Méditation et entretien d’explicitation (2)

Comparer la méditation et l’entretien d’explicitation dans une perspective de méthodologie de recherche scientifique en première personne.

La question se pose, parce que tous les auteurs qui ont investis le point de vue en première personne ont de fait une pratique sérieuse de la méditation, généralement d’inspiration bouddhiste (Varela, Depraz, Bitbol, Petitmengin, Vermersch). Et dans quelques livres et articles récents (Bitbol et Petitmengin en particulier) il est fait comme si la méditation pouvait donner la méthodologie nécessaire à une exploration du point de vue en première personne.  Est-ce bien le cas ? Je ne crois pas, ayant l’expérience des deux démarches. J’argumente.

Certes dans les deux il y a une même direction d’attention : le monde intérieur, et du coup dans les deux (et dans beaucoup d’autres activités) il y a une éducation de l’attention à se tourner vers ce monde, comme je l’ai déjà écrit, avoir pratiqué la méditation, la relaxation, le tai chi interne, le lying etc … est préparatoire à la capacité à décrire son monde intérieur du fait de l’apprentissage du geste de base de l’attention, mais pas du point de vue des catégories descriptives, ni du savoir faire descriptif.

Car la méditation est exercice de présence, de présence au maintenant, avec un support minimal qui sert surtout d’outil pour repèrer la non présence (attention à la respiration, à la sensation du corps ou à un support externe), cela limite l’activité de l’attention à une tâche contemplative, une tâche de surveillance, de rappel, de retour, et ce strictement de moment en moment, puisque s’attarder sur le passé, même le juste passé c’est quitter la présence au présent, donc une activité qui se résume à une centration sur le présent et sur le simple (!) maintien de l’attention à une seule visée (même si pratiquement, il y aura progressivement cristallisation d’un témoin intérieur discret, bienveillant, non agressif, sans jugement, qui surveillera le maintien et créera le rappel pour un retour vers le but).

Or ce dont on a besoin dans la recherche scientifique, c’est d’un procédé, qui certes est bien tourné vers le monde intérieur de façon experte et disciplinée, mais a surtout la capacité d’étudier toutes les activités humaines, pas seulement les activités contemplatives et cela n’est accessibles que par le moyen du rappel du vécu correspondant, donc d’absence au présent, pour devenir présent au passé et la méditation n’a pas du tout vocation à être une activité tournée vers le passé, qui serait centrée sur le processus de rappel.

Du coup, dans la recherche scientifique,  l’attention vers le monde intérieur est double, d’une part dans le fait de maintenir actuellement la visée, l’intention, de description d’un vécu passé spécifié, d’autre part dans la présence active au vécu passé, à son expansion, sa fragmentation, son exploration dans toutes ses couches et et dans toutes les propriétés que je suis formé à saisir au moment même où le passé m’apparaît, où je me pose des questions sur la base de la compétence à saisir le manque, l’absence, le déficit et me ramène vers l’incomplétude de ce qui se donne en premier. Le faire pour soi-même en auto-explicitation demande beaucoup d’expertise, mais heureusement il est possible d’être guidé par le biais d’une technique d’entretien non inductive : l’entretien d’explicitation.

Il n’est pas nécessaire d’apprendre à pratiquer la méditation pour apprendre à décrire son vécu (passé), mais si l’on a pratiqué la méditation, le lying, le tai chi interne, l’hypnose, la relaxation, etc … alors on a déjà quelques compétences très utiles, en particulier on est déjà bien familiarisé à garder son attention de façon précise vers le monde intérieur.

Et vous, avez-vous une opinion sur le rôle que peut jouer la méditation dans les recherches sur la subjectivité ?

 

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Comparer la méditation et l’entretien d’explicitation dans une perspective de méthodologie de recherche scientifique en première personne.

La question se pose, parce que tous les auteurs qui ont investis le point de vue en première personne ont de fait une pratique sérieuse de la méditation, généralement d’inspiration bouddhiste (Varela, Depraz, Bitbol, Petitmengin, Vermersch). Et dans quelques livres et articles récents (Bitbol et Petitmengin en particulier) il est fait comme si la méditation pouvait donner la méthodologie nécessaire à une exploration du point de vue en première personne.  Est-ce bien le cas ? Je ne crois pas, ayant l’expérience des deux démarches. J’argumente.

