Faire de la psychologie expérimentale c’était être clivé par devoir (1967)

Mais alors de quelles ressources pouvais-je disposer pour développer non plus une technique d’aide à la verbalisation comme je l’avais fait pragmatiquement pour l’entretien d’explicitation, mais une psychologie de la subjectivité, une psychologie en première personne, une psycho-phénoménologie, non plus avec des catégories d’observateurs en troisième personne, mais avec des catégories « d’expérienceurs » ?

En fait, j’étais depuis le début coincé par les messages éducatifs de ma formation universitaire : Attention obtenez la validité comportementale ! Restrictions sévères des interprétations ! Utilisation d’échantillons multiples ! Plan d’expérience ! Traitements statistiques sophistiqués ! Attention méfiez-vous ! Tout dans la recherche en psychologie est là pour vous tromper, pour vous abuser ! Et le pire de tout : attention à l’introspection ! Ne vous rapportez pas à votre propre expérience ! Cela n’est pas scientifique ! Cela n’a aucun sens ! Aucune portée !

La psychologie que j’ai fréquenté dans mes débuts (66/70 Aix en Provence)  n’était pas tant une science, qu’une forme de religion dogmatique fondée sur la pureté sans concession de sa méthodologie. L’article principal du dogme relevait de la « méthode expérimentale » !

Faire de la recherche en psychologie, c’était être clivé par devoir.

Le message implicite constant était que : Moi en tant que sujet, je dois, pour faire de la recherche (de la Science), mettre de côté toutes mes expériences, tous mes vécus, ne pas confronter ce que dit la science psychologique à ce que je connais, à ce que je vis.

Par exemple, pour pouvoir parler de logique naturelle (c’est-à-dire tout bêtement le fait que nos raisonnements habituels sont entachés d’erreurs, de paralogismes, d’inconséquences, de biais), il a fallu une levée de tabou qui a pris près de dix ans dans les années 70. Puisqu’à la base l’intelligence adulte était réputée achevée, complète, parfaite. Et quand j’ai débuté dans la recherche en 1969, il était convenu que la genèse des opérations cognitive s’achevait à 14 ans avec l’accès au stade des opérations formelles selon Piaget. Oui mais que faire de ce que l’on observait dans la vie quotidienne, de ce que l’on constatait dans les apprentissages professionnels, de que l’on découvrait dans les étapes de la résolution de problème qui ne relevait en rien d’une intelligence achevée ! C’était alors des exceptions incroyables, que l’on nommait avec précautions, que l’on ne savait pas interpréter. Il y a eu très progressivement l’élaboration du concept de pensée naturelle y compris en psychologie sociale, pour pouvoir parler de la pensée tout court, telle qu’on peut l’observer dans sa mise en œuvre en formation, comme dans le travail. Mais le message de fond de la psychologie était bien celui des expérimentalistes, et tout le mouvement post-piagétien s’est fait sur la base d’une course à l’honorabilité méthodologique la plus stricte, même quand, de fait, on a pu s’apercevoir que cela n’ajoutait pas grand-chose aux données déjà obtenues.

Mais alors dans cette situation schizoïde de la psychologie universitaire où trouver des ressources pour développer une psychologie de la subjectivité, une psychologie en première personne. Trois domaines m’ont apporté des éléments de réponse :

  • Les pratiques, les praticiens et les pratiquants.
  • La psychologie introspective du début du 20ème siècle,
  • La phénoménologie de Husserl.
    Extrait du chapitre 1 de « Explicitation et phénoménologie », P. Vermersch, 2012, PUF
Print Friendly

Mais alors de quelles ressources pouvais-je disposer pour développer non plus une technique d’aide à la verbalisation comme je l’avais fait pragmatiquement pour l’entretien d’explicitation, mais une psychologie de la subjectivité, une psychologie en première personne, une psycho-phénoménologie, non plus avec des catégories d’observateurs en troisième personne, mais avec des catégories « d’expérienceurs » ?

En fait, j’étais depuis le début coincé par les messages éducatifs de ma formation universitaire : Attention obtenez la validité comportementale ! Restrictions sévères des interprétations ! Utilisation d’échantillons multiples ! Plan d’expérience ! Traitements statistiques sophistiqués ! Attention méfiez-vous ! Tout dans la recherche en psychologie est là pour vous tromper, pour vous abuser ! Et le pire de tout : attention à l’introspection ! Ne vous rapportez pas à votre propre expérience ! Cela n’est pas scientifique ! Cela n’a aucun sens ! Aucune portée !

La psychologie que j’ai fréquenté dans mes débuts (66/70 Aix en Provence)  n’était pas tant une science, qu’une forme de religion dogmatique fondée sur la pureté sans concession de sa méthodologie. L’article principal du dogme relevait de la « méthode expérimentale » !

Faire de la recherche en psychologie, c’était être clivé par devoir.

Le message implicite constant était que : Moi en tant que sujet, je dois, pour faire de la recherche (de la Science), mettre de côté toutes mes expériences, tous mes vécus, ne pas confronter ce que dit la science psychologique à ce que je connais, à ce que je vis.

Par exemple, pour pouvoir parler de logique naturelle (c’est-à-dire tout bêtement le fait que nos raisonnements habituels sont entachés d’erreurs, de paralogismes, d’inconséquences, de biais), il a fallu une levée de tabou qui a pris près de dix ans dans les années 70. Puisqu’à la base l’intelligence adulte était réputée achevée, complète, parfaite. Et quand j’ai débuté dans la recherche en 1969, il était convenu que la genèse des opérations cognitive s’achevait à 14 ans avec l’accès au stade des opérations formelles selon Piaget. Oui mais que faire de ce que l’on observait dans la vie quotidienne, de ce que l’on constatait dans les apprentissages professionnels, de que l’on découvrait dans les étapes de la résolution de problème qui ne relevait en rien d’une intelligence achevée ! C’était alors des exceptions incroyables, que l’on nommait avec précautions, que l’on ne savait pas interpréter. Il y a eu très progressivement l’élaboration du concept de pensée naturelle y compris en psychologie sociale, pour pouvoir parler de la pensée tout court, telle qu’on peut l’observer dans sa mise en œuvre en formation, comme dans le travail. Mais le message de fond de la psychologie était bien celui des expérimentalistes, et tout le mouvement post-piagétien s’est fait sur la base d’une course à l’honorabilité méthodologique la plus stricte, même quand, de fait, on a pu s’apercevoir que cela n’ajoutait pas grand-chose aux données déjà obtenues.

Mais alors dans cette situation schizoïde de la psychologie universitaire où trouver des ressources pour développer une psychologie de la subjectivité, une psychologie en première personne. Trois domaines m’ont apporté des éléments de réponse :

  • Les pratiques, les praticiens et les pratiquants.
  • La psychologie introspective du début du 20ème siècle,
  • La phénoménologie de Husserl.
    Extrait du chapitre 1 de « Explicitation et phénoménologie », P. Vermersch, 2012, PUF
Print Friendly

2 Commentaires pour “Faire de la psychologie expérimentale c’était être clivé par devoir (1967)

  1. Pourquoi y a-t-il 1967 entre parenthèses dans le titre ?
    Je vois que tu es en train de nous préparer le future dossier sur la conscience. C’est bien intéressant en tout cas ce rapprochement de texte.

    Reply
    1. J’ai fait mes études de psycho à Aix en Provence en 67/68, puis neurophysio à Marseille en 69, le bourrage de crane s’est opéré à partir de 67 par les cours de méthodo et les tp.

      Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.