Qu’avons nous appris lors de l’Université d’été 2014 ?

Regards sur l’Université d’été 2014 du GREX2

Qu’avons-nous appris ? (esquisse)

Les quatre niveaux de description du vécu et leur articulation

Sentiments intellectuels (N3) et organisation du vécu (N4).

Qu’est ce qui a été important dans l’Université d’été 2014 ? Alors que tout ce dont nous avons parlé était déjà connu ! Alors que nous n’avons rien fait de radicalement nouveau !  Et que pourtant tellement de choses paraissent neuves !! Que s’est-il passé ? Illusion ? Révolution ?  Une petite liste de points remarquables … (à compléter …)

 

► Le patent et le latent ! Le perceptible et le potentiel, la pensée et l’organisme …

Maintenant, nous savons mieux distinguer le niveau manifeste du niveau latent et leurs rapports informatifs complémentaires et … indispensables. Le niveau manifeste est ce qui apparaît intérieurement (introspection) et/ou extérieurement (observation) et le niveau latent est le niveau organisationnel invisible, mais connaissable par inférence.

Le niveau latent est celui de l’organisme, infra conscient, celui où s’opère les liens associatifs montés par les répétitions dans nos expériences, et leur schématisation. Un des points essentiels de notre évolution serait de donner sens au fait d’intégrer l’organisme, le potentiel, dans l’explicitation. Notre tâtonnement répété depuis plusieurs années pour aller vers le plus fin, pour aller vers l’indicible par les changements de point de vue grâce aux dissociés, tout cela se trouve réorienté par la prise en compte de l’activité intellectuelle infra consciente portée par la dynamique de l’organisme. A la fois, il nous faut probablement renoncer à entrer à un niveau de détail qui est impénétrable, et dans le même temps il nous faut intégrer le niveau organisationnel dans sa puissance causale quant au déroulement des conduites que nous avons appris à décrire finement.

Mais ce niveau organisationnel a ceci de passionnant est qu’il peut aussi être interpellé, éveillé, mobilisé délibérément. Car non seulement il peut être mis à jour dans l’après coup, mais de plus,  il peut être sollicité par les effets perlocutoires des consignes qui lancent des intentions éveillantes. Lancer une intention éveillante, c’est mobiliser l’organisme, tout l’organisme, dans ses potentialités de répondre à la proposition faite, et ça nous savons le faire depuis longtemps.

 

►Changement de cap : du toujours plus fin à la causalité, à l’organisation.

Là où nous cherchions, année après année, une description toujours plus fine, donc une recherche de nouveaux procédés de fragmentation,  je me rends compte maintenant qu’il faut changer de point de vue (c’était le conseil que j’avais reçu lors de l’Université d’été 2013 d’un de mes dissociés : “non pas aller plus loin dans la fragmentation, mais changer de stratégie”, mais je n’en savais pas plus alors) :

  • d’une part, on peut conclure, que même en utilisant des dissociés, nous n’aurons pas accès à la prise de conscience des automatismes, il y a un niveau de détail qui restera probablement impénétrable au réfléchissement.
  • d’autre part, nous auront plutôt accès à la logique d’engendrement du résultat de ces automatismes, au niveau organisationnel, voire causal ; c’est un grand changement de perspective.

 

► L’importance et le sens des sentiments intellectuels intégrés à l’entretien d’explicitation

Du coup apparaît avec clarté  la valeur informative du sentiment intellectuel, car :

  • là où apparaît un sentiment intellectuel il y a du sens à faire émerger, c’est un signe, un symptôme, une piste à suivre dont nous ne savions pas trop quoi faire jusqu’à présent ;
  • mais là où il n’apparaît pas, il est possible de le solliciter sur le mode d’un “focusing universel”, ou d’une variante ou une autre du Feldenkrais, ou n’importe quel outil privilégiant la proto sémiotisation (donc le non verbal ou le verbal de l’écriture automatique ou du poème).

 

►Mieux percevoir les sentiment intellectuels.

