Réflexion sur les limites de l’exemple d’Adamsberg

Réflexion sur les limites de l’exemple d’Adamsberg pour la clarification de ce que sont les niveaux de description N3 et N4.

(Lire le post qui présente l’exemple en détail: http://wp.me/p4AqKY-3W )

 

Rappel : les niveaux de description de l’action: N1 description globale de l’action ; N2 : description détaillée, définissant la base du travail en entretien d’explicitation; N3 : les consciences de signaux qui se surajoutent à la description, sans être pour autant immédiatement clair ; N4 : le sens du N3 relativement à l’action, c’est-à-dire son organisation, les schèmes mobilisés.

 

Je doit reconnaître que je me suis laissé séduire par la beauté des N3 que déploie l’auteur, comme autant d’illustrations exemplaires de ce que sont les sentiments intellectuels, les signes manifestes de ce qui est encore latent et non reconnu (le chat qui lui saute dessus, le chagrin qui le laisse sans ressource, l’agression d’un étranger en lui, la nouveauté totale de ces manifestations, sa réaction terrible à une affiche).

Mais en prenant le temps d’y réfléchir, je me rends compte que l’exemple n’est pas si bon que ça ! En particulier parce qu’il n’y a aucune articulation entre les N3 et les N4 comme niveau organisationnel de la conduite.

La mise à jour du sens (N4) de ces signes du Potentiel que sont ces N3, est toute entière tournée vers l’identification d’un événement passé, puis vers la reconnaissance de ce qui dans le présent a éveillé le passé, et a actualisé les émotions, les ressentis provoqués par cet événement passé. En fait, dans un tel exemple, on nage en pleine psychothérapie classique : identification d’un traumatisme passé qui suscite encore maintenant des réactions émotionnelles problématiques réactivées par des circonstances présentes. L’entretien d’explicitation ne travaille jamais sur cette configuration.

Pourquoi ?

Parce que l’entretien d’explicitation n’a pas du tout vocation à travailler sur les traumatismes, sur leur résolution, il n’est pas une technique d’aide au changement, il est une technique d’aide à la description, à la prise de connaissance de sa propre expérience. Dans certains cas, il peut être l’étape préalable de documentation de l’existant pour des projets d’aide à l’apprentissage, au perfectionnement. Il est aussi un instrument privilégié de recherche, d’acquisition de verbalisations descriptives dans la perspective d’une psycho-phénomènologie. A quoi cela s’oppose ? Essentiellement à toutes les situations de prise en charge de difficultés dans le but d’en atténuer, d’en modifier, les aspects négatifs. L’entretien d’explicitation n’est pas une technique thérapeutique en soi. Justement, c’est fondamental pour le développement de cet outil, c’est qu’il a échappé aux cadres obsédant qui apparaissent dés que l’on part de l’idée d’aider l’autre à changer et les conséquences théoriques sur les sources de difficultés.

Or l’exemple de Vargas me semble directement inspiré du cadre psychothérapeutique, voire psychanalytique : c’est-à-dire de l’exemple d’un traumatisme oublié dont les effets se poursuivent de manière dynamique dès que les circonstances réactivent, déclenchent, l’état passé, et dont les signes, au premier abord incompréhensibles, donnent juste envie de découvrir qu’est-ce qui produit cet effet si puissant, quelle en est la cause passée, quelle en est la cause actuelle (par quelle association le passé a-t-il été éveillé). La recherche du sens, se centre sur la recherche de la cause, comme source biographique historiquement datée. Cette recherche de la cause peut se décliner de différentes manières suivant le cadre théorique qui inspire les pratiques thérapeutiques : quel est l’événement passé qui cause ? Quelle est la co-identité qui vient à l’actualité et qui s’est formée en réponse à l’événement ? Quelle est l’émotion qui domine et en quoi signe t-elle la spécificité événementielle ou identitaire en cause ?

Ce faisant, d’une part on a pas nécessairement la clef du changement par le seul fait de reconnaître la cause, mais surtout de mon point de vue on a encore aucune information sur l’organisation de la conduite, sur les schèmes. Pourquoi ?

Deux raisons. La première c’est que l’aide au changement est tellement prégnante qu’elle occulte le faire, qui paraît alors tellement secondaire par rapport aux troubles de la personnalité. La seconde, c’est que dans ce cadre thérapeutique (au sens large) on ne s’occupe que rarement des activités finalisées (qui ont un but) et productives (qui visent à produire un résultat), nous n’avons affaire qu’à la réponse incompréhensible à un événement (provisoirement non identifié et donc invisible pour le sujet).

