plus … simplement au lieu de nous enjoindre de faire, il nous enjoint de dé-faire ; de défaire la représentation d’idéalité qui nous fascine et nous entraîne hors de nous. Au lieu de nous inviter à agir, l’acte auto-locutoire nous invite à être et à réaliser cet être qui lui est contemporain. En nous rendant infiniment voisin du cœur de ce que nous vivons pendant qu’il est proféré, l’acte de langage auto-locutoire nous change ; et il nous change de la manière la plus complète qui soit puisqu’il nous fait coïncider avec la racine unique de nos puissances de voir, de comprendre, de décider, nous libérant par là de tout enfermement dans une vision, une compréhension, ou une décision particulières. »

Quant à l’utilisation d’un mot dans la description de l’expérience consciente, en référence à Wittgenstein, « ce n’est rien d’autre que savoir l’utiliser à bon escient dans un jeu d’échange intersubjectif, et d’interconvertibilité des circonstances vécues en première personne avec les circonstances associées descriptibles en troisième personne »

Quand je dis que le ciel est bleu ou que tel tissu est bleu (référence à mon témoignage d’Expliciter 100), je n’ai aucune garantie que votre perception soit la même que la mienne mais j’ai vérifié qu’il y a un invariant au sein des personnes qui parlent français, le mot « bleu » pour désigner cette couleur. Pourtant, il faudrait encore continuer l’investigation en posant la question : comment ai-je appris la définition du mot couleur, de son contenu sémantique et de son usage ?

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projet de Préface de la nouvelle édition de « L’entretien d’explicitation »

Préface : 20 ans après …

La première édition de cet ouvrage est paru en septembre 1994, après quelques années de mise au point de la technique de l’entretien d’explicitation (dont on peut dater la naissance en 1986), mais surtout après avoir animé depuis 1987 de nombreux stages de formation où la systématisation de chacun de ses outils s’est précisée, affinée, au fur et à mesure des prises de conscience des besoins des formés.

Fondamentalement, tout ce que j’ai écrit sur les différentes techniques mises au point en 86 reste juste et n’a pas changé, pour s’en tenir aux fondamentaux, je peux citer : importance de la référence à un moment singulier pour être sûr de viser le vécu et non pas la théorie ou les représentations de ce vécu ; mobilisation guidée de la mémoire d’évocation ; repérage des verbalisations descriptives et fragmentation de ces descriptions ; utilisation délibérée du contrat de communication … Ce livre reste donc pleinement d’actualité.

Ce qui a évolué, au plan de la technique, ce sont les finesses de questionnement par exemple. Le travail avec un groupe d’universitaires et de praticiens dans le cadre de l’association GREX (Groupe de recherche sur l’explicitation) fondée en juin 1991 avec Catherine Le Hir a permis de découvrir des formulations plus pertinentes, plus efficaces. Ou bien, nous avons progressivement perfectionné le repérage de la fragmentation, de l’amplification des qualifications, ou une meilleure prise en compte des couches de vécu.

Mais surtout, ce qui s’est beaucoup développé concerne le cadre théorique visant à donner sens à l’efficacité des pratiques d’aide à l’explicitation, que ce soit dans le développement de la phénoménologie de la conscience, de l’éveil de la mémoire passive, de la prise en compte de la modélisation de l’attention, d’une meilleure compréhension des effets perlocutoires, de la reprise actuelle des réflexions sur la pluralité des lieux de conscience. Toutes ces avancées théoriques ont été présentées dans mon livre  « Explicitation et Phénoménologie » paru en 2012. Ce dernier livre contient aussi quelques chapitres autobiographiques qui aideront le lecteur à mieux comprendre l’histoire de la création de l’entretien d’explicitation  mise en relation avec ma propre démarche intellectuelle et mes expériences pratiques. De nombreuses vidéos ont été mises  sur Youtube en 2013 qui décrivent différents points : comment est né l’entretien d’explicitation , mes rapports avec les praticiens, le rôle crucial de la mémoire d’évocation etc … d’autres vidéos sont en préparation.