Mais “mieux distinguer” est à prendre au sérieux. J’ai passé une partie importante de mon temps dans les stages auto-explicitations récents à demander aux gens d’apprendre à “défocaliser”, à se rendre sensible, perméable, curieux à ce qui ne se donne pas vraiment, à ce qui est gazeux, indistinct quoique présent. Souvent le parallèle avec la peinture m’est venu, le fait de plisser les yeux pour distinguer les masses colorées et non les détails, ou les grandes lignes structurantes, ou arriver à voir la couleur des ombres. L’idée était de trouver des analogies qui pouvaient faire sens pour que les stagiaires s’ouvrent à la perception de l’indistinct quoique “déjà là”. Toutes ces indications, me semblent maintenant clairement converger non pas vers plus de fragmentation propre au N2, mais vers l’accueil des sentiments intellectuels permettant de cerner le niveau sous-jacent de façon précise, c’est-à-dire  N4, le niveau organisationnel.

Dans cette perspective d’éveil de la sensibilité aux sentiments intellectuels, la pré Université d’été, c’est-à-dire les deux demie journées d’exercices un peu impliquant (alignement des niveaux logiques relativement à l’entretien d’explicitation, focusing, diverses “stratégies des génies” de Dilts), paraissent une aide précieuse pour rentrer dans la finesse du travail exigée par l’Université d’été. Plusieurs personnes ont exprimées à quel point cela les avait préparées à changer de qualité attentionnelle.

 

► L’ancrage dans le spécifié pour aller vers le sentiment intellectuel et l’organisationnel.

Un point important, techniquement, est de garder le lien entre le niveau organisationnel mis à jour et la conduite, ou la micro-transition étudiée, de façon à garder l’ancrage sémiotique des reprises et de ne pas partir dans l’univers de toutes les associations possibles (on a un exemple plus loin, d’une association qui est en relation avec la situation, mais plus vraiment avec le déroulement du vécu). Si l’on demandait directement à la personne comment elle a organisée sa conduite, on prendrait le risque d’obtenir un commentaire, une généralité, ses théories personnelles ; là, on reste bien ancré dans le modèle organismique du focusing : c’est à partir d’un sentiment intellectuel se rapportant clairement à un moment, que peut se poser avec rigueur et continuité, la question de la reprise suivante “quel sens ça a ? “, “qu’est-ce que ça m’apprend ? “, ou le simple fait de rester en contact avec le sentiment intellectuel jusqu’à ce que m’apparaisse de nouvelles informations.

Cependant le lien entre un sentiment intellectuel et sa signification organisationnelle peut être assez complexe et va certainement nous demander des mises au point sérieuses. Une des ressources, sera d’aller relire les travaux du début du 20ème siècle, les Binet, Burloud, Navratil, qui avaient bien vu ces questions là, même si c’est dans le langage de leur époque, qu’il n’est pas toujours facile d’appréhender. Burloud par exemple pointe bien vers la multiplicité des strates d’organisation, la multiplicité des intentions et des schèmes mis en œuvre en même temps de façon plus ou moins coordonnée. Le lien peut être aussi complexe, parce que chaque couche de vécu à des principes organisationnels différents, avec des temporalités et des rythmes de changement différents. Mais aussi parce qu’il va y avoir des interactions, par exemple une co-identité peut être à la racine du choix privilégié d’un schème et bien d’autres combinaisons que dans son langage Burloud avait commencé d’envisager.

 

► Distinguer entre se rappeler et/ou découvrir un sentiment intellectuel.

Le sentiment intellectuel peut être indexé sur plusieurs aspects et m’apparaître soit comme un souvenir appartenant au vécu de référence V1, soit comme une information supplémentaire nouvelle ne m’apparaissant seulement par le travail fait lors de l’entretien d’explicitation, donc, non plus comme un rappel, mais comme une émergence nouvelle en V2. Il est alors clair que cette émergence de sentiment intellectuel n’est pas un rappel d’un vécu de sentiment intellectuel présent dans le vécu de référence. (Ici, il ne faut pas confondre entre le processus d’émergence, qui est caractérisé par une donation imprévue, nouvelle et le contenu de ce qui émerge. Il est clair que des souvenirs de vécu qui étaient pré réfléchis, peuvent se donner en V2 comme émergents, mais ce sont toujours des souvenirs, c’est le mode de donation que l’on qualifie d’émergent. Ce à quoi je fais référence c’est le cas où le contenu de ce qui émerge est un sentiment intellectuel.)

