Written by: "Pierre Vermersch"

Numéro 104 d’Expliciter

Sommaire

1 – 10 Phénoménologie de l’écoute. Analyse micro et subjective de l’empathie. Comment s’harmonise une relation ? Emmanuelle Maitre de Pembroke.

11 – 15 A quelles conditions un entretien post visite de stage peut-il être un temps de formation pour l’étudiant, futur enseignant ? Sylvie Bonnelle.

16 – 19 CR groupe Fabien, Christine, Sylvie. Université d’été Août 2013.

20 – 32 L’entretien d’explicitation pour les travailleurs sociaux. Gérald Alayrangues.

33 – 35 La conscience a-t-elle une origine ? de Michel Bitbol. Notes de lecture de Claude Marty. 

36 – 43 Vous avez dit : auto-explicitation ? Claudine Martinez.

44 – 45 Dissociation/décentration. Pierre-André Dupuis.

46 – 50 Journal Expliciter et présentation de protocoles.Maryse Maurel

51 – 55 Description et niveaux de description. Pierre Vermersch.

téléchargeable à :

http://www.grex2.com/assets/files/expliciter/Expliciter%20104.pdf

Sommaire 1 - 10 Phénoménologie de l’écoute. Analyse micro et subjective de l’empathie. Comment s’harmonise une relation ...

Lire la suite »

Première, deuxième et troisième personne, N. Depraz (ed)

à paraître le 15 octobre chez Zeta Boooks en version électronique ou papier.

http://www.zetabooks.com/forthcoming-publications/depraz-n-ed-premiere-deuxieme-troisieme-personne.html

SOMMAIRE

Natalie Depraz – Introduction : Première, deuxième, troisième personne. Présentation générale

Première Section : Les personnes dans la langue

Stéphane Chauvier – Du rôle au moi
Catherine Filippi-Deswelle – Les personnes (grammaticales) en relation : ni fusion ni confusion
Audrey Gerlain – Une mise en perspective philosophique du propos linguistique : Réponse à Catherine Filippi-Deswelle
Isabelle Joly, Maryvonne Holzem et Nathalie Baudouin – Les études phénoménologiques en première, deuxième et troisième personne : la question des études mixtes : point de vue philosophique et exemplification linguistique

Deuxième Section : L’expérience en première personne : la phénoménologie en question

Natalie Depraz – Qu’est-ce qu’une phénoménologie en première personne ?
Noémie Parant – D’une phénoménologie en première personne à la phénoménologie en deuxième personne de l’expérience éthique. Réponse à Natalie
Depraz
Florence Even – Première, deuxième et troisième personne chez Lacan
Eve Berger – Méthode en première personne et rapport au corps Sensible : pour une pratique corporéisée de la description
Pierre Vermersch – Le dessin de vécu dans la recherche en première personne. Pratique de l’auto-explicitation

Troisième Section : Les méthodes en première, en deuxième et en troisième personne : l’apport de la réflexion scientifique

Aliyah Morgenstern – Je comme un Autre : les premiers récits autobiographiques de l’enfant
Michel Bitbol – L’expérience d’objectiver (ou comment vivre en première personne la possibilité de la troisième
Jean Vion-Dury – L’expérience musicale, l’entente de l’être : variations en troisième, seconde et première personne
Claire Petitmengin et Jean-Philippe Lachaux – Les sciences microcognitives : un pont entre les dynamiques expérientielle et neuronale

Quatrième Section : La Trinité en question

Philippe Nouzille – Les faces multiples de l’être
Antoine Arjavovski – Objectivation, subjectivation et transcendement : Michel Bitbol, Nicolas Berdiaev, Jean-Marc Ferry. Réponse à Michel Bitbol
Michel Bitbol – Expérience d’objectiver. Réponse à Antoine Arjakovsky
Antoine Vidalin – Tu – Je – Vous – Il – Nous. Réponse à Stéphane Chauvier
Sorin-Ovidiu Podar – En première personne : tâche d’une phénoménologie future. Réponse à Natalie Depraz

à paraître le 15 octobre chez Zeta Boooks en version électronique ou papier. http://www.zetabooks.com/forthcoming-public...

Lire la suite »

Approche du singulier : la puissance du un.

Avez vous lu ce chapitre ? La force informative du un, dans un monde qui ne pense que par les grandes statistiques. Peut-on conduire une recherche avec un seul sujet ?

http://www.grex2.com/assets/files/expliciter/30_mai_1999.pdf

 

Avez vous lu ce chapitre ? La force informative du un, dans un monde qui ne pense que par les grandes statistiques. Peut...

Lire la suite »

Description et niveaux de description

Description et niveaux de description du vécu.

(pour préparer un article sur le travail de l’Université d’été 2014)

A/ Qu’est-ce qu’une description ? de quoi ? Pourquoi des niveaux de  description ?

►Qu’est-ce que décrire ?

J’ai détaillé dans un texte récent ma position sur le concept de description, je la résume. Décrire n’est pas interpréter, ni commenter, ni analyser. Le but est de nommer de la façon la moins interprétative possible et le moyen est d’être au plus proche du factuel. Mais ce n’est qu’un idéal régulateur, car par le fait de la mise en langage c’est toujours une interprétation partielle non sue. Il ne peut y avoir de description pure par principe, mais on peut viser une description qui soit la moins interprétative possible dans les limites de notre maîtrise de la langue. De même, la description n’est pas une analyse, car l’analyse devrait suivre la description. Mais le fait de segmenter la continuité du vécu pour pouvoir en nommer les éléments crée une première forme d’analyse, c’est inévitable, c’est une des limites importantes de l’utilisation du langage.

► Le but de description de l’entretien d’explicitation

L’entretien d’explicitation vise la connaissance du déroulement d’un vécu tel que celui qui le vit peut le décrire en mots. Le fait de décrire va s’articuler autour d’une double exigence, d’une part obtenir la mise en mots dans les termes mêmes qui appartiennent au monde de l’interviewé et d’autre part prendre en compte la compréhension experte de ce qu’est décrire un déroulement de vécu. On a donc, d’une part les dénominations spontanées de l’interviewé, qui reflètent ses propres catégories descriptives, et d’autre part la  connaissance experte de l’intervieweur quant à ce qui est nécessaire (en structure) pour produire une description du déroulement. Le jeu est de ne pas influencer les dénominations produites spontanément par l’interviewé, autrement dit, ne rien induire au niveau de la dénomination du contenu vécu, de façon à recueillir les mots (les catégories sont sous-jacentes) exacts de l’interviewé. Mais seul, par son propre mouvement, l’interviewé n’ira pas loin, il faut donc le guider en structure pour qu’il décrive ce qu’il ne décrit pas spontanément. Par exemple, poser une question sur la prise d’information, parce qu’elle n’a pas été exprimée, sans suggérer le contenu de l’information, mais en dirigeant l’attention vers “qu’est ce qu’il prend en compte à ce moment-là ? (celui dont il vient de parler) “ ou “comment il savait que c’était correct ? “ (à supposer qu’il ait utilisé ce mot). C’est là toute la subtilité tranquille des effets perlocutoires produits  par le langage vide de contenu, qui désigne la cible attentionnelle, mais n’en nomme pas le contenu. Mais pour faire cela, l’intervieweur a en permanence présent à l’esprit une grille des informations possibles/nécessaires pour rendre intelligible le déroulement du vécu. Cette grille lui permet de repérer les manques, les omissions, les incomplétudes, les flous, les approximations. Non pas que lui, en connaisse le contenu, mais il en détecte l’absence et va chercher à diriger l’attention dans le souvenir vers ce qui manque. Non pas en formulant le fait que ça manque, ce qui serait un jugement qui mettrait l’interviewé en métaposition, en jugement/ évaluation de son propre discours, mais en renvoyant des questions articulées sur ce qu’il dit : et quand vous faites x par quoi vous commencez (à supposer que l’interviewé ait déjà nommé l’action x) ? Et comment saviez vous que vous saviez ? (pour obtenir l’information sur le critère de fin). Etc .

