Au-delà des limites de l’introspection descriptive

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Au-delà des limites de l’introspection descriptive :

 

l’inconscient organisationnel et les lois d’association.

 

 

Pierre Vermersch

  

 

1 Cet article se situe dans le cadre du programme général et historique que je poursuis depuis toujours, de l’élucidation de la conduite, et donc de sa description intime détaillée permettant d’accéder à son intelligibilité causale, autrement dit à la compréhension de son engendrement. Or nous (le GREX) en sommes à l’étape (2017) d’identifier clairement ce qui n’est pas intelligible (les N3) et, qui ne peut être, ne pourra pas être, éclairci par une description introspective encore plus complète parce que l’on se heurte(ra) aux limites de l’introspection, et donc aux limites structurelles du point de vue en première personne. Passionnant ! Non ? Sommes-nous à un point de blocage définitif ou bien à une nouvelle ouverture ?

2 Ces limites tiennent à l’impossibilité de décrire par le détail la production de réponses qui sont l’expression directe de l’inconscient organisationnel, inconscient non refoulé, non pathologique, qui sous-tend en permanence toutes nos actions.

3 L’exemple le plus simple est celui de l’émergence d’une réponse. C’est-à-dire le cas où entre la question et la réponse, il ne se passe rien d’apparent.

S’il n’y a rien, c’est qu’il y a quelque chose. Il n’y a pas d’effet sans cause.

Quand il n’y a rien à décrire, la cause est ailleurs que dans ce dont le sujet peut avoir la conscience réfléchie. Ça s’appelle l’inconscient. Sauf qu’au 20ème siècle (contrairement au 19ème siècle) le terme a été monopolisé par la référence à la psychanalyse, fondée sur un cadre médical de pratique clinique, et basée sur le concept de refoulement, pour expliquer les résistances du malade à la cure, et rendre compte de ce caractère inconscient en le connotant sans cesse au passage d’une dimension pathologique. Or il existe un inconscient organisationnel qui n’est pas censuré, parce qu’il est tout simplement le produit de la constitution passive permanente des effets de chaque moment de ma vie, considérés comme moments d’exercice (non pas pratiquer un exercice, mais à chaque moment je m’exerce, j’exerce des compétences, des actes, des identifications etc.). S’il n’y a rien à décrire, c’est que ce qui produit une réponse est à l’œuvre de façon cachée. C’est la démonstration du fonctionnement de l’inconscient comme Potentiel, ou encore comme dimension dynamique organisationnelle. Je prendrai le temps plus loin d’aller dans les types d’exemples qui démontrent la présence et la dynamique de l’inconscient organisationnel.

4 Cet article a pour but de clarifier la référence obligatoire à l’inconscient organisationnel dans l’élucidation de la conduite et s’appuie sur la logique des associations impliquées par les techniques que nous utilisons pour rendre accessibles les schèmes qui organisent la conduite.

Je vais procéder en quatre temps :

5 En guise d’introduction, je vais retracer brièvement les étapes par lesquelles nous sommes passés pour perfectionner l’entretien d’explicitation, jusqu’à rencontrer une limite descriptive qui nous paraît maintenant infranchissable parce qu’elle tient à la limite du conscientisable, à la limite de l’introspection.

6 Ensuite, ce sera intéressant de classer les différents types de vécus (N3) que nous avons déjà rencontrés dans tous nos entretiens, qui démontrent l’activité de l’inconscient organisationnel (N4) et pointent bien les limites de l’introspection auxquelles nous sommes maintenant confrontées. Dans tous les cas je montrerai comment ces activités pointent vers quelque chose qui est incompréhensible sans la prise en compte de l’activité normale de l’inconscient organisationnel. Les classer permettra de les reconnaître plus facilement et de comprendre comment dépasser les limites de l’introspection descriptive en utilisant de nouvelles techniques d’accompagnement du sujet.

7 Le temps suivant, présentera le cadre général dans lequel situer les fonctionnalités d’un inconscient organisationnel, qui sous-tend en permanence chaque moment de notre vie. Pour ce faire, il reviendra sur l’histoire du concept d’inconscient, en particulier dans la période préfreudienne au 19ème siècle. Pour montrer que l’inconscient normal inhérent au fonctionnement de l’esprit (on dirait maintenant de l’intelligence, de tous les actes) était parfaitement connu de tous.

8 Le quatrième temps, traitera précisément de ces techniques de relance sur les N3. Car, s’il est acquis que l’on ne peut pas les décrire pour en comprendre l’intelligibilité causale, cette même intelligibilité reste accessible si l’on peut mettre en évidence ce qui organise ces N3, c’est-à-dire quel est le schème inconscient qui est à l’œuvre, ou encore quel est le moule, la méthode, le script qui produit cette réponse. J’essaierai alors de poser les questions théoriques relatives à la logique des associations qui pourraient nous aider à comprendre ce que nous savons déjà pratiquement faire. Le programme de recherche sur les associations existent depuis très longtemps et a mobilisé tout le 19ème siècle, mais il a toujours été lié à une théorie générale sur la possibilité de la connaissance, sur la genèse de l’intelligence, d’où les doctrines associationnistes, mécanistes, atomistes, nativistes, interactionnistes, etc. Nous, nous ne cherchons qu’à aider la personne à retrouver ce qui organise son action et qui est nécessairement issu du passé, notre but n’est pas d’établir une théorie générale de la pensée et de sa construction.

9 N’oublions pas cependant que si l’aide à l’explicitation est une technique de recueil de données de verbalisation sur le vécu, pour ce faire, et en le faisant, elle devient aussi l’expression indirecte d’un programme de recherche psycho-phénoménologique d’étude de la subjectivité par ses moyens d’accès.

 

I – Introduction : dépasser les limites ! un programme de recherche !  

Mise en perspective : le cheminement du travail au sein du GREX depuis 30 ans.

 

10 En voulant étudier l’activité cognitive de résolution de problème (1970), j’ai rencontré les limites des recueils de données utilisées à l’époque : le résultat et le temps passé. J’ai voulu dépasser ces limites en utilisant la vidéo, pour m’informer du déroulement de l’action. Mais ce faisant, j’avançai d’un pas, et rencontrais une nouvelle limite : la vidéo n’allait pas recueillir d’information sur ce qui n’est pas manifeste, sur ce qui n’est pas observable, c’est-à-dire les actions mentales, les raisonnements, les prises d’information. Pour prendre en compte l’inobservable, j’ai eu l’idée, contre toutes les pratiques et opinions de l’époque, de revenir à l’usage de l’introspection comme mode de recueil des données subjectives. Mon expérience de praticien m’avait par ailleurs montré qu’il fallait aider la personne à pratiquer l’introspection, seule elle était largement incompétente. De là, découle l’idée de créer une nouvelle technique d’entretien, pour dépasser de nouvelles limites et ainsi accéder à l’inobservable (pour le chercheur ou le praticien) mais dont le sujet lui-même peut témoigner. Je l’ai nommée l’entretien d’explicitation.

11 Depuis le départ de cette création (on peut donner comme date repère 1986, soit il y a aujourd’hui trente ans), l’entretien d’explicitation repose toujours sur les mêmes outils fondamentaux (Vermersch 1994, 2016). Ils n’ont pas changé :

a- mise en place d’un contrat de communication permettant de négocier le consentement de l’interviewé, condition nécessaire pour qu’il accepte de partager sa subjectivité ;

b- visée stricte d’un vécu singulier, de façon à ne pas se perdre dans les généralités et risquer de recueillir la théorie ou les opinions plutôt qu’une description du vécu ;

c- remémoration du vécu par mobilisation indirecte de l’acte d’évocation, condition nécessaire à l’accès au détail du passé vécu, alors même que l’interviewé croit ne plus rien se rappeler ;

d- verbalisation descriptive du vécu, en évitant les commentaires, en contenant la verbalisation du contexte ou des circonstances ;

e- fragmentation de la description des actions pour accéder jusqu’au niveau de détail utile produisant l’élucidation du déroulement de l’action ;

f- amplification des qualifications, pour aller beaucoup plus loin que des jugements sommaires, comme « c’était bien », « c’était difficile », « c’était bon ».

g- accès à l’activité pré-réfléchie, révélant ce dont le sujet n’avait pas la conscience réfléchie au moment même où il le vivait et mobilisait cette activité ;

h- attention vigilante à la complétion du déroulement temporel comme guide privilégié pour savoir si l’on a bien couvert toute l’information nécessaire à la compréhension complète de l’action, du début à la fin, voire même de l’ante-début, à la post-fin ;

i- utilisation privilégiée de questions non inductives et même vides de contenu (mais pas vide de visée) de façon à ne surtout pas induire les réponses et aussi à ne pas créer de fausses mémoires ;

j- embrayeurs de relance (et au moment où …, et pendant que …) pour garder en prise l’attention sur le point qui est en cours d’explicitation.

k-Tout ça pour rechercher l’élucidation de l’engendrement des actions finalisées, c’est-à-dire en saisir la causalité fonctionnelle. Pour connaître et comprendre comment ces actions et par extension ces vécus ont été produits. Dès le départ ces outils ont bien fonctionné, souvent même au-delà de nos attentes !

12 Au fil des années, nous nous sommes cependant posés de nombreuses questions techniques, et nous y avons toujours répondu par le moyen d’une démarche d’exploration expérientielle. C’est-à-dire par le fait qu’à chaque Université d’été GREX depuis 23 ans, nous avons nous-mêmes pratiqué des entretiens, c’est-à-dire nous avons nous-mêmes été intervieweurs, interviewés, observateurs, nous avons nous-mêmes été vraiment impliqués dans nos propres vécus ! Mais ce n’est pas tout, car nous avons souvent enregistré ces entretiens, puis transcrit, réordonné, analysé et finalement écrit et publié. C’est ainsi, que nous avons développé une posture méthodologique et épistémologique originale : en pratiquant l’explicitation de l’explicitation[1], à propos de l’acte d’évocation, des effets perlocutoires, des modes d’adressage plus précis et de l’invention de nouvelles questions plus efficaces (Rappelez-vous, le remplacement des questions sensoriellement fondées –voir, entendre, sentir- par la formulation beaucoup plus simple, parce que recouvrant tous les possibles : Et là à quoi vous faites attention ? Et à ce moment qu’est-ce que vous prenez en compte ?).

13 Dans le même temps, la lecture d’Husserl, nous a ouvert à la distinction entre acte et contenu, (dans son langage entre noèse et noème), a clarifié la définition et le statut de l’action pré-réfléchie et de son possible accès a posteriori. Cet auteur nous a aussi permis de mieux cerner la structure du champ attentionnel (focus, remarqué secondaire, horizon), ce qui a attiré notre attention sur l’écart entre ce que l’interviewé décrivait en premier (le focus) et ce qui était accessible simplement en lâchant la prise sur le focus pour détourner le rayon attentionnel vers ce qui l’entoure (dé-scotchage de la visée attentionnelle). Tout aussi important, Husserl nous a aisé à comprendre et à prendre en compte la structure intentionnelle (ego ➔ acte ➔ objet). Cette structure sera la base pour comprendre la possibilité de questionner les actes, mais aussi la multiplicité des ego.

14 Dans une autre approche théorique, le concept d’effet perlocutoire (Austin) a structuré notre analyse des effets des relances et des questions : Qu’est-ce que je fais à l’autre avec mes mots ? Chacun de ces repères théoriques a nourrit notre démarche d’explicitation de l’explicitation.