A l’origine, ce livre est né d’une commande de Philippe Meirieu pour la collection Pédagogie, de ce fait beaucoup d’exemples étaient orientés vers les pratiques des enseignants et des formateurs. Mais progressivement, l’utilisation de l’entretien d’explicitation a largement débordé le cadre de la pédagogie. D’une part parce que ma communauté de recherche s’y est intéressé (psychologie cognitive, psychologie du travail, puis psychologie du sport et de la santé, anthropologie et finalement la philosophie dans son orientation phénoménologique), mais aussi parce que de nombreux domaines de la pratique dont je n’étais pas familier sont venus me solliciter (petite enfance, éducation spécialisée, formation infirmière, danse, musique, équitation, debreifing dans les métiers d’urgence, supervision, VAE,  pratique des bilans de compétences, …). En conséquence, vingt ans plus tard, il parait judicieux de le publier dans une collection autre que pédagogique pour viser tous les métiers de la relation.

Le sens de l’entretien d’explicitation s’est progressivement modifié et élargi. A l’origine il était pour moi le moyen privilégié pour s’informer de l’inobservable, comme les activités cognitives, les raisonnements, les prises d’information qui ne sont accessibles que par l’introspection de celui qui agit. Dans son développement vers les praticiens, il s’est imposé comme un moyen incontournable pour outiller une pédagogie réflexive, une pédagogie à la fois fondée sur la prise de conscience de sa manière d’agir et sur la possibilité pour le professionnel de s’informer auprès du formé de ce qu’il avait fait afin de mieux ajuster sa pédagogie. A l’étape actuelle, l’entretien d’explicitation se présente comme le seul moyen disponible pour conduire des recherches en première personne, prenant en compte la subjectivité, telle que la vit le sujet, et permettant d’aborder des sujets de recherche liés à la conscience, à l’attention, aux différents modes de représentation, à la création du sens. Bref, à tout ce qui pourra constituer à terme une véritable psychologie phénoménologique.

(note, les références bibliographiques ne sont pas visibles)

Préface : 20 ans après … La première édition de cet ouvrage est paru en septembre 1994, après quelques années de mise au...

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Faire de la psychologie expérimentale c’était être clivé par devoir (1967)

Mais alors de quelles ressources pouvais-je disposer pour développer non plus une technique d’aide à la verbalisation comme je l’avais fait pragmatiquement pour l’entretien d’explicitation, mais une psychologie de la subjectivité, une psychologie en première personne, une psycho-phénoménologie, non plus avec des catégories d’observateurs en troisième personne, mais avec des catégories « d’expérienceurs » ?

En fait, j’étais depuis le début coincé par les messages éducatifs de ma formation universitaire : Attention obtenez la validité comportementale ! Restrictions sévères des interprétations ! Utilisation d’échantillons multiples ! Plan d’expérience ! Traitements statistiques sophistiqués ! Attention méfiez-vous ! Tout dans la recherche en psychologie est là pour vous tromper, pour vous abuser ! Et le pire de tout : attention à l’introspection ! Ne vous rapportez pas à votre propre expérience ! Cela n’est pas scientifique ! Cela n’a aucun sens ! Aucune portée !

La psychologie que j’ai fréquenté dans mes débuts (66/70 Aix en Provence)  n’était pas tant une science, qu’une forme de religion dogmatique fondée sur la pureté sans concession de sa méthodologie. L’article principal du dogme relevait de la « méthode expérimentale » !

Faire de la recherche en psychologie, c’était être clivé par devoir.

Le message implicite constant était que : Moi en tant que sujet, je dois, pour faire de la recherche (de la Science), mettre de côté toutes mes expériences, tous mes vécus, ne pas confronter ce que dit la science psychologique à ce que je connais, à ce que je vis.

