Description et niveaux de description

Description et niveaux de description du vécu.

(pour préparer un article sur le travail de l’Université d’été 2014)

A/ Qu’est-ce qu’une description ? de quoi ? Pourquoi des niveaux de  description ?

►Qu’est-ce que décrire ?

J’ai détaillé dans un texte récent ma position sur le concept de description, je la résume. Décrire n’est pas interpréter, ni commenter, ni analyser. Le but est de nommer de la façon la moins interprétative possible et le moyen est d’être au plus proche du factuel. Mais ce n’est qu’un idéal régulateur, car par le fait de la mise en langage c’est toujours une interprétation partielle non sue. Il ne peut y avoir de description pure par principe, mais on peut viser une description qui soit la moins interprétative possible dans les limites de notre maîtrise de la langue. De même, la description n’est pas une analyse, car l’analyse devrait suivre la description. Mais le fait de segmenter la continuité du vécu pour pouvoir en nommer les éléments crée une première forme d’analyse, c’est inévitable, c’est une des limites importantes de l’utilisation du langage.

► Le but de description de l’entretien d’explicitation

L’entretien d’explicitation vise la connaissance du déroulement d’un vécu tel que celui qui le vit peut le décrire en mots. Le fait de décrire va s’articuler autour d’une double exigence, d’une part obtenir la mise en mots dans les termes mêmes qui appartiennent au monde de l’interviewé et d’autre part prendre en compte la compréhension experte de ce qu’est décrire un déroulement de vécu. On a donc, d’une part les dénominations spontanées de l’interviewé, qui reflètent ses propres catégories descriptives, et d’autre part la  connaissance experte de l’intervieweur quant à ce qui est nécessaire (en structure) pour produire une description du déroulement. Le jeu est de ne pas influencer les dénominations produites spontanément par l’interviewé, autrement dit, ne rien induire au niveau de la dénomination du contenu vécu, de façon à recueillir les mots (les catégories sont sous-jacentes) exacts de l’interviewé. Mais seul, par son propre mouvement, l’interviewé n’ira pas loin, il faut donc le guider en structure pour qu’il décrive ce qu’il ne décrit pas spontanément. Par exemple, poser une question sur la prise d’information, parce qu’elle n’a pas été exprimée, sans suggérer le contenu de l’information, mais en dirigeant l’attention vers “qu’est ce qu’il prend en compte à ce moment-là ? (celui dont il vient de parler) “ ou “comment il savait que c’était correct ? “ (à supposer qu’il ait utilisé ce mot). C’est là toute la subtilité tranquille des effets perlocutoires produits  par le langage vide de contenu, qui désigne la cible attentionnelle, mais n’en nomme pas le contenu. Mais pour faire cela, l’intervieweur a en permanence présent à l’esprit une grille des informations possibles/nécessaires pour rendre intelligible le déroulement du vécu. Cette grille lui permet de repérer les manques, les omissions, les incomplétudes, les flous, les approximations. Non pas que lui, en connaisse le contenu, mais il en détecte l’absence et va chercher à diriger l’attention dans le souvenir vers ce qui manque. Non pas en formulant le fait que ça manque, ce qui serait un jugement qui mettrait l’interviewé en métaposition, en jugement/ évaluation de son propre discours, mais en renvoyant des questions articulées sur ce qu’il dit : et quand vous faites x par quoi vous commencez (à supposer que l’interviewé ait déjà nommé l’action x) ? Et comment saviez vous que vous saviez ? (pour obtenir l’information sur le critère de fin). Etc .

 

B/ Les niveaux de description

Une fois clarifié le concept de description et le but de la description, ce qui apparaît maintenant c’est la nécessité de distinguer dans la pratique de l’entretien d’explicitation des “niveaux de description” du déroulement du vécu. Ces niveaux de description seront définis en se plaçant du point de vue de l’intervieweur. J’ai choisi de les nommer “niveaux” parce qu’il y a clairement une gradation depuis le plus évident, le plus facilement conscientisé (niveau1) vers le plus masqué (niveau 4 organisationnel). J’en donne quelques caractéristiques. Mais il n’y a pas seulement une gradation évident/masqué, il y a aussi une grande différence de statut entre les niveaux : les deux premiers décrivent le contenu du vécu ; le troisième décrit des états de conscience qui n’ont qu’un rapport indirect avec le contenu vécu, ce sont les sentiments intellectuels ; le quatrième décrit un niveau généralement invisible et pourtant essentiel et actif en permanence, la dimension organisationnelle du vécu.

 

1/ N1 niveau global de description de la conduite : les étapes.

Un premier niveau de description (N1), porte sur les principales étapes du vécu, elles  étaient déjà réflexivement conscientes ou faiblement implicites. Ce niveau de description est celui qui est facile à percevoir dans le rappel, et correspond le plus souvent au rappel spontané.

Dans mon exemple [rappel : je suis en train de donner la consigne au groupe du début de l’induction d’un rêve éveillé que je dirige, et à un moment je me l’applique à moi-même, il y a donc une transition entre me donner la consigne et finir par y répondre], il me vient spontanément une description de ma conduite qui s’organise facilement en quatre grandes étapes qui se suivent simplement : étape 1 : je décide d’appliquer la consigne que je viens de donner au groupe, à moi-même (consigne résumée,  : prenez le temps de vous représenter un lieu agréable) ; étape 2 : j’évoque rapidement par quelques images peu détaillées des lieux en Dordogne, où je suis allé en vacances récemment ; étape 3 : je passe à l’évocation suivante très rapidement, il s’agit de quatre lieux liés à mes promenades habituelles, je ne les retiens pas ; étape 4 : un lieu s’impose à moi que j’ai découvert récemment et qui me convient pour cet exercice. Ces quatres étapes sont globales, clairement organisées, mais à ce niveau de description on connaît ce qui s’est passé, mais on ne comprend pas ce qui s’est passé, on n’a pas encore l’intelligibilité de ma conduite.

 

2/ N2, niveau détaillé de description de la conduite : fragmentation et expansion.

Le second niveau de description (N2), est celui que l’on peut produire en étant guidé en entretien d’explicitation, ou en prenant le temps d’une ou plusieurs sessions d’auto-explicitations, il est basé sur une fragmentation des grandes étapes en micro étapes, puis éventuellement, encore en actions élémentaires, et à chaque temps ainsi distingués, on a la possibilité d’aider à faire une expansion des propriétés, des qualités, pour mieux les différencier. Ce niveau, est déjà l’occasion d’aider à la prise de conscience de ce qui était pré réfléchi au moment de l’action. L’intérêt de distinguer ce N2 du premier est qu’il n’est pas accessible sans expertise personnelle (comme dans l’apprentissage des techniques de l’auto-explicitation), et si l’on n’a pas cette expertise, sans être guidé par un entretien d’explicitation, dont c’est la vocation. Car c’est le propre de l’entretien d’explicitation que de produire des descriptions de ce niveau de détail. On peut aussi considérer ce niveau comme basé sur le dépassement de l’implicite, en particulier lié aux limites de  la conscience en acte, l’entretien d’explicitation permet le réfléchissement (le passage à la conscience réfléchie) de ce qui a été vécu sur le mode de la conscience pré réfléchie. La distinction entre le N1 et le N2 repose donc non seulement sur une différence du niveau de détail, mais sur le fait que ces détails sont implicites, pré réfléchis, et qu’il faut guider une prise de conscience tout autant qu’un acte de rappel.