15 Progressivement, l’utilisation de l’entretien d’explicitation dans des cadres de recherche très différents, a conduit à préciser que le vécu était composé d’une multitude de couches : en plus de tous ce qui concerne les actes, qui reste la dominante de notre approche, il faut prendre en compte, quand c’est nécessaire, la couche proprement corporelle, émotionnelle, ou encore celle qui se rapporte aux croyances ou à l’identité (Vermersch 2006). Souvent, chacune de ces couches demande pour être documentée un entretien avec des reprises successives, tous les aspects ne pouvant être abordés en même temps, même s’ils appartiennent au même moment vécu. Mais s’il y a bien une pluralité de couches de vécu, le vécu a bien une structure universelle fondée en priorité sur sa structure temporelle.

16  Puis, nous avons introduit le questionnement de « l’observateur de soi-même » qui est souvent présent pendant le déroulement de notre vécu, et que l’on peut aussi appeler : le témoin, en découvrant qu’il pouvait apporter des informations que celui « qui était assis sur la chaise » ne savait pas avoir. Pourquoi ? Nous n’avons toujours pas la réponse théorique, mais il est évident, qu’en faisant varier les points de vue, de nouvelles informations apparaissaient. Et depuis, nous n’avons cessé de progresser dans des techniques de changement de point de vue, de dissociation des ego, de dé-scotchage de l’attention !

17 Pour clarifier nos différentes pratiques et observations, nous avons dû définir une structure organisatrice générale des différents temps de travail, des différents Vécus correspondant : symbolisés par  la notation V1, V2, V3 (Vermersch 2006). Ainsi V1, est le vécu d’origine visé par l’entretien d’explicitation. Alors que V2 est précisément le vécu de l’entretien d’explicitation, et a donc pour but la description détaillée du déroulement de V1. Enfin V3, est un nouvel entretien d’explicitation, qui vise les actes réalisés pendant la pratique de l’entretien d’explicitation V2[2]. La recherche sur l’explicitation se fait donc en explorant les V2 (les vécus d’entretien d’explicitation) lors de la pratique de nouveaux entretiens V3. Distinctions simples et indispensables pour organiser la méthodologie réflexive et comprendre comment développer une explicitation de l’explicitation, comment prendre l’instrument comme objet d’étude. Ou encore étudier la subjectivité quand elle cherche à se saisir elle-même, autrement dit étudier la pratique de l’introspection !

18 Puis, progressivement, pour continuer à explorer les effets des décentrations[3] produit par des positions dissociées, nous avons rajouté au questionnement du témoin, des changements de positions externes largement inspirés par les techniques de la PNL, et en particulier par tous les exercices regroupés sous l’appellation de « stratégies des génies » développés par R. Dilts  (Dilts 1996) auxquels je m’étais formé directement auprès de lui et auxquels j’ai formé beaucoup de personnes depuis. Nous avons multiplié ces déplacements, puisque chacun de ces mouvements dans l’espace produisait des informations nouvelles. Nous les appelons maintenant : des exopositions (positions supplémentaires, matérielles ou imaginaires) et des métapositions (positions d’évaluation pouvant viser les exopositions). En poursuivant plus loin ces intentions de décentration, nous avons suggéré pour chacune de ces positions, des ego différents reconnus comme source d’agentivité momentanée, que ces ego soient des co-identités (des parties de nous-mêmes génériques ou spécifiques), des mentors, ou tout autre entité. Le but général était de dépasser les limites de finesse de la description des actions élémentaires que nous rencontrions quelques fois avec la technique classique. En particulier dans la description des moments très brefs comme des micro-transitions : par exemple des prises de décisions rapides, des recherches de réponses qui se concluent très rapidement.

19 Au milieu de ce travail très technique de raffinement des possibilités d’accéder à de nouvelles informations permettant de mieux cerner l’intelligibilité de l’engendrement causal du vécu étudié, nous avons eu besoin d’introduire une seconde structure organisatrice : les niveaux de description du vécu ; N1, N2, N3, N4 (Vermersch 2014). Tout d’abord N1 désigne la description globale du vécu ; N2 désigne le niveau de description détaillé de toute la succession des actions élémentaires (matérielles et mentales, productives et prise d’information) tel que l’entretien d’explicitation nous a appris à l’obtenir. N3, rassemble toutes les formes d’expression de l’action qui ne la décrivent pas dans son détail, mais la symbolisent, la signalent de façon implicite, indirecte ; N4, caractérise, non plus vraiment une description de l’action, mais son organisation, ou si l’on prend des synonymes – j’y reviendrai plus loin- : les moules de l’action, les schèmes mobilisés, l’algorithme qui organise, le style qui la particularise, la méthode mise en œuvre, le modèle suivi, etc.

20 Ce qui est vraiment nouveau (Université d’été 2015) et qui est apparu progressivement, c’est la conclusion que le détail des actes de production de ce qui émanait directement du Potentiel (de l’inconscient organisationnel, non pathologique a priori) comme par exemple des réponses émergentes sans antécédents perceptibles ou les sentiments intellectuels, était impénétrable à l’introspection. Comme si le détail de ce qui s’opère dans l’inconscient n’était pas accessible après coup, et ne relevait donc même pas de la conscience pré-réfléchie. (Mais cela reste une hypothèse, puisqu’on ne peut pas démontrer a priori une impossibilité empirique. Ce n’est donc qu’une limite pragmatique, il pourra toujours se faire que quelqu’un trouve un jour un cygne noir (Taleb 2012)). Il me semble que l’établissement de ce caractère impénétrable des actions élémentaires qui se produisent dans le Potentiel et qui sont à l’origine de la production de réponses émergentes ou autre N3 a joué un rôle important dans les nouveaux objectifs de perfectionnement de l’entretien d’explicitation. Si l’on ne peut obtenir la description factuelle des actions se déroulant dans l’inconscient, y a-t-il d’autres possibilités de s’informer ? Nous savons maintenant que oui, c’est possible, nous savons le faire : Pouvons-nous le justifier ?

21 Lors de l’Université d’été 2015, nous avons pu pénétrer les micro-transitions en faisant apparaître les « agents », les différentes sources d’agentivité[4] qui étaient à l’œuvre (que l’on peut nommer les « ego », en référence à la structure intentionnelle de base ego-acte-objet, dans laquelle il y a toujours un ego/agent à la source de l’acte). Ce n’était possible de documenter l’agentivité que parce qu’il y avait la possibilité de décomposer temporellement la micro-transition. Cependant, identifier les agents ne donne pas complétement la description des actions élémentaires, mais est plus tourné vers l’organisation du débat interne entre les différents agents qui se succèdent ou négocient entre eux en fonction des critères que chacun d’entre eux privilégie. Il me semble que cette année (2016) nous avons fait un pas de plus, en comprenant que si nous ne pouvions pas avoir accès à la description introspective des actions élémentaires qui se produisent de façon inconsciente dans le potentiel, en revanche, nous pouvions accéder à l’organisation de cette action, par le biais des schèmes organisateurs nécessairement mobilisés et identifiables. Ce qui pouvait nous faire accéder à la structure causale de l’engendrement de l’activité. On peut donc comprendre, élucider un déroulement de vécu par sa description introspective détaillée, et quand ce n’est pas possible, on peut encore accéder à l’intelligibilité causale par la recherche du schème organisateur inconscient qui a été mobilisé (N4) !

C’est le point où nous en sommes, et qui sera exploré, affiné, lors de la prochaine université d’été 2017.

 

22 Cet article a pour vocation première de revenir d’abord sur le sens de cette organisation de l’action (N4) en tant qu’inconscient organisationnel et ses implications par rapport à l’approfondissement de N2 et l’élucidation des informations des N3 spontanés ou provoqués. Mais on ne peut rien comprendre à cet inconscient organisationnel sans prendre en compte le mécanisme qui lie en permanence le passé sédimenté, organisé, et le présent c’est-à-dire le mécanisme des associations. Une fois clarifié ce point, il est alors possible de comprendre comment on peut viser l’inconscient organisationnel par des intentions éveillantes, ciblées par les mots qui les formulent en utilisant les associations de façon volontaire et non plus simplement accidentelle.

 

23 Ce qui m’est apparu progressivement en essayant d’écrire cet article, c’est qu’il fallait repartir d’un cadre global : celui d’une théorie générale de l’activité. J’étais dans la relecture de Burloud, Navratil, Dwelshauvers, Whyte, Binet et je prenais conscience que dans le premier tiers du 20ème siècle dans le prolongement de l’extraordinaire seconde partie du 19ème siècle, les chercheurs pratiquant l’introspection, visaient empiriquement -pour la première fois de la culture occidentale- l’étude de la pensée en action, pour mieux cerner le jugement, le raisonnement, les associations ; ces chercheurs avaient abouti au même point que là où nous en sommes, et leurs données, leurs conclusions étaient en correspondance directe avec notre propre réflexion. La différence majeure est que nous avons maintenant un outil qu’ils n’avaient pas : l’entretien d’explicitation. Et que du coup, contrairement à eux, qui n’osaient pas questionner, de peur de pousser le sujet à produire des explications d’après coup, ou d’inventer des faits qui n’avaient pas existé, nous, nous avons appris à questionner dans le détail sans induire de réponses, tout en aidant à la remémoration. Pour que cette technique innovante ait pu naître, se systématiser, et s’enseigner, il a fallu l’essor de toutes les techniques de travail intersubjectif développées après-guerre depuis les années 60, et la possibilité simple de s’y former et de les exporter hors de leur cadre de création : c’est-à-dire majoritairement les situations d’aide, qu’elle soit la psychothérapie ou la psychanalyse. Précisément, la nouvelle étape impose le concept d’inconscient. Et là encore, en revenant en arrière, en particulier dans la seconde moitié du 19ème siècle on va s’apercevoir que les conceptions de l’inconscient liées aux opérations de l’esprit étaient très familières et finalement très proches par beaucoup de points de celle que je vais présenter.

 

II – Typologie de l’expression de l’inconscient organisationnel : les N3

-       Classification de l’expression de l’inconscient organisationnel N3.

o   Émergence

o   Sentiment intellectuel

o   Symboles

o   Actes insensés

o   Confusions, erreurs.

 

24 J’ai déjà évoqué de manière allusive depuis le début de cet article différents exemples de conduite qui illustre clairement la présence, l’activité, la manifestation d’un inconscient organisationnel. Dans cette partie, je vous propose une catégorisation des différentes manifestations de ce niveau 3 de description (N3). J’ai organisé cette catégorisation, du plus évident au moins évident, même si cela repose sur un paradoxe, car plus l’action est apparemment intelligible, plus son organisation inconsciente est masquée et inversement.

 

Émergence :

25 Le premier cas de figure, le plus démonstratif, est quand il n’y a rien, quand il n’y a aucune action intermédiaire perceptible, la réponse qui surgit peut être alors qualifiée d’émergente. Rappelez-vous le « pouf » de Maryse, lors du déroulement d’un rêve éveillé dirigé. Il semble qu’il n’y ait aucune causalité d’engendrement. Et s’il n’y a rien d’apparent qui produit la réponse, c’est qu’il y a quelque chose qui l’engendre qui n’est pas apparent. Il n’y a pas d’effet sans cause. C’est le cas de figure le plus pur, de la manifestation de la production par l’inconscient d’une réponse organisée, sauf que là ce n’est manifestement pas la conscience réfléchie (moi) qui l’a produite, même si la réponse émane de « moi ». On a ainsi une démonstration de l’activité productive, organisée, de l’inconscient.

26 On n’aura pas accès au détail de cette production, à ses étapes, car précisément tout se déroule dans l’inconscient. Par contre, nous avons appris à avoir accès à son moule, au schème qui se manifeste par la réponse produite, nous verrons plus loin comment. Mais c’est possible, c’est assez simple, et c’est tout à fait cohérent avec ce que l’on peut comprendre des propriétés de l’inconscient et des lois d’association.