Établir cette distinction entre le souvenir et l’émergence, est important parce qu’il permet de mieux comprendre le désarroi de certains d’entre nous, qui se demandaient s’ils n’étaient pas en train d’inventer après coup un souvenir de sentiment intellectuel , s’ils ne se créaient pas de fausses mémoires. Or, quand nous sommes en prise avec l’explicitation de V1, du sens nouveau peut apparaître dans un premier temps comme un sentiment intellectuel se rapportant à ce qui s’est passé dans V1, mais qui n’avait pas été vécu en V1, en revanche si l’on tient compte du fait qu’un sentiment intellectuel n’est que le signe, le symptôme du niveau organisationnel, alors on peut l’interpréter comme étant la manifestation d’après coup d’une organisation qui existait bien en V1 sur un mode infra conscient. Le sentiment intellectuel n’apparaît qu’après coup, pour traduire une réalité cognitive invisible et ignorée au moment du vécu, mais appartenant bien  à ce vécu.

Un troisième cas de figure est possible, dissocié du vécu de référence. C’est le cas quand  lors du vécu d’explicitation V2, un sentiment intellectuel apparaît qui se rapporte à l’acte de rappel lui-même (par exemple, je sens vaguement que je n’ai pas tout dit, que ce que j’exprime est tout à fait juste, que je voyage avec aisance dans le passé, etc.) Dans tous vécu, peuvent apparaître des sentiments intellectuels et il faut toujours se rappeler qu’en V2 il y a deux couches de vécus, celle actuelle des actes de rappel et de verbalisation, et celle remémorée des actes du vécu de référence.

 

► L’intérêt des micro-transitions pour l’explicitation

La centration initiale de ma présentation de l’Université d’été 2014 a porté sur la mise en exergue de l’intérêt d’expliciter les micro-transitions, en particulier pour viser des buts que nous n’avions pas su atteindre lors de la précédente Université d’été. Mais en même temps, souvent on ne peut pas viser le N2 de ces micro-transitions directement, parce qu’on débouche sur des “pouf” et autre signes d’émergence qui relèvent du sentiment intellectuel et donc ne peuvent détailler les composants de la micro-transition.

Ce qui est essentiel, et qui est un grand changement, c’est de comprendre que ces micro-transitions sont le lieu privilégié à partir duquel on peut faire jouer le passage du N3 (provoqué ou invoqué) à son (ses) N4, c’est-à-dire à ce qui est localement organisateur dans l’infra conscient. Autrement dit, quand je commence par dire qu’il n’y qu’un noir ou rien, au lieu d’être le signal d’arrêt de l’entretien d’explicitation, ce sera dorénavant le signal de recherche de l’activité organique sous-jacente, ou encore de la mise à jour de la structure organisationnelle qui gère la micro-transition.

Mais de plus, au delà des micro-transitions, qui  sont nécessairement locales, dans mon exemple vécu  l’image du “fuseau” comme figuration d’une vection qui traverse mon action, montre aussi qu’il y a une ouverture vers la mise à jour possible d’une dynamique de transition qui peut traverser tout une séquence d’actes finalisés. C’est une ouverture extraordinaire, dans les deux cas,  pour aller vers l’intelligibilité de la conduite.

Au total, nous n’avons pas appris grand chose de vraiment nouveau. Mais tout ce que nous savions déjà est remis en ordre d’utilisation d’une manière qui n’avait jamais clairement existé auparavant. Un changement de nos pratiques dans l’entretien d’explicitation est tout à fait concevable dans la direction non plus seulement du jeu avec le pôle égoique comme avec la mise en place de “dissociés”, mais aussi une meilleure prise en compte de l’organisation des vécus.

Relativement à mon expérience personnelle, disposer de l’information détaillée de ce que j’avais fait (N2) plus  la compréhension de son organisation (N4 grâce à la mise en sens des N3 apparaissants) m’a donné le sentiment (!) d’avoir, pour la première fois dans mon expérience de l’explicitation, une intelligibilité complète, ou en tous les cas, plus complète que tout ce que j’avais vécu auparavant !