Par exemple, pour pouvoir parler de logique naturelle (c’est-à-dire tout bêtement le fait que nos raisonnements habituels sont entachés d’erreurs, de paralogismes, d’inconséquences, de biais), il a fallu une levée de tabou qui a pris près de dix ans dans les années 70. Puisqu’à la base l’intelligence adulte était réputée achevée, complète, parfaite. Et quand j’ai débuté dans la recherche en 1969, il était convenu que la genèse des opérations cognitive s’achevait à 14 ans avec l’accès au stade des opérations formelles selon Piaget. Oui mais que faire de ce que l’on observait dans la vie quotidienne, de ce que l’on constatait dans les apprentissages professionnels, de que l’on découvrait dans les étapes de la résolution de problème qui ne relevait en rien d’une intelligence achevée ! C’était alors des exceptions incroyables, que l’on nommait avec précautions, que l’on ne savait pas interpréter. Il y a eu très progressivement l’élaboration du concept de pensée naturelle y compris en psychologie sociale, pour pouvoir parler de la pensée tout court, telle qu’on peut l’observer dans sa mise en œuvre en formation, comme dans le travail. Mais le message de fond de la psychologie était bien celui des expérimentalistes, et tout le mouvement post-piagétien s’est fait sur la base d’une course à l’honorabilité méthodologique la plus stricte, même quand, de fait, on a pu s’apercevoir que cela n’ajoutait pas grand-chose aux données déjà obtenues.

Mais alors dans cette situation schizoïde de la psychologie universitaire où trouver des ressources pour développer une psychologie de la subjectivité, une psychologie en première personne. Trois domaines m’ont apporté des éléments de réponse :

  • Les pratiques, les praticiens et les pratiquants.
  • La psychologie introspective du début du 20ème siècle,
  • La phénoménologie de Husserl.
    Extrait du chapitre 1 de « Explicitation et phénoménologie », P. Vermersch, 2012, PUF

Mais alors de quelles ressources pouvais-je disposer pour développer non plus une technique d’aide à la verbalisation co...

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Propos sur l’introspection

Peut-on étudier la conscience, sans prendre en compte ce dont le sujet est conscient ou dont il peut devenir conscient. Quelles que soient les critiques méthodologiques sur les limites et les inconvénients du recueil de données subjectives, la seule réponse est : «d’accord, c’est critiquable, mais nous devons apprendre à acquérir ce type de données». Si c’est critiquable, comment pouvons- nous faire mieux ?

Depuis plus d’un siècle chaque fois que l’on a conclu que c’était critiquable, on en a déduit qu’il fallait s’arrêter de le faire. Et en conséquence, lui substituer une méthode plus objective, plus contrôlée même si elle n’apporte pas les données dont on aurait besoin. (Chercher la clef là où il y a de la lumière, pas là où on l’a perdu).

Mais nous sommes maintenant le dos au mur, puisque cette stratégie de fuite n’est plus possible. Il n’est plus possible de continuer à répondre en esquivant le problème, en faisant autre chose en réponse à ces critiques, mais nous devons  trouver le moyen de faire mieux. De toute manière, nous avons maintenant conscience que nous avons besoin de ces données, qu’il nous faut les constituer de manière satisfaisante en tant que données subjectives puisque c’est de ces informations dont nous avons besoin pour corréler les deux points de vue. La seule réponse possible à toute critique méthodologique est de continuer à travailler dans la même direction en essayant de perfectionner la démarche. Il n’y a pas d’exemple où une communauté de chercheurs s’étant attaqué à un problème ne produise pas des inventions, des perfectionnements, des dépassements de naïveté initiale, à condition de choisir de continuer à y travailler plutôt que de fuir le problème en faisant autre chose. 

(Vermersch P., 2012, Explicitation et phénoménologie, extrait du chapitre 1)

 

Peut-on étudier la conscience, sans prendre en compte ce dont le sujet est conscient ou dont il peut devenir conscient....

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Michel Bitbol Chap 3 Comment changer d’état de conscience ?