 

Sentiment intellectuel

27 Le second cas de figure, est celui où sans savoir ce qui se passe en moi dans le détail, j’ai la conscience non verbale, floue mais présente, d’une information partielle sur les propriétés de mon action (encore inconsciente) en cours, par exemple : je sais que je sais, alors même que je ne sais toujours pas quoi (le mot sur le bout de la langue en est un exemple familier) ; je sais (je sens) que je suis dans la bonne direction, ou je sais que ce que j’ai commencé convient (ou l’inverse). Les auteurs du début du 20ème ont appelé ça des sentiments intellectuels. Le mot sentiment étant utilisé, non pas comme synonyme d’une émotion, mais au sens plus ancien, d’une impression floue quoique présente, non verbale, non réfléchie, comme un jugement non fondé, non argumenté, mais qui est subjectivement présent en moi et dont je peux prendre conscience. C’est un peu comme si l’inconscient était doté de quelques voyants lumineux qui passent au vert, au rouge ou à l’orange, mais on n’en sait guère plus, sauf précisément qu’il s’agit de la manifestation « perceptible » d’une activité invisible qui se poursuit en-dehors de la conscience réfléchie. Ce cas démontre que même si je ne suis pas le maître du travail inconscient en cours, ce travail se fait, et je peux même en avoir quelques informations sur ses propriétés ! Et je pourrais savoir de quel moule ils sont l’expression, en prenant le temps d’interroger rétrospectivement mon vécu.

28 Le problème est qu’un sentiment intellectuel, nous donne l’information sur le fait que l’inconscient du sujet se manifeste à lui de façon allusive, mais dans la description rétrospective de l’explicitation cela n’avance pas beaucoup l’élucidation du détail fonctionnel de la production de la réponse. Que faire de cette information ? Elle n’est clairement pas du N2, mais elle indique que l’activité inconsciente se manifeste indirectement à la conscience du sujet, et peut lui servir de guide d’action, de confirmation de ses choix, de mise en garde. Peut-on en tirer plus d’information ? Et comment ?

 

Symbole, image, expression verbale, métaphore, analogie.

29 La troisième catégorie de manifestation de l’activité inconsciente est la plus connue, elle se manifeste par une expression codée de manière plus ou moins métaphorique, allégorique, analogique, que ce soit par une image, un objet, une expression verbale, un geste ou un mouvement, on peut la regrouper sous le terme général d’expression symbolique. Dans le précédent numéro d’Expliciter, Joëlle trouve une réponse symbolique sous la forme de l’image d’une boîte. L’expression symbolique est bien une autre manifestation de l’activité inconsciente, mais elle n’est toujours pas plus claire ! Il y a bien sûr la tentation de l’interpréter, mais pourrait-il y avoir aussi d’autres possibilités ? Accessible au sujet lui-même ? Permettant de comprendre comment cela éclaire l’organisation de l’action ?

 

Actes insensés

30 Le quatrième cas de figure n’est pas facile à détecter, c’est ce que j’appelle des actes insensés. Insensés, au sens de dénués de valeur causale apparente (alors que forcément ils en ont une pour celui qui se sent obligé de les accomplir).

31 Par exemple, lors d’un exercice fait cet été lors de l’Université d’été, Isabelle doit choisir un endroit, une position dans l’espace, à partir duquel elle pourra accéder à une ressource, elle choisit assez rapidement un lieu spécifique : le coin du perron sur la marche donc un peu en hauteur, adossée à la porte fenêtre, et tout de suite elle s’accroupit et lève la tête, le regard vers le haut. Dans l’entretien d’explicitation, il sera facile de faire décrire au niveau détaillé N2 chaque étape de son déplacement.  Mais avoir cette description fine, ne répond pas du tout à la question de savoir en quoi est-il important pour elle de choisir cet endroit et de se mettre dans cette posture corporelle. Qu’est-ce qui justifie cette façon de faire comme étant la réponse appropriée ? Ou encore, dans le fil de notre démarche, qu’est-ce qui organise ces actions ? Quel est le moule ou le schème qui les structure et en exige l’accomplissement ? La réponse viendra avec la mise en relation de ces choix, et ce qu’elle a fait précédemment dans l’exercice, où elle a trouvé par rapport à son passé de petite fille à l’école maternelle, une situation qui se donnait comme le sens d’une résolution du problème qu’elle se posait dans l’exercice. A savoir, un lieu un peu en retrait, adossé à un mur, où au milieu du chahut ambiant, elle est tout à fait tranquille, sécurisée, accroupie etc. Le sens du détail de ses actions actuelles, repose sur la mobilisation d’un schème associé à « la tranquillité au milieu du désordre des autres », et c’est celui qu’elle a reproduit. On n’a pas la description du détail du fonctionnement inconscient, mais on a la situation qui révèle la similitude de l’organisation de l’action, et donc la compréhension du schème mobilisé. Le N2 obtenu était peu utile, mais permet de fonder l’analogie dont on peut inférer le N4.

32 Une première difficulté est d’identifier ces actions comme étant insensées. Cela demande à l’intervieweur de suspendre sa lecture (trop) compréhensive de ce que dit l’interviewé pour saisir que ce qui est décrit n’explique rien. Pour faire ce diagnostic, nous avons dû dans notre groupe, interrompre l’entretien, récapituler ce que nous avions appris et ce que cela élucidait. Et là, il est apparu que la description ne nous permettait pas de comprendre la cohérence de la réponse fournie à la consigne. Quel était le moule d’action, le schème organisateur qui avait été mobilisé ? Et qui pourrait donner sens à toutes les déterminations de ce déplacement opéré en réponse à la proposition de trouver une position particulière pour répondre à la recherche d’une ressource.

33 Je prends un autre exemple. Je me souviens du temps où dans la formation de base, j’utilisais des tâches matérielles comme support d’exercice d’explicitation. Et en particulier, je faisais fabriquer un colis postal à partir des ébauches à plat vendues par la Poste. Sur ces ébauches, il y avait des points de colle très puissants, qui font que lorsqu’on on ouvre un panneau les autres suivent et développent le volume de la boîte mécaniquement. Une stagiaire, s’empare de l’ébauche, passe les pouces bien symétriquement et fait sauter systématiquement tous les points de colle (pourtant solides) en un effort bien net et efficace ! Action facile à décrire dans le détail (N2), mais actions insensées ! Quelle est la valeur causale de ces actions qui vont apparemment à l’inverse de toute commodité telle qu’elle a été conçue par le fournisseur ?  Qu’est-ce qui organise cette séquence d’actions ? Dans l’entretien d’explicitation, au moment où elle décrit la force qu’elle applique pour faire sauter les points de colle, en maintenant en prise sur la sensation des mains dans ce moment d’effort, lui vient une situation du passé, elle retrouve la sensation de ses doigts qui à la fin de l’année font sauter les points de colle des couvres cahiers de l’école primaire, pour pouvoir s’en resservir à la rentrée prochaine ! Elle avait appliquée au paquet poste, le schème de traitement des couvertures de cahiers en fin d’année à l’école. On aboutit à l’élucidation causale d’une séquence d’actes qui en tant que tel n’ont pas de sens causal.

34 Il vous vient immédiatement à l’esprit la question : qui juge du caractère insensé ou non ? Et selon quel(s) critères(s) ? La réponse est simple, sera qualifié « d’insensé » tout aspect de la conduite dont l’intervieweur ne perçoit pas la pertinence causale, ne comprend pas en quoi le fait de procéder ainsi est important pour la réussite de l’action en cours. Ce sont des moments facilement invisibles, qu’il faut apprendre à identifier.

Erreurs et confusions

35 Quand on a l’esprit ouvert au repérage des schèmes inconscients, il est facile d’apercevoir les dérapages issus du fait que ce n’est pas le bon schème qui s’est activé (voix passive) mais un autre qui a presque entièrement les mêmes caractéristiques. Lors de ma participation à une recherche comme sujet, j’étais au téléphone et je guidais à distance une personne qui achetait pour moi un objet. Un peu plus tard, dans la voiture qui nous conduit en banlieue au local où les entretiens vont être conduits, je suis au téléphone avec la propriétaire des lieux pour vérifier quelle est la bonne sortie d’autoroute à prendre. Ensuite pendant l’entretien, je suis en train de décrire ce que je faisais au téléphone lors de l’achat à distance, et d’un coup je m’aperçois que j’ai mélangé les deux situations téléphoniques : celle de l’achat et celle dans la voiture.

36 Plus percutant encore pour mon expérience subjective, je prends l’exemple d’une promenade dans un lieu où je sais que je ne suis jamais venu auparavant. Je m’avance, et je découvre de l’autre côté du vallon profond, un éperon qui s’avance comme une presqu’île, avec dessus un gros village, je vois bien la route horizontale qui y mène, et la route qui descend en zigzag pour aller plus loin. Je connais cet endroit, j’en suis sûr, j’y étais la semaine dernière ! Mais je n’ai pas vu de village ! Comment ai-je pu passer à côté ? Pourquoi, quand j’étais dans la partie horizontale, ne suis-je pas allé plus loin ? J’avais bien vu qu’il y avait de gros poteaux électriques, signes d’une activité importante. Comment est-ce possible ? Un malaise s’installe en moi, et je m’arrête pour bien regarder où est posé le village pour pouvoir y aller à une prochaine occasion. Mais progressivement, en marchant, un doute s’installe, ce n’est pas possible que je sois passé à côté de ce village. Puis d’un coup, je me rends compte, que ce que je vois ne peux pas être ce que je crois voire (la péninsule qui s’avance, avec ses deux routes), parce que je ne suis jamais venu ici, je n’ai jamais eu ce point de vue, et que la péninsule où je me suis promené est à vingt kilomètres de là. De là où je suis, je ne peux pas voir l’endroit où j’étais. Mon inconscient organisationnel a projeté un schème d’identification (vallon, péninsule, double route) analogue à la structure de l’endroit où j’étais. Mais ce n’est pas l’endroit où je me suis promené, et ce village n’est en aucun cas sur la péninsule en question. Je peux comprendre après coup comment l’analogie en structure de l’espace a déclenché une identification erronée.

37 Husserl a de nombreux exemples de ce genre, qu’il nomme confusion, bigarrage de la mémoire. Nous avons tous des exemples d’identifications fausses, mais compréhensibles par l’analogie entre la source d’erreur et l’authentique. On a là une piste d’analyse des erreurs et des confusions dans le monde de la formation ou du travail. Mais on a aussi la démonstration que l’identification basée sur la ressemblance, l’analogie, est potentiellement source d’erreur, et que l’inconscient organisationnel n’est pas la source d’un savoir parfait, comme certains philosophes l’ont pensé. Tout fonctionnement cognitif basé sur le seul critère de ressemblance, d’enchaînement de contiguïté, ou causal, produit un résultat qui est effectivement lié par cette ressemblance, mais ne donne pas pour autant la certitude totale que ce résultat est celui recherché. La correction de mon erreur d’identification n’est pas le fruit d’un registre de fonctionnement intellectuel (Vermersch 1976) basé sur la ressemblance, mais basé sur un raisonnement en règle, qui pose une impossibilité, en découvre les conséquences, et accède à la compréhension de l’erreur.