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Regards sur l’Université d’été 2014 du GREX2

Qu’avons-nous appris ? (esquisse)

Les quatre niveaux de description du vécu et leur articulation

Sentiments intellectuels (N3) et organisation du vécu (N4).

Qu’est ce qui a été important dans l’Université d’été 2014 ? Alors que tout ce dont nous avons parlé était déjà connu ! Alors que nous n’avons rien fait de radicalement nouveau !  Et que pourtant tellement de choses paraissent neuves !! Que s’est-il passé ? Illusion ? Révolution ?  Une petite liste de points remarquables … (à compléter …)

 

► Le patent et le latent ! Le perceptible et le potentiel, la pensée et l’organisme …

Maintenant, nous savons mieux distinguer le niveau manifeste du niveau latent et leurs rapports informatifs complémentaires et … indispensables. Le niveau manifeste est ce qui apparaît intérieurement (introspection) et/ou extérieurement (observation) et le niveau latent est le niveau organisationnel invisible, mais connaissable par inférence.

Le niveau latent est celui de l’organisme, infra conscient, celui où s’opère les liens associatifs montés par les répétitions dans nos expériences, et leur schématisation. Un des points essentiels de notre évolution serait de donner sens au fait d’intégrer l’organisme, le potentiel, dans l’explicitation. Notre tâtonnement répété depuis plusieurs années pour aller vers le plus fin, pour aller vers l’indicible par les changements de point de vue grâce aux dissociés, tout cela se trouve réorienté par la prise en compte de l’activité intellectuelle infra consciente portée par la dynamique de l’organisme. A la fois, il nous faut probablement renoncer à entrer à un niveau de détail qui est impénétrable, et dans le même temps il nous faut intégrer le niveau organisationnel dans sa puissance causale quant au déroulement des conduites que nous avons appris à décrire finement.

Mais ce niveau organisationnel a ceci de passionnant est qu’il peut aussi être interpellé, éveillé, mobilisé délibérément. Car non seulement il peut être mis à jour dans l’après coup, mais de plus,  il peut être sollicité par les effets perlocutoires des consignes qui lancent des intentions éveillantes. Lancer une intention éveillante, c’est mobiliser l’organisme, tout l’organisme, dans ses potentialités de répondre à la proposition faite, et ça nous savons le faire depuis longtemps.

 

►Changement de cap : du toujours plus fin à la causalité, à l’organisation.

Là où nous cherchions, année après année, une description toujours plus fine, donc une recherche de nouveaux procédés de fragmentation,  je me rends compte maintenant qu’il faut changer de point de vue (c’était le conseil que j’avais reçu lors de l’Université d’été 2013 d’un de mes dissociés : “non pas aller plus loin dans la fragmentation, mais changer de stratégie”, mais je n’en savais pas plus alors) :

  • d’une part, on peut conclure, que même en utilisant des dissociés, nous n’aurons pas accès à la prise de conscience des automatismes, il y a un niveau de détail qui restera probablement impénétrable au réfléchissement.
  • d’autre part, nous auront plutôt accès à la logique d’engendrement du résultat de ces automatismes, au niveau organisationnel, voire causal ; c’est un grand changement de perspective.

 

► L’importance et le sens des sentiments intellectuels intégrés à l’entretien d’explicitation

Du coup apparaît avec clarté  la valeur informative du sentiment intellectuel, car :

  • là où apparaît un sentiment intellectuel il y a du sens à faire émerger, c’est un signe, un symptôme, une piste à suivre dont nous ne savions pas trop quoi faire jusqu’à présent ;
  • mais là où il n’apparaît pas, il est possible de le solliciter sur le mode d’un “focusing universel”, ou d’une variante ou une autre du Feldenkrais, ou n’importe quel outil privilégiant la proto sémiotisation (donc le non verbal ou le verbal de l’écriture automatique ou du poème).

 

►Mieux percevoir les sentiment intellectuels.