 

B/ Les niveaux de description

Une fois clarifié le concept de description et le but de la description, ce qui apparaît maintenant c’est la nécessité de distinguer dans la pratique de l’entretien d’explicitation des “niveaux de description” du déroulement du vécu. Ces niveaux de description seront définis en se plaçant du point de vue de l’intervieweur. J’ai choisi de les nommer “niveaux” parce qu’il y a clairement une gradation depuis le plus évident, le plus facilement conscientisé (niveau1) vers le plus masqué (niveau 4 organisationnel). J’en donne quelques caractéristiques. Mais il n’y a pas seulement une gradation évident/masqué, il y a aussi une grande différence de statut entre les niveaux : les deux premiers décrivent le contenu du vécu ; le troisième décrit des états de conscience qui n’ont qu’un rapport indirect avec le contenu vécu, ce sont les sentiments intellectuels ; le quatrième décrit un niveau généralement invisible et pourtant essentiel et actif en permanence, la dimension organisationnelle du vécu.

 

1/ N1 niveau global de description de la conduite : les étapes.

Un premier niveau de description (N1), porte sur les principales étapes du vécu, elles  étaient déjà réflexivement conscientes ou faiblement implicites. Ce niveau de description est celui qui est facile à percevoir dans le rappel, et correspond le plus souvent au rappel spontané.

Dans mon exemple [rappel : je suis en train de donner la consigne au groupe du début de l’induction d’un rêve éveillé que je dirige, et à un moment je me l’applique à moi-même, il y a donc une transition entre me donner la consigne et finir par y répondre], il me vient spontanément une description de ma conduite qui s’organise facilement en quatre grandes étapes qui se suivent simplement : étape 1 : je décide d’appliquer la consigne que je viens de donner au groupe, à moi-même (consigne résumée,  : prenez le temps de vous représenter un lieu agréable) ; étape 2 : j’évoque rapidement par quelques images peu détaillées des lieux en Dordogne, où je suis allé en vacances récemment ; étape 3 : je passe à l’évocation suivante très rapidement, il s’agit de quatre lieux liés à mes promenades habituelles, je ne les retiens pas ; étape 4 : un lieu s’impose à moi que j’ai découvert récemment et qui me convient pour cet exercice. Ces quatres étapes sont globales, clairement organisées, mais à ce niveau de description on connaît ce qui s’est passé, mais on ne comprend pas ce qui s’est passé, on n’a pas encore l’intelligibilité de ma conduite.

 

2/ N2, niveau détaillé de description de la conduite : fragmentation et expansion.

Le second niveau de description (N2), est celui que l’on peut produire en étant guidé en entretien d’explicitation, ou en prenant le temps d’une ou plusieurs sessions d’auto-explicitations, il est basé sur une fragmentation des grandes étapes en micro étapes, puis éventuellement, encore en actions élémentaires, et à chaque temps ainsi distingués, on a la possibilité d’aider à faire une expansion des propriétés, des qualités, pour mieux les différencier. Ce niveau, est déjà l’occasion d’aider à la prise de conscience de ce qui était pré réfléchi au moment de l’action. L’intérêt de distinguer ce N2 du premier est qu’il n’est pas accessible sans expertise personnelle (comme dans l’apprentissage des techniques de l’auto-explicitation), et si l’on n’a pas cette expertise, sans être guidé par un entretien d’explicitation, dont c’est la vocation. Car c’est le propre de l’entretien d’explicitation que de produire des descriptions de ce niveau de détail. On peut aussi considérer ce niveau comme basé sur le dépassement de l’implicite, en particulier lié aux limites de  la conscience en acte, l’entretien d’explicitation permet le réfléchissement (le passage à la conscience réfléchie) de ce qui a été vécu sur le mode de la conscience pré réfléchie. La distinction entre le N1 et le N2 repose donc non seulement sur une différence du niveau de détail, mais sur le fait que ces détails sont implicites, pré réfléchis, et qu’il faut guider une prise de conscience tout autant qu’un acte de rappel.

Dans mon exemple, entre le moment où je décide de m’appliquer la consigne et le remplissement par les premières images de Dordogne, il y a un intervalle qui fait la transition, je peux nommer la présence de cet intervalle entre les deux étapes, même si je ne sais pas en dire plus quant à ce que contient cette transition (voir ensuite le n3 et le n4);

consigne ➔ transition          ➔ images Dordogne

étape 1    ➔ transition (1,2) ➔ étape 2

Puis, dans l’étape suivante (étape 2) qui se rapporte à l’examen rapide des lieux en Dordogne, je peux décrire le fait qu’il y a successivement quatre images faiblement esquissées de lieux différents ; je pourrais assez facilement décrire, le contenu, le cadrage, ma réaction, à chacune de ces images, mais je ne saurais pas clairement dire ce qui m’a fait les choisir, puis les rejeter ; etc …

étape 2➔transition (2,3)➔étape 3

et donc au sein de l’étape 2, il y a quatre sous-étapes, et les passages, les transitions, qui arrêtent l’acte, et se tourne vers l’acte suivant (chaque acte de choix et de traitement de chaque image est une étape).

E2 Dordogne➔étape 2,1➔ T➔étape 2,2➔T➔ étape 2,3➔T➔étape 2,4➔ T (2,3)➔E3

 

Mais même ainsi c’est très partiel, car si j’ai bien nommé les sous-étapes, je ne suis pas rentré dans leurs détails, ni dans les transitions. Par exemple, je n’ai superficiellement détaillé les propriétés de ces images, que parce que j’ai été accompagné et que l’intervieweur m’a “maintenu en prise avec ce moment passé”. Ce qui veut dire qu’au tout début de l’entretien ces informations ne m’étaient pas encore disponibles, je n’avais pas l’idée du détail de ce que j’avais pris en compte, et je sais que je n’ai pas exploré finement les critères de choix, puis de rejet de chacune de ces images fugitivement aperçues qui nous informeraient des transitions. De même  pour la suite des étapes.

3/ N3 description des états de conscience non thématique : les sentiment intellectuels.

Le niveau 3 de description (N3) est celui des “sentiments intellectuels” (cf. Burloud et la citation en fin d’article). Les sentiments intellectuels sont superficiellement très variés, ce peut être un ressenti corporel, une impression de mouvement, de distance, d’enveloppement ou de direction, une image ou portion d’image sans lien direct avec le contenu de la pensée, un symbole, un blanc, un vide,  etc.

Par exemple, quand je fais la description de  mon vécu me vient l’image d’un vague fuseau qui traverse depuis le bas à gauche vers le haut à droite, comme une image symbolique représentant une vection, un mouvement continu depuis le début de la consigne jusqu’à son résultat. Ou bien, je prends conscience plus tard, en revenant sur la description,  qu’au début de l’emplacement de ce fuseau, il y a une autre strate et là il y a une “boule” orange.

Ce niveau se donne dans un premier temps comme n’ayant pas beaucoup de sens, et même comme inutile à prendre en compte. Du coup il n’a d’intérêt que si l’on comprend qu’il est l’expression “symbolique”, “indirecte”, “non verbale” du niveau de la pensée qui s’opère de façon infra consciente (c’est le terme choisit par Burloud), ou encore au niveau du Potentiel ou de l’organisme (voir plus loin les définitions).

4/ N4, description de ce qui préside à l’organisation de la conduite (en relation avec N3).

Le niveau 4 est le niveau organisationnel du déroulement des actes vécus, de ce fait il est un niveau quasi invisible pour le sujet qui pourtant le met en œuvre. Pourquoi le niveau organisationnel serait-il invisible à celui qui vit la situation ? Parce que nous n’en percevons que la manifestation,  c’est-à-dire une actualisation partielle juste limitée à la situation spécifiée, alors que par définition l’organisation est toujours plus vaste que la conduite visible qui l’instancie, puisqu’elle contient la possibilité d’une multitude d’expressions différentes en fonction des paramètres de la situation auxquels elle va s’adapter.