 

Le titre de ce chapitre est prometteur, il traite d’une question cruciale, que je reformulerais ainsi : pour accéder à l’expérience il faut changer soi-même, il faut accéder à un état,  produire des actes nouveaux qui supposent plus que l’apprentissage d’une technique : une modification de soi.

Le chapitre va traiter successivement de trois points de vue :  le premier porte sur l’acte programmatique de la phénoménologie de Husserl, l’époché et la réduction (125-166); le second, va prendre appui sur les techniques contemplatives et principalement la méditation bouddhiste comme cas exemplaire de moyens pour accéder à une éducation de l’attention pour viser l’expérience ; dans le troisième, l’auteur essaie de répondre à la question (p 185) : « Mais au fait à quoi nous ouvrent la réceptivité à ce qui se montre et le pouvoir d’examen neutre et attentif de la vision pénétrante ?… A quelle structure détaillée d’apparaître le « microscope » vipasyana » donne-t-il  accès ?  »

Le travail de présentation est énorme et remarquable, mais … Mais, la longue exposition des différentes formes de réduction, ne me semble pas déboucher sur une articulation possible avec un programme de recherche ciblé (sinon, comme tout au long du livre, l’espoir d’une coordination avec la neuro …), le point extrême de la réduction, exclue les distinctions catégorielles, à se demander si l’on ne vise pas un état contemplatif et non la réponse à des questions de recherche. De même, je partage certes l’intérêt pour la méditation, comme éducation de l’attention (une des compétences essentielles à la description du vécu, voir dans ce blog), mais la motivation sotériologique de ces pratiques n’a pas de place dans la recherche. La troisième partie qui porte sur le « à quoi nous ouvrent », pourrait laisser penser que puisque la méditation est l’outil le plus parfait qu’il se puisse concevoir, les résultats de toute recherche phénoménologique sont déjà trouvés, exposés en détails grâce à des siècles d’exploration. Mais ce n’est pas le cas, le résultat est décevant, il engendre d’interminables classifications de détail qui ne recoupent pas nos questions de recherche. En fait en arrivant à la fin de ce chapitre, je ressent le manque 1/ d’un programme de recherche, d’un programme qui quitte la question globale de l’expérience consciente pour rentrer dans des questions particulières comme la phénoménologie des actes de rappel, des modulations de l’attention, du fonctionnement des visées à vide, de la création du sens etc … 2/ La pédagogie de la méditation ne saurait produire à elle seule des chercheurs phénoménologues, et la pédagogie de la réduction est inexistante, finalement tout les exposés sur la réduction se donnent comme prescriptifs,  ils ne comportent rien sur la pratique effective, il n’y a pas de description d’expérience vécue de réduction, et il n’y a aucune ouverture vers une pédagogie, un apprentissage de la réduction. La pratique est souvent nommée comme nécessaire, mais tout le texte manque de référence à une pratique effective (autre que la méditation, qui elle ne produit pas de résultats de recherche). Pour ma part, je pense que cet apprentissage passe nécessairement par une médiation sociale, par des exercices graduels qui donnent l’occasion de découvrir dans l’expérience ce qu’il y a à faire, mais surtout ce que l’on ne fait pas. C’est exactement ce que j’ai créé et que nous proposons dans les stages de formation de base aux techniques de l’explicitation. Dans ces stages il n’y a pas de méditation, il n’y a pas d’exposés théoriques sur les réductions, il y a l’apprentissage de tourner son attention vers son vécu (passé) de façon réglée, progressive, en mettant en oeuvre les actes qui permettent de le faire et de le perfectionner.

Chapitre 3 du livre de Michel Bitbol, « La conscience a-t-elle une origine ? » 2014   :Comment changer d’état de conscience ? p 125-199

  Le titre de ce chapitre est prometteur, il traite d'une question cruciale, que je reformulerais ainsi : pour accé...