Mais “mieux distinguer” est à prendre au sérieux. J’ai passé une partie importante de mon temps dans les stages auto-explicitations récents à demander aux gens d’apprendre à “défocaliser”, à se rendre sensible, perméable, curieux à ce qui ne se donne pas vraiment, à ce qui est gazeux, indistinct quoique présent. Souvent le parallèle avec la peinture m’est venu, le fait de plisser les yeux pour distinguer les masses colorées et non les détails, ou les grandes lignes structurantes, ou arriver à voir la couleur des ombres. L’idée était de trouver des analogies qui pouvaient faire sens pour que les stagiaires s’ouvrent à la perception de l’indistinct quoique “déjà là”. Toutes ces indications, me semblent maintenant clairement converger non pas vers plus de fragmentation propre au N2, mais vers l’accueil des sentiments intellectuels permettant de cerner le niveau sous-jacent de façon précise, c’est-à-dire  N4, le niveau organisationnel.

Dans cette perspective d’éveil de la sensibilité aux sentiments intellectuels, la pré Université d’été, c’est-à-dire les deux demie journées d’exercices un peu impliquant (alignement des niveaux logiques relativement à l’entretien d’explicitation, focusing, diverses “stratégies des génies” de Dilts), paraissent une aide précieuse pour rentrer dans la finesse du travail exigée par l’Université d’été. Plusieurs personnes ont exprimées à quel point cela les avait préparées à changer de qualité attentionnelle.

 

► L’ancrage dans le spécifié pour aller vers le sentiment intellectuel et l’organisationnel.

Un point important, techniquement, est de garder le lien entre le niveau organisationnel mis à jour et la conduite, ou la micro-transition étudiée, de façon à garder l’ancrage sémiotique des reprises et de ne pas partir dans l’univers de toutes les associations possibles (on a un exemple plus loin, d’une association qui est en relation avec la situation, mais plus vraiment avec le déroulement du vécu). Si l’on demandait directement à la personne comment elle a organisée sa conduite, on prendrait le risque d’obtenir un commentaire, une généralité, ses théories personnelles ; là, on reste bien ancré dans le modèle organismique du focusing : c’est à partir d’un sentiment intellectuel se rapportant clairement à un moment, que peut se poser avec rigueur et continuité, la question de la reprise suivante “quel sens ça a ? “, “qu’est-ce que ça m’apprend ? “, ou le simple fait de rester en contact avec le sentiment intellectuel jusqu’à ce que m’apparaisse de nouvelles informations.

Cependant le lien entre un sentiment intellectuel et sa signification organisationnelle peut être assez complexe et va certainement nous demander des mises au point sérieuses. Une des ressources, sera d’aller relire les travaux du début du 20ème siècle, les Binet, Burloud, Navratil, qui avaient bien vu ces questions là, même si c’est dans le langage de leur époque, qu’il n’est pas toujours facile d’appréhender. Burloud par exemple pointe bien vers la multiplicité des strates d’organisation, la multiplicité des intentions et des schèmes mis en œuvre en même temps de façon plus ou moins coordonnée. Le lien peut être aussi complexe, parce que chaque couche de vécu à des principes organisationnels différents, avec des temporalités et des rythmes de changement différents. Mais aussi parce qu’il va y avoir des interactions, par exemple une co-identité peut être à la racine du choix privilégié d’un schème et bien d’autres combinaisons que dans son langage Burloud avait commencé d’envisager.

 

► Distinguer entre se rappeler et/ou découvrir un sentiment intellectuel.

Le sentiment intellectuel peut être indexé sur plusieurs aspects et m’apparaître soit comme un souvenir appartenant au vécu de référence V1, soit comme une information supplémentaire nouvelle ne m’apparaissant seulement par le travail fait lors de l’entretien d’explicitation, donc, non plus comme un rappel, mais comme une émergence nouvelle en V2. Il est alors clair que cette émergence de sentiment intellectuel n’est pas un rappel d’un vécu de sentiment intellectuel présent dans le vécu de référence. (Ici, il ne faut pas confondre entre le processus d’émergence, qui est caractérisé par une donation imprévue, nouvelle et le contenu de ce qui émerge. Il est clair que des souvenirs de vécu qui étaient pré réfléchis, peuvent se donner en V2 comme émergents, mais ce sont toujours des souvenirs, c’est le mode de donation que l’on qualifie d’émergent. Ce à quoi je fais référence c’est le cas où le contenu de ce qui émerge est un sentiment intellectuel.)