38 Je ne prétends pas dans cette classification avoir fait le tour de toutes les catégories de N3 (qui devient synonyme d’expression de l’inconscient organisationnel). Mais pour notre pratique d’explicitation il y a là déjà beaucoup à apprendre à identifier en temps réel pendant que l’on guide l’entretien. Aujourd’hui, nous en sommes le plus souvent à l’étape où en reprenant des exemples d’entretien passé, nous percevons des N3 que nous n’avions pas identifiés lors de l’entretien. Et nous prenons conscience de la possibilité de questionner l’interviewé pour qu’il accède au vécu passé où le schème observé s’est constitué et permet alors de comprendre comment est organisée la conduite actuelle.

39 Maintenant que j’ai pris le temps de présenter le genre de matériaux qui expriment directement la manifestation de l’inconscient organisationnel, il est peut-être plus simple de venir sur des considérations théoriques permettant de comprendre les concepts de schème, d’organisation, et de bien différencier l’inconscient refoulé et l’inconscient organisationnel.

 

III – Organisation de l’action et inconscient (non refoulé)

Deux thèmes sont à éclaircir : celui de l’inconscient et celui de l’organisation de l’action. Restera à les coordonner, le tout dans une perspective très piagétienne. Puisque c’est un auteur majeur de l’inconscient (sic) et de l’organisation cognitive.

40 Le plus simple : le concept d’inconscient.

Quand on prend le temps de faire le tour de la littérature sur le sujet, on se rend compte que c’est un concept très présent sous ce terme dès le début du 19ème siècle[5], et si l’on en prend des termes équivalents, depuis toujours (Hartmann 1877, Whyte and Sitwell 1962, Brès 1985, Vaysse 1999). Mais notre époque est complétement dominée par le concept d’inconscient Freudien, associé principalement à la névrose, à la cure, à la pathologie. On sait maintenant qu’au moment où il développait ce concept, il était courant de considérer que notre pensée n’était pas contrôlée en permanence par la conscience, c’était même clairement l’inverse (cf. Binet, « La pensée est une activité inconsciente de l’esprit »). Freud dans sa pratique clinique rencontre alors les difficultés qu’ont les malades à se souvenir de leur vécu, difficultés qu’il qualifia de résistance, et pour rendre compte de cette résistance il inventa le concept de refoulement. Chez les malades, est inconscient ce qui a fait l’objet d’un refoulement (Brès 2010).

41 Dans la même époque, progressivement toutes les utilisations de l’introspection mettant en évidence des phénomènes inconscients, comme les sentiments intellectuels (cf. école de Würzburg). Mais tous ces travaux ont disparu, à la fois interrompus par deux guerres successives, et par le rejet progressif puis total de l’introspection au profit du point de vue en troisième personne, du béhaviorisme. Nous venons de passer 70 ans où les seuls professionnels encore penchés sur la subjectivité sont uniquement des cliniciens, des psychothérapeutes, des psychiatres ! Nous venons ces dernières années, avec le travail du GREX, de renouer avec la prise en compte de l’introspection comme mode de recueil des données, de redonner une légitimité scientifique au point de vue en première personne comme instrument de recherche. Et naturellement, nous rencontrons les mêmes observations qu’avaient fait avant nous les chercheurs prenant en compte le point de vue du sujet (heureusement qu’il en est ainsi ! sinon …).

42 Nous rejoignons ces idées fondamentales qu’à tout moment par le seul fait de vivre (c’est-à-dire d’agir, d’exercer ses compétences, de viser des buts, etc.) s’opère une mémorisation passive de ce vécu. Passif, voulant dire que nous ne cherchons pas à mémoriser à tout moment ce que nous vivons, cela se fait par un simple mécanisme de rétention. Cette mémorisation passive est si puissante qu’elle nous permet à chaque instant de coordonner notre vie, de savoir qui nous sommes, où nous sommes, qui nous connaissons. Quand cela cesse, comme dans la maladie d’Alzheimer, nous voyons toute la vie subjective s’effondrer.

43 C’est un premier fait extraordinaire que cette mémorisation passive, et il justifie l’existence largement inconsciente de tout ce que je sais faire. Il y a là un capital de connaissances inconscientes qui n’est pas le produit d’un refoulement, qui sont inconscientes essentiellement parce qu’elles n’ont jamais été amenées à la conscience réfléchie. Pour faire, et savoir faire, et reproduire ce que je sais faire, je n’ai pas besoin d’en avoir la conscience réfléchie, il suffit que ces savoirs aient été constitués en moi par le fait d’avoir été exercés et qu’ils soient sollicités par mes buts tels que je les identifie au moment même.

44 Car le second fait extraordinaire c’est que tout ce qui est ainsi mémorisé peut être éveillé ! Que chaque moment de ma vie, est l’occasion d’une reconnaissance inconsciente de ce qui s’est déjà présenté à moi par le passé, et qu’il y a un mécanisme puissant d’association qui met en relation par ressemblance, contiguïté, causalité, le présent et le passé mémorisé. A chaque instant, notre réponse à la vie est nécessairement basée sur l’inconscient qui s’est constitué en moi par le seul fait de vivre une multiplicité de situations et d’avoir ainsi exercé sans cesse mes acquis. Le point d’origine sont les schèmes innés qui permettent d’avoir les premières interactions avec le monde. Relisez Piaget, vous avez toute l’ontogénèse de la cognition depuis les schèmes réflexes innés du nourrisson. En ce sens, j’ai envie de dire maintenant que Piaget est un auteur fondamentalement tourné vers l’inconscient, même s’il ne le nomme pas. Tout ce qu’il observe, tout ce qu’il met en évidence tout au long de l’enfance, est le produit efficient d’une activité inconsciente d’elle-même. La construction de l’ensemble de la cognition est une construction inconsciente, et sa disponibilité le restera largement, jusqu’au moment où les outils inconscients seront pris comme objet d’étude.

45 Je propose donc de bien distinguer l’inconscient refoulé et l’inconscient organisationnel. Attention, on a alors deux points de vue : le premier théorique, sur le sens et la constitution de cet inconscient, l’un ne supprime pas l’intérêt de l’autre ; le second point de vue est pratique, il concerne la possibilité d’accéder à cet inconscient, et les techniques permettant de le faire. Ce que nous recherchons dans l’entretien d’explicitation ne relève pas de traumatismes passés censurés, mais l’organisation de l’action identifiable dans un autre moment vécu (passé) que celui (présent) que nous cherchons à élucider par l’explicitation.

46 Nous cherchons donc à élucider l’organisation de l’action, quand il y a impossibilité de l’obtenir par la seule description détaillée de l’action (N2).

47 Les concepts d’organisation ou de schème sont plus tordus qu’il n’y paraît. Dans le sens, où ils se rapportent à une réalité qui est inobservable. On n’observe jamais un schème, tout ce qui se manifeste n’en est au mieux que l’instanciation, l’exemplification. Autrement dit il faut avoir un point de comparaison, une seconde occurrence, pour pouvoir inférer qu’il y a un schème. Parce que les deux (ou plus) actions se ressemblent, mettent en jeu les mêmes actes, les mêmes successions, même s’il y a des variantes d’un vécu à l’autre. Il y a des variantes, mais la compétence est la même, le schème mis en œuvre est le même. Le schème n’est pas une succession statique, constante, d’étapes, mais une structure qui assimile la situation, et qui s’accommode dans certaines limites, autrement dit qui s’adapte à chaque situation particulière. L’image de l’algorithme, permet de le comprendre aussi. L’idée d’une succession de test, permettant de décider quelle est la branche suivante de l’organigramme qui sera suivie en fonction du résultat, et conduisant à un nouveau test pour savoir si le résultat est obtenu ou pas, etc. Mais on pourrait aussi bien utiliser un concept beaucoup plus grossier et approximatif, mais plus facile à saisir, de moule. Chaque action que nous exécution à chaque moment de notre vie, est l’application d’un moule constitué par le passé. Sauf qu’un tel langage, même s’il est facile à comprendre est trop statique pour rendre compte de la force adaptative que reflète le concept de schème tel que Piaget l’a développé. On pourrait aussi parler de méthode, qui serait très proche de l’idée de schème, d’organisation de l’action prévue, déjà constituée, sauf que ça lui rajoute une connotation un peu formelle de structure pré définie et même écrite et enseignée.

48 Mais dans tous les cas, vous n’observez pas une méthode, un moule, un algorithme, un schème, vous n’observez qu’une conduite qui se déroule. Et la description donnée ensuite dans un l’entretien d’explicitation décrit cette conduite, elle ne porte pas sur l’identification des schèmes mobilisés.

49 Certains métiers, certaines pratiques, certaines compétences au second ou au troisième degré permettent d’observer directement cette organisation de l’action. Mais parce que le professionnel a en tête, connaît très bien la variété des schèmes possibles, autrement dit il ne regarde pas un exemple, il regarde un exemple par comparaison avec tous les autres exemples qu’il connaît bien. Un entraîneur, un pratiquant avancé, un professionnel qualifié qui observe un autre pratiquer ou travailler, peut identifier facilement où il a été formé, quels genres de schèmes, de méthodes, de compétences l’ont éduqué. Quand je vais dans des stages de Tai Chi, je reconnais immédiatement avec quelle formatrice la personne a appris la séquence. Je ne vois pas seulement la posture, je vois les détails qui appartiennent à un mode de formation, je peux identifier le schème et son origine. Mais dans la pratique de l’entretien d’explicitation, je ne suis pas nécessairement compétent relativement à l’action qui est décrite par l’interviewé, et si Claudine doit absolument se déplacer latéralement en levant ses pieds et en les reposant de manière très particulière, je n’en comprends pas l’efficience causale. Pour l’obtenir, il me faudra questionner Claudine, pour l’amener à se mettre en relation avec le, les vécus, qui ont produit ce schème très particulier de déplacement et en quoi ils contribuent à l’efficience de ses actes relativement au but poursuivi.

50 L’organisation, les schèmes, les méthodes, les algorithmes, sont des réels abstraits, ils sont conceptuellement difficiles à saisir parce qu’ils ne tombent pas sous le regard au premier degré, parce qu’ils ne correspondent pas, jamais, à une expérience sensorielle directe. Pour les identifier, il faut toujours avoir un point de comparaison, au moins une seconde occurrence, pour pouvoir inférer l’existence d’un invariant, d’une structure sous-jacente qui organise le déroulement de l’action.

51 Il est temps de redevenir piagétien, l’idée d’inconscient organisationnel, mélange donc un concept d’inconscient non refoulé, et celui d’organisation. Contrairement aux empiristes et autres associationnistes (allez voir Wiki) l’unité élémentaire de la vie psychique n’est pas rabattue chez Piaget sur la sensation, mais sur le schème, et donc sur l’activité. Pourquoi ? Parce que selon moi, il a très rapidement envisagé l’activité cognitive comme une activité, comme la poursuite de but, comme la coordination de moyens pour l’atteindre, comme la perception d’un problème et l’évaluation de la solution. Piaget est fondamentalement interactionniste, même s’il a mis de côté l’influence du milieu (Ducret 1984), il ne s’est pas coincé dans des problématiques atomistes de recherche d’unités élémentaires, mais a recherché ce qui organisait l’action. Il a fait de l’activité du sujet le moteur totalement inconscient de la construction permanente de toutes les compétences (de toutes les structures cognitives). Bien sûr on le connaît pour le thème des structures opératoires, parce que son projet était celui d’une épistémologie génétique, et il n’a donc pas cherché à étudier tous les schèmes possibles et imaginables propres à chaque vie singulière. Lui s’est concentré sur le projet de rendre compte de la formation de toutes les formes de connaissances sur la base de la construction ontogénétique.

