L’inconscient avant Freud

quelques citations tirées de “L’inconscient avant Freud” de Lancelot Whyte, Payot, 1971, Basic Books 1960

p 18 “ Les idées ne sont pas des inférences conscientes tirées de l’expérience, mais une mise en ordre de l’expérience, accomplie en grande partie inconsciemment.”

p 23 L’idéal européen et occidental de l’individu conscient de soi, affrontant le destin avec pour seules armes sa volonté indomptable et sa raison sceptique, est sans doute le but le plus noble qu’une société ait fait sien jusqu’à présent. …

Mais il est maintenant évident que cet idéal a été une faute morale et une erreur intellectuelle, car il a grossi exagérément l’importance éthique, philosophique et scientifique de la conscience de soi de l’individu. Et l’un des principaux facteurs qui a révélé le caractère inadéquat de cet idéal a été la découverte de l’esprit inconscient. C’est pourquoi l’idée d’inconscient est l’idée la plus révolutionnaire des temps modernes : elle sape les fondements traditionnels de l’Europe et de l’Occident.

p 24 L’esprit inconscient, c’est l’expression de l’organique dans l’individu. Mais Freud n’a pas eu une conception suffisamment organique de l’inconscient, et l’esprit conscient ne pourra trouver le repos tant qu’il ne jouira pas d’une intelligence plus complète de ses propres sources inconscientes.”

p 26 “…le principal objet de ce travail : considérer un aspect caractéristique du développement de l’esprit européen, manifesté par le mot écrit, comme une phase importante de l’histoire de l’humanité, nous voulons dire : l’Européen conscient de soi découvrant son inconscient.

…Mon but est de retracer à grands traits le changement qui s’est produit dans la conscience de soi, changement repérables à travers les documents écrits,

… Ce qui m’intéresse, c’est la prise de conscience progressive, du besoin d’inférer à partir des données immédiates de la conscience l’existence de processus mentaux inconscients.

p 89 “L’homme conscient de soi pense qu’il pense. On sait maintenant (1960) depuis longtemps que c’est une erreur, car le sujet conscient qui pense qu’il pense n’est pas identique à l’organe qui accomplit l’acte de penser. L’individu conscient n’est qu’une composante, une série d’aspects passagers, de l’individu pensant.

Cette fausse interprétation a conduit à des réalisations extraordinaires et à de singulières difficultés. Aux premières, dans la mesure où elle a donné à l’individu le sentiment de son indépendance, de son pouvoir et de sa responsabilité ; il n’était rien qu’il ne puisse apprendre à connaître, il était convaincu de la primauté et de la liberté de son esprit conscient, tout en reconnaissant qu’il lui avait peut-être  été prêté par Dieu. Aux secondes, dans la mesure où, comme nous l’avons vu, ce pouvoir et cette liberté de l’esprit conscient sont en partie illusoires, l’individu étant plus que sa conscience immédiate.

p 91 “J’emploie l’expression “découverte de l’inconscient” non pas au sens de découverte scientifique confirmée, par des des preuves méthodiques, mais au sens d’inférence nouvelle : mettre au jour ce qui jusque-là était inconnu dans une culture donnée. La découverte de l’inconscient a été le résultat d’une diffusion de cette lumière intellectuelle que Descartes avait fait converger trop exclusivement sur un point. Cette découverte était inutile avant lui ; c’est le prestige des idées cartésiennes qui a fait naître le “problème de l’inconscient”.

p 94 “ La découverte de l’inconscient par l’homme conscient de soi a demandé environ deux siècles, approximativement de 1700 à 1900. Comme nous le verrons, l’idée de processus mentaux inconscients était, pour nombre de ses aspects, une idée concevable autour de 1700, une idée d’actualité autour de 1800, et une idée devenue opérante autour de 1900…

Plusieurs facteurs ont rendu ce développement inévitable en théorie et en pratique, mais le plus important, celui qui est à la base de tous les autres, c’est la reconnaissance que l’hypothèse d’une autonomie de la conscience n’est pas étayée par les faits. A des degrés divers, des représentants de presque tous les domaines de la pensée ont contribué à la maturation de l’idée d’inconscient, parce qu’on ne peut éviter de faire cette inférence à partir de l’expérience.