Établir cette distinction entre le souvenir et l’émergence, est important parce qu’il permet de mieux comprendre le désarroi de certains d’entre nous, qui se demandaient s’ils n’étaient pas en train d’inventer après coup un souvenir de sentiment intellectuel , s’ils ne se créaient pas de fausses mémoires. Or, quand nous sommes en prise avec l’explicitation de V1, du sens nouveau peut apparaître dans un premier temps comme un sentiment intellectuel se rapportant à ce qui s’est passé dans V1, mais qui n’avait pas été vécu en V1, en revanche si l’on tient compte du fait qu’un sentiment intellectuel n’est que le signe, le symptôme du niveau organisationnel, alors on peut l’interpréter comme étant la manifestation d’après coup d’une organisation qui existait bien en V1 sur un mode infra conscient. Le sentiment intellectuel n’apparaît qu’après coup, pour traduire une réalité cognitive invisible et ignorée au moment du vécu, mais appartenant bien  à ce vécu.

Un troisième cas de figure est possible, dissocié du vécu de référence. C’est le cas quand  lors du vécu d’explicitation V2, un sentiment intellectuel apparaît qui se rapporte à l’acte de rappel lui-même (par exemple, je sens vaguement que je n’ai pas tout dit, que ce que j’exprime est tout à fait juste, que je voyage avec aisance dans le passé, etc.) Dans tous vécu, peuvent apparaître des sentiments intellectuels et il faut toujours se rappeler qu’en V2 il y a deux couches de vécus, celle actuelle des actes de rappel et de verbalisation, et celle remémorée des actes du vécu de référence.

 

► L’intérêt des micro-transitions pour l’explicitation

La centration initiale de ma présentation de l’Université d’été 2014 a porté sur la mise en exergue de l’intérêt d’expliciter les micro-transitions, en particulier pour viser des buts que nous n’avions pas su atteindre lors de la précédente Université d’été. Mais en même temps, souvent on ne peut pas viser le N2 de ces micro-transitions directement, parce qu’on débouche sur des “pouf” et autre signes d’émergence qui relèvent du sentiment intellectuel et donc ne peuvent détailler les composants de la micro-transition.

Ce qui est essentiel, et qui est un grand changement, c’est de comprendre que ces micro-transitions sont le lieu privilégié à partir duquel on peut faire jouer le passage du N3 (provoqué ou invoqué) à son (ses) N4, c’est-à-dire à ce qui est localement organisateur dans l’infra conscient. Autrement dit, quand je commence par dire qu’il n’y qu’un noir ou rien, au lieu d’être le signal d’arrêt de l’entretien d’explicitation, ce sera dorénavant le signal de recherche de l’activité organique sous-jacente, ou encore de la mise à jour de la structure organisationnelle qui gère la micro-transition.

Mais de plus, au delà des micro-transitions, qui  sont nécessairement locales, dans mon exemple vécu  l’image du “fuseau” comme figuration d’une vection qui traverse mon action, montre aussi qu’il y a une ouverture vers la mise à jour possible d’une dynamique de transition qui peut traverser tout une séquence d’actes finalisés. C’est une ouverture extraordinaire, dans les deux cas,  pour aller vers l’intelligibilité de la conduite.

Au total, nous n’avons pas appris grand chose de vraiment nouveau. Mais tout ce que nous savions déjà est remis en ordre d’utilisation d’une manière qui n’avait jamais clairement existé auparavant. Un changement de nos pratiques dans l’entretien d’explicitation est tout à fait concevable dans la direction non plus seulement du jeu avec le pôle égoique comme avec la mise en place de “dissociés”, mais aussi une meilleure prise en compte de l’organisation des vécus.

Relativement à mon expérience personnelle, disposer de l’information détaillée de ce que j’avais fait (N2) plus  la compréhension de son organisation (N4 grâce à la mise en sens des N3 apparaissants) m’a donné le sentiment (!) d’avoir, pour la première fois dans mon expérience de l’explicitation, une intelligibilité complète, ou en tous les cas, plus complète que tout ce que j’avais vécu auparavant !