51 Nous avons donc le schéma d’un cadre théorique relativement à l’inconscient organisationnel. S’il fallait le développer complétement dans l’idée de produire une théorie complète de la connaissance, de toute la variété des formes d’adaptations, il faudrait beaucoup plus de détails, et il faudrait envisager de nombreux cas particuliers. Mais pour le moment, nous avons simplement besoin de comprendre que toute action est sous tendue, organisée, par l’inconscient organisationnel. Et qu’il est possible d’éveiller le(s) vécu(s) qui ont mis en place le schème mobilisé dans le V1 que nous cherchons à élucider, de telle façon que nous pourrons soit en décrire le détail jusqu’à élucidation complète, soit quand ce ne sera pas possible accéder à ce qui l’organise.

52 Nous allons maintenant examiner comment les lois d’association, leur utilisation délibérée, permettent de comprendre l’éveil sélectif de l’inconscient organisationnel et la clarification de l’organisation de l’action qui sous-tend les variétés de N3.

 

IV – L’importance des lois d’association

 

53 L’idée de départ est donc que l’inconscient organisationnel est une ressource permanente pour notre adaptation à chaque moment de notre vie. Il est une ressource parce qu’il est une mémoire permanente utile. Mais le complément de cette mémoire est qu’elle peut sans cesse être éveillée inconsciemment, par le simple fait de l’actualité de chaque moment de notre vie.

54 Donc la mémoire passive, quelle que soit l’impression d’oubli que l’on puisse ressentir, fonctionne sans cesse. Qu’est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que chaque sensation actuelle, chaque but poursuivit, mobilise pour être identifié, pour rassembler les outils cognitifs nécessaires (les schèmes) les ressources correspondantes dans l’inconscient organisationnel et cela selon des lois d’associations, associations par ressemblance, par contiguïté, par causalité.

55 Ma formation à Aix, m’avait donné une impression très négative du concept d’association. Avec des connotations de système mécaniste, de théorie atomiste centrée sur la prise en compte de sensations élémentaires, d’associationnisme anglais complètement dépassé, vieille doctrine philosophique de l’empirisme etc. Mais en me mettant à jour dans tout ce domaine, en particulier par la lecture de Madelrieux (Madelrieux 2008) sur la critique que James adresse à l’associationnisme, je me suis rendu compte de deux choses :

A- la première, c’est que les lois d’association, et le fait de l’association étaient essentiellement pour tous les auteurs des arguments fondateurs pour développer une théorie générale de l’esprit, de l’intelligence, de la construction des connaissances ;

B- la seconde, est que depuis l’antiquité, jamais personne n’a remis en question l’existence des associations et la classification des types d’association (si, il y a eu dans le courant de la fin du 19ème siècle plein de bagarres sur la définition de la ressemblance, sur le fait que c’était ou pas la même chose que la contiguïté, mais ce n’est pas un problème pour nous).

56 Le résultat est que nous pouvons nous appuyer sur la réalité du principe d’association, sur son utilisation, parce que nous ne sommes pas du tout dans un travail de construction d’une théorie générale de l’intelligence. Nous sommes dans un travail, a posteriori, d’élucidation de la causalité d’engendrement d’une conduite finalisée ayant réellement existée, pour une personne donnée, à un moment unique de sa vie. Du coup, nous pouvons suivre sans problème l’idée de Binet (présentée dans le numéro précédent par M. Maurel) qui souligne que chaque perception, repose sur une sensation  O (pour orange par exemple), qui par ressemblance, éveille le vécu d’avoir touché, vu, gouté une orange précédemment o , et que c’est o qui donne du sens « s » à la sensation O, qui fait que je l’identifie comme telle, que je me souviens de son goût, des gestes qu’il faut accomplir pour la peler ou en séparer les quartiers, de la vision des petits morceaux blancs qu’il faut éliminer pour avoir un meilleur goût etc. O ne m’est donné comme orange, que parce qu’il y a eu o auparavant, et que la sensation visuelle a éveillé les expériences passées qui me permettent de passer de la sensation O à la perception, c’est-à-dire à l’identification de l’orange et de tout ce qui lui est lié, à la mesure de mon expérience passée.

57 Mais cet exemple est insuffisant parce qu’il ne prend en compte que la sensation. Si l’on rajoute la dimension sémiotique (le fait qu’un représentant –mot, image, symbole- soit présent, ainsi que le signifié dont il est porteur, et le lien avec le référent d’où il s’origine dans sa fonction de représentation), les possibilités d’associations explosent.

58 Le représentant, pour le mot le signifiant, va faire fonctionner les lois d’association par sa dimension sensorielle auditive, visuelle, motrice (le geste graphique pour le produire), voire tactile pour les non-voyants. D’entendre le mot « signifiant » va peut-être évoquer le mot « confiant » par la seule rime finale ? Le signifié, va élargir les possibilités d’association à la totalité du monde des idées, des concepts. L’idée d’assimilation, va me faire penser à Piaget et à la théorie de l’équilibration, ou à la digestion etc. Enfin, essentiel pour nous, on le verra plus loin, le référent va créer des associations avec des moments vécus. En même temps que j’aperçois une orange, que je la reconnais, que je sais la désigner, peut-être que cela me met en contact avec un moment vécu passé particulier lié à la consommation d’orange, à la découverte des oranges, à la première occasion où j’ai gouté une orange, et par association de contiguïté avec le lieu, l’atmosphère, les personnes, les circonstances. L’association par le référent devient alors une piste privilégiée pour accéder à un vécu passé en connexion pertinente (en association) avec le vécu actuel. Le monde de la sémiotisation ouvre un champ de connexion associative immense !

59 Mais pour aller plus loin, il nous faut introduire une distinction essentielle pour notre pratique entre association spontanée et association provoquée au sens d’association intentionnelle ou délibérée. Toutes les références que nous avons mobilisées pour le moment repose sur le schéma d’un déclenchement spontané, c’est-à-dire ce qui se passe à tout moment dans notre vie quotidienne. Les pratiques relationnelles développées depuis soixante ans ont appris à mobiliser le cheminement associatif non plus spontané, mais volontaire. En particulier, un praticien peut par le seul fait de nommer, choisir de provoquer une association qui sera pertinente pour la personne. Par la puissance des associations provoquées par la sémiose, un passé pertinent peut être facilement éveillé !

60 Quand nous utilisons la phrase d’induction du geste évocatif pour aller vers une mémoire spécifique qui va permettre de mener un l’entretien d’explicitation pertinent, par le seul fait de dire : « je te propose de laisser revenir, un moment de ton activité professionnelle où tu as rencontré un problème dont tu souhaiterais parler ». Je crée une « orange » sémiotique, en suggérant qu’elle concerne « l’activité professionnelle », avec un premier critère « il s’agit de quelque chose qui pour toi est classé comme problème », et un second « qui t’intéresse et que tu souhaites aborder ». Ces trois critères vont éveiller par association de ressemblance sémiotique l’accès à une situation passée spécifique pertinente aux intérêts de la personne interviewée.

61 Revenons maintenant à notre problème en cours : accéder à la ressource qui a organisée l’action explicitée, quand elle se présente comme un N3, et que sa description, même si elle est possible (comme dans le cas des actions insensées) ne produit aucune élucidation causale. Nous savons avec certitude que cette action, toute action, est organisée par l’inconscient, c’est-à-dire par le répertoire mémorisé de toutes nos actions passées organisées en schèmes. Comment atteindre, éveiller, rendre   conscient ce schème ?

62 La démarche se révèle indirecte, il n’y aura pas un temps, mais deux.

Le premier est d’éveiller le vécu passé pertinent, c’est-à-dire qui est dans une relation d’association par ressemblance, par contiguïté, ou par relation causale avec le vécu actuel, objet de l’entretien d’explicitation. Pour ce faire, ce qui semble –paradoxalement- le plus efficace est d’aller chercher l’ego associé, et non pas la situation directement. Autrement dit, de poser la question de « qui ». Mais attention ! Pas le « qui » tout seul ! Mais comme nous savons bien le faire pour les relances, en prenant soin de renommer la cible, en donnant à la personne, les critères qui vont éveiller la pertinence de l’association. Ainsi, ce sera « qui es-tu au moment où tu te déplaces de cette façon si délicate ? « , ou bien « qui es-tu quand tu crées un pont dans ton rêve éveillé dirigé ? « . L’utilisation du « qui » ne va pas sans la désignation des critères associés. Regardez bien les effets perlocutoires engagés. Nous ne faisons pas que parler, nous déclenchons par notre parole des associations pertinentes chez l’autre. Et il faut être très attentif à ce qui va orienter ces associations.

63 Le fait de poser une question en « qui », va avoir un effet indirect, celui de remettre en contact avec le vécu passé, dans toute sa richesse. L’ego, l’agent, qui va se redonner, sera souvent d’un âge différent, il va se livrer avec un contexte, des personnages, une atmosphère, des buts, des circonstances, et bien entendu, c’est ce qui nous intéresse au premier chef dans l’explicitation, avec les actes qui sont accomplis dans ce cadre par cet ego. Donc le questionnement en « qui » + les critères pertinents, produit un accès non pas seulement à un ego du passé, mais à la totalité des composantes du vécu passé et en particulier aux actes accomplis alors.

64 C’est ce qui rend nécessaire le second temps. Nous avons maintenant deux vécus, l’un actuel V1, l’autre passé Vp, qui a été éveillé par son lien associatif pertinent avec V1. Pour accéder au schème organisateur que l’on recherche depuis le début, il faut que A, aussi bien que B, compare V1 et Vp, et de cette comparaison apparaît l’invariant, le ressemblant, qui permet de comprendre comment V1 a été organisé par l’inconscient organisationnel mobilisant par association un schème créé, actualisé, mobilisé en Vp. C’est ce temps de comparaison qui va nous donner l’information pertinente pour comprendre la causalité inhérente au déroulement de V1. Il y a donc un temps de prise de conscience du vécu passé, éveillé par association, et un second temps d’inférence sur la base de la comparaison des deux vécus V1 et Vp.

65 Vous voyez maintenant comment nous avons successivement mobilisé l’idée de la mémoire passive, comme constitutive de l’inconscient organisationnel (qui lui n’a rien de passif !), et comment cet inconscient est sans cesse éveillé, mobilisé, par des liens d’associations fondés sur différents critères (ressemblances, contiguïté, causalité). Et l’étape suivante est de comprendre que l’on peut délibérément chercher à éveiller un passé pertinent par le fait de nommer la cible, soit directement par la sensorialité, soit indirectement par des mots, des critères.

66 Cependant le mécanisme de l’association est suffisamment souple, pour qu’on puisse considérer que le questionnement en « qui »+ critères, n’est pas le seul procédé utilisable. L’exploration des possibilités techniques d’éveil du passé pertinent est ouverte.

67 Par exemple, en PNL, il existe un exercice d’aide qui se nomme « le changement d’histoire ». La première étape est de partir d’une situation problème avec l’intention de remonter jusqu’à la première occurrence de sa manifestation dans le vécu du consultant. Pour accéder à ce vécu passé, la technique est de questionner la situation actuelle, pour en extraire la structure sensorielle, par le questionnement en sous-modalités sensorielles, inventés par la PNL. Ensuite, précisément, on demande à la personne de se laisser revenir à une expérience antérieure ayant les mêmes caractéristiques sensorielles, la même structure. Et ça peut être reproduit plusieurs fois, jusqu’à une toute première occurrence. Ça marche très bien. Je l’ai appris comme un procédé, sans explication de la part du formateur. Mais on voit là qu’il y a un mixte de sensation et de sémiotisation qui sert de base à la recherche d’association de ressemblance. La suite de l’intervention ne relève pas de l’élucidation, et n’a plus rien à voir avec l’explicitation, je ne la développe pas puisqu’il s’agit d’une technique d’intervention.

