Mémoire et prise de conscience

Rappel et/ou prise de conscience dans l’entretien d’explicitation.

Projet pour l’écriture d’un chapitre dans un ouvrage collectif sur la “trace” :

Globalement : Montrer que l’on peut par une méthode d’entretien obtenir beaucoup plus d’informations sur un vécu passé que ce que l’on croit généralement.

Esquisser la description de l’extraordinaire gisement de données subjectives qui sont encore largement inexploitées par méconnaissance des actes intimes de rappel et de prise de conscience (c’est-à-dire les actes tels que le sujet les mets en oeuvre, je les qualifie “d’intimes” parce qu’ils ne sont directement connus que par moi-même dans un point de vue en première personne) .

Montrer que la remémoration a toujours été pensée indépendamment de la (prise de) conscience, alors que le problème n’est pas uniquement de se rappeler, mais tout autant de prendre conscience du passé, c’est-à-dire de savoir amener à la conscience réfléchie ce qui a été vécu sur le mode non réfléchi (en acte). Pour cela, il faut découvrir quels sont les obstacles et comment les surmonter pratiquement.

Mais avant cela, il faut mettre en évidence la ressource : la mémoire passive. Car à chaque moment vécu, il se mémorise en nous de nombreuses informations liées à ce que nous faisons et prennons en compte en acte et à ce qui a une action sur nous (qui nous affecte). Ces informations ne sont pas oubliées, elles disparaissent pour laisser place à la suite, et en apparence c’est comme si elles étaient oubliées. Mais la maladie d’Alzheimer nous montre ce qu’est qu’une vie avec un  véritable oubli de toutes ces informations qui nous servent en permanence à suivre une conversation, un film, un livre, qui sont disponibles pour retrouver un chemin, reconnaître une personne. Nous ne sommes pas des malades de la mémoire, sinon nous ne pourrions pas vivre en société. Mais tout ce qui s’est mémorisé de manière passive et qui se rend disponible quand nous en avons besoin (mais pas de façon parfaite bien sûr), peut être réactivé, peut être éveillé par un “pont sur le passé” comme dans l’écrit de Proust et sa madeleine plongée dans le thé.

Quel est le principal obstacle à prendre en compte et à éveiller le contenu de la mémoire passive ? C’est que je suis inconscient (je n’ai pas la conscience réfléchie) de disposer de ces informations, et que de ce fait “Je” est convaincu que “moi” a oublié, que “moi” ne se rappelle pas. Quand je me tourne vers le passé, s’il ne me revient pas immédiatement des informations, c’est que j’ai oublié. Et de plus personne ne m’a jamais appris, ne m’a jamais éduqué à me tourner vers mon passé vécu pour en prendre conscience, personne ne m’a montré comment éviter les actes qui empêche de laisser revenir le passé à la conscience (comme de faire un effort pour me rappeler par exemple, ce qui empêche la prise de conscience).

La solution consiste 1/ à ne pas tenir compte de cette croyance en l’oubli, sinon ça s’arrête, 2/ à utiliser une technique qui pratiquement rend accessible cette mémoire passive, donc une technique qui induit l’évocation, (c’est-à-dire une mémoire sensorielle attachée à un sentiment de revécu du passé), et tout autant à éviter toutes les demandes qui empêchent l’accès au passé, comme le sont les demandes d’explication par exemple qui engagent la personne dans une activité de raisonnement, de justification et pas d’évocation, ou encore les demandes plus ou moins discrète de faire un effort pour se rappeler, ce qui bloque aussitôt le mécanisme naturel et involontaire du laisser venir ; 3/ et une fois l’accès au vécu passé établi, à guider et déplacer l’attention dans le souvenir pour en faire surgir les détails, les étapes, les nuances, les couches.

Et ça marche bien !

Mais ce n’est pas parfait, infaillible, exhaustif. Désolé, l’homme n’est pas une bonne machine…

Mais ça marche bien au-delà de ce que l’on obtient d’habitude (pardon, de ce que l’on n’obtient pas dans toutes les manips expérimentales qui ignorent la subjectivité et donc l’accès à la mémoire passive).

 

Print Friendly

Rappel et/ou prise de conscience dans l’entretien d’explicitation.

Projet pour l’écriture d’un chapitre dans un ouvrage collectif sur la “trace” :

Globalement : Montrer que l’on peut par une méthode d’entretien obtenir beaucoup plus d’informations sur un vécu passé que ce que l’on croit généralement.