Une organisation, un schème par exemple, est comme la structure des possibles d’une action finalisée, avec des étapes et des embranchements ; à chaque embranchement, il y a un test qui permet de choisir d’arrêter ce que l’on est en train de faire et de déterminer la branche qui conduit à l’étape suivante. C’est pourquoi, on ne peut observer un schème, on ne peut qu’en voir la manifestation, car c’est une structure qui dans son entier va se moduler en fonction des critères actualisés dans la situation et dans les limites de ses capacités accommodatrice. Donc quand on observe, on ne voit jamais le schème, juste sa manifestation, c’est-à-dire le déroulement d’actions. Le fait qu’il s’agisse de l’expression d’un schème doit être inféré à partir du recoupement de la forme des répétitions, ou du fait que la façon de procéder est indirecte, contre intuitive, ce qui tendrait à prouver qu’il y a autre chose que de la spontanéité, ou reconnue par celui qui le vit et le met en œuvre comme schème. Reconnu, veut dire que le sujet peut identifier après coup, ou pendant qu’il opère, qu’il sait que ce qu’il fait est l’expression d’une organisation apprise, mise au point, déjà utilisé. Mais cette reconnaissance ne s’applique facilement qu’aux procédés les plus systématisés et déjà relativement conscientisés par l’exercice. Mais il y a d’innombrables schèmes et intention qui se sont formés en nous à notre insu par la simple répétition des situations comparables.

Le niveau organisationnel n’est en fait apparent que pour un œil, une intelligence, qui a déjà construit les catégories correspondantes permettant de l’identifier au-delà du visible et peut inférer cette organisation de ce qui en apparaît partiellement, ce qui suppose une activité réfléchissante antérieure, qui a décryptée la présence d’une organisation particulière et sait l’identifier. En fait c’est le produit d’une position d’observateur, position apprise / construite. On pourrait dire encore que la reconnaissance/connaissance du niveau organisationnel dans sa propre conduite appartient à la métacognition, au savoir sur comment je fais ce que je sais faire. Comme observateur, c’est typiquement la posture d’un enseignant ou d’un entraîneur qui voit tout de suite que la personne “s’y prend mal”, sous-entendu ne met pas en place les étapes dans l’ordre qui permet de produire le résultat recherché, ou au contraire “qu’elle sait faire”. En fait, il détecte par exemple que le schème mis en œuvre est inapproprié, que les étapes ne sont pas dans l’ordre fonctionnel, que des embranchements ne sont pas prise en compte, que les tests ne sont pas effectués, etc. Cependant, pour le sujet qui le vit, il peut aussi reconnaître la manifestation d’un schème particulier (ou d’un mélange de schèmes), par la prise de conscience après coup de ce qui a animé, orienté, organisé ses actes successifs. C’est précisément ce qui peut s’opèrer et que l’on va rechercher dans le passage entre la perception d’un sentiment intellectuel (N3) et la donation de son sens dans le niveau 4.

Le niveau organisationnel  est l’expression de notre passé, il est sous-jacent à nos activités comme sédimentation structurée des expériences précédentes cumulées, à la fois comme expression de nos tendances, de nos attitudes, et des schèmes déjà constitués (cf Burloud).

Le niveau organisationnel, ne peut donc faire l’objet d’une description directe par la personne qui l’a vécu, parce qu’il déborde l’observable. Avec les niveaux 1 et 2 on a la description des étapes, puis des étapes contenues dans la réalisation de chaque étape, ainsi de suite ; mais ces étapes et sous-étapes, sont l’expression d’une organisation, qui ne peut être qu’inférée après coup, par un travail de décentration ou par un travail de reflètement.

C’est tout l’intérêt de l’apparition spontanée ou provoquée de sentiments intellectuels (N3), car cela signale, alerte sur la présence de ce niveau organisationnel, et qu’il est possible de prendre le sentiment intellectuel comme base pour un “focusing universel” permettant de se poser la question “qu’est ce que que cela m’apprend ? qu’est-ce qui se passe ? D’où cela me vient de procéder ainsi ?”.

Il ne s’agit donc pas d’un travail de description, comme si le sens était déjà là et qu’il fallait simplement le mettre en mots ; ni d’un travail de réflexion, qui demanderait un raisonnement à partir du sentiment intellectuel ; mais d’un travail de reflètement, c’est-à-dire de la mobilisation d’un acte particulier qui lance une intention éveillante à partir de questions du type : qu’est-ce que cela m’apprend ? Et accueille la réponse qui émerge. Ou bien, tout simplement (c’est ce que j’ai vécu) par le fait de rester en contact ouvert avec le sentiment intellectuel qui est apparu (stratégie de l’infusette dirait Dynèle) attend et accueille les informations qui émergent.  Le reflètement n’est pas un acte contrôlé, mais une acte invoqué, résultat d’une intention éveillante .

 

=*=*=*=*=*=

 

Un exemple d’exploration d’un passage complexe de N3➔N4

 

Autrement dit, exemple du passage d’un sentiment intellectuel à son sens organisationnel, tiré de mon propre vécu (en tant que A interviewé) avec l’aide de Maryse et Joelle qui m’accompagnaient, jouant alternativement le rôle de B intervieweuses).

[Rappel : mon exemple vécu, porte sur la recherche d’un emplacement confortable imaginé, pour suivre et appliquer la consigne de rêve éveillé dirigé que je suis en train de donner au groupe; au premier niveau de description (N1)il y a 4 étapes principales : 1/ décision de m’appliquer la consigne, 2/ un premier choix d’exemples tirés de mes promenades en Dordogne et rejet ; 3/ un second choix d’exemples tirés de mes promenades habituelles et rejet; 4/ apparition et choix d’un emplacement récent de promenade avec pleine satisfaction de ce choix. Il y a donc 3 transitions, une différente entre chaque étape, et au sein de chaque étape, entre les sous étapes. Au total ce vécu ne doit durer  que quelques secondes, car il ne faut pas oublier que je continue à donner la consigne suivante, je dois suivre le fil conducteur du guidage du rêve éveillé dirigé .]

 

Je choisis d’analyser un exemple qui s’applique à l’ensemble de mon vécu : celui de “la vection de ma recherche d’un emplacement”, on a une multiplicité de niveaux différents d’organisation, autrement dit une multiplicité de N4 se rapportant à la même conduite, et je suppose qu’en prenant le temps, d’autres pourraient encore apparaître. C’est intéressant de réfléchir sur le type de lien qui les unit à la conduite étudiée. J’esquisse l’exploitation de cet exemple tiré de mon expérience, sans être systématique dans la mise en relation avec la transcription (pour le moment les idées vont plus vite que la rigueur, et le fait d’avoir en mémoire la plupart des éléments d’information me permet de l’esquisser facilement).

 

1 ➔ la perception d’un sentiment intellectuel : un “blanc (N3) après avoir rejeté mes ballades habituelles (après l’étape 3) et avant le dernier emplacement (étape  4). Il s’agit donc du début d’une transition et de plus, ce sentiment intellectuel se donne bien comme le rappel d’un vécu présent lors de V1 (je préciserai toujours le statut du sentiment intellectuel, à savoir si c’est un souvenir ou une émergence). 〔Je cite ce premier exemple d’abord parce qu’il s’est donné en premier, comme l’amorce d’une compréhension de ce qui se jouait. Pourtant de fait il se rapporte à la transition qui va vers la dernière étape. Mais c’est comme si au moment où pour la première fois je décris cette dernière étape, cela avait amorcé un mouvement rétrograde vers l’organisation présente depuis le début. Cela va se révéler par ce premier sentiment intellectuel, puis va déboucher sur un cigare rouge, puis va se prolonger sur la prise de conscience d’une vection à la fois ressentie et perçue. mais je me rends compte que pour pousser l’exemple il faut maintenant mieux l’articuler sur mon discours et tout spécialement le premier entretien E1.〕

Ce premier exemple se rapporte à la transition vers la dernière étape, son contenu se donne dans un premier temps comme une absence de contenu (blanc = rien). La question que nous pouvons nous poser maintenant, c’est : “qu’y a-t-il quand il n’y a rien ? “, “que se passe-t-il au moment du rien ?”. D’autant plus qu’en même temps il n’y a pas que du blanc, il y a aussi un “climat de confiance dans le fait qu’il va advenir une réponse” (question : ce climat, n’est-il pas lui-même un sentiment intellectuel ? La conscience floue qu’une réponse est en cours de recherche, qu’il n’y a pas de souci  à se faire sur l’advenue d’un résultat ? Ce climat appartient bien aussi au souvenir de ce que je vivais en V1).