Le 20 ème siècle ne s’est autorisé à prendre en compte la subjectivité que dans le cadre thérapeutique. L’étude de la cognition s’est totalement faite sur la base des observables et des traces, sans prise en compte des données introspectives en première et seconde personne. Or la plupart de nos activités quotidiennes sont des conduites finalisées, visant un but, un résultat, que ce soit à l’école, en formation, au travail, dans les loisirs … L’entretien d’explicitation renverse ce mouvement pour prendre en compte en priorité l’élucidation du déroulement des conduites finalisées. Je sais d’autant mieux faire la différence et ne pas mélanger les deux points de vue que j’ai moi-même eu une formation et une pratique de psychothérapeute. J’ai travaillé avec le corps, l’émotion, les rêves, les rêves éveillés dirigés, l’histoire traumatique des personnes. Je sais très bien où se situe la frontière, et je me garde bien de mélanger. Reste qu’entre la psychothérapie et l’entretien d’explicitation il y a une zone confuse où les deux risquent se mélanger : ce sont tous les dispositifs de supervision, d’analyse de pratique, de coaching. Dans ces dispositifs, on ne sait jamais au départ s’il s’agit de débriefer un faire, ou des croyances limitantes, ou des traces traumatiques handicapantes, ou plus graves encore. Le choix de l’animateur va dépendre de ses compétences, du contrat d’accompagnement, et des limites déontologiques propres à la situation institutionnelle.

Si je reviens à notre exemple tiré d’un roman de Vargas. Nous sommes dans l’exemple de l’élucidation d’un événement traumatique, pas dans la mise à jour des détails d’un faire. Du coup, si les messages du Potentiel sont nombreux et puissants (les N3), nous sommes totalement en dehors du cadre de l’explicitation par le manque de référence à l’action et donc à la possibilité de découvrir les schèmes mobilisés par le Potentiel.

 

 

 

1 Rappel : les niveaux de description de l’action: N1 description globale de l’action ; N2 : description détaillée, définissant la base du travail en entretien d’explicitation; N3 : les consciences de signaux qui se surajoutent à la description, sans être pour autant immédiatement clair ; N4 : le sens du N3 relativement à l’action, c’est-à-dire son organisation, les schèmes mobilisés.

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Réflexion sur les limites de l’exemple d’Adamsberg pour la clarification de ce que sont les niveaux de description N3 et N4.

(Lire le post qui présente l’exemple en détail: http://wp.me/p4AqKY-3W )

 

Rappel : les niveaux de description de l’action: N1 description globale de l’action ; N2 : description détaillée, définissant la base du travail en entretien d’explicitation; N3 : les consciences de signaux qui se surajoutent à la description, sans être pour autant immédiatement clair ; N4 : le sens du N3 relativement à l’action, c’est-à-dire son organisation, les schèmes mobilisés.

 

Je doit reconnaître que je me suis laissé séduire par la beauté des N3 que déploie l’auteur, comme autant d’illustrations exemplaires de ce que sont les sentiments intellectuels, les signes manifestes de ce qui est encore latent et non reconnu (le chat qui lui saute dessus, le chagrin qui le laisse sans ressource, l’agression d’un étranger en lui, la nouveauté totale de ces manifestations, sa réaction terrible à une affiche).

Mais en prenant le temps d’y réfléchir, je me rends compte que l’exemple n’est pas si bon que ça ! En particulier parce qu’il n’y a aucune articulation entre les N3 et les N4 comme niveau organisationnel de la conduite.

La mise à jour du sens (N4) de ces signes du Potentiel que sont ces N3, est toute entière tournée vers l’identification d’un événement passé, puis vers la reconnaissance de ce qui dans le présent a éveillé le passé, et a actualisé les émotions, les ressentis provoqués par cet événement passé. En fait, dans un tel exemple, on nage en pleine psychothérapie classique : identification d’un traumatisme passé qui suscite encore maintenant des réactions émotionnelles problématiques réactivées par des circonstances présentes. L’entretien d’explicitation ne travaille jamais sur cette configuration.

Pourquoi ?