68 Si on regarde des techniques psychothérapeutiques sous l’angle de la création d’association volontaire pour aller chercher des événements marquants, importants, voire traumatiques. On peut voir d’innombrables inventions faites dans ce cadre si libre d’initiatives et source inépuisable d’une connaissance pratique de la subjectivité qui demande maintenant à être formalisée.

69 J’avais donné l’exemple dans le temps, de la technique où dans un groupe, on commence par choisir une personne qui évoque un membre de sa famille qui a été important. Puis en le regardant bien dans les yeux, le dos au mur, on descend progressivement sur les genoux, avec la tête qui se lève de plus en plus vers le haut pour garder le lien avec le regard de l’autre, jusqu’à rejoindre l’angle correspondant à un âge de l’enfant que j’ai été. L’association sensorielle provoquée par l’accès au mode de vision de l’enfant vis à vis d’un adulte est très efficace.

70 On pourrait encore aller plus loin dans l’association déclenchée de façon purement sensorielle, par les techniques d’induction de vécu de naissance. La personne est recroquevillée sur le sol, une couverture ou un matelas posé sur elle, ce qui la met à la fois dans le noir et au chaud. Et le thérapeute, l’enveloppe avec ses bras, une main appuyant sur le sommet de la tête, l’autre sur la plante des pieds. Il ne faut guère que quelques minutes de ce dispositif sensoriel pour que le corps se mette à pulser, au rythme des contractions, et pousse de la tête pour chercher la sortie, reproduisant sans le savoir les caractéristiques d’un accouchement traumatique par exemple (cordon enroulé ou autre).

71 L’idée fondamentale est de produire le déclencheur sensoriel, verbal, qui va éveiller l’association pertinente pour accéder à un vécu passé qui est en relation avec le vécu présent. Il ne s’agit donc pas de vouloir à tout prix se cantonner dans la formule « qui + critères », on pourra explorer d’autres inductions. Mais pour comprendre ce que nous cherchons à faire, et pour pouvoir le réaliser pratiquement, les mots ne suffisent pas, il faut envisager un autre aspect tout aussi important et complémentaire : association et lâcher prise.

72 Le fil d’exposition que j’ai suivi jusqu’à présent, repose sur la logique de l’association, c’est-à-dire qu’elle valorise la démonstration du lien entre le déclencheur actuel et l’éveil du passé. Le « qui » fait telle chose à ce moment, éveille un ego passé, et révèle un vécu dans toutes ses facettes et en particulier les actes posés. Mais pour que cela soit possible, il faut que l’association puisse « fonctionner ». Or, il est possible de lancer l’intention, de chercher à déclencher l’association par un adressage pertinent, mais l’acte qui produit le résultat est lui-même un acte involontaire, engendré par la mobilisation de l’inconscient organisationnel. Et la condition pour que cela se produise, pour que le résultat advienne, c’est l’absence d’effort, le lâcher-prise du raisonnement, de la volonté d’y arriver. Quelqu’un qui face à cette relance « qui es-tu quand tu fais etc. « , s’arrête pour se demander si la question a un sens, s’il est capable d’y répondre, ou qu’est-ce qui lui laisserait penser qu’il aurait la capacité d’y répondre, va bloquer l’espace nécessaire au libre fonctionnement de l’association. On a affaire à deux fonctionnements exclusifs l’un de l’autre. Toutes ces relances pour mobiliser le lien associatif vers le passé suppose le consentement de la personne à qui on s’adresse, et le fait qu’elle ne cherche pas à en contrôler le processus. Et cela ne va pas toujours de soi ! Un symptôme du contrôle de la personne, est que sa réponse est convenue, qu’elle n’apporte rien de nouveau.

73 Récapitulons.

La démarche dans laquelle je me suis engagée est d’élucider les déroulements de vécus. Pour ce faire, j’ai sans cesse cherché à dépasser les limites rencontrées, jusqu’à découvrir une limite indépassable : il n’est pas possible de décrire dans un point de vue en première personne le fonctionnement de l’inconscient.

Aller encore plus loin, c’est apprendre à repérer comment ce fonctionnement se manifeste : les N3, et que faire pour les comprendre, pour saisir leur valeur causale.

Pour agir de façon pertinente, il a fallu passer de la description fine des vécus (N2) à la mise en évidence de l’organisation de l’action (N4) : schème, moule, méthode, script, algorithme, etc.

Pour comprendre, comment cette mise en évidence est possible, il est nécessaire de comprendre comment la mémorisation passive permanente crée un inconscient organisationnel non basé sur le refoulement, qui a comme propriété de conserver le passé, de s’organiser en schème, et d’être éveillable à tout moment.

Cet éveil du passé de l’inconscient, est spontané mais peut aussi être provoqué. Dans tous les cas cela s’opère selon les lois d’association. Toute relance devra être conforme à ces lois d’association.

Nous aurons certainement l’occasion d’y revenir plus en détail, et se donner l’occasion de pratiquer, d’innover, d’explorer lors de l’Université d’été 2017.

 

Brès, Y. (1985). Critique des raisons psychanalytiques. Paris, Presses universitaires de France.

Brès, Y. (2010). L’inconscient. Paris, Ellipses.

Dilts, R. (1996). Aristote et Einstein stratégies du génie. Paris, La Méridienne.

Ducret, J.-C. (1984). Jean Piaget savant et philosophe. Genève, Droz.

Hartmann, E. v. (1877). Philosophie de l’inconscient. Paris, Baillière.

Madelrieux, S. (2008). William James, l’attitude empiriste. Paris, Presses universitaires de France.

Taleb, N. (2012). Le cygne noir : la puissance de l’imprévisible. Paris, Les Belles Lettres.

Vaysse, J.-M. (1999). L’inconscient des modernes : essai sur l’origine métaphysique de la psychanalyse. Paris, Gallimard.

Vermersch, P. (1994, 2016). L’entretien d’explicitation. Paris, ESF.

Vermersch, P. (2006). « Vécus et couches des vécus. » Expliciter(66): 32-47.

Vermersch, P. (2014). « Description et niveaux de description du vécu. » Expliciter(104): 51-55.

Whyte, L. L. and E. Sitwell (1962). The Unconscious before Freud . Lancelot Law Whyte… Foreword by Edith Sitwell. London, Tavistock publications.

 

 

 

[1] Ce qui est quand même fou, c’est que nous sommes les seuls (à ma connaissance) à avoir appliquer nos outils à l’utilisation de nos outils !!! aux effets de nos outils ! Les seuls à avoir mener des entretiens sur les effets de l’entretien, sur ce qui était mobilisé par l’entretien, sur la subjectivité interne à la situation d’entretien.

[2] Rappel : dans tout vécu d’entretien d’explicitation (V2) il y a toujours deux couches de vécu, 1/ les actes accomplis en V1 qui sont remémorés, et 2/ les actes accomplis actuellement pendant l’entretien. V3, visera toujours 2/, sinon on est ramené à un nouvel entretien d’explicitation sur V1.

[3] Dossier qui rassemble des articles sur ce thème à cette adresse internet https://www.grex2.com/assets/files/Dossiers/DOSSIERDISSOCIES.pdf

[4] Le concept d’agent, et d’agentivité renvoie à ce qui subjectivement apparaît au sujet comme étant l’ego qui est cause, responsable de son action, ou qui est une partie des ego en négociation interne dans une prise de décision délicate.

[5] Le livre de Von Hartmann, à l’origine en allemand, est accessible en français pour pas très cher en fac-similé. De son temps, il a été vendu en allemand, anglais, français, à 50 000 exemplaires, ce qui veut dire que la quasi-totalité des intellectuels, universitaires, chercheurs de l’époque l’avaient lu (cf. Whyte).

 

http://pdf.lu/BTNy Au-delà des limites de l’introspection descriptive :   l’inconscient organisationnel et les lois d'as...

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Split and intentional structure. A better understanding of the concept of dissociation.

Split and intentional structure

A better understanding of the concept of dissociation

Pierre Vermersch

(Publié en français dans Expliciter,2016, 110, p 34-42)

 

Summary
The main idea of this paper is to try to improve the understanding of the concept of “dissociated” and “dissociation”, concept that we have been using since recent years for all the technics of the explicitation interview, when we create and move new ego to seek changes of perspective and decenterings in order to acquire new information and to help in detailling further the explicitation of the lived action.

My goal is to show that every reflexive consciousness is based on the creation of new divisions, which are positively as new discriminations, new distinctions of a whole. The only divisions that destructively separate a whole are the material ones (when we cut a board, we have two boards), not the reflexive splits.

These splits can be understood by considering them as part of the fundamental structure of consciousness: the intentional structure, composed of three basic elements: 1 / an egoic pole which aims, 2 / an act implementing the target, 3 / the pole which is aimed. The rest of this presentation of the intentional structure is to show that it is not ready-made for adults, but has been built by steps in childhood. This aspect was studied by the brilliant work of Piaget, not as part of a psychology of the child, but as a genetic epistemology, which, I believe, has pursued a transcendental program aimed towards the conditions of the possibilities of knowledge. Once settled these points, it is possible to act the intentional structure, and in particular to show that not only we can constantly change of act and of specified object, which seems natural, but even so, we can vary upon the ego who aims. One of the challenges is to clarify the distinction between personal identity and multiplicity of egoic poles. The dissociation techniques vary the ego by splits which do not touch the personal identity. From there, I will illustrate the practical possibilities of these ideas with examples of technics which call for or create different ego.

 

1 / Reflexive split or split of the ego?
The idea of a split ego is frequently found among philosophers[1], associated for example with  memory. I remember me yesterday, and when I remember me, it seems legitimate to say that there are two “me”. Kant, however, points that this split does not imply that there are two distinct persons. But the confusion remains by using the word « me » that seems to raise immediately a unique and consistent identity, and consequentely, it seems very sensible to ask: how can I cut myself in two? How can there be two “me”? In fact,the answer is simple. Remembering is a double act, one right now is the act of remembering (me, now I remember) and one past, which is no more than a representation, that certainly concerns me since what I remember is precisely a moment I experienced yesterday. This representation of me is not me (but its theme is attached to me), the “me” represented in my evocation can not change what has been lived, he has no longer agentivity. It is nothing more than the image of me. There is no split of me! On the other hand, there is a fundamental split between the one who aims (me now) and what is aimed (my past experience), through a special act (evocation). Saying that there is a split means that each of these aspects should not be confused with the other, they can vary independently from one another. The split means above all a series of fundamental separations which affect the very possibility of reflexivity and thus of reflexive consciousness. Only that. Nothing more …

 

2 / The intentional structure of consciousness.
One of the major contributions of Brentano, taken up by Husserl, is to have clearly stated that the fundamental property of consciousness is to be intentional, that is to say that « all consciousness is consciousness of something. » Many philosophical refinements were made to this basic idea. It is not my purpose here to develop them. I would like to use intentionality as the basic framework for understanding the splitting phenomena produced by reflexivity, by becoming conscious.

In the basic expression about intentionality, what is highlighted is the target of a « something. » Husserl has added the distinction between act and content, or in his words: between noesis and noema. But for the scheme to function, we must add a third term, a « subject » or less precisely, an egoic pole (an ego, for short), that is to say an origin that is the start point of the aim, of the act.

So we have a three terms base pattern:

 

Ego / act, aim / aimed object, aimed content.