Dans mon exemple, entre le moment où je décide de m’appliquer la consigne et le remplissement par les premières images de Dordogne, il y a un intervalle qui fait la transition, je peux nommer la présence de cet intervalle entre les deux étapes, même si je ne sais pas en dire plus quant à ce que contient cette transition (voir ensuite le n3 et le n4);

consigne ➔ transition          ➔ images Dordogne

étape 1    ➔ transition (1,2) ➔ étape 2

Puis, dans l’étape suivante (étape 2) qui se rapporte à l’examen rapide des lieux en Dordogne, je peux décrire le fait qu’il y a successivement quatre images faiblement esquissées de lieux différents ; je pourrais assez facilement décrire, le contenu, le cadrage, ma réaction, à chacune de ces images, mais je ne saurais pas clairement dire ce qui m’a fait les choisir, puis les rejeter ; etc …

étape 2➔transition (2,3)➔étape 3

et donc au sein de l’étape 2, il y a quatre sous-étapes, et les passages, les transitions, qui arrêtent l’acte, et se tourne vers l’acte suivant (chaque acte de choix et de traitement de chaque image est une étape).

E2 Dordogne➔étape 2,1➔ T➔étape 2,2➔T➔ étape 2,3➔T➔étape 2,4➔ T (2,3)➔E3

 

Mais même ainsi c’est très partiel, car si j’ai bien nommé les sous-étapes, je ne suis pas rentré dans leurs détails, ni dans les transitions. Par exemple, je n’ai superficiellement détaillé les propriétés de ces images, que parce que j’ai été accompagné et que l’intervieweur m’a “maintenu en prise avec ce moment passé”. Ce qui veut dire qu’au tout début de l’entretien ces informations ne m’étaient pas encore disponibles, je n’avais pas l’idée du détail de ce que j’avais pris en compte, et je sais que je n’ai pas exploré finement les critères de choix, puis de rejet de chacune de ces images fugitivement aperçues qui nous informeraient des transitions. De même  pour la suite des étapes.

3/ N3 description des états de conscience non thématique : les sentiment intellectuels.

Le niveau 3 de description (N3) est celui des “sentiments intellectuels” (cf. Burloud et la citation en fin d’article). Les sentiments intellectuels sont superficiellement très variés, ce peut être un ressenti corporel, une impression de mouvement, de distance, d’enveloppement ou de direction, une image ou portion d’image sans lien direct avec le contenu de la pensée, un symbole, un blanc, un vide,  etc.

Par exemple, quand je fais la description de  mon vécu me vient l’image d’un vague fuseau qui traverse depuis le bas à gauche vers le haut à droite, comme une image symbolique représentant une vection, un mouvement continu depuis le début de la consigne jusqu’à son résultat. Ou bien, je prends conscience plus tard, en revenant sur la description,  qu’au début de l’emplacement de ce fuseau, il y a une autre strate et là il y a une “boule” orange.

Ce niveau se donne dans un premier temps comme n’ayant pas beaucoup de sens, et même comme inutile à prendre en compte. Du coup il n’a d’intérêt que si l’on comprend qu’il est l’expression “symbolique”, “indirecte”, “non verbale” du niveau de la pensée qui s’opère de façon infra consciente (c’est le terme choisit par Burloud), ou encore au niveau du Potentiel ou de l’organisme (voir plus loin les définitions).

4/ N4, description de ce qui préside à l’organisation de la conduite (en relation avec N3).

Le niveau 4 est le niveau organisationnel du déroulement des actes vécus, de ce fait il est un niveau quasi invisible pour le sujet qui pourtant le met en œuvre. Pourquoi le niveau organisationnel serait-il invisible à celui qui vit la situation ? Parce que nous n’en percevons que la manifestation,  c’est-à-dire une actualisation partielle juste limitée à la situation spécifiée, alors que par définition l’organisation est toujours plus vaste que la conduite visible qui l’instancie, puisqu’elle contient la possibilité d’une multitude d’expressions différentes en fonction des paramètres de la situation auxquels elle va s’adapter.

Une organisation, un schème par exemple, est comme la structure des possibles d’une action finalisée, avec des étapes et des embranchements ; à chaque embranchement, il y a un test qui permet de choisir d’arrêter ce que l’on est en train de faire et de déterminer la branche qui conduit à l’étape suivante. C’est pourquoi, on ne peut observer un schème, on ne peut qu’en voir la manifestation, car c’est une structure qui dans son entier va se moduler en fonction des critères actualisés dans la situation et dans les limites de ses capacités accommodatrice. Donc quand on observe, on ne voit jamais le schème, juste sa manifestation, c’est-à-dire le déroulement d’actions. Le fait qu’il s’agisse de l’expression d’un schème doit être inféré à partir du recoupement de la forme des répétitions, ou du fait que la façon de procéder est indirecte, contre intuitive, ce qui tendrait à prouver qu’il y a autre chose que de la spontanéité, ou reconnue par celui qui le vit et le met en œuvre comme schème. Reconnu, veut dire que le sujet peut identifier après coup, ou pendant qu’il opère, qu’il sait que ce qu’il fait est l’expression d’une organisation apprise, mise au point, déjà utilisé. Mais cette reconnaissance ne s’applique facilement qu’aux procédés les plus systématisés et déjà relativement conscientisés par l’exercice. Mais il y a d’innombrables schèmes et intention qui se sont formés en nous à notre insu par la simple répétition des situations comparables.

Le niveau organisationnel n’est en fait apparent que pour un œil, une intelligence, qui a déjà construit les catégories correspondantes permettant de l’identifier au-delà du visible et peut inférer cette organisation de ce qui en apparaît partiellement, ce qui suppose une activité réfléchissante antérieure, qui a décryptée la présence d’une organisation particulière et sait l’identifier. En fait c’est le produit d’une position d’observateur, position apprise / construite. On pourrait dire encore que la reconnaissance/connaissance du niveau organisationnel dans sa propre conduite appartient à la métacognition, au savoir sur comment je fais ce que je sais faire. Comme observateur, c’est typiquement la posture d’un enseignant ou d’un entraîneur qui voit tout de suite que la personne “s’y prend mal”, sous-entendu ne met pas en place les étapes dans l’ordre qui permet de produire le résultat recherché, ou au contraire “qu’elle sait faire”. En fait, il détecte par exemple que le schème mis en œuvre est inapproprié, que les étapes ne sont pas dans l’ordre fonctionnel, que des embranchements ne sont pas prise en compte, que les tests ne sont pas effectués, etc. Cependant, pour le sujet qui le vit, il peut aussi reconnaître la manifestation d’un schème particulier (ou d’un mélange de schèmes), par la prise de conscience après coup de ce qui a animé, orienté, organisé ses actes successifs. C’est précisément ce qui peut s’opèrer et que l’on va rechercher dans le passage entre la perception d’un sentiment intellectuel (N3) et la donation de son sens dans le niveau 4.

Le niveau organisationnel  est l’expression de notre passé, il est sous-jacent à nos activités comme sédimentation structurée des expériences précédentes cumulées, à la fois comme expression de nos tendances, de nos attitudes, et des schèmes déjà constitués (cf Burloud).

