M. Bitbol, chap 12 « Comment la nature est elle nouée par et avec la conscience » ?

La conscience a-t-telle une origine (2014) M. Bitbol, chap 12 « Comment la nature est elle nouée par et avec la conscience » ? p541/602

Je termine la lecture de ce magnifique chapitre, les mots qui me viennent sont : extraordinaire, lyrique, visionnaire ! Pourtant ce n’est qu’un raisonnement suivi, il n’y a pas de grandes phrases romantiques ou spectaculaires. C’est juste qu’à le suivre depuis le début du livre et dans ce chapitre qui rassemble toute l’argumentation sur un point nodal, je suis emporté par la force visionnaire de son analyse. Quoi ? Vous voulez que je vous résume l’argument ? Non mais ça va pas ! Allez le lire. Découvrez ses démontages patients de la position matérialiste, la mise en place du concept de noeud (un lien réciproque et entrecroisé, si cela peut vous aider). L’analyse de l’expérience de référence du corps touchant-touché à la fois chez Husserl, mais surtout chez Merleau-Ponty (au passage  p.557 l’indispensable analyse temporelle de l’acte, qui parlera aux familiers des fondamentaux de la technique d’aide à l’explicitation). La reprise de l’analyse de la causalité à partir de la page 565, un peu de Kant, un peu de Varela. Le patient détricotage de la corrélation neuro-expérientielle, jusqu’au vertige assumé des conclusions qui en découlent.

« Pourquoi ressentirions-nous comme impérative cette mutation de notre être qui, à l’approche du problème de l’incarnation nous invite à déposer les armes de l’intelligence afin de vivre en bonne intelligence avec lui ? » p578

ou bien, à la suite du Visible et de l’invisible de Merleau-Ponty

« Selon lui, le percevant est fait de la texture perceptible des choses du monde, tandis qu’à l’inverse le monde porte en lui une aptitude native à bourgeonner en points de vue percevants afin de se percevoir lui-même dans un premier temps, et de se reconnaître bourgeonnant dans un second temps » // p 583 « Loin de cet académisme, Merleau-Ponty nous invite donc à renoncer aux pré-catégorisations, à laisser être ce qui est, à  faire preuve d’une sensibilité exquise à ce qui arrive en retardant aussi longtemps que possible sa mise en tutelle par des distinctions à usage pragmatique. Ce qui advient au décours d’un tel renoncement est alors presque confondant de facilité. …. Au lieu de cela, les choses sont immédiatement enveloppées de leur revêtement d’apparaître, elles ne se donnent d’ailleurs pas autrement que comme revêtement d’apparaître ; et l’apparaître n’est pas pour sa part un vernis posé sur quoi que ce soit d’autre, mais la chose même, la seule chose disponible. »

« L’apparaître est excavé au milieu de l’apparition; ni plus, ni moins. »

Le seul regret, en forme de demande d’aide, est que tous les sous titres du chapitre, des chapitres, ont disparus (je plaisante). Pourtant chaque chapitre est remarquablement et solidement organisé, quelle aide ce serait d’avoir une table analytique permettant de se repérer rapidement dans cette organisation. J’en suis réduit à rajouter au fur et à mesure les sous titres qui indexeraient les parties …

Une partie de mon enthousiasme pour ce livre, provient aussi du fait qu’inévitablement il nous guide vers l’impérative nécessité d’une technique en première et seconde personne pour décrire les vécus, et une fois prononcé l’incantation de la nécessité de l’époché (de la suspension du jugement) puis de la réduction, il faut un savoir pratique, une expérience non seulement du rapport à soi (voir par exemple mon blog sur « méditation et explicitation » ), mais de la manière de conduire une description de soi ou d’aider un autre à le faire. Arrivé là, les outils d’aide à l’explicitation sont les seuls qui aient formalisés la démarche à suivre et à l’enseigner de façon réglée.

Du coup, ce livre accentue magnifiquement le sens épistémologique de l’entretien d’explicitation pour les recherches phénoménologiques, pour la prise en compte du point de vue en première et seconde personne. Nous avons avancé depuis 20 ans dans une direction essentielle, et nous sommes quasiment les seuls à l’avoir fait …

 

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La conscience a-t-telle une origine (2014) M. Bitbol, chap 12 « Comment la nature est elle nouée par et avec la conscience » ? p541/602

Je termine la lecture de ce magnifique chapitre, les mots qui me viennent sont : extraordinaire, lyrique, visionnaire ! Pourtant ce n’est qu’un raisonnement suivi, il n’y a pas de grandes phrases romantiques ou spectaculaires. C’est juste qu’à le suivre depuis le début du livre et dans ce chapitre qui rassemble toute l’argumentation sur un point nodal, je suis emporté par la force visionnaire de son analyse. Quoi ? Vous voulez que je vous résume l’argument ? Non mais ça va pas ! Allez le lire. Découvrez ses démontages patients de la position matérialiste, la mise en place du concept de noeud (un lien réciproque et entrecroisé, si cela peut vous aider). L’analyse de l’expérience de référence du corps touchant-touché à la fois chez Husserl, mais surtout chez Merleau-Ponty (au passage  p.557 l’indispensable analyse temporelle de l’acte, qui parlera aux familiers des fondamentaux de la technique d’aide à l’explicitation). La reprise de l’analyse de la causalité à partir de la page 565, un peu de Kant, un peu de Varela. Le patient détricotage de la corrélation neuro-expérientielle, jusqu’au vertige assumé des conclusions qui en découlent.

