Le paradoxe de la mémoire volontaire. La larve

(extrait de « Le mystère de la mémoire », F. Ellenberger, 1947, p  266)

Comment peut-on évoquer un souvenir choisi à l’avance ? Comment peut-on déterminer le plus par le moins ? Le paradoxe est flagrant. Logiquement, je ne puis pas, ne possédant pas encore le contenu du souvenir, désigner ce souvenir à l’avance comme objet de remémoration. Je saurai pourtant immédiatement si ce qui s’évoque en réponse à mon désir est ou n’est pas le souvenir cherché. Avant l’évocation, je ne puis rien connaître de précis, par définition, puisque c’est cela même que je cherche. Comme pour le paradoxe de la ressemblance {paragraphe précédent}, les faits contredisent la logique et imposent une solution prélogique. … Il n’est pas vrai de dire que je crée la remémoration ex nihilo, psychologiquement parlant. Bien souvent l’éclosion du souvenir est précédée par la conscience d’une possession qui s’empare de moi ; c’est l’expérience de la larve. Je suis possédé par un être entièrement spécifique, bien que s’offrant comme vide à ma connaissance. D’ailleurs la possession annihile mon pouvoir de connaissance. On peut généraliser et affirmer que tout acte de remémoration dirigée présuppose ma participation préalable à la larve abstraite mais totale de ce dont je veux me souvenir. Ainsi le paradoxe se déplace. Au lieu d’être un problème logique, il devient un problème de nature.  La nature, le statut de la larve, est un défi à la raison, non pas tellement parce que le concept de larve est obscur ; mais surtout parce que la connaissance est une identification, une participation : or participer à la larve, c’est devenir en elle un être informe, opaque, incapable de connaissance. Une fois de plus la psychologie de l a mémoire se heurte aux limites de l’absurde.

et vous qu’en pensez-vous ?

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(extrait de « Le mystère de la mémoire », F. Ellenberger, 1947, p  266)

Comment peut-on évoquer un souvenir choisi à l’avance ? Comment peut-on déterminer le plus par le moins ? Le paradoxe est flagrant. Logiquement, je ne puis pas, ne possédant pas encore le contenu du souvenir, désigner ce souvenir à l’avance comme objet de remémoration. Je saurai pourtant immédiatement si ce qui s’évoque en réponse à mon désir est ou n’est pas le souvenir cherché. Avant l’évocation, je ne puis rien connaître de précis, par définition, puisque c’est cela même que je cherche. Comme pour le paradoxe de la ressemblance {paragraphe précédent}, les faits contredisent la logique et imposent une solution prélogique. … Il n’est pas vrai de dire que je crée la remémoration ex nihilo, psychologiquement parlant. Bien souvent l’éclosion du souvenir est précédée par la conscience d’une possession qui s’empare de moi ; c’est l’expérience de la larve. Je suis possédé par un être entièrement spécifique, bien que s’offrant comme vide à ma connaissance. D’ailleurs la possession annihile mon pouvoir de connaissance. On peut généraliser et affirmer que tout acte de remémoration dirigée présuppose ma participation préalable à la larve abstraite mais totale de ce dont je veux me souvenir. Ainsi le paradoxe se déplace. Au lieu d’être un problème logique, il devient un problème de nature.  La nature, le statut de la larve, est un défi à la raison, non pas tellement parce que le concept de larve est obscur ; mais surtout parce que la connaissance est une identification, une participation : or participer à la larve, c’est devenir en elle un être informe, opaque, incapable de connaissance. Une fois de plus la psychologie de l a mémoire se heurte aux limites de l’absurde.

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5 Commentaires pour “Le paradoxe de la mémoire volontaire. La larve

  1. « l’éclosion du souvenir précédée par une conscience d’une possession qui s’empare de moi »: cela correspond bien pour moi à une description de visée à vide.

    la métaphore de la larve n’est pas très loin de celle de la graine non?

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    1. oui tu as raison Joelle, on est passé d’une métaphore végétale à une métaphore animale, dans tous les cas c’est un « déjà là » mais pas encore là dans son remplissement intuitif.

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  2. C’est très surprenant dans un premier temps. Cela prend certaines de nos convictions à rebrousse poil! Mais en laissant un peu reposer, cela me renvoie au processus d’ėmergence, à la mémoire passive avec le prê rêfléchi. Nous faisons toujours un entretien à partir d’un sujet choisi à l’avance, mais nous ne savons jamais ce qu’il va faire surgir.
    Avec l’auto-explicitation, il nous suffit d’une intention ėveillante, faut-il aller encore plus loin dans le lâcher prise ?
    C’est un bout de texte que je vais laisser mijoter …

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    1. J’aime bien cette idée de « larve », quelque chose qui est déjà là, à l’état larvaire, qui ne m’est pas connu (pas réflexivement connu), qui ne se donne pas comme contenu et qui pourtant peut manifester sa présence larvaire, et qui se découvre par une visée à vide, par un choc associatif. C’est un auteur qui a écrit son livre pendant ses cinq ans de captivité, avec le soutien de R. Ruyer co-détenu, il était géologue de formation, et n’avait pas de bibliothèque sous la main, tout son travail s’est fait par une introspection minutieuse. Très curieux. Il souligne bien le paradoxe de la possibilité de viser quelque chose volontairement, qui m’est inconnu, et que pourtant je saurais facilement apprécier comme étant bien ce que je visais.

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  3. Claude Marti

    Je ne comprends rien à ce texte. Je n’ai jamais recherché que des souvenirs en rapport avec quelque chose;; une date, un lieu, une émotion, une ambiance, quelque chose d’infime parfois, le sentiment que quelque chose a été vécu et est encore là. Mais il y a toujours un début, qui déclenche des associations, vite ou lentement. Mes expériences entrent parfaitement dans le cadre du modèle de la mémoire portée par des réseaux (sophistiqués).
    Quelqu’un a-t-il l’expérience d’une recherche de souvenir inconnu mais choisi à l’avance et a-t-il exploré à fond l’anté-début et peut-être l’anté de l’anté ?

    Quant à « comment peut-on déterminer le plus par le moins ?  » je ne vois pas le problème: on tire la pelote par un brin. Il est clair pour moi, que je ne sais pas à l’avance ce qui va me revenir, même si je peux avoir l’impression (l’illusion) que c’est justement ça que j’avais en tête.

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