Mémoire et « participation » selon F. Ellenberger

Le livre de François Ellenberger, « Le mystère de la mémoire », publié en 1947 et écrit pendant ses cinq années de captivité, est très étrange, en ce sens qu’il introduit un vocabulaire, des concepts, pour désigner des aspects de la vie subjective qui sont à la fois très évocateurs (cf « la larve » pour désigner une rétention non sue, à la fois potentiellement activable et insue), dans le passage que je transcris, il utilise le concept de participation,  … lisez …

p 262 Le paradoxe de la participation mnésique.

La description pure et simple des évidences, des phénomènes intérieurs, nous a obligé de présenter la réminiscence comme ayant la forme d’une participation. Le souvenir et l’image ne peuvent en aucune façon être décrits comme la reproduction actuelle d’états de conscience passés, ou, à plus forte raison, de perceptions passées. L’objet sensible reçu dans l’image mnésique est inséparable d’une attitude vis-à-vis de lui, d’une conduite spécifique, impliquant des actes et une affectivité – le tout relatif à un sujet « Je », car n’ayant plus aucun sens en dehors de ce sujet. La réminiscence est donc la participation à une conscience complète, ayant toutes ses structures irrévocablement déterminées ; mais cette participation est plus ou moins profonde, d’où la liberté relative conservée dans la participation proprement imaginaire.

Ainsi la réminiscence nous fait communier à l’intimité d’une autre conscience, prisonnière de sa durée « passée » comme nous le sommes de la durée présente.

Aucune autre description ne peut être donnée du fait mnémique. Il est impossible d’échapper à la conclusion que la réminiscence, loin de reproduire dans l’actuel des structures conscientes déjà vécues jadis, nous arrache à la durée actuelle et nous rend participants directs de la conscience passée. Toute réminiscence est un ravissement dans une autre monade. Une autre conséquence certaine de l’évidence de la participation est de supprimer le problème de la subsistance du souvenir. Le souvenir n’a pas d’autre subsistance que sa propre intimité ;  il réside éternellement dans sa durée interne. Le souvenir se confond avec la conscience dite « passée », mais intérieurement toujours présente à elle-même et ignorant ce titre de « passé ». Le problème de la mémoire n’est pas celui de la subsistance des « images », mais celui de la participation pour ainsi dire « télépathique » à des consciences perpétuellement subsistantes.

et + si affinité …

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Le livre de François Ellenberger, « Le mystère de la mémoire », publié en 1947 et écrit pendant ses cinq années de captivité, est très étrange, en ce sens qu’il introduit un vocabulaire, des concepts, pour désigner des aspects de la vie subjective qui sont à la fois très évocateurs (cf « la larve » pour désigner une rétention non sue, à la fois potentiellement activable et insue), dans le passage que je transcris, il utilise le concept de participation,  … lisez …

p 262 Le paradoxe de la participation mnésique.

La description pure et simple des évidences, des phénomènes intérieurs, nous a obligé de présenter la réminiscence comme ayant la forme d’une participation. Le souvenir et l’image ne peuvent en aucune façon être décrits comme la reproduction actuelle d’états de conscience passés, ou, à plus forte raison, de perceptions passées. L’objet sensible reçu dans l’image mnésique est inséparable d’une attitude vis-à-vis de lui, d’une conduite spécifique, impliquant des actes et une affectivité – le tout relatif à un sujet « Je », car n’ayant plus aucun sens en dehors de ce sujet. La réminiscence est donc la participation à une conscience complète, ayant toutes ses structures irrévocablement déterminées ; mais cette participation est plus ou moins profonde, d’où la liberté relative conservée dans la participation proprement imaginaire.

Ainsi la réminiscence nous fait communier à l’intimité d’une autre conscience, prisonnière de sa durée « passée » comme nous le sommes de la durée présente.

Aucune autre description ne peut être donnée du fait mnémique. Il est impossible d’échapper à la conclusion que la réminiscence, loin de reproduire dans l’actuel des structures conscientes déjà vécues jadis, nous arrache à la durée actuelle et nous rend participants directs de la conscience passée. Toute réminiscence est un ravissement dans une autre monade. Une autre conséquence certaine de l’évidence de la participation est de supprimer le problème de la subsistance du souvenir. Le souvenir n’a pas d’autre subsistance que sa propre intimité ;  il réside éternellement dans sa durée interne. Le souvenir se confond avec la conscience dite « passée », mais intérieurement toujours présente à elle-même et ignorant ce titre de « passé ». Le problème de la mémoire n’est pas celui de la subsistance des « images », mais celui de la participation pour ainsi dire « télépathique » à des consciences perpétuellement subsistantes.

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