Doit-on considérer le “blanc” et le “climat” comme deux sentiments intellectuels distincts ? Ou comme un seul sentiment intellectuel ayant à la fois une dimension quasi visuelle (le blanc) et une dimension de valence positive diffuse avec plusieurs nuances (confiance, tranquillité, certitude d’un résultat à venir) ? Pourtant, pour moi, ces deux informations me sont apparues distinctement, de façon séparée. J’aurais pu m’arrêter à la conscience du “blanc” et ne pas percevoir qu’il y avait autre chose encore qui permettait d’être plus précis, plus complet dans la description de mon vécu. Aller à la description du “climat de confiance” a été vraiment un acte supplémentaire, demandant du temps, c’est-à-dire demandant de s’arrêter sur l’éventualité qu’il y ait “quelque chose d’autre encore”. Un questionnement orienté en sous-modalités n’aurait-il pas produit encore plus de traits descriptifs ? Mais cela aurait-il été utile pour en tirer le point important qui est son sens, c’est-à-dire quel est l’élément organisateur sous -jacent (pluriel possible ? ).

Quelle est le minima, mais aussi la limite, la pertinence, l’efficacité  de la description d’un sentiment intellectuel ? Dans le focusing, j’ai développé le questionnement en sous-modalités du ressenti corporel (qui du coup devient pour nous une variante provoquée d’un sentiment intellectuel) pour accentuer la sémiotisation (la mise en mots) de ce qui ne l’est pas encore (juste corporel). Mais jusqu’où est-il pertinent d’aller pour préparer, permettre, réussir le passage à l’étape suivante qui est d’en révéler le sens ?

De plus, l’attention portée à cette transition située à la fin de mon action va s’expanser en retour vers un sentiment intellectuel apparemment présent d’un bout à l’autre des étapes. 〔Il n’apparaît pas comme un souvenir de V1, mais comme une prise de conscience, une émergence (un reflètement) se rapportant à V1 lors de son explicitation. C’est le point suivant.

 

2 ➔ La perception d’un vecteur (N3), émergence de l’image d’une vection qui conduit au résultat final, comme une trajectoire, comme un mouvement continu, qui s’avère (rétrospectivement) être présent depuis le début et qui a son origine figurée devant moi en bas à gauche à distance de bras tendu (le bras droit) et se termine en haut à droite à distance de bras tendu. C’est donc un sentiment intellectuel que je perçois comme une image statique et intérieurement animée, située hors de mon corps, devant moi. Mais la perception de cette vection n’en donne pas le sens précis, sinon que de façon analogique ou métaphorique on comprend facilement, après coup, une fois que l’on a mis à jour toutes les autres informations, qu’il y a une même impulsion continue qui organise la recherche d’un emplacement adéquat, et l’on sait maintenant que ce mouvement continu repose sur une continuité des mêmes critères fondée sur mes expériences passées.

Ce second exemple, lié au premier, porte, lui, sur la totalité des étapes,  il les traverse. Il n’est pas un souvenir de V1, mais une émergence en V2 se rapportant à l’organisation de V1. Avec l’aide de B, sa description va s’enrichir de nombreuses sous-modalités sans apporter grand chose de plus. La mise en mots du sens de ce vecteur ira vers la vision de la présence d’une force agissante, d’une continuité active qui a présidé (à mon insu) au déroulement des étapes. Mais cela reste encore assez vague, toujours métaphorique. Alors que la suite va être le point de départ d’une intelligibilité nouvelle, elle même préparée par un nouveau sentiment intellectuel émergent.

 

3 ➔ la perception d’une petite boule orange (N3), comme symbole d’une force dynamique agissante, située à la racine du vecteur, à son point de départ ; là encore, analogiquement c’est assez transparent, cette petite boule semble évidemment symboliser la présence d’une force qui va traverser les étapes; (ce sentiment intellectuel est une émergence d’après coup, pas un souvenir).

Ce troisième exemple porte donc sur la transition initiale, c’est-à-dire le passage vers la seconde étape, donc il m’apparaît comme “logé” au tout début de la dynamique, mais son effet s’étend en fait, on va le découvrir,  à la totalité des étapes car il est ce qui donnera du sens, du contenu, à cette métaphore du vecteur.

 

4 ➔ la mise en mot (N4) des critères présents dans la boule orange, ces critères sont bien actualisés lors de ce vécu de choix, mais ils sont ancrés dans mon passé, puisqu’ils sont cohérents avec mes critères de choix de promenade au jour le jour et mes critères de choix d’un emplacement confortable à imaginer dans le point de départ d’un rêve éveillé dirigé (ce n’est pas la première fois que je dirige un rêve éveillé dirigé tout en me demandant de le faire en même temps). On voit bien, que l’organisation d’une conduite actuelle est elle-même portée par d’autres expériences plus anciennes.

Donc contenus dans la petite boule orange, apparaissent rapidement des critères de choix du lieu : 1/ choix d’une catégorie générique : un lieu de promenade à l’exclusion d’autres types de lieux ; puis des propriétés de ces lieux : 2/ un lieu que j’aime, 3/ qui est beau, 4/ où il y a un endroit confortable pour s’asseoir contre un arbre et avec une belle vue, 5/ pour lequel j’ai un élan de cœur (là j’aurai besoin d’être aidé pour aller plus loin, j’y reviendrai, mais en écrivant ça j’ai l’impression de poursuivre l’exercice d’explicitation …).

Ce quatrième exemple, qui est donc la traduction du sentiment intellectuel précédent (boule orange) donne un sens déterminé à l’organisation de la totalité des étapes. Je m’avance vers des lieux de promenades connus et appréciés, en commençant par le plus récent (la Dordogne), qui ne satisfont pas complètement mes critère de vue et de confort ; pour passer aux promenades habituelles des environs où je vis, qui pour des raisons que je n’ai pas complètement tiré au clair de me satisfont pas non plus ; pour viser un endroit sans savoir que je le vise, mais qui satisfait totalement mes critères.

 

****************

On a donc dans ces matériaux une progression importante de l’élucidation, depuis la perception ponctuelle d’un noir associé à un climat d’attente confiante, vers la perception d’une vection uniforme traversant toute la séquence, vection qui s’approfondit de la perception d’un noyau de critères qui le sous-tend, et seront ensuite  formulés.  On a là une progression impressionnante de l’explicitation de l’organisation (cachée) de ma conduite, à la fois par une succession de la perception de différents sentiments intellectuels et par la sémiotisation de leurs sens. Ça paraît très simple dit comme ça et une fois mis à jour !

Ça ne s’arrête pas là, puisqu’il y a encore un autre sentiment intellectuel qui va m’apparaître. Mais clairement, tout en étant relié au lieu choisit, il n’est plus relié au processus de choix que par des liens de cousinages qui ouvrent à des associations de plus en plus lointaines, plus reliées à mes choix de vie actuels qu’à la détermination d’un emplacement de départ d’un rêve éveillé dirigé.