Esquisser la description de l’extraordinaire gisement de données subjectives qui sont encore largement inexploitées par méconnaissance des actes intimes de rappel et de prise de conscience (c’est-à-dire les actes tels que le sujet les mets en oeuvre, je les qualifie “d’intimes” parce qu’ils ne sont directement connus que par moi-même dans un point de vue en première personne) .

Montrer que la remémoration a toujours été pensée indépendamment de la (prise de) conscience, alors que le problème n’est pas uniquement de se rappeler, mais tout autant de prendre conscience du passé, c’est-à-dire de savoir amener à la conscience réfléchie ce qui a été vécu sur le mode non réfléchi (en acte). Pour cela, il faut découvrir quels sont les obstacles et comment les surmonter pratiquement.

Mais avant cela, il faut mettre en évidence la ressource : la mémoire passive. Car à chaque moment vécu, il se mémorise en nous de nombreuses informations liées à ce que nous faisons et prennons en compte en acte et à ce qui a une action sur nous (qui nous affecte). Ces informations ne sont pas oubliées, elles disparaissent pour laisser place à la suite, et en apparence c’est comme si elles étaient oubliées. Mais la maladie d’Alzheimer nous montre ce qu’est qu’une vie avec un  véritable oubli de toutes ces informations qui nous servent en permanence à suivre une conversation, un film, un livre, qui sont disponibles pour retrouver un chemin, reconnaître une personne. Nous ne sommes pas des malades de la mémoire, sinon nous ne pourrions pas vivre en société. Mais tout ce qui s’est mémorisé de manière passive et qui se rend disponible quand nous en avons besoin (mais pas de façon parfaite bien sûr), peut être réactivé, peut être éveillé par un “pont sur le passé” comme dans l’écrit de Proust et sa madeleine plongée dans le thé.

Quel est le principal obstacle à prendre en compte et à éveiller le contenu de la mémoire passive ? C’est que je suis inconscient (je n’ai pas la conscience réfléchie) de disposer de ces informations, et que de ce fait “Je” est convaincu que “moi” a oublié, que “moi” ne se rappelle pas. Quand je me tourne vers le passé, s’il ne me revient pas immédiatement des informations, c’est que j’ai oublié. Et de plus personne ne m’a jamais appris, ne m’a jamais éduqué à me tourner vers mon passé vécu pour en prendre conscience, personne ne m’a montré comment éviter les actes qui empêche de laisser revenir le passé à la conscience (comme de faire un effort pour me rappeler par exemple, ce qui empêche la prise de conscience).

La solution consiste 1/ à ne pas tenir compte de cette croyance en l’oubli, sinon ça s’arrête, 2/ à utiliser une technique qui pratiquement rend accessible cette mémoire passive, donc une technique qui induit l’évocation, (c’est-à-dire une mémoire sensorielle attachée à un sentiment de revécu du passé), et tout autant à éviter toutes les demandes qui empêchent l’accès au passé, comme le sont les demandes d’explication par exemple qui engagent la personne dans une activité de raisonnement, de justification et pas d’évocation, ou encore les demandes plus ou moins discrète de faire un effort pour se rappeler, ce qui bloque aussitôt le mécanisme naturel et involontaire du laisser venir ; 3/ et une fois l’accès au vécu passé établi, à guider et déplacer l’attention dans le souvenir pour en faire surgir les détails, les étapes, les nuances, les couches.

Et ça marche bien !

Mais ce n’est pas parfait, infaillible, exhaustif. Désolé, l’homme n’est pas une bonne machine…

Mais ça marche bien au-delà de ce que l’on obtient d’habitude (pardon, de ce que l’on n’obtient pas dans toutes les manips expérimentales qui ignorent la subjectivité et donc l’accès à la mémoire passive).

 

Print Friendly

1 Commentaire pour “Mémoire et prise de conscience

  1. Martinez

    TB Pierre, je trouve. ce projet très plaisant. J’aime bien le terme d’intime comme tu le proposes. Le développement sur la mémoire passive assez au dėbut me paraît essentiel. C’est vraiment une non connaissance , source des croyances essentielles qui font obstacle..
    Tu pourrais appuyer un peu plus, sur ceux qui font de la recherche en ignorant la subjectivité parce que « non scientifique ». Alors bon développement…

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.