« Pourquoi ressentirions-nous comme impérative cette mutation de notre être qui, à l’approche du problème de l’incarnation nous invite à déposer les armes de l’intelligence afin de vivre en bonne intelligence avec lui ? » p578

ou bien, à la suite du Visible et de l’invisible de Merleau-Ponty

« Selon lui, le percevant est fait de la texture perceptible des choses du monde, tandis qu’à l’inverse le monde porte en lui une aptitude native à bourgeonner en points de vue percevants afin de se percevoir lui-même dans un premier temps, et de se reconnaître bourgeonnant dans un second temps » // p 583 « Loin de cet académisme, Merleau-Ponty nous invite donc à renoncer aux pré-catégorisations, à laisser être ce qui est, à  faire preuve d’une sensibilité exquise à ce qui arrive en retardant aussi longtemps que possible sa mise en tutelle par des distinctions à usage pragmatique. Ce qui advient au décours d’un tel renoncement est alors presque confondant de facilité. …. Au lieu de cela, les choses sont immédiatement enveloppées de leur revêtement d’apparaître, elles ne se donnent d’ailleurs pas autrement que comme revêtement d’apparaître ; et l’apparaître n’est pas pour sa part un vernis posé sur quoi que ce soit d’autre, mais la chose même, la seule chose disponible. »

« L’apparaître est excavé au milieu de l’apparition; ni plus, ni moins. »

Le seul regret, en forme de demande d’aide, est que tous les sous titres du chapitre, des chapitres, ont disparus (je plaisante). Pourtant chaque chapitre est remarquablement et solidement organisé, quelle aide ce serait d’avoir une table analytique permettant de se repérer rapidement dans cette organisation. J’en suis réduit à rajouter au fur et à mesure les sous titres qui indexeraient les parties …

Une partie de mon enthousiasme pour ce livre, provient aussi du fait qu’inévitablement il nous guide vers l’impérative nécessité d’une technique en première et seconde personne pour décrire les vécus, et une fois prononcé l’incantation de la nécessité de l’époché (de la suspension du jugement) puis de la réduction, il faut un savoir pratique, une expérience non seulement du rapport à soi (voir par exemple mon blog sur « méditation et explicitation » ), mais de la manière de conduire une description de soi ou d’aider un autre à le faire. Arrivé là, les outils d’aide à l’explicitation sont les seuls qui aient formalisés la démarche à suivre et à l’enseigner de façon réglée.

Du coup, ce livre accentue magnifiquement le sens épistémologique de l’entretien d’explicitation pour les recherches phénoménologiques, pour la prise en compte du point de vue en première et seconde personne. Nous avons avancé depuis 20 ans dans une direction essentielle, et nous sommes quasiment les seuls à l’avoir fait …

 

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7 Commentaires pour “M. Bitbol, chap 12 « Comment la nature est elle nouée par et avec la conscience » ?

  1. Hum ! J’attends que Papa ou Maman hirondelles aient un peu pré-mâché la bestiole pour la goûter. Maryse, je compte sur toi pour des petits-déjeuners Bitboliens à Langeac cet été … si tu le veux bien ;-))

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  2. Magali Boutrais

    Avez-vous lu l’interview de Michel Bitbol ? ici : http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article519
    Maryse, moi aussi je commande le livre ! Bises !

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    1. Oui très bel interview en trois parties, très copieux, panorama auto biographique intéressant, compréhension de sa posture qui l’a conduit à écrire son dernier livre, mais pour le livre lui-même ce n’est pas d’une grande aide. Merci Magali, je pensais donner la référence et tu l’as fait, super.

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  3. Pierre, ton enthousiasme est tel que j’ai commandé le livre illico.
    Maintenant il te faut patienter un peu pour lire mes réactions.
    En attendant, je piaffe d’impatience.

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    1. Oui Maryse j’attends tes réactions avec impatience, j’ai des bouts de dialogue avec Claude M. par email, il ne veut pas utiliser la place publique du blog, mais est abonné. He Claude, toi qui est en train de lire avec intérêt M. Bitbol pourquoi ne pas en parler ici ?

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  4. Magali Boutrais

    Il ne me reste plus qu’à le lire, et l’inclure dans ma thèse, afin de défendre la nécessité d’un point de vue en première personne dans une recherche sur l’analyse de l’activité des professeurs d’école ! Merci Pierre !

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    1. dans un premier temps Magali, le chapitre premier peut être survolé pour y revenir plus tard … chacun des chapitres est aussi intéressant pour lui-même, même si le projet d’ensemble est très cohérent, mais la somme de documentation traitée à propos de chaque question particulière est intéressante en soi.

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