5 ➔ la présence d’une boule noire en dessous (N3), plus profondément, que je ressens aussi (à la demande de B) dans mon corps et qui s’accompagne d’une émotion assez forte ;

Cet exemple n’a pas de localisation temporelle précise par rapport à l’exemple, il est lié à ma période de vie, plus qu’à la conduite de choix de la situation proprement dit.

6 ➔ la signification intime de cette boule (N4), je n’ai pas verbalisée cette signification, je l’ai ressentie comme trop intime pour être partagée, tout au plus puis-je dire que cela relève d’une attente, d’un espoir, d’un questionnement, lié à la zone géographique à laquelle appartient le dernier emplacement. Donc il s’agit d’un sens, non plus organisationnel, mais  relevant de l’émotion, du sens existentiel.

En fait, avec 5 & 6 on a quitté, me semble-t-il, la description du vécu pour passer à son insertion dans un contexte historique et contingent lié à ma période de vie actuelle. A la rigueur on peut penser que cela rajoute du sens au plaisir que j’ai à trouver le dernier emplacement.  Cette signification dépasse un moment particulier de mon choix, il est en arrière plan de ma vie actuelle.

Ce petit exemple supplémentaire est intéressant justement en ce qu’il montre comment il est facile de quitter la référence stricte au vécu de référence V1, pour dériver, associer, avec tout ce qui peut lui être lié. A cet endroit, il faut avoir un but et déterminer ce que l’on souhaite obtenir comme information.

*-*-*-*-*

Ce cycle d’exemples de sentiment intellectuels et correspondance organisationnelle n’est pas le seul dans les matériaux réunis et dans l’article à venir co-écrit avec mes collègues de trinome, ils seront développés. Il me semble paradigmatique du passage de la fragmentation  de la conduite (exploration de N2 typique de ce que nous avons appris à faire facilement en entretien d’explicitation classique) à la mise à jour complémentaire de l’organisation de la conduite (articulation de N3 et N4, perception des sentiments intellectuels et mise en sens par la caractérisation de leurs sens). Pour autant, l’exploration de ce niveau par rapport à mon minuscule exemple est loin d’être achevé, mais il est vrai que lorsqu’on a n’a pas de but défini, on n’a pas de critère d’arrêt ou de poursuite bien défini non plus.

Description et niveaux de description du vécu. (pour préparer un article sur le travail de l'Université d'été 2014) A/ Q...

Lire la suite »

Qu’avons nous appris lors de l’Université d’été 2014 ?

Regards sur l’Université d’été 2014 du GREX2

Qu’avons-nous appris ? (esquisse)

Les quatre niveaux de description du vécu et leur articulation

Sentiments intellectuels (N3) et organisation du vécu (N4).

Qu’est ce qui a été important dans l’Université d’été 2014 ? Alors que tout ce dont nous avons parlé était déjà connu ! Alors que nous n’avons rien fait de radicalement nouveau !  Et que pourtant tellement de choses paraissent neuves !! Que s’est-il passé ? Illusion ? Révolution ?  Une petite liste de points remarquables … (à compléter …)

 

► Le patent et le latent ! Le perceptible et le potentiel, la pensée et l’organisme …

Maintenant, nous savons mieux distinguer le niveau manifeste du niveau latent et leurs rapports informatifs complémentaires et … indispensables. Le niveau manifeste est ce qui apparaît intérieurement (introspection) et/ou extérieurement (observation) et le niveau latent est le niveau organisationnel invisible, mais connaissable par inférence.

Le niveau latent est celui de l’organisme, infra conscient, celui où s’opère les liens associatifs montés par les répétitions dans nos expériences, et leur schématisation. Un des points essentiels de notre évolution serait de donner sens au fait d’intégrer l’organisme, le potentiel, dans l’explicitation. Notre tâtonnement répété depuis plusieurs années pour aller vers le plus fin, pour aller vers l’indicible par les changements de point de vue grâce aux dissociés, tout cela se trouve réorienté par la prise en compte de l’activité intellectuelle infra consciente portée par la dynamique de l’organisme. A la fois, il nous faut probablement renoncer à entrer à un niveau de détail qui est impénétrable, et dans le même temps il nous faut intégrer le niveau organisationnel dans sa puissance causale quant au déroulement des conduites que nous avons appris à décrire finement.

Mais ce niveau organisationnel a ceci de passionnant est qu’il peut aussi être interpellé, éveillé, mobilisé délibérément. Car non seulement il peut être mis à jour dans l’après coup, mais de plus,  il peut être sollicité par les effets perlocutoires des consignes qui lancent des intentions éveillantes. Lancer une intention éveillante, c’est mobiliser l’organisme, tout l’organisme, dans ses potentialités de répondre à la proposition faite, et ça nous savons le faire depuis longtemps.

 

►Changement de cap : du toujours plus fin à la causalité, à l’organisation.

Là où nous cherchions, année après année, une description toujours plus fine, donc une recherche de nouveaux procédés de fragmentation,  je me rends compte maintenant qu’il faut changer de point de vue (c’était le conseil que j’avais reçu lors de l’Université d’été 2013 d’un de mes dissociés : “non pas aller plus loin dans la fragmentation, mais changer de stratégie”, mais je n’en savais pas plus alors) :

  • d’une part, on peut conclure, que même en utilisant des dissociés, nous n’aurons pas accès à la prise de conscience des automatismes, il y a un niveau de détail qui restera probablement impénétrable au réfléchissement.
  • d’autre part, nous auront plutôt accès à la logique d’engendrement du résultat de ces automatismes, au niveau organisationnel, voire causal ; c’est un grand changement de perspective.

 

► L’importance et le sens des sentiments intellectuels intégrés à l’entretien d’explicitation

Du coup apparaît avec clarté  la valeur informative du sentiment intellectuel, car :

  • là où apparaît un sentiment intellectuel il y a du sens à faire émerger, c’est un signe, un symptôme, une piste à suivre dont nous ne savions pas trop quoi faire jusqu’à présent ;
  • mais là où il n’apparaît pas, il est possible de le solliciter sur le mode d’un “focusing universel”, ou d’une variante ou une autre du Feldenkrais, ou n’importe quel outil privilégiant la proto sémiotisation (donc le non verbal ou le verbal de l’écriture automatique ou du poème).

 

►Mieux percevoir les sentiment intellectuels.

Mais “mieux distinguer” est à prendre au sérieux. J’ai passé une partie importante de mon temps dans les stages auto-explicitations récents à demander aux gens d’apprendre à “défocaliser”, à se rendre sensible, perméable, curieux à ce qui ne se donne pas vraiment, à ce qui est gazeux, indistinct quoique présent. Souvent le parallèle avec la peinture m’est venu, le fait de plisser les yeux pour distinguer les masses colorées et non les détails, ou les grandes lignes structurantes, ou arriver à voir la couleur des ombres. L’idée était de trouver des analogies qui pouvaient faire sens pour que les stagiaires s’ouvrent à la perception de l’indistinct quoique “déjà là”. Toutes ces indications, me semblent maintenant clairement converger non pas vers plus de fragmentation propre au N2, mais vers l’accueil des sentiments intellectuels permettant de cerner le niveau sous-jacent de façon précise, c’est-à-dire  N4, le niveau organisationnel.

Dans cette perspective d’éveil de la sensibilité aux sentiments intellectuels, la pré Université d’été, c’est-à-dire les deux demie journées d’exercices un peu impliquant (alignement des niveaux logiques relativement à l’entretien d’explicitation, focusing, diverses “stratégies des génies” de Dilts), paraissent une aide précieuse pour rentrer dans la finesse du travail exigée par l’Université d’été. Plusieurs personnes ont exprimées à quel point cela les avait préparées à changer de qualité attentionnelle.

 

► L’ancrage dans le spécifié pour aller vers le sentiment intellectuel et l’organisationnel.