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conclusion du chapitre 12 de M. Bitbol

Citation de quelques phrases de conclusions de ce fameux chapitre 12,  p 601/2

« Pour lui (le phénoménologue hybride), comme pour Merleau-Ponty avant lui, le chiasme neuro-expérientiel ne peut dès lors avoir qu’une seule signification, une signification immédiatement donnée dans sa manifestation plutôt que médiatement inférée à partir de son utilisation : celui d’une divulgation ponctuelle de la structure entière de ce qui se présente, d’une révélation locale de la bivalence constitutive du monde-là en sensible et en senti, en agissant et en pâtissant, en impulsion de saisir et en résistance à la saisie. Constatant que l’attitude élaborée, construite, absorbée par ses visées, du chercheur scientifique lui fait perdre de vue son adossement vécu sans lui permettre d’en rendre raison en retour, le phénoménologue évolué de l’âge des sciences cognitives propose d’aborder le chiasme neuro-expérientiel dans un état d’esprit redevenu innocent, déconstruit, désabsorbé. C’est seulement ainsi qu’il lui devient possible de ne plus voir la bivalence du visible et du voyant comme problème, mais comme milieu à habiter, comme labyrinthe à explorer, comme topographie  ostensible du monde, comme ultime merveille.

Face à la probable objection réitérée qu’il s’agit là d’un renoncement, que l’émerveillement ne traduit qu’un aveu d’ignorance primitive, que la modernité scientifique s’y est opposée de toutes ses forces en adoptant comme slogan fondateur le « ce n’est pas merveille » cartésien, la réponse va de soi. … Car de nos jours, la candeur que suppose la reconnaissance de la merveille d’un voyant-percevant coextensif à son site vu-perçu est tout sauf première. Elle demande à être cultivée, autant que son contraire ; elle relève d’une élaboration de second ordre par rapport à la définition de simple thèmes d’étude ; elle n’est consentie qu’à l’issue d’un examen équitable des succès sans précédent des sciences cognitives et de leur échec permanent caché en leur centre informulé. …. »

Bon. Ca ne vous donne pas envie de lire ? Et le chapitre suivant est bien pire, puisqu’il nous concerne directement : « L’introspection est-elle possible ? « , autrement dit l’explicitation est elle possible ? Comment l’auteur va-t-il présenter l’affaire, lui qui est aussi formé à l’entretien d’explicitation ? Serons-nous d’accord sur sa présentation de notre technique ?

 

Citation de quelques phrases de conclusions de ce fameux chapitre 12,  p 601/2 "Pour lui (le phénoménologue hybride), co...

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M. Bitbol, chap 12 « Comment la nature est elle nouée par et avec la conscience » ?

La conscience a-t-telle une origine (2014) M. Bitbol, chap 12 « Comment la nature est elle nouée par et avec la conscience » ? p541/602

Je termine la lecture de ce magnifique chapitre, les mots qui me viennent sont : extraordinaire, lyrique, visionnaire ! Pourtant ce n’est qu’un raisonnement suivi, il n’y a pas de grandes phrases romantiques ou spectaculaires. C’est juste qu’à le suivre depuis le début du livre et dans ce chapitre qui rassemble toute l’argumentation sur un point nodal, je suis emporté par la force visionnaire de son analyse. Quoi ? Vous voulez que je vous résume l’argument ? Non mais ça va pas ! Allez le lire. Découvrez ses démontages patients de la position matérialiste, la mise en place du concept de noeud (un lien réciproque et entrecroisé, si cela peut vous aider). L’analyse de l’expérience de référence du corps touchant-touché à la fois chez Husserl, mais surtout chez Merleau-Ponty (au passage  p.557 l’indispensable analyse temporelle de l’acte, qui parlera aux familiers des fondamentaux de la technique d’aide à l’explicitation). La reprise de l’analyse de la causalité à partir de la page 565, un peu de Kant, un peu de Varela. Le patient détricotage de la corrélation neuro-expérientielle, jusqu’au vertige assumé des conclusions qui en découlent.