Le niveau organisationnel, ne peut donc faire l’objet d’une description directe par la personne qui l’a vécu, parce qu’il déborde l’observable. Avec les niveaux 1 et 2 on a la description des étapes, puis des étapes contenues dans la réalisation de chaque étape, ainsi de suite ; mais ces étapes et sous-étapes, sont l’expression d’une organisation, qui ne peut être qu’inférée après coup, par un travail de décentration ou par un travail de reflètement.

C’est tout l’intérêt de l’apparition spontanée ou provoquée de sentiments intellectuels (N3), car cela signale, alerte sur la présence de ce niveau organisationnel, et qu’il est possible de prendre le sentiment intellectuel comme base pour un “focusing universel” permettant de se poser la question “qu’est ce que que cela m’apprend ? qu’est-ce qui se passe ? D’où cela me vient de procéder ainsi ?”.

Il ne s’agit donc pas d’un travail de description, comme si le sens était déjà là et qu’il fallait simplement le mettre en mots ; ni d’un travail de réflexion, qui demanderait un raisonnement à partir du sentiment intellectuel ; mais d’un travail de reflètement, c’est-à-dire de la mobilisation d’un acte particulier qui lance une intention éveillante à partir de questions du type : qu’est-ce que cela m’apprend ? Et accueille la réponse qui émerge. Ou bien, tout simplement (c’est ce que j’ai vécu) par le fait de rester en contact ouvert avec le sentiment intellectuel qui est apparu (stratégie de l’infusette dirait Dynèle) attend et accueille les informations qui émergent.  Le reflètement n’est pas un acte contrôlé, mais une acte invoqué, résultat d’une intention éveillante .

 

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Un exemple d’exploration d’un passage complexe de N3➔N4

 

Autrement dit, exemple du passage d’un sentiment intellectuel à son sens organisationnel, tiré de mon propre vécu (en tant que A interviewé) avec l’aide de Maryse et Joelle qui m’accompagnaient, jouant alternativement le rôle de B intervieweuses).

[Rappel : mon exemple vécu, porte sur la recherche d’un emplacement confortable imaginé, pour suivre et appliquer la consigne de rêve éveillé dirigé que je suis en train de donner au groupe; au premier niveau de description (N1)il y a 4 étapes principales : 1/ décision de m’appliquer la consigne, 2/ un premier choix d’exemples tirés de mes promenades en Dordogne et rejet ; 3/ un second choix d’exemples tirés de mes promenades habituelles et rejet; 4/ apparition et choix d’un emplacement récent de promenade avec pleine satisfaction de ce choix. Il y a donc 3 transitions, une différente entre chaque étape, et au sein de chaque étape, entre les sous étapes. Au total ce vécu ne doit durer  que quelques secondes, car il ne faut pas oublier que je continue à donner la consigne suivante, je dois suivre le fil conducteur du guidage du rêve éveillé dirigé .]

 

Je choisis d’analyser un exemple qui s’applique à l’ensemble de mon vécu : celui de “la vection de ma recherche d’un emplacement”, on a une multiplicité de niveaux différents d’organisation, autrement dit une multiplicité de N4 se rapportant à la même conduite, et je suppose qu’en prenant le temps, d’autres pourraient encore apparaître. C’est intéressant de réfléchir sur le type de lien qui les unit à la conduite étudiée. J’esquisse l’exploitation de cet exemple tiré de mon expérience, sans être systématique dans la mise en relation avec la transcription (pour le moment les idées vont plus vite que la rigueur, et le fait d’avoir en mémoire la plupart des éléments d’information me permet de l’esquisser facilement).

 

1 ➔ la perception d’un sentiment intellectuel : un “blanc (N3) après avoir rejeté mes ballades habituelles (après l’étape 3) et avant le dernier emplacement (étape  4). Il s’agit donc du début d’une transition et de plus, ce sentiment intellectuel se donne bien comme le rappel d’un vécu présent lors de V1 (je préciserai toujours le statut du sentiment intellectuel, à savoir si c’est un souvenir ou une émergence). 〔Je cite ce premier exemple d’abord parce qu’il s’est donné en premier, comme l’amorce d’une compréhension de ce qui se jouait. Pourtant de fait il se rapporte à la transition qui va vers la dernière étape. Mais c’est comme si au moment où pour la première fois je décris cette dernière étape, cela avait amorcé un mouvement rétrograde vers l’organisation présente depuis le début. Cela va se révéler par ce premier sentiment intellectuel, puis va déboucher sur un cigare rouge, puis va se prolonger sur la prise de conscience d’une vection à la fois ressentie et perçue. mais je me rends compte que pour pousser l’exemple il faut maintenant mieux l’articuler sur mon discours et tout spécialement le premier entretien E1.〕

Ce premier exemple se rapporte à la transition vers la dernière étape, son contenu se donne dans un premier temps comme une absence de contenu (blanc = rien). La question que nous pouvons nous poser maintenant, c’est : “qu’y a-t-il quand il n’y a rien ? “, “que se passe-t-il au moment du rien ?”. D’autant plus qu’en même temps il n’y a pas que du blanc, il y a aussi un “climat de confiance dans le fait qu’il va advenir une réponse” (question : ce climat, n’est-il pas lui-même un sentiment intellectuel ? La conscience floue qu’une réponse est en cours de recherche, qu’il n’y a pas de souci  à se faire sur l’advenue d’un résultat ? Ce climat appartient bien aussi au souvenir de ce que je vivais en V1).

Doit-on considérer le “blanc” et le “climat” comme deux sentiments intellectuels distincts ? Ou comme un seul sentiment intellectuel ayant à la fois une dimension quasi visuelle (le blanc) et une dimension de valence positive diffuse avec plusieurs nuances (confiance, tranquillité, certitude d’un résultat à venir) ? Pourtant, pour moi, ces deux informations me sont apparues distinctement, de façon séparée. J’aurais pu m’arrêter à la conscience du “blanc” et ne pas percevoir qu’il y avait autre chose encore qui permettait d’être plus précis, plus complet dans la description de mon vécu. Aller à la description du “climat de confiance” a été vraiment un acte supplémentaire, demandant du temps, c’est-à-dire demandant de s’arrêter sur l’éventualité qu’il y ait “quelque chose d’autre encore”. Un questionnement orienté en sous-modalités n’aurait-il pas produit encore plus de traits descriptifs ? Mais cela aurait-il été utile pour en tirer le point important qui est son sens, c’est-à-dire quel est l’élément organisateur sous -jacent (pluriel possible ? ).

Quelle est le minima, mais aussi la limite, la pertinence, l’efficacité  de la description d’un sentiment intellectuel ? Dans le focusing, j’ai développé le questionnement en sous-modalités du ressenti corporel (qui du coup devient pour nous une variante provoquée d’un sentiment intellectuel) pour accentuer la sémiotisation (la mise en mots) de ce qui ne l’est pas encore (juste corporel). Mais jusqu’où est-il pertinent d’aller pour préparer, permettre, réussir le passage à l’étape suivante qui est d’en révéler le sens ?

De plus, l’attention portée à cette transition située à la fin de mon action va s’expanser en retour vers un sentiment intellectuel apparemment présent d’un bout à l’autre des étapes. 〔Il n’apparaît pas comme un souvenir de V1, mais comme une prise de conscience, une émergence (un reflètement) se rapportant à V1 lors de son explicitation. C’est le point suivant.