Certes dans les deux il y a une même direction d’attention : le monde intérieur, et du coup dans les deux (et dans beaucoup d’autres activités) il y a une éducation de l’attention à se tourner vers ce monde, comme je l’ai déjà écrit, avoir pratiqué la méditation, la relaxation, le tai chi interne, le lying etc … est préparatoire à la capacité à décrire son monde intérieur du fait de l’apprentissage du geste de base de l’attention, mais pas du point de vue des catégories descriptives, ni du savoir faire descriptif.

Car la méditation est exercice de présence, de présence au maintenant, avec un support minimal qui sert surtout d’outil pour repèrer la non présence (attention à la respiration, à la sensation du corps ou à un support externe), cela limite l’activité de l’attention à une tâche contemplative, une tâche de surveillance, de rappel, de retour, et ce strictement de moment en moment, puisque s’attarder sur le passé, même le juste passé c’est quitter la présence au présent, donc une activité qui se résume à une centration sur le présent et sur le simple (!) maintien de l’attention à une seule visée (même si pratiquement, il y aura progressivement cristallisation d’un témoin intérieur discret, bienveillant, non agressif, sans jugement, qui surveillera le maintien et créera le rappel pour un retour vers le but).

Or ce dont on a besoin dans la recherche scientifique, c’est d’un procédé, qui certes est bien tourné vers le monde intérieur de façon experte et disciplinée, mais a surtout la capacité d’étudier toutes les activités humaines, pas seulement les activités contemplatives et cela n’est accessibles que par le moyen du rappel du vécu correspondant, donc d’absence au présent, pour devenir présent au passé et la méditation n’a pas du tout vocation à être une activité tournée vers le passé, qui serait centrée sur le processus de rappel.

Du coup, dans la recherche scientifique,  l’attention vers le monde intérieur est double, d’une part dans le fait de maintenir actuellement la visée, l’intention, de description d’un vécu passé spécifié, d’autre part dans la présence active au vécu passé, à son expansion, sa fragmentation, son exploration dans toutes ses couches et et dans toutes les propriétés que je suis formé à saisir au moment même où le passé m’apparaît, où je me pose des questions sur la base de la compétence à saisir le manque, l’absence, le déficit et me ramène vers l’incomplétude de ce qui se donne en premier. Le faire pour soi-même en auto-explicitation demande beaucoup d’expertise, mais heureusement il est possible d’être guidé par le biais d’une technique d’entretien non inductive : l’entretien d’explicitation.

Il n’est pas nécessaire d’apprendre à pratiquer la méditation pour apprendre à décrire son vécu (passé), mais si l’on a pratiqué la méditation, le lying, le tai chi interne, l’hypnose, la relaxation, etc … alors on a déjà quelques compétences très utiles, en particulier on est déjà bien familiarisé à garder son attention de façon précise vers le monde intérieur.

Et vous, avez-vous une opinion sur le rôle que peut jouer la méditation dans les recherches sur la subjectivité ?

 

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3 Commentaires pour “Méditation et entretien d’explicitation (2)

  1. J’ai commencé d’explorer le geste de se tourner vers soi dans les différentes pratiques que j’ai pu avoir ou que je poursuis encore. Se tourner vers soi ( tourner son attention) me semble un terme générique, car il y a plusieurs faisceaux possibles, selon que l’on tourne son attention vers son monde intérieur avec une attention flottante comme dans la visée à vide de l’explicitation, vers son corps (ressenti interne) en Feldenkrais, vers son imaginaire (Qi-Kong ou Yoga) vers son ressenti corporel comme avc le Focusing … Je vais essayer de décrire ce qui se passe dans chacune de ces pratiques pour ce geste là.
    Mais bien sûr ensuite, l’essentiel dans ces pratiques c’est de rester présent à l’ici et maintenant en suspendant le mental. Suspendre le mental me semble aussi un point commun avec l’explicitation, ainsi que le lâcher prise (est-ce pareil?) et le laisser venir ( processus d’émergence)…

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    1. Non Claudine, dans l’entretien d’explicitation, on ne suspend pas le mental ,on le canalise, on l’oriente, on le guide, on le reprend sans cesse grâce à l’intervention délicate et ferme de l’intervieweur ; la méditation comme n’importe quelle pratique interne éduque l’attention à se tourner vers son monde intérieur sur la base de l’intérêt dominant (rapport à la présence attentive, au corps, à l’émotion, à l’énergie, au mouvement interne, etc …), mais ne donne pas les clefs pour une pratique scientifique de l’introspection,
      Dans l’entretien d’explicitation il y a un laisser venir, qui est une visée à vide, une visée active ; il y a une levée de l’intention volontaire pour que s’opère une intention éveillante.

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