La conscience a-t-telle une origine (2014) M. Bitbol, chap 12 "Comment la nature est elle nouée par et avec la conscienc...

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M. Bitbol chap. 7 Que faut-il être pour adhérer à une thèse métaphysique ?

chap. 7 Que faut-il être pour adhérer à une thèse métaphysique ? 303-363 Magnifique chapitre où le fil conducteur est de classer les principales postures relativement à la conscience, mais en prenant comme idée principale que chacune est le reflet d’une manière d’être du chercheur, ou groupe de chercheurs, qui l’adopte et la promeut (d’où le titre : que faut-il être pour …). La dimension psychologique, personnelle, des chercheurs est du coup omniprésente et non plus masquée comme il est correct de faire habituellement. L’ensemble permet d’apprendre clairement beaucoup d’informations relativement à toutes les écoles de pensées, en particulier dans tous les travaux les plus récents. Excellente mise à niveau pour moi, je profite du travail colossal de Michel Bitbol. Je note en particulier qu’il me fait vraiment redécouvrir la posture de Descartes, comme je ne l’avais jamais envisagée, dans son lien puissant à l’expérience de « ne pas penser », juste se détendre, jouir de la vie et prendre le temps d’accueillir, pour pouvoir s’ancrer dans l’expérience de vie (tout ça ce sont mes mots, pas directement ceux de l’auteur). Découverte de Fechner, fondateur de la psychophysique (mesure des seuils sensoriels) et farouche défenseur d’une thèse panpsychisme, ancrée dans une longue expérience de privation sensorielle qui lors de son interruption le mit en contact avec le monde d’une manière extraordinairement vivace. Excellent chapitre 7. Peut-être lu pour lui-même, excellent travail de révision ou/et de découverte synthétique de toutes les postures relatives à la conscience ! Merci Michel. J’attaque le chapitre suivant. Et vous l’avez vous lu ? Allez vous le lire ???

chap. 7 Que faut-il être pour adhérer à une thèse métaphysique ? 303-363 Magnifique chapitre où le fil conducteur est de...

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Auto-explicitation J1

Premier jour de stage. Idée pédagogique de base : créer les conditions pour rencontrer les difficultés !

Par exemple, rencontrer le moment où il semble que je n’ai plus rien à écrire, que j’ai tout dit, que c’est bien assez. En fait, c’est la conscience réfléchie qui dit ça, elle ignore tout ce que je pourrais encore dire, de tout ce qui est éveillable si je sais diriger mon attention différemment. Mon attention est comme le singe et la callebasse. L’ouverture est étroite, focalisée, mais une fois saisies les cacahuètes il n’est plus possible de sortir la main, l’attention. Comment désengager l’attention pour qu’elle se tourne à nouveau vers d’autres centrations, et découvrent encore et encore de nouveaux aspects de mon vécu que je pourrais décrire.  Pour savoir comment déplacer son attention à l’interieur de soi, à l’intérieur de son ressouvenir, il faut déjà que je rencontre la difficulté clairement et que là je découvre les ressources utilisables. Les ressources connues, comme me poser une question qui fragmente ce qui a déjà été décrit, comme me demander tout simplement « y-t-il autre chose encore ? « . Toutes ressources qui reposent sur le fait de me parler, de me questionner, de prendre soin de moi.

Premier jour de stage. Idée pédagogique de base : créer les conditions pour rencontrer les difficultés ! Par exemple, re...

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Annonce de la première partie de « l’entretien d’explicitation » 2014

Créer les conditions permettant de faire expliciter le vécu passé.

Les techniques de l’entretien d’explicitation  reposent sur des conditions préalables à réaliser pour pouvoir être mises en œuvre.

Ces conditions ont été systématisées, formalisées et doivent être respectées à la lettre pour permettre d’atteindre le but visé : la verbalisation descriptive d’un moment vécu passé.

Créer les conditions permettant de faire expliciter le vécu passé. Les techniques de l’entretien d'explicitation  repose...

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