 

2 ➔ La perception d’un vecteur (N3), émergence de l’image d’une vection qui conduit au résultat final, comme une trajectoire, comme un mouvement continu, qui s’avère (rétrospectivement) être présent depuis le début et qui a son origine figurée devant moi en bas à gauche à distance de bras tendu (le bras droit) et se termine en haut à droite à distance de bras tendu. C’est donc un sentiment intellectuel que je perçois comme une image statique et intérieurement animée, située hors de mon corps, devant moi. Mais la perception de cette vection n’en donne pas le sens précis, sinon que de façon analogique ou métaphorique on comprend facilement, après coup, une fois que l’on a mis à jour toutes les autres informations, qu’il y a une même impulsion continue qui organise la recherche d’un emplacement adéquat, et l’on sait maintenant que ce mouvement continu repose sur une continuité des mêmes critères fondée sur mes expériences passées.

Ce second exemple, lié au premier, porte, lui, sur la totalité des étapes,  il les traverse. Il n’est pas un souvenir de V1, mais une émergence en V2 se rapportant à l’organisation de V1. Avec l’aide de B, sa description va s’enrichir de nombreuses sous-modalités sans apporter grand chose de plus. La mise en mots du sens de ce vecteur ira vers la vision de la présence d’une force agissante, d’une continuité active qui a présidé (à mon insu) au déroulement des étapes. Mais cela reste encore assez vague, toujours métaphorique. Alors que la suite va être le point de départ d’une intelligibilité nouvelle, elle même préparée par un nouveau sentiment intellectuel émergent.

 

3 ➔ la perception d’une petite boule orange (N3), comme symbole d’une force dynamique agissante, située à la racine du vecteur, à son point de départ ; là encore, analogiquement c’est assez transparent, cette petite boule semble évidemment symboliser la présence d’une force qui va traverser les étapes; (ce sentiment intellectuel est une émergence d’après coup, pas un souvenir).

Ce troisième exemple porte donc sur la transition initiale, c’est-à-dire le passage vers la seconde étape, donc il m’apparaît comme “logé” au tout début de la dynamique, mais son effet s’étend en fait, on va le découvrir,  à la totalité des étapes car il est ce qui donnera du sens, du contenu, à cette métaphore du vecteur.

 

4 ➔ la mise en mot (N4) des critères présents dans la boule orange, ces critères sont bien actualisés lors de ce vécu de choix, mais ils sont ancrés dans mon passé, puisqu’ils sont cohérents avec mes critères de choix de promenade au jour le jour et mes critères de choix d’un emplacement confortable à imaginer dans le point de départ d’un rêve éveillé dirigé (ce n’est pas la première fois que je dirige un rêve éveillé dirigé tout en me demandant de le faire en même temps). On voit bien, que l’organisation d’une conduite actuelle est elle-même portée par d’autres expériences plus anciennes.

Donc contenus dans la petite boule orange, apparaissent rapidement des critères de choix du lieu : 1/ choix d’une catégorie générique : un lieu de promenade à l’exclusion d’autres types de lieux ; puis des propriétés de ces lieux : 2/ un lieu que j’aime, 3/ qui est beau, 4/ où il y a un endroit confortable pour s’asseoir contre un arbre et avec une belle vue, 5/ pour lequel j’ai un élan de cœur (là j’aurai besoin d’être aidé pour aller plus loin, j’y reviendrai, mais en écrivant ça j’ai l’impression de poursuivre l’exercice d’explicitation …).

Ce quatrième exemple, qui est donc la traduction du sentiment intellectuel précédent (boule orange) donne un sens déterminé à l’organisation de la totalité des étapes. Je m’avance vers des lieux de promenades connus et appréciés, en commençant par le plus récent (la Dordogne), qui ne satisfont pas complètement mes critère de vue et de confort ; pour passer aux promenades habituelles des environs où je vis, qui pour des raisons que je n’ai pas complètement tiré au clair de me satisfont pas non plus ; pour viser un endroit sans savoir que je le vise, mais qui satisfait totalement mes critères.

 

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On a donc dans ces matériaux une progression importante de l’élucidation, depuis la perception ponctuelle d’un noir associé à un climat d’attente confiante, vers la perception d’une vection uniforme traversant toute la séquence, vection qui s’approfondit de la perception d’un noyau de critères qui le sous-tend, et seront ensuite  formulés.  On a là une progression impressionnante de l’explicitation de l’organisation (cachée) de ma conduite, à la fois par une succession de la perception de différents sentiments intellectuels et par la sémiotisation de leurs sens. Ça paraît très simple dit comme ça et une fois mis à jour !

Ça ne s’arrête pas là, puisqu’il y a encore un autre sentiment intellectuel qui va m’apparaître. Mais clairement, tout en étant relié au lieu choisit, il n’est plus relié au processus de choix que par des liens de cousinages qui ouvrent à des associations de plus en plus lointaines, plus reliées à mes choix de vie actuels qu’à la détermination d’un emplacement de départ d’un rêve éveillé dirigé.

5 ➔ la présence d’une boule noire en dessous (N3), plus profondément, que je ressens aussi (à la demande de B) dans mon corps et qui s’accompagne d’une émotion assez forte ;

Cet exemple n’a pas de localisation temporelle précise par rapport à l’exemple, il est lié à ma période de vie, plus qu’à la conduite de choix de la situation proprement dit.

6 ➔ la signification intime de cette boule (N4), je n’ai pas verbalisée cette signification, je l’ai ressentie comme trop intime pour être partagée, tout au plus puis-je dire que cela relève d’une attente, d’un espoir, d’un questionnement, lié à la zone géographique à laquelle appartient le dernier emplacement. Donc il s’agit d’un sens, non plus organisationnel, mais  relevant de l’émotion, du sens existentiel.

En fait, avec 5 & 6 on a quitté, me semble-t-il, la description du vécu pour passer à son insertion dans un contexte historique et contingent lié à ma période de vie actuelle. A la rigueur on peut penser que cela rajoute du sens au plaisir que j’ai à trouver le dernier emplacement.  Cette signification dépasse un moment particulier de mon choix, il est en arrière plan de ma vie actuelle.

Ce petit exemple supplémentaire est intéressant justement en ce qu’il montre comment il est facile de quitter la référence stricte au vécu de référence V1, pour dériver, associer, avec tout ce qui peut lui être lié. A cet endroit, il faut avoir un but et déterminer ce que l’on souhaite obtenir comme information.

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Ce cycle d’exemples de sentiment intellectuels et correspondance organisationnelle n’est pas le seul dans les matériaux réunis et dans l’article à venir co-écrit avec mes collègues de trinome, ils seront développés. Il me semble paradigmatique du passage de la fragmentation  de la conduite (exploration de N2 typique de ce que nous avons appris à faire facilement en entretien d’explicitation classique) à la mise à jour complémentaire de l’organisation de la conduite (articulation de N3 et N4, perception des sentiments intellectuels et mise en sens par la caractérisation de leurs sens). Pour autant, l’exploration de ce niveau par rapport à mon minuscule exemple est loin d’être achevé, mais il est vrai que lorsqu’on a n’a pas de but défini, on n’a pas de critère d’arrêt ou de poursuite bien défini non plus.

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Description et niveaux de description du vécu.

(pour préparer un article sur le travail de l’Université d’été 2014)

A/ Qu’est-ce qu’une description ? de quoi ? Pourquoi des niveaux de  description ?

