Remémoration et entretien d’explicitation (1)

Entretien d’explicitation  et remémoration du vécu (projet de chapitre …)

L’entretien d’explicitation est basé sur la description d’un vécu passé. Il est donc pour une part essentielle fondé sur la possibilité de la remémoration de ce passé. A ce titre il semblerait logique qu’il soit adossé aux résultats des innombrables recherches de la psychologie expérimentale sur la mémoire, et de façon complémentaire avoir produit des recherches expérimentales sur ce thème. Or il n’en est rien.

Comment justifier cette posture ? Quels sont les choix qui guident cette position ?

En résumé, l’idée principale que je vais défendre est que depuis ses débuts, la psychologie expérimentale n’a jamais étudiée les actes de remémoration. Elle a étudiée les résultats de ces actes, de mille et une manière, mais pas les actes eux-mêmes. Elle a fait d’innombrables inférences sur les variables influant la mémorisation, sur les causes des variations de performances, mais jamais elle n’a demandé aux sujets de décrire ce qu’ils faisaient pour mémoriser ou pour se remémorer. Autrement dit, la psychologie expérimentale s’est interdit totalement les recherches mobilisant le point de vue en première et seconde personne, et s’est donc interdit de pouvoir dire quoi que ce soit sur la manière dont le sujet pratiquait, organisait son activité de remémoration, tel que lui pouvait en témoigner.

Il est clair que la psychologie expérimentale s’est totalement interdit la pratique de l’introspection, alors que l’entretien d’explicitation est en revanche fondée sur une pratique experte de l’introspection.

J’ai eu moi-même  une formation de psychologie expérimentale, et j’ai même fait un mémoire de maîtrise sur un thème relatif à la mémoire : “Rappel et reconnaissance de syllabes sans signification avec codage familier et non familier”. J’ai les bases, j’ai l’expérience, j’ai la pratique, j’ai la culture. Depuis ce temps de ma formation universitaire, il m’est progressivement apparu évident qu’un des drames de la psychologie expérimentale était sa totale incapacité de dire quoique ce soit aux praticiens, aux enseignants, aux formateurs à propos de domaines qu’elle semblait pourtant étudier en détail, comme l’apprentissage, la mémoire, la résolution de problèmes. Cela ne tient pas à la méthode en elle-même, mais à l’idéologie scientiste qui l’entoure, au refus de s’informer auprès du sujet de ce qu’il vit, à une compréhension des contraintes de la méthode qui pour être respectée annihile tout sens écologique de ce que l’on étudie, autant que de l’appréciation de l’intérêt des résultats obtenus. Il n’en reste pas moins qu’elle est la vraie représentante de la vraie science et que de ne pas s’y référer peut laisser croire qu’on n’est pas sensible à la rigueur de la science ou que l’on se situe en dehors.

Je vais successivement envisager : 1/ Différence entre acte et contenu : se remémorer quoi et se remémorer comment ? 2/ Les différences entre processus et résultat : étudier les actes ou étudier seulement leurs résultats. 3/ Constater ou intervenir : si tous les sujets n’ont pas la même compétence dans la pratique des actes de remémoration, au lieu de simplement constater les résultats, ne peut-on pas étudier ce qui est possible quand on guide le sujet ?

à suivre …

 

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Entretien d’explicitation  et remémoration du vécu (projet de chapitre …)

L’entretien d’explicitation est basé sur la description d’un vécu passé. Il est donc pour une part essentielle fondé sur la possibilité de la remémoration de ce passé. A ce titre il semblerait logique qu’il soit adossé aux résultats des innombrables recherches de la psychologie expérimentale sur la mémoire, et de façon complémentaire avoir produit des recherches expérimentales sur ce thème. Or il n’en est rien.

Comment justifier cette posture ? Quels sont les choix qui guident cette position ?

En résumé, l’idée principale que je vais défendre est que depuis ses débuts, la psychologie expérimentale n’a jamais étudiée les actes de remémoration. Elle a étudiée les résultats de ces actes, de mille et une manière, mais pas les actes eux-mêmes. Elle a fait d’innombrables inférences sur les variables influant la mémorisation, sur les causes des variations de performances, mais jamais elle n’a demandé aux sujets de décrire ce qu’ils faisaient pour mémoriser ou pour se remémorer. Autrement dit, la psychologie expérimentale s’est interdit totalement les recherches mobilisant le point de vue en première et seconde personne, et s’est donc interdit de pouvoir dire quoi que ce soit sur la manière dont le sujet pratiquait, organisait son activité de remémoration, tel que lui pouvait en témoigner.

Il est clair que la psychologie expérimentale s’est totalement interdit la pratique de l’introspection, alors que l’entretien d’explicitation est en revanche fondée sur une pratique experte de l’introspection.

J’ai eu moi-même  une formation de psychologie expérimentale, et j’ai même fait un mémoire de maîtrise sur un thème relatif à la mémoire : “Rappel et reconnaissance de syllabes sans signification avec codage familier et non familier”. J’ai les bases, j’ai l’expérience, j’ai la pratique, j’ai la culture. Depuis ce temps de ma formation universitaire, il m’est progressivement apparu évident qu’un des drames de la psychologie expérimentale était sa totale incapacité de dire quoique ce soit aux praticiens, aux enseignants, aux formateurs à propos de domaines qu’elle semblait pourtant étudier en détail, comme l’apprentissage, la mémoire, la résolution de problèmes. Cela ne tient pas à la méthode en elle-même, mais à l’idéologie scientiste qui l’entoure, au refus de s’informer auprès du sujet de ce qu’il vit, à une compréhension des contraintes de la méthode qui pour être respectée annihile tout sens écologique de ce que l’on étudie, autant que de l’appréciation de l’intérêt des résultats obtenus. Il n’en reste pas moins qu’elle est la vraie représentante de la vraie science et que de ne pas s’y référer peut laisser croire qu’on n’est pas sensible à la rigueur de la science ou que l’on se situe en dehors.

Je vais successivement envisager : 1/ Différence entre acte et contenu : se remémorer quoi et se remémorer comment ? 2/ Les différences entre processus et résultat : étudier les actes ou étudier seulement leurs résultats. 3/ Constater ou intervenir : si tous les sujets n’ont pas la même compétence dans la pratique des actes de remémoration, au lieu de simplement constater les résultats, ne peut-on pas étudier ce qui est possible quand on guide le sujet ?

à suivre …

 

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