 

The word “ego” is usefull to set a blur in regard to the false precision of the word “me”, it is one of the two poles of the intentional structure, one side an origin: ego, source of initiative; at the other end, the pole which is the subject of interest. We can call it egoic pole in many ways, according to the interest that we have. For example, « subject », but it causes all sorts of ethical considerations attached to this word; a relatively neutral generic term is that of « ego » and in this text I’ll use it a lot for convenience; or, if we want to emphasize the dynamic dimension, it can be called « agent », which highlights the fundamental property of agency (as the cause); we can still call it « co-identity » or « sub-personality » or « parts of me, » if one wishes to emphasize the identity dimension of this division; sometimes it can be called « entity » to indicate that contrary to what one might think, this division is not necessarily personal, but can be experienced as an object, an animal, an element that nevertheless has a value and an agent role: it can be called « instance », to emphasize that this is a case among others. Here,  I consider that all these names are synonymous, and that they differ in what they want to focus and in the theoretical framework or the psychotherapeutic or spiritual practice that is historically attached to them.

We could supplement this scheme in three words by adding that any action is modulated by the attention (type of focus, breadth of attentional field, intensity), or that any target is supported by a motivation, beliefs, and of course that all this is part of a history, a culture, a context, a future …

But for this text, I limit myself to the database schema to three terms: ego / act / object.
It seems obvious that I can distinguish between the act and the content it covers[2]. For the same action (see, imagine, reason) the purposed aim may change. Conversely for the same target object (an apple, the apple concept, the memory of an apple, the image of an apple etc.) the act which aims at is different, vision, palpation, thinking, memory, vision of a picture etc. Pay attention to the fact that the term object is used in a generic sense  » what is the aimed object”, and not necessarely in the sense of a tangible object, I can aim this object using different acts. Simple.

What I add with the third term is the possibility of thinking that the egoic pole is itself also mobile, mutable, that the ego are multiple. For the same act, for the same object, the origin of the target can be very different depending on the characteristics of the ego that aims, according to his interests, to what he believes as his obligations, to the exercises he practiced and which built his schemas directory, and we shall see later, depending on his position, distance, posture in relation to what he aims. So within a unique personal identity there is a multiplicity of ego possible. I will return to it..

But to show the link between the theme of the split and the scheme of intentional structure, I first need to digress. Indeed, this pattern is that of an adult functioning, and functional divisions in it will be more apparent if one sees how they were formed gradually in childhood. And to do this, I will mobilize my favorite author: Piaget.

 

3 / From child to adult: genetic epistemology of Piaget seen as a transcendental program for the conditions of possibility of knowledge.
We always tend to consider Piaget as a psychologist of the child whereas he studied the child all his life in order to give the opportunity to show how the ability to know (epistemology) is built in stages by exercise of the child with his world (constructivist perspective).

In summary, if we take the two complementary books about baby, « The Origins of Intelligence in Children, » and  » The Child’s Construction of Reality”, we have first the setting evidence of the progressive distinction between the child and the world, that is to say the output of the egocentrism based on a lack of distinction between subject and object. It is a first fundamental split which allows the distinction ego / object. And in a complementary way, what is aimed is stabilized by the progressive construction of the schema of the object permanence. The permanence is the fact that -for example- when hiding an object in front of the child, at first he searches only to where it disappeared, then by step he gets to the point where he continues to seek it everywhere. This conduct shows that the object continues to exist for the child, even when it is hidden. There is no shortage of child psychologists who established equivalent facts of observation but the genius of Piaget is to make an interpretation which I would call transcendental, even if he does not use that vocabulary. I mean that he fits these into a theoretical posture that is not contained in the observed facts, but that makes them take on a new meaning, revealing how they are the conditions of possibility of knowledge. Without the split between the subject and the world, without the permanence of this world, there is no knowledge of the world. These findings come under a transcendental point of view.

Taking the next step, synthesized by the book « Play, Dreams and Imitation in Childhood » we see that a tremendous thing will allow all semiotisation developments: the establishment of the representation. The child is no longer dependent on the present reality he sees, but he can evoke it in its absence. It gradually becomes evident by deferred imitation (I reproduce a model in its absence, so I have a representation) or symbolic play. New split, the distinction becomes  possible, at last, between an object, a referent and its representative (image, miming, word), which opens the possibility of an ego which develops actions that underpin upon representation, such as language, imagination, abstract reasoning.

I will not develop the whole genesis of intelligence, but reading Piaget’s proposal emphasizes that the intentional structure of consciousness is based on a set of distinctions, which are all necessary internal divisions, built in stages.

4 / Effects reciprocity: any split has two poles!
What we need to see now is the effects reciprocity of the splitting upon both poles. Every consciousness is a consciousness of something, so we have an obvious separation which is the condition for getting the « something ». Ego can only grasp what it distinguishes, and because it is seceded from it.

But conversely, for a something to be grasped, you have an ego that has a skill, interest, knowledge to target it and to distinguish it. If we confuse the generic personal identity and the multiplicity of ego in charge, the question cannot arise, since we assume that it is always the same egoic pole, that there is only one , and thus is confused with personal identity. If, on the other hand, we assume that every time the question arises: what is the current ego? Then new opportunities are opening up: so every new distinction that happens is the product of a change, even a change of ego. In other words, yet, to distinguish new points of view, a new ego must happen (this is the sense of accessing to the « transcendental ego » mentioned by Husserl, it is necessary to open a transcendental aim, to become an ego who has transcendental interests, who performs acts aimed towards the field of the transcendental).

We tend to focus on the effect of the split in respect with the appearance, the emergence, the discrimination of a new content; but the opposite is true: by the fact that new content appears, the egoic pole changes, opens to a new becoming where even the transformation of the egoic pole is the condition of new seizures / discrimination.

This also opens up new possibilities, each ego who takes the initiative changes the interest in the subject and opens to new points that need to be taken into account. Each ego that can be activated, aroused, will allow, for the same object, to show new properties, otherwise indistinguishable. This is a point that I will take again later, starting from the techniques of egoic split.

All becoming of consciousness is a double-sided processing, based on the new split that occurs. For example, the act of reading a transcript of an explicitation interview where I was A, my past experiences of interviewed appears to me again by reading, as such it is a new object. But if I want to discriminate the new elements, for example to make a comment, I must at the same time become someone else, with new categories, new interests. This was illustrated by Sylvie Bonnelles in the previous issue of the review Expliciter. I propose here a new reading of the effects of the returns included in the model of semiosis that I developed (Vermersch 2012).

 

5 / Aim the ego: identity split, multiplication of the ego, double attention ?
Let’s take a step further. This idea of the split shows that among all targets I can take into account to get them in my consciousness, there is certainly the content, and of course I can also distinguish the act, but I can also relate to the egoic pole itself as currently it is manifesting, or as it is expressed in the past, or as I can imagine. So far, do I fall again on the split of the ego, the split of personal identity? On the psychopathology of multiple personalities? On a benign form of schizophrenia?

We have already seen that relating to the remembrance of me do not split the personality in two. But when, in the present, I have such an observer of myself who follows what is happening? Are we dealing with two personal identities, two-ego, a double attention?

The concept of personal identity is complex and no view currently rallies unanimity. Taking as a conceptual basis of identity the one in which I recognize myself from my autobiographical memory, this is a generally accepted definition (Klein, S. B. and S. Nichols, 2012)). Many authors add the idea that there is a sense of deeper identity which bases an intimate sense of « mineness » and is pre-reflective (see on this topic D. Zahavi and his entire bibliography). In the perspective I take, the awareness of different ego over time, creating new ego in real time, do not touch the personal identity, unless precisely when the subject does not recognize an ego as part of his personal identity, and there, actually we get into the pathology.

In present time, if I want to turn my attention to me going through this present time, I have to create / it must be created a new ego2 that can target this ego1 experiencing, and if not,  I’m just absorbed in my lived experience, that is to say mostly absorbed by the object of my attention, and my actions that take place and I do not mind upon « who in me »  lives it and how.

But this new ego 2 targeting ego 1 experiencing, behaving, has in fact become the ego experiencing and aiming ego 1. So there are several active ego, there is one that contains by its target the first that continues to pursue its interests. For ego2 operates its aim, it is necessary firstly that it knows to recognize its new object: the ego1 (again, this is progressive along childhood, see the mirror stage ), that it differs from it and that it takes it into account, that is to say, he has an interest in it. Be careful, when ego 2 is aiming the experience of ego 1, the whole intentional structure (S1) is there: ego / act / object, to aim ego1 specifically. It must be discriminated from the acts in which it is manifested, and from the objects it is interested in. We then have two egos and two concerns, one coming from ego2 which aims ego1 taking action, the other coming from ego1 bringing attention to the current action.

For example, I am observing how I react to what my patient tells. I pay attention to him (ego1), I listen, I observe him, and at the same time I (ego2) pay attention to how I (ego1) react to what he says.This is the basis of the recognition ot the counter-transference in the psychotherapeutic practice. In the psychotherapeutic listening, there is a training of a dual focus, so as not to lose sight of how the practioner is affected by what the other is saying, and to learn not to mix their affects with the telling of the other.

So we have two distinct sets of actions: first the acts of listening, observation mobilized by ego1 and secondly a simultaneous act of introspection operated by ego2.
This division is not based on a split of personal identity, but on the opportunity to pay attention to « ego1″ as an agent during the activity. I have, in fact, a split ; by the fact of aiming the ego being, I create a discrimination, therefore a separation, a distinction, but while it occurs, the ego2 is a new agent that contains two attentional targets. There are not two selves, there is an agent conducting and coordinating two attentional objects, one of them is an ego.

This idea of dual attention is very familiar when you consider the usual objects of attention: e.g. it is common to call while driving, or while viewing the computer screen, there are two simultaneous attentional targets. This is not very different when there is self-observation simultaneously in the conduct of an activity. In practice, it is only a question of compatibility between the two simultaneous acts. For example, it is relatively easy to listen while looking to something else which moves (phone while driving), it is not too difficult to introspect while paying attention to the outside world, but it is almost impossible to follow two visual targets simultaneously (typing a sms while driving!), at best we quickly alternate between the two.

We see that there is a whole conceptual space to explore with the special division that creates a new ego2 aiming to the one already in action (ego1). We can go much further on this theme, and some notorious practitioners, have paved the way before us and have trained us indirectly with trainers who themselves were nurtured from their learning; from then, we have developed considerably this training in recent years in the GREX.

 

6 / The proliferation of egoic poles.
Once we are at ease about the fact that the split applied on the seizure of the egoic pole is outside of pathology … then we can understand all the techniques based on the dissociation of the ego, this split be established or created. I will take up in turn: a) the recognition and identification of what is called generically « multiplicity of selves » in the psychotherapeutic techniques or spiritual vocation (this term is found everywhere, but then it would be more accurate to say the multiplicity of ego); b) secondly, not the observation, but the updating of ego not currently present, either by being already part of my ego, or by being created for the need of a particular purpose. But before I make a short historical summary.

 

a) The recognition of the multiplicity of ego.
Publications on the theme of « multiplicities of selves » are abundant and relatively trivial in literature and philosophy. Specifically, in the psychotherapeutic field, many authors have developed their own names and techniques. The main idea they follow is to identify, in problematic moments of life, which is the ego that expresses, wether called « sub-personality » (Stone) or parts or subparts, or me (parts of me, piece of me).