Quel livre magnifique !!! À découvrir ou redécouvrir d’urgence …

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quelques citations tirées de “L’inconscient avant Freud” de Lancelot Whyte, Payot, 1971, Basic Books 1960

p 18 “ Les idées ne sont pas des inférences conscientes tirées de l’expérience, mais une mise en ordre de l’expérience, accomplie en grande partie inconsciemment.”

p 23 L’idéal européen et occidental de l’individu conscient de soi, affrontant le destin avec pour seules armes sa volonté indomptable et sa raison sceptique, est sans doute le but le plus noble qu’une société ait fait sien jusqu’à présent. …

Mais il est maintenant évident que cet idéal a été une faute morale et une erreur intellectuelle, car il a grossi exagérément l’importance éthique, philosophique et scientifique de la conscience de soi de l’individu. Et l’un des principaux facteurs qui a révélé le caractère inadéquat de cet idéal a été la découverte de l’esprit inconscient. C’est pourquoi l’idée d’inconscient est l’idée la plus révolutionnaire des temps modernes : elle sape les fondements traditionnels de l’Europe et de l’Occident.

p 24 L’esprit inconscient, c’est l’expression de l’organique dans l’individu. Mais Freud n’a pas eu une conception suffisamment organique de l’inconscient, et l’esprit conscient ne pourra trouver le repos tant qu’il ne jouira pas d’une intelligence plus complète de ses propres sources inconscientes.”

p 26 “…le principal objet de ce travail : considérer un aspect caractéristique du développement de l’esprit européen, manifesté par le mot écrit, comme une phase importante de l’histoire de l’humanité, nous voulons dire : l’Européen conscient de soi découvrant son inconscient.

…Mon but est de retracer à grands traits le changement qui s’est produit dans la conscience de soi, changement repérables à travers les documents écrits,

… Ce qui m’intéresse, c’est la prise de conscience progressive, du besoin d’inférer à partir des données immédiates de la conscience l’existence de processus mentaux inconscients.

p 89 “L’homme conscient de soi pense qu’il pense. On sait maintenant (1960) depuis longtemps que c’est une erreur, car le sujet conscient qui pense qu’il pense n’est pas identique à l’organe qui accomplit l’acte de penser. L’individu conscient n’est qu’une composante, une série d’aspects passagers, de l’individu pensant.

Cette fausse interprétation a conduit à des réalisations extraordinaires et à de singulières difficultés. Aux premières, dans la mesure où elle a donné à l’individu le sentiment de son indépendance, de son pouvoir et de sa responsabilité ; il n’était rien qu’il ne puisse apprendre à connaître, il était convaincu de la primauté et de la liberté de son esprit conscient, tout en reconnaissant qu’il lui avait peut-être  été prêté par Dieu. Aux secondes, dans la mesure où, comme nous l’avons vu, ce pouvoir et cette liberté de l’esprit conscient sont en partie illusoires, l’individu étant plus que sa conscience immédiate.

p 91 “J’emploie l’expression “découverte de l’inconscient” non pas au sens de découverte scientifique confirmée, par des des preuves méthodiques, mais au sens d’inférence nouvelle : mettre au jour ce qui jusque-là était inconnu dans une culture donnée. La découverte de l’inconscient a été le résultat d’une diffusion de cette lumière intellectuelle que Descartes avait fait converger trop exclusivement sur un point. Cette découverte était inutile avant lui ; c’est le prestige des idées cartésiennes qui a fait naître le “problème de l’inconscient”.

p 94 “ La découverte de l’inconscient par l’homme conscient de soi a demandé environ deux siècles, approximativement de 1700 à 1900. Comme nous le verrons, l’idée de processus mentaux inconscients était, pour nombre de ses aspects, une idée concevable autour de 1700, une idée d’actualité autour de 1800, et une idée devenue opérante autour de 1900…

Plusieurs facteurs ont rendu ce développement inévitable en théorie et en pratique, mais le plus important, celui qui est à la base de tous les autres, c’est la reconnaissance que l’hypothèse d’une autonomie de la conscience n’est pas étayée par les faits. A des degrés divers, des représentants de presque tous les domaines de la pensée ont contribué à la maturation de l’idée d’inconscient, parce qu’on ne peut éviter de faire cette inférence à partir de l’expérience.

Quel livre magnifique !!! À découvrir ou redécouvrir d’urgence …

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1 Commentaire pour “L’inconscient avant Freud

  1. j’aime bien les distinctions que l’auteur établit entre : idée concevable, idée d’actualité, idée opérante,

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