Parce que l’entretien d’explicitation n’a pas du tout vocation à travailler sur les traumatismes, sur leur résolution, il n’est pas une technique d’aide au changement, il est une technique d’aide à la description, à la prise de connaissance de sa propre expérience. Dans certains cas, il peut être l’étape préalable de documentation de l’existant pour des projets d’aide à l’apprentissage, au perfectionnement. Il est aussi un instrument privilégié de recherche, d’acquisition de verbalisations descriptives dans la perspective d’une psycho-phénomènologie. A quoi cela s’oppose ? Essentiellement à toutes les situations de prise en charge de difficultés dans le but d’en atténuer, d’en modifier, les aspects négatifs. L’entretien d’explicitation n’est pas une technique thérapeutique en soi. Justement, c’est fondamental pour le développement de cet outil, c’est qu’il a échappé aux cadres obsédant qui apparaissent dés que l’on part de l’idée d’aider l’autre à changer et les conséquences théoriques sur les sources de difficultés.

Or l’exemple de Vargas me semble directement inspiré du cadre psychothérapeutique, voire psychanalytique : c’est-à-dire de l’exemple d’un traumatisme oublié dont les effets se poursuivent de manière dynamique dès que les circonstances réactivent, déclenchent, l’état passé, et dont les signes, au premier abord incompréhensibles, donnent juste envie de découvrir qu’est-ce qui produit cet effet si puissant, quelle en est la cause passée, quelle en est la cause actuelle (par quelle association le passé a-t-il été éveillé). La recherche du sens, se centre sur la recherche de la cause, comme source biographique historiquement datée. Cette recherche de la cause peut se décliner de différentes manières suivant le cadre théorique qui inspire les pratiques thérapeutiques : quel est l’événement passé qui cause ? Quelle est la co-identité qui vient à l’actualité et qui s’est formée en réponse à l’événement ? Quelle est l’émotion qui domine et en quoi signe t-elle la spécificité événementielle ou identitaire en cause ?

Ce faisant, d’une part on a pas nécessairement la clef du changement par le seul fait de reconnaître la cause, mais surtout de mon point de vue on a encore aucune information sur l’organisation de la conduite, sur les schèmes. Pourquoi ?

Deux raisons. La première c’est que l’aide au changement est tellement prégnante qu’elle occulte le faire, qui paraît alors tellement secondaire par rapport aux troubles de la personnalité. La seconde, c’est que dans ce cadre thérapeutique (au sens large) on ne s’occupe que rarement des activités finalisées (qui ont un but) et productives (qui visent à produire un résultat), nous n’avons affaire qu’à la réponse incompréhensible à un événement (provisoirement non identifié et donc invisible pour le sujet).

Le 20 ème siècle ne s’est autorisé à prendre en compte la subjectivité que dans le cadre thérapeutique. L’étude de la cognition s’est totalement faite sur la base des observables et des traces, sans prise en compte des données introspectives en première et seconde personne. Or la plupart de nos activités quotidiennes sont des conduites finalisées, visant un but, un résultat, que ce soit à l’école, en formation, au travail, dans les loisirs … L’entretien d’explicitation renverse ce mouvement pour prendre en compte en priorité l’élucidation du déroulement des conduites finalisées. Je sais d’autant mieux faire la différence et ne pas mélanger les deux points de vue que j’ai moi-même eu une formation et une pratique de psychothérapeute. J’ai travaillé avec le corps, l’émotion, les rêves, les rêves éveillés dirigés, l’histoire traumatique des personnes. Je sais très bien où se situe la frontière, et je me garde bien de mélanger. Reste qu’entre la psychothérapie et l’entretien d’explicitation il y a une zone confuse où les deux risquent se mélanger : ce sont tous les dispositifs de supervision, d’analyse de pratique, de coaching. Dans ces dispositifs, on ne sait jamais au départ s’il s’agit de débriefer un faire, ou des croyances limitantes, ou des traces traumatiques handicapantes, ou plus graves encore. Le choix de l’animateur va dépendre de ses compétences, du contrat d’accompagnement, et des limites déontologiques propres à la situation institutionnelle.

Si je reviens à notre exemple tiré d’un roman de Vargas. Nous sommes dans l’exemple de l’élucidation d’un événement traumatique, pas dans la mise à jour des détails d’un faire. Du coup, si les messages du Potentiel sont nombreux et puissants (les N3), nous sommes totalement en dehors du cadre de l’explicitation par le manque de référence à l’action et donc à la possibilité de découvrir les schèmes mobilisés par le Potentiel.

 

 

 

1 Rappel : les niveaux de description de l’action: N1 description globale de l’action ; N2 : description détaillée, définissant la base du travail en entretien d’explicitation; N3 : les consciences de signaux qui se surajoutent à la description, sans être pour autant immédiatement clair ; N4 : le sens du N3 relativement à l’action, c’est-à-dire son organisation, les schèmes mobilisés.

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