L’inconscient avant Freud (2)

Citation à partir de L. White « L’inconscient avant Freud »

Page 31

« L’histoire dont je vais faire le récit présuppose certains principes touchant l’histoire des idées :

Il n’y a pas un état de conscience unique dans une société donnée et même dans ce petit groupe de spécialistes à un moment donné. Ce qu’on trouve, ce sont des éléments traditionnels en perte de vitesse, un certain nombre de facteurs dominants et l’émergence de nouveaux facteurs. Ailleurs, la prise de conscience d’un individu donné varie en fonction de ce dont il dispose à tel ou tel moment.

Dans la vie des idées, on rencontre une diversité analogue. Il y a souvent une période pendant laquelle l’unité est concevable, ce que prouve le mot imprimé, une autre période où elle devient d’actualité, comme le montre la multiplicité des discussions qu’elle suscite, et parfois une troisième période où elle devient manifestement opérante. Et d’ailleurs les idées peuvent être soumises à des influences cycliques, et elles peuvent être provisoirement diminuées et, consciemment ou inconsciemment, transformé.

Il y a une phase dans la vie d’une idée qui intéresse particulièrement notre sujet. On peut l’appeler son apogée, moment où beaucoup s’en réclament et où elle est admise par presque tous, mais où sa valeur commence déjà à baisser, ce dont quelques hommes seulement ont conscience. Le prestige d’une idée peut induire en erreur tout autant que la réputation d’un homme. Au moment où des hommes et des idées, dans leur jeunesse, ont le plus de fécondité, il est courant que leur société les méconnaisse. Une fois que le prestige ou réputation sont bien établies, l’essentiel est souvent terminé : ce sont seulement les très grandes idées ou les très grands hommes dont la fécondité peut persister dans le contexte nouveau qu’ils ont eux-mêmes contribués à faire naître. »

 

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Citation à partir de L. White « L’inconscient avant Freud »

Page 31

« L’histoire dont je vais faire le récit présuppose certains principes touchant l’histoire des idées :

Il n’y a pas un état de conscience unique dans une société donnée et même dans ce petit groupe de spécialistes à un moment donné. Ce qu’on trouve, ce sont des éléments traditionnels en perte de vitesse, un certain nombre de facteurs dominants et l’émergence de nouveaux facteurs. Ailleurs, la prise de conscience d’un individu donné varie en fonction de ce dont il dispose à tel ou tel moment.

Dans la vie des idées, on rencontre une diversité analogue. Il y a souvent une période pendant laquelle l’unité est concevable, ce que prouve le mot imprimé, une autre période où elle devient d’actualité, comme le montre la multiplicité des discussions qu’elle suscite, et parfois une troisième période où elle devient manifestement opérante. Et d’ailleurs les idées peuvent être soumises à des influences cycliques, et elles peuvent être provisoirement diminuées et, consciemment ou inconsciemment, transformé.

Il y a une phase dans la vie d’une idée qui intéresse particulièrement notre sujet. On peut l’appeler son apogée, moment où beaucoup s’en réclament et où elle est admise par presque tous, mais où sa valeur commence déjà à baisser, ce dont quelques hommes seulement ont conscience. Le prestige d’une idée peut induire en erreur tout autant que la réputation d’un homme. Au moment où des hommes et des idées, dans leur jeunesse, ont le plus de fécondité, il est courant que leur société les méconnaisse. Une fois que le prestige ou réputation sont bien établies, l’essentiel est souvent terminé : ce sont seulement les très grandes idées ou les très grands hommes dont la fécondité peut persister dans le contexte nouveau qu’ils ont eux-mêmes contribués à faire naître. »

 

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2 Commentaires pour “L’inconscient avant Freud (2)

  1. Je connais bien les livres que tu cites, sans compter une dizaine d’autres sur l’histoire de l’inconscient, mais le propos de cette citation est bien de pointer vers le fait que c’est l’accroissement de la conceptualisation de la conscience qui a produit la nécessité historique de la création du concept d’inconscient, et du coup la nécessité de penser l’infra conscient avant le conscient pour rendre compte de la pensée …

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  2. Commentaire de Claude Marty
    A) Pour une histoire de l’inconscient à la Freud à la découverte de l’inconscient, histoire de la psychiatrie dynamique de Henri Ellenberger est un véritable manuel incontournable
    Pour la découverte des inconscients plus généraux, objets des neurosciences Le nouvel inconscient de Lionel Naccache est une bonne introduction (avec une deuxième partie sur les processus conscients et une troisième sur Freud intéressante et épistémologiquement contestable)
    (Mes notes de lecture se trouvent, avec parfois un peu de patience, sur
    https://www.dropbox.com/sh/stiul9hm2x6vyp2/AAAIzIwkaQdN1Wx0BB0M40o8a?dl=0)
    B) Les erreurs de Descartes sont innombrables
    Sa physique truffée d’erreurs monumentales
    De plus on y découvre une épistémologie abominable : sur 7 propositions sur les chocs une seule est juste, mais à la fin il affirme que si ses affirmations étaient contraires à des observations, ce serait celles-ci qui seraient entachées d’erreur ! Il écrit :
    Les démonstrations de tout ceci sont si évidentes qu’encore que l’expérience nous semblerait faire voir le contraire, nous serions néanmoins obligés d’ajouter plus de foi à notre raison qu’à nos sens
    Vouloir arriver à des idées claires et distinctes, c’est louable. Mais en faire le critère de la vérité est un postulat épistémologique abominable, d’ailleurs magnifiquement controuvé par de nombreux cas d’erreurs qui lui sont dues.
    Damasio a écrit L’erreur de Descartes sur son mépris de l’émotion
    Le « pense donc je suis » est à remplacer par « je me sens pensant donc je suis » ou mieux « je sens donc je suis », etc.
    Néanmoins c’est son insistance sur la conscience qui a permis de bien la singulariser et de s’acheminer vers l’analyse des processus inconscients.
    C) Freud n’est pas l’inventeur de l’inconscient, même freudien, mais il en a été un promoteur extrêmement actif et efficace. Qu’il soit lu surtout pour cela ne donne pas à l’intérêt pour la sexualité un rôle suffisant. Il y a aussi la séduction exercée par la possibilité de mettre en récit (même quand ils sont inadéquats, faux) des vécus et/ou toute une vie : c’est trop beau, Sigmund est un grand écrivain … de fiction souvent.

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