Un point important, techniquement, est de garder le lien entre le niveau organisationnel mis à jour et la conduite, ou la micro-transition étudiée, de façon à garder l’ancrage sémiotique des reprises et de ne pas partir dans l’univers de toutes les associations possibles (on a un exemple plus loin, d’une association qui est en relation avec la situation, mais plus vraiment avec le déroulement du vécu). Si l’on demandait directement à la personne comment elle a organisée sa conduite, on prendrait le risque d’obtenir un commentaire, une généralité, ses théories personnelles ; là, on reste bien ancré dans le modèle organismique du focusing : c’est à partir d’un sentiment intellectuel se rapportant clairement à un moment, que peut se poser avec rigueur et continuité, la question de la reprise suivante “quel sens ça a ? “, “qu’est-ce que ça m’apprend ? “, ou le simple fait de rester en contact avec le sentiment intellectuel jusqu’à ce que m’apparaisse de nouvelles informations.

Cependant le lien entre un sentiment intellectuel et sa signification organisationnelle peut être assez complexe et va certainement nous demander des mises au point sérieuses. Une des ressources, sera d’aller relire les travaux du début du 20ème siècle, les Binet, Burloud, Navratil, qui avaient bien vu ces questions là, même si c’est dans le langage de leur époque, qu’il n’est pas toujours facile d’appréhender. Burloud par exemple pointe bien vers la multiplicité des strates d’organisation, la multiplicité des intentions et des schèmes mis en œuvre en même temps de façon plus ou moins coordonnée. Le lien peut être aussi complexe, parce que chaque couche de vécu à des principes organisationnels différents, avec des temporalités et des rythmes de changement différents. Mais aussi parce qu’il va y avoir des interactions, par exemple une co-identité peut être à la racine du choix privilégié d’un schème et bien d’autres combinaisons que dans son langage Burloud avait commencé d’envisager.

 

► Distinguer entre se rappeler et/ou découvrir un sentiment intellectuel.

Le sentiment intellectuel peut être indexé sur plusieurs aspects et m’apparaître soit comme un souvenir appartenant au vécu de référence V1, soit comme une information supplémentaire nouvelle ne m’apparaissant seulement par le travail fait lors de l’entretien d’explicitation, donc, non plus comme un rappel, mais comme une émergence nouvelle en V2. Il est alors clair que cette émergence de sentiment intellectuel n’est pas un rappel d’un vécu de sentiment intellectuel présent dans le vécu de référence. (Ici, il ne faut pas confondre entre le processus d’émergence, qui est caractérisé par une donation imprévue, nouvelle et le contenu de ce qui émerge. Il est clair que des souvenirs de vécu qui étaient pré réfléchis, peuvent se donner en V2 comme émergents, mais ce sont toujours des souvenirs, c’est le mode de donation que l’on qualifie d’émergent. Ce à quoi je fais référence c’est le cas où le contenu de ce qui émerge est un sentiment intellectuel.)

Établir cette distinction entre le souvenir et l’émergence, est important parce qu’il permet de mieux comprendre le désarroi de certains d’entre nous, qui se demandaient s’ils n’étaient pas en train d’inventer après coup un souvenir de sentiment intellectuel , s’ils ne se créaient pas de fausses mémoires. Or, quand nous sommes en prise avec l’explicitation de V1, du sens nouveau peut apparaître dans un premier temps comme un sentiment intellectuel se rapportant à ce qui s’est passé dans V1, mais qui n’avait pas été vécu en V1, en revanche si l’on tient compte du fait qu’un sentiment intellectuel n’est que le signe, le symptôme du niveau organisationnel, alors on peut l’interpréter comme étant la manifestation d’après coup d’une organisation qui existait bien en V1 sur un mode infra conscient. Le sentiment intellectuel n’apparaît qu’après coup, pour traduire une réalité cognitive invisible et ignorée au moment du vécu, mais appartenant bien  à ce vécu.

Un troisième cas de figure est possible, dissocié du vécu de référence. C’est le cas quand  lors du vécu d’explicitation V2, un sentiment intellectuel apparaît qui se rapporte à l’acte de rappel lui-même (par exemple, je sens vaguement que je n’ai pas tout dit, que ce que j’exprime est tout à fait juste, que je voyage avec aisance dans le passé, etc.) Dans tous vécu, peuvent apparaître des sentiments intellectuels et il faut toujours se rappeler qu’en V2 il y a deux couches de vécus, celle actuelle des actes de rappel et de verbalisation, et celle remémorée des actes du vécu de référence.

 

► L’intérêt des micro-transitions pour l’explicitation

La centration initiale de ma présentation de l’Université d’été 2014 a porté sur la mise en exergue de l’intérêt d’expliciter les micro-transitions, en particulier pour viser des buts que nous n’avions pas su atteindre lors de la précédente Université d’été. Mais en même temps, souvent on ne peut pas viser le N2 de ces micro-transitions directement, parce qu’on débouche sur des “pouf” et autre signes d’émergence qui relèvent du sentiment intellectuel et donc ne peuvent détailler les composants de la micro-transition.

Ce qui est essentiel, et qui est un grand changement, c’est de comprendre que ces micro-transitions sont le lieu privilégié à partir duquel on peut faire jouer le passage du N3 (provoqué ou invoqué) à son (ses) N4, c’est-à-dire à ce qui est localement organisateur dans l’infra conscient. Autrement dit, quand je commence par dire qu’il n’y qu’un noir ou rien, au lieu d’être le signal d’arrêt de l’entretien d’explicitation, ce sera dorénavant le signal de recherche de l’activité organique sous-jacente, ou encore de la mise à jour de la structure organisationnelle qui gère la micro-transition.

Mais de plus, au delà des micro-transitions, qui  sont nécessairement locales, dans mon exemple vécu  l’image du “fuseau” comme figuration d’une vection qui traverse mon action, montre aussi qu’il y a une ouverture vers la mise à jour possible d’une dynamique de transition qui peut traverser tout une séquence d’actes finalisés. C’est une ouverture extraordinaire, dans les deux cas,  pour aller vers l’intelligibilité de la conduite.

Au total, nous n’avons pas appris grand chose de vraiment nouveau. Mais tout ce que nous savions déjà est remis en ordre d’utilisation d’une manière qui n’avait jamais clairement existé auparavant. Un changement de nos pratiques dans l’entretien d’explicitation est tout à fait concevable dans la direction non plus seulement du jeu avec le pôle égoique comme avec la mise en place de “dissociés”, mais aussi une meilleure prise en compte de l’organisation des vécus.

Relativement à mon expérience personnelle, disposer de l’information détaillée de ce que j’avais fait (N2) plus  la compréhension de son organisation (N4 grâce à la mise en sens des N3 apparaissants) m’a donné le sentiment (!) d’avoir, pour la première fois dans mon expérience de l’explicitation, une intelligibilité complète, ou en tous les cas, plus complète que tout ce que j’avais vécu auparavant !

Regards sur l’Université d'été 2014 du GREX2 Qu’avons-nous appris ? (esquisse) Les quatre niveaux de description du vécu...

Lire la suite »

Se rappeler versus découvrir un sentiment intellectuel

► Distinguer entre se rappeler et/ou découvrir un sentiment intellectuel. (Pour Claudine)

Le sentiment intellectuel peut être indexé sur plusieurs aspects et m’apparaître soit comme un souvenir du vécu de référence V1, soit comme une information supplémentaire nouvelle ne m’apparaissant seulement par le travail fait lors de l’entretien d’explicitation, donc, non plus comme un rappel, mais comme une émergence nouvelle en V2.

Établir cette distinction entre le souvenir et l’émergence, est important parce qu’il permet de mieux comprendre le désarroi de certains d’entre nous, qui se demandaient s’ils n’étaient pas en train d’inventer un sentiment intellectuel après coup, s’ils ne se créaient pas de fausses mémoires.