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2 Commentaires pour “Qu’avons nous appris lors de l’Université d’été 2014 ?

  1. Armelle Balas Chnnel

    Bonjour Pierre,

    Merci pour cette synthèse théorique de ce que nous avons pu apprendre cet été à St Eble et qui donne à réfléchir.
    Les 4 niveaux me paraissent bien clairs.
    J’apprécie bien la distinction entre ressouvenir et émergence, mais il va me falloir aller explorer cela de manière expérientielle pour m’en saisir encore mieux (ou aller voir dans les protocoles si j’en repère des deux catégories).
    Très intéressante aussi l’idée du N3 symptome d’un N4 présent en V1.
    J’aime bien aussi la question “qu’est-ce que ça m’apprend ? (en titre, mais aussi dans le questionnement pour aller au-delà du N3). Je l’utilise depuis longtemps et elle m’est toujours apparue comme productive de quelque chose de plus que ce qui est dit, mais qui éclaire pourtant ce qui est là, rien que parce qu’on la pose.

    J’ai quelques questions de compréhension, avant d’avoir une question plus globale.
    1) L’expression infra consciente recouvre-t-elle la même chose que le préréfléchi ou est-ce autre chose ?
    2 ) Je suis surprise de l’ordre de ton énoncé dans la phrase « il (le niveau organisationnel) peut être mis à jour dans l’après coup mais de plus, il peut être sollicité par les effets perlocutoires …. ». Le second point n’est-il pas chronologiquement antérieur au premier ?
    3 ) Tu parles de » la logique d’engendrement du résultat de ces automatismes ». Ce qui nous intéresse, n’est-ce pas la logique d’engendrement des automatismes (qui provoquent certes, les résultats, mais ce qui nous intéresse, c’est l’action, donc la manière dont fonctionnent les automatismes) ?
    4 ) Quand quelqu’un dit “. Prrt. Je ne sais pas comment j’ai fait. c’est l’intuition ! » (ou « c’est l’expérience !”), cela illustre-t-il le « sentiment intellectuel » ?

    Mon interrogation plus globale concerne la possibilité d’accéder à ces mêmes informations de N4, par le maintien en prise constant et, par exemple, avec la question « et qu’est-ce qu’il y a d’autre ? » qui peuvent à eux deux provoquer la description (notamment en mode sensoriel) d’une « structure » ou de « constantes » qui sont là (des schèmes, en effets), associées en V1 de manière très très fugace à des moments de notre expérience passée.

    Voilà Pierre quelques questions à propos de ces avancées de 2014.
    Je t’embrasse,
    Armelle

    Reply
    1. 1/ l’expression « infra consciente » vient de Burloud, pour nous elle désignerait tout ce qui n’est pas de la conscience réfléchie, que ce soit le pré réfléchi (conscience en acte), ou organique.
      2/ Le fait de solliciter le N4 peut se situer aussi bien immédiatement dans le temps, ou après coup ; pour autant que je comprenne vraiment ta question ???
      3/ les deux nous intéresse, comment le résutat s’est engendré aussi bien que comment le schème organisateur a été (s’est ) sélectionné, déclenché, advenu.
      4/ le sentiment intellectuel se manifeste comme « pfft », le discours qui suit est un commentaire.
      Le niveau 4, organisationnel, ne va m’apparaître dans le maintien en prise que si j’en ai le concept comme résultat possible d’une prise de conscience à venir, la question « qu’est-ce qu’il y a d’autre » aura un effet dépendant de ce qui lui précéde, si l’interviewé est dans la description de la prise d’information, il produira peut être d’autres détails qu’il a perçu ; s’il est dans la description d’un acte d’effectuation, ce sera peut être plus des micro étapes ; pour que cela conduise à décrire le niveau organisationnel, il me semble qu’il faudrait que la personne soit déjà en prise avec l’expression de ce niveau, sinon ça risque de déclencher simplement un discours associatif qui peut alors partir dans tous les sens (ça me fait penser à la fois où ; c’est comme quand je fais … etc ).
      à suivre …

      Reply

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