►Qu’est-ce que décrire ?

J’ai détaillé dans un texte récent ma position sur le concept de description, je la résume. Décrire n’est pas interpréter, ni commenter, ni analyser. Le but est de nommer de la façon la moins interprétative possible et le moyen est d’être au plus proche du factuel. Mais ce n’est qu’un idéal régulateur, car par le fait de la mise en langage c’est toujours une interprétation partielle non sue. Il ne peut y avoir de description pure par principe, mais on peut viser une description qui soit la moins interprétative possible dans les limites de notre maîtrise de la langue. De même, la description n’est pas une analyse, car l’analyse devrait suivre la description. Mais le fait de segmenter la continuité du vécu pour pouvoir en nommer les éléments crée une première forme d’analyse, c’est inévitable, c’est une des limites importantes de l’utilisation du langage.

► Le but de description de l’entretien d’explicitation

L’entretien d’explicitation vise la connaissance du déroulement d’un vécu tel que celui qui le vit peut le décrire en mots. Le fait de décrire va s’articuler autour d’une double exigence, d’une part obtenir la mise en mots dans les termes mêmes qui appartiennent au monde de l’interviewé et d’autre part prendre en compte la compréhension experte de ce qu’est décrire un déroulement de vécu. On a donc, d’une part les dénominations spontanées de l’interviewé, qui reflètent ses propres catégories descriptives, et d’autre part la  connaissance experte de l’intervieweur quant à ce qui est nécessaire (en structure) pour produire une description du déroulement. Le jeu est de ne pas influencer les dénominations produites spontanément par l’interviewé, autrement dit, ne rien induire au niveau de la dénomination du contenu vécu, de façon à recueillir les mots (les catégories sont sous-jacentes) exacts de l’interviewé. Mais seul, par son propre mouvement, l’interviewé n’ira pas loin, il faut donc le guider en structure pour qu’il décrive ce qu’il ne décrit pas spontanément. Par exemple, poser une question sur la prise d’information, parce qu’elle n’a pas été exprimée, sans suggérer le contenu de l’information, mais en dirigeant l’attention vers “qu’est ce qu’il prend en compte à ce moment-là ? (celui dont il vient de parler) “ ou “comment il savait que c’était correct ? “ (à supposer qu’il ait utilisé ce mot). C’est là toute la subtilité tranquille des effets perlocutoires produits  par le langage vide de contenu, qui désigne la cible attentionnelle, mais n’en nomme pas le contenu. Mais pour faire cela, l’intervieweur a en permanence présent à l’esprit une grille des informations possibles/nécessaires pour rendre intelligible le déroulement du vécu. Cette grille lui permet de repérer les manques, les omissions, les incomplétudes, les flous, les approximations. Non pas que lui, en connaisse le contenu, mais il en détecte l’absence et va chercher à diriger l’attention dans le souvenir vers ce qui manque. Non pas en formulant le fait que ça manque, ce qui serait un jugement qui mettrait l’interviewé en métaposition, en jugement/ évaluation de son propre discours, mais en renvoyant des questions articulées sur ce qu’il dit : et quand vous faites x par quoi vous commencez (à supposer que l’interviewé ait déjà nommé l’action x) ? Et comment saviez vous que vous saviez ? (pour obtenir l’information sur le critère de fin). Etc .

 

B/ Les niveaux de description

Une fois clarifié le concept de description et le but de la description, ce qui apparaît maintenant c’est la nécessité de distinguer dans la pratique de l’entretien d’explicitation des “niveaux de description” du déroulement du vécu. Ces niveaux de description seront définis en se plaçant du point de vue de l’intervieweur. J’ai choisi de les nommer “niveaux” parce qu’il y a clairement une gradation depuis le plus évident, le plus facilement conscientisé (niveau1) vers le plus masqué (niveau 4 organisationnel). J’en donne quelques caractéristiques. Mais il n’y a pas seulement une gradation évident/masqué, il y a aussi une grande différence de statut entre les niveaux : les deux premiers décrivent le contenu du vécu ; le troisième décrit des états de conscience qui n’ont qu’un rapport indirect avec le contenu vécu, ce sont les sentiments intellectuels ; le quatrième décrit un niveau généralement invisible et pourtant essentiel et actif en permanence, la dimension organisationnelle du vécu.

 

1/ N1 niveau global de description de la conduite : les étapes.

Un premier niveau de description (N1), porte sur les principales étapes du vécu, elles  étaient déjà réflexivement conscientes ou faiblement implicites. Ce niveau de description est celui qui est facile à percevoir dans le rappel, et correspond le plus souvent au rappel spontané.

Dans mon exemple [rappel : je suis en train de donner la consigne au groupe du début de l’induction d’un rêve éveillé que je dirige, et à un moment je me l’applique à moi-même, il y a donc une transition entre me donner la consigne et finir par y répondre], il me vient spontanément une description de ma conduite qui s’organise facilement en quatre grandes étapes qui se suivent simplement : étape 1 : je décide d’appliquer la consigne que je viens de donner au groupe, à moi-même (consigne résumée,  : prenez le temps de vous représenter un lieu agréable) ; étape 2 : j’évoque rapidement par quelques images peu détaillées des lieux en Dordogne, où je suis allé en vacances récemment ; étape 3 : je passe à l’évocation suivante très rapidement, il s’agit de quatre lieux liés à mes promenades habituelles, je ne les retiens pas ; étape 4 : un lieu s’impose à moi que j’ai découvert récemment et qui me convient pour cet exercice. Ces quatres étapes sont globales, clairement organisées, mais à ce niveau de description on connaît ce qui s’est passé, mais on ne comprend pas ce qui s’est passé, on n’a pas encore l’intelligibilité de ma conduite.

 

2/ N2, niveau détaillé de description de la conduite : fragmentation et expansion.

Le second niveau de description (N2), est celui que l’on peut produire en étant guidé en entretien d’explicitation, ou en prenant le temps d’une ou plusieurs sessions d’auto-explicitations, il est basé sur une fragmentation des grandes étapes en micro étapes, puis éventuellement, encore en actions élémentaires, et à chaque temps ainsi distingués, on a la possibilité d’aider à faire une expansion des propriétés, des qualités, pour mieux les différencier. Ce niveau, est déjà l’occasion d’aider à la prise de conscience de ce qui était pré réfléchi au moment de l’action. L’intérêt de distinguer ce N2 du premier est qu’il n’est pas accessible sans expertise personnelle (comme dans l’apprentissage des techniques de l’auto-explicitation), et si l’on n’a pas cette expertise, sans être guidé par un entretien d’explicitation, dont c’est la vocation. Car c’est le propre de l’entretien d’explicitation que de produire des descriptions de ce niveau de détail. On peut aussi considérer ce niveau comme basé sur le dépassement de l’implicite, en particulier lié aux limites de  la conscience en acte, l’entretien d’explicitation permet le réfléchissement (le passage à la conscience réfléchie) de ce qui a été vécu sur le mode de la conscience pré réfléchie. La distinction entre le N1 et le N2 repose donc non seulement sur une différence du niveau de détail, mais sur le fait que ces détails sont implicites, pré réfléchis, et qu’il faut guider une prise de conscience tout autant qu’un acte de rappel.