Or, quand nous sommes en prise avec l’explicitation de V1, du sens nouveau peut apparaître dans un premier temps comme un sentiment intellectuel se rapportant à ce qui s’est passé dans V1, mais qui n’était pas vécu en V1, en revanche si l’on tient compte du fait qu’un sentiment intellectuel n’est que le signe, le symptôme du niveau organisationnel, alors il est la manifestation d’après coup de quelque chose qui existait bien en V1 puisqu’il l’organisait. Le sentiment intellectuel n’apparaît qu’après coup, pour traduire une réalité cognitive invisible et ignorée au moment du vécu, mais appartenant bien  à ce vécu.

Un troisième cas de figure est possible, dissocié du vécu de référence. C’est le cas quand  lors du vécu d’explicitation V2, un sentiment intellectuel apparaît qui se rapporte à l’acte de rappel lui-même (par exemple, je sens vaguement que je n’ai pas tout dit, que ce que j’exprime est tout à fait juste, que je voyage avec aisance dans le passé, etc.) Dans tous vécu, peuvent apparaître des sentiments intellectuels et il faut toujours se rappeler qu’en V2 il y a deux couches de vécus, celle actuelle des actes de rappel et de verbalisation, et celle remémorée des actes du vécu de référence.

 

► Distinguer entre se rappeler et/ou découvrir un sentiment intellectuel. (Pour Claudine) Le sentiment intellectuel peut...

Lire la suite »

Descartes et l’invention de l’inconscient selon White

Page 47

Postuler l’existence de deux domaines séparés de l’être,  dont l’un se caractérise par la conscience, comme l’a fait Descartes, et peut-être bien l’un des faux pas les plus lourds de conséquences de l’esprit humain. Si admirable qu’ait été le génie de Descartes, et si féconde qu’ait été l’approche dualiste, la prétention de Descartes à la clarté fait de lui le représentant typique de la mauvaise foi de ce dualisme. Notre étude a pour objet le développement du concept de « processus mentaux inconscients » comme première correction de ce faux pas cartésien, ce qui signifie que l’on dénie l’existence d’un domaine indépendant qui serait caractérisé par la conscience.

Citations tirées de « l’inconscient avant Freud », de L. White Page 49

« Avant que Descartes ne définissent nettement le dualisme, il n’y avait aucune raison de faire de l’existence possible du psychisme inconscient un domaine séparé de l’esprit. Beaucoup de penseurs religieux et contemplatifs avaient tenu pour acquise l’existence de facteurs échappant à la conscience  immédiate mais l’influençant.  …  Avant qu’on ait essayé (avec le succès apparent) de choisir la conscience comme l’attribution déterminant du mode d’être indépendant appelé esprit, il n’y avait pas lieu de forger l’idée d’esprit inconscient pour corriger provisoirement ce choix.  C’est seulement après Descartes que nous voyons d’abord l’idée puis le terme « d’esprit inconscient » s’introduire dans la pensée européenne.

La pensée antique qui voulait que des instances à la fois divines et physiques exercent une influence sur l’esprit n’avaient rien d’extraordinaire ; cela n’a paru philosophiquement génant qu’à partir du moment où Descartes a amené un certain nombre de penseurs à partager sa conception selon laquelle le psychisme conscient devait être mis à part de tout le reste. Peut-être une partie de l’attrait exercé par les idées de Freud a-t-elle tenu au fait qu’il s’est efforcé, plus qu’aucun de ses prédécesseurs, de remédier aux effets nocifs de ce dualisme dans lequel, depuis le XVIIe siècle, était tombée la pensée de la majorité des Européens cultivés.

Ainsi l’aspect le plus profond de l’emprise de Freud sur beaucoup d’esprit n’a peut-être pas grand-chose à voir avec ces découvertes scientifiques, avec la sexualité, la libido, ou tout autre particularité de l’inconscient. Mais Freud a donné la possibilité au sujet conscient d’échapper à son isolement, et à l’individu de relâcher la tension de sa conscience de soi solitaire en s’abandonnant à l’organique et à l’universel. On peut exprimer en termes philosophiques ce profond attrait : en appelant l’attention sur les processus mentaux inconscients, Freud a permis à l’Occident d’améliorer les relations de l’individu-sujet à la nature-objet, dans la vie quotidienne du commun des mortels comme dans la pensée clinique et universitaire. Je ne vois pas d’autre manière de comprendre la séduction qu’exerce le nom, les idées et les écrits de Freud sur tant de gens des pays de langue anglaise. Il nous a permis de reconnaître le besoin et de trouver la possibilité d’échapper à un clivage moral et intellectuel néfaste qui a été une source de difficultés pour tous les individus et toutes les cultures qui ont cédé à l’attrait de ce trop facile bouleversement de l’ordre de l’expérience.

Aucune difficulté n’a été aussi grave et aussi tenace que celle que la raison s’est créée en séparant à la légère le moi conscient de tout le reste. La recherche impatiente de l’ordre a conduit ici au désordre. »

Pas mal, non ? La grande faute de Descartes ! Faut l’écrire ! Cette belle idée que l’on n’avait pas besoin du concept d’inconscient avant d’avoir développé une conception de la conscience qui exclue le reste … La relativisation de l’influence de Freud à la libération de pouvoir à nouveau penser la place de l’inconscient ! 

 

Page 47 Postuler l’existence de deux domaines séparés de l’être,  dont l'un se caractérise par la conscience, comme l’a...

Lire la suite »

L’inconscient avant Freud (2)

Citation à partir de L. White « L’inconscient avant Freud »

Page 31

« L’histoire dont je vais faire le récit présuppose certains principes touchant l’histoire des idées :

Il n’y a pas un état de conscience unique dans une société donnée et même dans ce petit groupe de spécialistes à un moment donné. Ce qu’on trouve, ce sont des éléments traditionnels en perte de vitesse, un certain nombre de facteurs dominants et l’émergence de nouveaux facteurs. Ailleurs, la prise de conscience d’un individu donné varie en fonction de ce dont il dispose à tel ou tel moment.

Dans la vie des idées, on rencontre une diversité analogue. Il y a souvent une période pendant laquelle l’unité est concevable, ce que prouve le mot imprimé, une autre période où elle devient d’actualité, comme le montre la multiplicité des discussions qu’elle suscite, et parfois une troisième période où elle devient manifestement opérante. Et d’ailleurs les idées peuvent être soumises à des influences cycliques, et elles peuvent être provisoirement diminuées et, consciemment ou inconsciemment, transformé.

Il y a une phase dans la vie d’une idée qui intéresse particulièrement notre sujet. On peut l’appeler son apogée, moment où beaucoup s’en réclament et où elle est admise par presque tous, mais où sa valeur commence déjà à baisser, ce dont quelques hommes seulement ont conscience. Le prestige d’une idée peut induire en erreur tout autant que la réputation d’un homme. Au moment où des hommes et des idées, dans leur jeunesse, ont le plus de fécondité, il est courant que leur société les méconnaisse. Une fois que le prestige ou réputation sont bien établies, l’essentiel est souvent terminé : ce sont seulement les très grandes idées ou les très grands hommes dont la fécondité peut persister dans le contexte nouveau qu’ils ont eux-mêmes contribués à faire naître. »

 

Citation à partir de L. White "L'inconscient avant Freud" Page 31 "L’histoire dont je vais faire le récit présuppose cer...