Dans mon exemple, entre le moment où je décide de m’appliquer la consigne et le remplissement par les premières images de Dordogne, il y a un intervalle qui fait la transition, je peux nommer la présence de cet intervalle entre les deux étapes, même si je ne sais pas en dire plus quant à ce que contient cette transition (voir ensuite le n3 et le n4);

consigne ➔ transition          ➔ images Dordogne

étape 1    ➔ transition (1,2) ➔ étape 2

Puis, dans l’étape suivante (étape 2) qui se rapporte à l’examen rapide des lieux en Dordogne, je peux décrire le fait qu’il y a successivement quatre images faiblement esquissées de lieux différents ; je pourrais assez facilement décrire, le contenu, le cadrage, ma réaction, à chacune de ces images, mais je ne saurais pas clairement dire ce qui m’a fait les choisir, puis les rejeter ; etc …

étape 2➔transition (2,3)➔étape 3

et donc au sein de l’étape 2, il y a quatre sous-étapes, et les passages, les transitions, qui arrêtent l’acte, et se tourne vers l’acte suivant (chaque acte de choix et de traitement de chaque image est une étape).

E2 Dordogne➔étape 2,1➔ T➔étape 2,2➔T➔ étape 2,3➔T➔étape 2,4➔ T (2,3)➔E3

 

Mais même ainsi c’est très partiel, car si j’ai bien nommé les sous-étapes, je ne suis pas rentré dans leurs détails, ni dans les transitions. Par exemple, je n’ai superficiellement détaillé les propriétés de ces images, que parce que j’ai été accompagné et que l’intervieweur m’a “maintenu en prise avec ce moment passé”. Ce qui veut dire qu’au tout début de l’entretien ces informations ne m’étaient pas encore disponibles, je n’avais pas l’idée du détail de ce que j’avais pris en compte, et je sais que je n’ai pas exploré finement les critères de choix, puis de rejet de chacune de ces images fugitivement aperçues qui nous informeraient des transitions. De même  pour la suite des étapes.

3/ N3 description des états de conscience non thématique : les sentiment intellectuels.

Le niveau 3 de description (N3) est celui des “sentiments intellectuels” (cf. Burloud et la citation en fin d’article). Les sentiments intellectuels sont superficiellement très variés, ce peut être un ressenti corporel, une impression de mouvement, de distance, d’enveloppement ou de direction, une image ou portion d’image sans lien direct avec le contenu de la pensée, un symbole, un blanc, un vide,  etc.

Par exemple, quand je fais la description de  mon vécu me vient l’image d’un vague fuseau qui traverse depuis le bas à gauche vers le haut à droite, comme une image symbolique représentant une vection, un mouvement continu depuis le début de la consigne jusqu’à son résultat. Ou bien, je prends conscience plus tard, en revenant sur la description,  qu’au début de l’emplacement de ce fuseau, il y a une autre strate et là il y a une “boule” orange.

Ce niveau se donne dans un premier temps comme n’ayant pas beaucoup de sens, et même comme inutile à prendre en compte. Du coup il n’a d’intérêt que si l’on comprend qu’il est l’expression “symbolique”, “indirecte”, “non verbale” du niveau de la pensée qui s’opère de façon infra consciente (c’est le terme choisit par Burloud), ou encore au niveau du Potentiel ou de l’organisme (voir plus loin les définitions).

4/ N4, description de ce qui préside à l’organisation de la conduite (en relation avec N3).

Le niveau 4 est le niveau organisationnel du déroulement des actes vécus, de ce fait il est un niveau quasi invisible pour le sujet qui pourtant le met en œuvre. Pourquoi le niveau organisationnel serait-il invisible à celui qui vit la situation ? Parce que nous n’en percevons que la manifestation,  c’est-à-dire une actualisation partielle juste limitée à la situation spécifiée, alors que par définition l’organisation est toujours plus vaste que la conduite visible qui l’instancie, puisqu’elle contient la possibilité d’une multitude d’expressions différentes en fonction des paramètres de la situation auxquels elle va s’adapter.

Une organisation, un schème par exemple, est comme la structure des possibles d’une action finalisée, avec des étapes et des embranchements ; à chaque embranchement, il y a un test qui permet de choisir d’arrêter ce que l’on est en train de faire et de déterminer la branche qui conduit à l’étape suivante. C’est pourquoi, on ne peut observer un schème, on ne peut qu’en voir la manifestation, car c’est une structure qui dans son entier va se moduler en fonction des critères actualisés dans la situation et dans les limites de ses capacités accommodatrice. Donc quand on observe, on ne voit jamais le schème, juste sa manifestation, c’est-à-dire le déroulement d’actions. Le fait qu’il s’agisse de l’expression d’un schème doit être inféré à partir du recoupement de la forme des répétitions, ou du fait que la façon de procéder est indirecte, contre intuitive, ce qui tendrait à prouver qu’il y a autre chose que de la spontanéité, ou reconnue par celui qui le vit et le met en œuvre comme schème. Reconnu, veut dire que le sujet peut identifier après coup, ou pendant qu’il opère, qu’il sait que ce qu’il fait est l’expression d’une organisation apprise, mise au point, déjà utilisé. Mais cette reconnaissance ne s’applique facilement qu’aux procédés les plus systématisés et déjà relativement conscientisés par l’exercice. Mais il y a d’innombrables schèmes et intention qui se sont formés en nous à notre insu par la simple répétition des situations comparables.

Le niveau organisationnel n’est en fait apparent que pour un œil, une intelligence, qui a déjà construit les catégories correspondantes permettant de l’identifier au-delà du visible et peut inférer cette organisation de ce qui en apparaît partiellement, ce qui suppose une activité réfléchissante antérieure, qui a décryptée la présence d’une organisation particulière et sait l’identifier. En fait c’est le produit d’une position d’observateur, position apprise / construite. On pourrait dire encore que la reconnaissance/connaissance du niveau organisationnel dans sa propre conduite appartient à la métacognition, au savoir sur comment je fais ce que je sais faire. Comme observateur, c’est typiquement la posture d’un enseignant ou d’un entraîneur qui voit tout de suite que la personne “s’y prend mal”, sous-entendu ne met pas en place les étapes dans l’ordre qui permet de produire le résultat recherché, ou au contraire “qu’elle sait faire”. En fait, il détecte par exemple que le schème mis en œuvre est inapproprié, que les étapes ne sont pas dans l’ordre fonctionnel, que des embranchements ne sont pas prise en compte, que les tests ne sont pas effectués, etc. Cependant, pour le sujet qui le vit, il peut aussi reconnaître la manifestation d’un schème particulier (ou d’un mélange de schèmes), par la prise de conscience après coup de ce qui a animé, orienté, organisé ses actes successifs. C’est précisément ce qui peut s’opèrer et que l’on va rechercher dans le passage entre la perception d’un sentiment intellectuel (N3) et la donation de son sens dans le niveau 4.

Le niveau organisationnel  est l’expression de notre passé, il est sous-jacent à nos activités comme sédimentation structurée des expériences précédentes cumulées, à la fois comme expression de nos tendances, de nos attitudes, et des schèmes déjà constitués (cf Burloud).

Le niveau organisationnel, ne peut donc faire l’objet d’une description directe par la personne qui l’a vécu, parce qu’il déborde l’observable. Avec les niveaux 1 et 2 on a la description des étapes, puis des étapes contenues dans la réalisation de chaque étape, ainsi de suite ; mais ces étapes et sous-étapes, sont l’expression d’une organisation, qui ne peut être qu’inférée après coup, par un travail de décentration ou par un travail de reflètement.

C’est tout l’intérêt de l’apparition spontanée ou provoquée de sentiments intellectuels (N3), car cela signale, alerte sur la présence de ce niveau organisationnel, et qu’il est possible de prendre le sentiment intellectuel comme base pour un “focusing universel” permettant de se poser la question “qu’est ce que que cela m’apprend ? qu’est-ce qui se passe ? D’où cela me vient de procéder ainsi ?”.

Il ne s’agit donc pas d’un travail de description, comme si le sens était déjà là et qu’il fallait simplement le mettre en mots ; ni d’un travail de réflexion, qui demanderait un raisonnement à partir du sentiment intellectuel ; mais d’un travail de reflètement, c’est-à-dire de la mobilisation d’un acte particulier qui lance une intention éveillante à partir de questions du type : qu’est-ce que cela m’apprend ? Et accueille la réponse qui émerge. Ou bien, tout simplement (c’est ce que j’ai vécu) par le fait de rester en contact ouvert avec le sentiment intellectuel qui est apparu (stratégie de l’infusette dirait Dynèle) attend et accueille les informations qui émergent.  Le reflètement n’est pas un acte contrôlé, mais une acte invoqué, résultat d’une intention éveillante .

 

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Un exemple d’exploration d’un passage complexe de N3➔N4

 

Autrement dit, exemple du passage d’un sentiment intellectuel à son sens organisationnel, tiré de mon propre vécu (en tant que A interviewé) avec l’aide de Maryse et Joelle qui m’accompagnaient, jouant alternativement le rôle de B intervieweuses).

[Rappel : mon exemple vécu, porte sur la recherche d’un emplacement confortable imaginé, pour suivre et appliquer la consigne de rêve éveillé dirigé que je suis en train de donner au groupe; au premier niveau de description (N1)il y a 4 étapes principales : 1/ décision de m’appliquer la consigne, 2/ un premier choix d’exemples tirés de mes promenades en Dordogne et rejet ; 3/ un second choix d’exemples tirés de mes promenades habituelles et rejet; 4/ apparition et choix d’un emplacement récent de promenade avec pleine satisfaction de ce choix. Il y a donc 3 transitions, une différente entre chaque étape, et au sein de chaque étape, entre les sous étapes. Au total ce vécu ne doit durer  que quelques secondes, car il ne faut pas oublier que je continue à donner la consigne suivante, je dois suivre le fil conducteur du guidage du rêve éveillé dirigé .]

 

Je choisis d’analyser un exemple qui s’applique à l’ensemble de mon vécu : celui de “la vection de ma recherche d’un emplacement”, on a une multiplicité de niveaux différents d’organisation, autrement dit une multiplicité de N4 se rapportant à la même conduite, et je suppose qu’en prenant le temps, d’autres pourraient encore apparaître. C’est intéressant de réfléchir sur le type de lien qui les unit à la conduite étudiée. J’esquisse l’exploitation de cet exemple tiré de mon expérience, sans être systématique dans la mise en relation avec la transcription (pour le moment les idées vont plus vite que la rigueur, et le fait d’avoir en mémoire la plupart des éléments d’information me permet de l’esquisser facilement).

 

1 ➔ la perception d’un sentiment intellectuel : un “blanc (N3) après avoir rejeté mes ballades habituelles (après l’étape 3) et avant le dernier emplacement (étape  4). Il s’agit donc du début d’une transition et de plus, ce sentiment intellectuel se donne bien comme le rappel d’un vécu présent lors de V1 (je préciserai toujours le statut du sentiment intellectuel, à savoir si c’est un souvenir ou une émergence). 〔Je cite ce premier exemple d’abord parce qu’il s’est donné en premier, comme l’amorce d’une compréhension de ce qui se jouait. Pourtant de fait il se rapporte à la transition qui va vers la dernière étape. Mais c’est comme si au moment où pour la première fois je décris cette dernière étape, cela avait amorcé un mouvement rétrograde vers l’organisation présente depuis le début. Cela va se révéler par ce premier sentiment intellectuel, puis va déboucher sur un cigare rouge, puis va se prolonger sur la prise de conscience d’une vection à la fois ressentie et perçue. mais je me rends compte que pour pousser l’exemple il faut maintenant mieux l’articuler sur mon discours et tout spécialement le premier entretien E1.〕

Ce premier exemple se rapporte à la transition vers la dernière étape, son contenu se donne dans un premier temps comme une absence de contenu (blanc = rien). La question que nous pouvons nous poser maintenant, c’est : “qu’y a-t-il quand il n’y a rien ? “, “que se passe-t-il au moment du rien ?”. D’autant plus qu’en même temps il n’y a pas que du blanc, il y a aussi un “climat de confiance dans le fait qu’il va advenir une réponse” (question : ce climat, n’est-il pas lui-même un sentiment intellectuel ? La conscience floue qu’une réponse est en cours de recherche, qu’il n’y a pas de souci  à se faire sur l’advenue d’un résultat ? Ce climat appartient bien aussi au souvenir de ce que je vivais en V1).

Doit-on considérer le “blanc” et le “climat” comme deux sentiments intellectuels distincts ? Ou comme un seul sentiment intellectuel ayant à la fois une dimension quasi visuelle (le blanc) et une dimension de valence positive diffuse avec plusieurs nuances (confiance, tranquillité, certitude d’un résultat à venir) ? Pourtant, pour moi, ces deux informations me sont apparues distinctement, de façon séparée. J’aurais pu m’arrêter à la conscience du “blanc” et ne pas percevoir qu’il y avait autre chose encore qui permettait d’être plus précis, plus complet dans la description de mon vécu. Aller à la description du “climat de confiance” a été vraiment un acte supplémentaire, demandant du temps, c’est-à-dire demandant de s’arrêter sur l’éventualité qu’il y ait “quelque chose d’autre encore”. Un questionnement orienté en sous-modalités n’aurait-il pas produit encore plus de traits descriptifs ? Mais cela aurait-il été utile pour en tirer le point important qui est son sens, c’est-à-dire quel est l’élément organisateur sous -jacent (pluriel possible ? ).

Quelle est le minima, mais aussi la limite, la pertinence, l’efficacité  de la description d’un sentiment intellectuel ? Dans le focusing, j’ai développé le questionnement en sous-modalités du ressenti corporel (qui du coup devient pour nous une variante provoquée d’un sentiment intellectuel) pour accentuer la sémiotisation (la mise en mots) de ce qui ne l’est pas encore (juste corporel). Mais jusqu’où est-il pertinent d’aller pour préparer, permettre, réussir le passage à l’étape suivante qui est d’en révéler le sens ?

De plus, l’attention portée à cette transition située à la fin de mon action va s’expanser en retour vers un sentiment intellectuel apparemment présent d’un bout à l’autre des étapes. 〔Il n’apparaît pas comme un souvenir de V1, mais comme une prise de conscience, une émergence (un reflètement) se rapportant à V1 lors de son explicitation. C’est le point suivant.