Lire la suite »

L’inconscient avant Freud

quelques citations tirées de “L’inconscient avant Freud” de Lancelot Whyte, Payot, 1971, Basic Books 1960

p 18 “ Les idées ne sont pas des inférences conscientes tirées de l’expérience, mais une mise en ordre de l’expérience, accomplie en grande partie inconsciemment.”

p 23 L’idéal européen et occidental de l’individu conscient de soi, affrontant le destin avec pour seules armes sa volonté indomptable et sa raison sceptique, est sans doute le but le plus noble qu’une société ait fait sien jusqu’à présent. …

Mais il est maintenant évident que cet idéal a été une faute morale et une erreur intellectuelle, car il a grossi exagérément l’importance éthique, philosophique et scientifique de la conscience de soi de l’individu. Et l’un des principaux facteurs qui a révélé le caractère inadéquat de cet idéal a été la découverte de l’esprit inconscient. C’est pourquoi l’idée d’inconscient est l’idée la plus révolutionnaire des temps modernes : elle sape les fondements traditionnels de l’Europe et de l’Occident.

p 24 L’esprit inconscient, c’est l’expression de l’organique dans l’individu. Mais Freud n’a pas eu une conception suffisamment organique de l’inconscient, et l’esprit conscient ne pourra trouver le repos tant qu’il ne jouira pas d’une intelligence plus complète de ses propres sources inconscientes.”

p 26 “…le principal objet de ce travail : considérer un aspect caractéristique du développement de l’esprit européen, manifesté par le mot écrit, comme une phase importante de l’histoire de l’humanité, nous voulons dire : l’Européen conscient de soi découvrant son inconscient.

…Mon but est de retracer à grands traits le changement qui s’est produit dans la conscience de soi, changement repérables à travers les documents écrits,

… Ce qui m’intéresse, c’est la prise de conscience progressive, du besoin d’inférer à partir des données immédiates de la conscience l’existence de processus mentaux inconscients.

p 89 “L’homme conscient de soi pense qu’il pense. On sait maintenant (1960) depuis longtemps que c’est une erreur, car le sujet conscient qui pense qu’il pense n’est pas identique à l’organe qui accomplit l’acte de penser. L’individu conscient n’est qu’une composante, une série d’aspects passagers, de l’individu pensant.

Cette fausse interprétation a conduit à des réalisations extraordinaires et à de singulières difficultés. Aux premières, dans la mesure où elle a donné à l’individu le sentiment de son indépendance, de son pouvoir et de sa responsabilité ; il n’était rien qu’il ne puisse apprendre à connaître, il était convaincu de la primauté et de la liberté de son esprit conscient, tout en reconnaissant qu’il lui avait peut-être  été prêté par Dieu. Aux secondes, dans la mesure où, comme nous l’avons vu, ce pouvoir et cette liberté de l’esprit conscient sont en partie illusoires, l’individu étant plus que sa conscience immédiate.

p 91 “J’emploie l’expression “découverte de l’inconscient” non pas au sens de découverte scientifique confirmée, par des des preuves méthodiques, mais au sens d’inférence nouvelle : mettre au jour ce qui jusque-là était inconnu dans une culture donnée. La découverte de l’inconscient a été le résultat d’une diffusion de cette lumière intellectuelle que Descartes avait fait converger trop exclusivement sur un point. Cette découverte était inutile avant lui ; c’est le prestige des idées cartésiennes qui a fait naître le “problème de l’inconscient”.

p 94 “ La découverte de l’inconscient par l’homme conscient de soi a demandé environ deux siècles, approximativement de 1700 à 1900. Comme nous le verrons, l’idée de processus mentaux inconscients était, pour nombre de ses aspects, une idée concevable autour de 1700, une idée d’actualité autour de 1800, et une idée devenue opérante autour de 1900…

Plusieurs facteurs ont rendu ce développement inévitable en théorie et en pratique, mais le plus important, celui qui est à la base de tous les autres, c’est la reconnaissance que l’hypothèse d’une autonomie de la conscience n’est pas étayée par les faits. A des degrés divers, des représentants de presque tous les domaines de la pensée ont contribué à la maturation de l’idée d’inconscient, parce qu’on ne peut éviter de faire cette inférence à partir de l’expérience.

Quel livre magnifique !!! À découvrir ou redécouvrir d’urgence …

quelques citations tirées de “L’inconscient avant Freud” de Lancelot Whyte, Payot, 1971, Basic Books 1960 p 18 “ Les idé...

Lire la suite »

Burloud (suite)

Introduction à son livre De la psychologie à la philosophie (1950 et tellement encore d’actualité !)

Introduction

Ce livre est sorti d’une tentative pour prolonger jusqu’à la métaphysique les théories psychologiques que nous avons développées dans des ouvrages antérieurs.

Entre la psychologie et la philosophie, le fossé s’élargit de jour en jour. Dans le camp des philosophes, on est intimement persuadé en général que la philosophie se suffit à elle-même et que la psychologie ne peut lui être que de très médiocre secours. Dans l’autre cas, cette conviction, non moins forte que, que la psychologie est uniquement tributaire de la biologie, comme celle-ci l’est de la physico-chimie, et la physico-chimie des mathématiques, et que le moment est venu pour elle de se détacher entièrement de la philosophie.

En droit, cette seconde opinion se défend beaucoup mieux que la précédente. Il est difficile de contester sérieusement aujourd’hui que les problèmes relatifs à l’instinct, à la sensation, à la mémoire relève d’une méthode purement expérimentale et requiert, pour être complètement résolu, de nombreuses références à la physiologie du système nerveux. Le malheur est que tous avanceraient faire aussi, explicitement ou implicitement, à une métaphysique, et qu’une métaphysique implicite est particulièrement dangereuse dans une science dont les problèmes touchent de si près aux problèmes philosophiques.

Quant à l’idée d’une philosophie indépendante de la psychologie, elle provient d’une conception erronée de l’objet de celle-ci. La psychologie à un double objet : la vie intérieure et le comportement. Comme l’étude du comportement, elle serait bien une science, mais dans la portée philosophique ne dépasserait pas celle de la physiologie du système nerveux. Comme l’étude de la vie intérieure, elle s’enfermerait dans le mois où l’individu : mais par là même, elle se condamnerait au subjectivisme. Or, selon qu’on dénie toute valeur à ce dernier ou qu’au contraire, à la manière de l’existentialisme contemporain, on considère le sujet comme le centre de perspective de toute recherche philosophique, on dira ou bien que la philosophie doit rompre avec la psychologie pour se tourner vers la réflexion logique, ou bien qu’elle est une sorte de psychologie axée sur le problème de l’existence, voire la vraie psychologie, la seule qui atteigne à la profondeur du moi  et de l’être.

Cette manière de voir n’est pas sans rapport avec celle des psychologues de formation purement biologique. Comme ils n’ont pas en général un sens très aiguisé de la vie intérieure, ils se résignent aisément à amputer leur science d’une bonne moitié de son domaine ; ils la limitent à l’étude du comportement et abandonnent dédaigneusement la philosophie les faits mentaux, quand ils ne vont pas jusqu’à en nier purement et simplement la réalité.

Nous avons montré à maintes reprises : premièrement que le comportement et les faits mentaux ne se laissent pas séparer, que les actions de sujet aussi bien que les situations auxquelles elles répondent intéresseraient psychologique par leur signification, qui dépendent des modes internes de l’activité psychologique ; deuxièmement que la psychologie est essentiellement, non point la science du moi, mais la science de l’esprit, le mot esprit n’étend qu’une désignation collective pour ces modes d’activité, qui peuvent être commun à tous les individus.

Mais nous ne convaincrons jamais un grand nombre de gens congénitalement imbus de l’idée que l’ultime secret de la pensée et de la vie spirituelle ne peut résider que dans les fibres nerveuses dans les sécrétions des glandes endocrines. Et pas davantage ses métaphysiciens acquis une simple méditation sur la conscience ou sur le moi  transcendantal suffit à dévoiler les mystères de l’être.

Ce livre s’adresse à ceux qui n’ont encore trouvé ni dans le matérialisme, ni dans la phénoménologie ou l’existentialisme, le refuge d’une foi. Peut-être consentiront-ils à nous suivre dans notre effort pour remonter, par une méthode à la fois réductive et inductive, de la psychologie telle que nous la comprenons à la philosophie ou, selon nous, elle s’achève.

(transcription dictée et non corrigée … il peut y avoir des surprises …)

Introduction à son livre De la psychologie à la philosophie (1950 et tellement encore d'actualité !) Introduction Ce liv...

Lire la suite »