 

2 ➔ La perception d’un vecteur (N3), émergence de l’image d’une vection qui conduit au résultat final, comme une trajectoire, comme un mouvement continu, qui s’avère (rétrospectivement) être présent depuis le début et qui a son origine figurée devant moi en bas à gauche à distance de bras tendu (le bras droit) et se termine en haut à droite à distance de bras tendu. C’est donc un sentiment intellectuel que je perçois comme une image statique et intérieurement animée, située hors de mon corps, devant moi. Mais la perception de cette vection n’en donne pas le sens précis, sinon que de façon analogique ou métaphorique on comprend facilement, après coup, une fois que l’on a mis à jour toutes les autres informations, qu’il y a une même impulsion continue qui organise la recherche d’un emplacement adéquat, et l’on sait maintenant que ce mouvement continu repose sur une continuité des mêmes critères fondée sur mes expériences passées.

Ce second exemple, lié au premier, porte, lui, sur la totalité des étapes,  il les traverse. Il n’est pas un souvenir de V1, mais une émergence en V2 se rapportant à l’organisation de V1. Avec l’aide de B, sa description va s’enrichir de nombreuses sous-modalités sans apporter grand chose de plus. La mise en mots du sens de ce vecteur ira vers la vision de la présence d’une force agissante, d’une continuité active qui a présidé (à mon insu) au déroulement des étapes. Mais cela reste encore assez vague, toujours métaphorique. Alors que la suite va être le point de départ d’une intelligibilité nouvelle, elle même préparée par un nouveau sentiment intellectuel émergent.

 

3 ➔ la perception d’une petite boule orange (N3), comme symbole d’une force dynamique agissante, située à la racine du vecteur, à son point de départ ; là encore, analogiquement c’est assez transparent, cette petite boule semble évidemment symboliser la présence d’une force qui va traverser les étapes; (ce sentiment intellectuel est une émergence d’après coup, pas un souvenir).

Ce troisième exemple porte donc sur la transition initiale, c’est-à-dire le passage vers la seconde étape, donc il m’apparaît comme “logé” au tout début de la dynamique, mais son effet s’étend en fait, on va le découvrir,  à la totalité des étapes car il est ce qui donnera du sens, du contenu, à cette métaphore du vecteur.

 

4 ➔ la mise en mot (N4) des critères présents dans la boule orange, ces critères sont bien actualisés lors de ce vécu de choix, mais ils sont ancrés dans mon passé, puisqu’ils sont cohérents avec mes critères de choix de promenade au jour le jour et mes critères de choix d’un emplacement confortable à imaginer dans le point de départ d’un rêve éveillé dirigé (ce n’est pas la première fois que je dirige un rêve éveillé dirigé tout en me demandant de le faire en même temps). On voit bien, que l’organisation d’une conduite actuelle est elle-même portée par d’autres expériences plus anciennes.

Donc contenus dans la petite boule orange, apparaissent rapidement des critères de choix du lieu : 1/ choix d’une catégorie générique : un lieu de promenade à l’exclusion d’autres types de lieux ; puis des propriétés de ces lieux : 2/ un lieu que j’aime, 3/ qui est beau, 4/ où il y a un endroit confortable pour s’asseoir contre un arbre et avec une belle vue, 5/ pour lequel j’ai un élan de cœur (là j’aurai besoin d’être aidé pour aller plus loin, j’y reviendrai, mais en écrivant ça j’ai l’impression de poursuivre l’exercice d’explicitation …).

Ce quatrième exemple, qui est donc la traduction du sentiment intellectuel précédent (boule orange) donne un sens déterminé à l’organisation de la totalité des étapes. Je m’avance vers des lieux de promenades connus et appréciés, en commençant par le plus récent (la Dordogne), qui ne satisfont pas complètement mes critère de vue et de confort ; pour passer aux promenades habituelles des environs où je vis, qui pour des raisons que je n’ai pas complètement tiré au clair de me satisfont pas non plus ; pour viser un endroit sans savoir que je le vise, mais qui satisfait totalement mes critères.

 

****************

On a donc dans ces matériaux une progression importante de l’élucidation, depuis la perception ponctuelle d’un noir associé à un climat d’attente confiante, vers la perception d’une vection uniforme traversant toute la séquence, vection qui s’approfondit de la perception d’un noyau de critères qui le sous-tend, et seront ensuite  formulés.  On a là une progression impressionnante de l’explicitation de l’organisation (cachée) de ma conduite, à la fois par une succession de la perception de différents sentiments intellectuels et par la sémiotisation de leurs sens. Ça paraît très simple dit comme ça et une fois mis à jour !

Ça ne s’arrête pas là, puisqu’il y a encore un autre sentiment intellectuel qui va m’apparaître. Mais clairement, tout en étant relié au lieu choisit, il n’est plus relié au processus de choix que par des liens de cousinages qui ouvrent à des associations de plus en plus lointaines, plus reliées à mes choix de vie actuels qu’à la détermination d’un emplacement de départ d’un rêve éveillé dirigé.

5 ➔ la présence d’une boule noire en dessous (N3), plus profondément, que je ressens aussi (à la demande de B) dans mon corps et qui s’accompagne d’une émotion assez forte ;

Cet exemple n’a pas de localisation temporelle précise par rapport à l’exemple, il est lié à ma période de vie, plus qu’à la conduite de choix de la situation proprement dit.

6 ➔ la signification intime de cette boule (N4), je n’ai pas verbalisée cette signification, je l’ai ressentie comme trop intime pour être partagée, tout au plus puis-je dire que cela relève d’une attente, d’un espoir, d’un questionnement, lié à la zone géographique à laquelle appartient le dernier emplacement. Donc il s’agit d’un sens, non plus organisationnel, mais  relevant de l’émotion, du sens existentiel.

En fait, avec 5 & 6 on a quitté, me semble-t-il, la description du vécu pour passer à son insertion dans un contexte historique et contingent lié à ma période de vie actuelle. A la rigueur on peut penser que cela rajoute du sens au plaisir que j’ai à trouver le dernier emplacement.  Cette signification dépasse un moment particulier de mon choix, il est en arrière plan de ma vie actuelle.

Ce petit exemple supplémentaire est intéressant justement en ce qu’il montre comment il est facile de quitter la référence stricte au vécu de référence V1, pour dériver, associer, avec tout ce qui peut lui être lié. A cet endroit, il faut avoir un but et déterminer ce que l’on souhaite obtenir comme information.

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Ce cycle d’exemples de sentiment intellectuels et correspondance organisationnelle n’est pas le seul dans les matériaux réunis et dans l’article à venir co-écrit avec mes collègues de trinome, ils seront développés. Il me semble paradigmatique du passage de la fragmentation  de la conduite (exploration de N2 typique de ce que nous avons appris à faire facilement en entretien d’explicitation classique) à la mise à jour complémentaire de l’organisation de la conduite (articulation de N3 et N4, perception des sentiments intellectuels et mise en sens par la caractérisation de leurs sens). Pour autant, l’exploration de ce niveau par rapport à mon minuscule exemple est loin d’être achevé, mais il est vrai que lorsqu’on a n’a pas de but défini, on n’a pas de critère d’arrêt ou de poursuite bien défini non plus.

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1 Commentaire pour “Description et niveaux de description

  1. Pierre,

    Je viens de relire ce texte et je suis surprise par le « cigare orange » auquel tu fais allusion. Dans le protocole il n’y a qu’un « bric à brac orange » ou une boule orange. Parles-tu de la même chose?

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