For example, in the psychotherapeutic technique coming fromVedanta (A. Desjardins, Vedanta and Unconscious), one aspect of the work out sessions is to identify moments when the answer to a banal situation is inadequate, disproportionate, as a sign of a manifestation of « another self » and to identify « who in me » at that time responds to the situation, that is to say who, other than me, with my age and my current experience, answers in such an inappropriate way (usually one or several ego from childhood). The goal is to become familiar with these other ego, learn to recognize them immediately whenever a response from me is not congruent with the situation, so as to recognize who, in me, is answering and doing so, to defuse the inappropriate response and return to the ego unaffected.
I could take many other examples with other techniques, but one way or another, they all aim regulation by taking into account other parts of me (other ego) that meet the present situation, in order to defuse their pathogenic influence. But remember that I am not seeking here to return to the logic of care strategies or personal development. I continue to go towards the practices of the explicitation.

All authors who have worked and developed this consideration of the multiplicity of selves keep simultaneously a theory on the existence of a central authority, more permanent, such as the « self » or the « conscious ego » and whose rehabilitation or free running are a therapeutic and / or a spiritual quest.

My interested in the prospect of using the explicitation is basically to attest that the idea of the multiplicity of selves (the ego) is a common idea, old, used by multiple sources, and when we are referring to it, we are not original. Our uniqueness is in how we implement this idea to serve our individual goals.

Technically, the important point is that recognition in one’s experience of this multiplicity is not so easy. Our main difficulty is that throughout our day, we move from one ego to another, without realizing it, absorbed as we are by focusing on the tasks at hand, or by the shows that captivate us. All the techniques that deal with the consideration of this multiplicity of ego, will create a condition of suspension, through the mediation of an outsider, thus by a social transmission. The condition is to suspend the course of the normal social engagement, that is to say, take a time dedicated to this new activity, so that conditions are being created to let coexist in the same time, different ego, who finally take notice of one another. In other words, for the current ego be able to aim, recognize, so become aware of other ego which, them, occur at other times. We must create the conditions of a subjective mirror, in which the subject discovers his several ego. Not that this possibility does not exist at all in real life, but it is rare, and often linked to problematic circumstances (why I reacted like that? But what possessed me to …?, and so on) that make me return to « who in me » has acted. All the techniques I am going to review are based on the realization of this condition, create a mirror, more or less complex, which will allow to recognize, manipulate or create other ego. All I will touch therefore is based on a strategy of intervention by a third party.

The historical thread would give the scoop to the technique of « the hot chair  » or the empty chair, developed by Perls with his Gestalt technique. That is to say, just ask someone to get up from his chair to sit on another, in order to have a different view of the person who has a problem and who was sitting on the first chair . This is an example of creating a new ego2 who can take for object of attention the first ego1 (the one on the first chair) and all the problems that go with it. He is the first therapist (to my knowledge) to introduce the real spatial movement as split technique that we will find routinely in the American NLP trainer R. Dilts under the concept of « psycho-geography », but it is also found in a less themed way by the Stones.

Then we have many other approaches which established identification procedures to the multiplicity of egos, their complex interrelationships and often conflicting. Implicit in these approaches is that they always aim supposedly preexisting egos, with a biographical root, as in the Schwartz’s internal family system, or the internal dialogue of the Stones. Some of these basic biographical approaches are immemorial because coming from spiritual traditions (see the Vedanta and the Unconscious presented by A. Desjardins for example, or the multiplicity of self by Uspensky).

Other recent approaches such as Transactional Analysis by Berne, or some NLP techniques, do not go for pre-existing ego, but set as a principle that some ego-types are universal and therefore exist in all the world and can be mobilized. This is the case of the famous triad « Parent, Child, Adult » in Transactional Analysis, or in NLP with projects management exercise appointed by Dilts, the model of Walt Disney, in which he proposes to carefully distinguish a dreamer, a critical, a realistic and give them a distinct place, being careful not to confuse them.

In the explicitation interview, trained as we were to all these techniques, we have chosen to use them not for solving personal problems nor for personal development, but as always, to improve the aid to the explicitation of past lived experience.

But you have not lost sight that each of these techniques rely on the creation of an egoïc split which leads either to the recognition of pre-existing separate ego in me, or to the creation of new ego to obtain new perspectives . All this is possible only by the reflective dissociation, that is to say by the splitting which allows to a ego2 to aim another one and to produce, in doing so, new information. These techniques can be used for very different purposes; for us, we seek to create the conditions for an aid in the explicitation of one’s experience. Taking time out of the cage of the apprenticeship which formed each of us (including me too), if we leave the concern of personal development, or that of the aid to the resolution of psychological problems, then we can reconstruct, re-engage the various resources which have often historically been created and driven by a psychotherapeutic setting[3] for simply use them to explicit the experience of a finalized action!

What resources do we have to create a split in the egoic pole? The efficiency of the spatial displacement, the creation of ego with special missions, creating ego with unusual skills, creating « surprise » ego just responding to an arousing intention. I’ll give some examples to illustrate these techniques which, for the GREX, have become familiar, and which are the topic of the training that I host in July, in level 2, in order to transpose these to the expliciation interview.

 

- Calling for existing skills: cross-fertilization, or the Bateson of Dilts
Typically we start from a defined spatial geography, firstly a site where the person is to talk about a problem she has (ego1), then the first split is by finding a second site (ego2) distinct, chosen by the person herself and that will be remembered (each site belongs to a different ego, to avoid amalgam or contamination, which would be against productive). This is a basic framework that we will often use and is really inspired by Dilts. On this second place, we propose to the person to take the time to contact within herself one area of her life where she is really skillful, whatsoever.

That is to say, a skill that has no relation to the problem raised. I have a relationship problem in my marriage. Ok. On what field are you particularly competent? The eel fishing. OK. (true story).
So the split is based: 1 / on a spatial dissociation, 2 / on updating an already existing ego in the subject but was not present and whose main characteristic is to be competent. Once installed this context, we ask the ego2 to consider the problem of ego1with its own filters, and to imagine a solution (and if it was a problem of eels fishing?). The procedure can be repeated, with the creation of a ego3, assigned to a new site, and having another undoubted competence. Finally it is possible to create a new exoposition for ego4, who steps back and assesses what ego2 and ego3 proposed to ego1, and perhaps also how ego1 can receive and use these proposals.

 

- Firmly Separate the points of views about a project: the Walt Disney of Dilts.
We’re back to the same layout, a site is chosen for ego1 so he connects this time with a project he wishes to undertake. But instead of making come these preexisting ego, we propose to assign a different place and to invest successively three different ego: the first place is that the dreamer (ego2) that can allow everything on imagination without limits; the second is the critical (ego3) who judges the interest, the possibility, the meaning of the dreamer’s proposals on the project; the third is that of realistic (ego4) that assesses the practical conditions, the means to gather for the project. The person is moved and questioned several times in the three positions, being careful to precisely observe the correspondence between the ego and these positions (no blurring, no contamination), and observing carefully the nonverbal, so as to identify that there is no contamination of one ego by another. The whole logic of the approach is to separate the ego from any confusion with ego1, but above all, to prevent (this is the most usual) the critic from intervening in the posture of the dreamer and thus does not kill the project before even it has been imagined. Again, it is possible at the end to add a new position, an ego5, which oversees the contributions of other ego and the reception that ego1 has caught of them.

Once again, we carefully mobilized spatial dissociation, a different place for each ego, and ego with specific functions, well differentiated. This way of working is based on the idea that everyone has in one’self some ego which can be mobilized around the features of the dreamer, the critical, the realistic. Even if these ego had never been clearly mobilized as such, separately, in the subject’s life. Writing it that way, in a summary form, it seems childishly simple, and it is. From the moment you realize the possibility of creating new egoic pole, it will be easy to mobilize in an appropriate way outside the scope of NLP. The point is, each time, to install new egoic splits adapted to different purposes. Let us still widen the possible.

 

- Split the egoic pole to call new skills: the Feldenkrais of Dilts.

From the same starting canvas: a spatial position to ego1 that talks about a problem, and a second position for ego2 who will diagnose the problem. What we add, that has a generic value which can be transposed, is that we suggests new skills for ego2, that is to say that here we will exclude any verbal apprehension of the problem of ego1, so that he can consider the problem just as shapes, colors, movement. This idea is strong, it is possible to suggest the setting of ego with special skills, unusual, and even unknown by the subject. The door is open to transfer to other skills and in the GREX we did not go without.

The difficulty with this skill perceiving only in terms of shapes, colors and movement, is that once the problem is diagnosed as well, we need still a verbal translation to provide meaning. In our language, once produced the N3, that is to say, the intellectual feeling that is the direct expression of the Potential in a more or less encrypted way, it needs to be developed in a language that delivers the meaning ( what does it mean if my problem looks like a red ball growing from the base? what does that teach me about my problem?). Naturally, here too, it will be possible to add one ego3 second position, giving another perspective, and at the end an ego4 exoposition who draws the lesson of what has been brought by ego2 and ego3.

 

- Split to let come other ego: other oneself, other people, other entities, jokers. The « hopscotch » of Dilts.

We can also work more widely with different egos. In the exercise of « hopscotch, » so named because spatially it uses the idea of ​​a grid to 9 boxes, we place ego1, who has to make a decision, at the center ( sit 5 if we take as reference the keyboard space of a digital computer with the 1 at the bottom). So place 8 signs the positive decision, which will mean by the end of work that ego1 will (solemnly) step to the front to reach the box 8, if that is his decision. If not, he decides not to decide and remain in 1. On the right you can -for example- involve ego to be as many parts of me, differentiated by age. Thus, at 3, there will be a younger ego2 (ego1 chooses the age), at 6 an ego3, my age, who will stand by ego1 to a position outside him and /or other skills, other bodily postures, and at 9 an ego4 of the future (to be determined by the subject : what age he chooses to see his decision from a more or less distant future). On the left, we will turn up in 1, 4, 7 some persons of references, from his family, for example, or people who were important in other living situations (teacher, mentor, real or learned from reading). And each time we take the time to see, to feel and express what they can say about the decision. Finally, at 2, there is the proposal to be surprised by a joker « ego8″ unexpected. The format of the grid may suggest that this is a good orthogonal square grid, but it is only a memory aid, it is possible for each box to choose its location (location, distance, height , body posture …) from the central immutable box. In the end, ego1chooses to take the plunge into 8 or not. Each time you can add a meta position, which evaluates the relationship between ego n, and ego1 or another. This exploration is very strong psychologically. But the point I want to emphasize with this example is the indefinite opening of ego that can be mobilized to give a new perspective, new information on the subject of main interest, would it simply be the thorough description of a past lived experience.

 

- In the explicitation interview
In fact, in practicing the explicitation interview, whenever there is a limitation, a blockage in the ability to expand a moment, it is possible without too much difficulty, to propose the setting of a new ego, what we call a « dissociated » at a new, real or imagined site.

This new ego, this « dissociated », will be assigned (we give him a particular purpose) in respect to the description of the experience. It can target either the past lived referenceV1 to describe new details, or take interest in the explicitation of what is currently lived (V2) to diagnose, advise ego1 trying to explicit. But we must see that this new ego can be chosen, determined with endless possibilities of variations: will I choose an universal ego (parent, teacher, child, critic, botcher, dreamer etc.) that will be invested to a particular role? Am I choosing a pre existing ego in my life who knows himself as particularly competent and who will watch this life experience from a new perspective? Will I choose to mobilize a person of real or imaginary reference? Do I choose a different myself but of a different age? Am I asking myself to let come any joker ego who will be particularly relevant and useful to describe the lived experience?

Once we have understood the mechanism of the splitting of the ego, the most difficult is to find the right words to guide the person in choosing a place, a posture, and access to another ego that will be a resource. The very fact of setting up a new ego is generally not a problem.
* * *

This reflection on the split as enrichment of the whole by increased discrimination, tries to clarify the coherence of our new practices in the explicitation interview. At the same time, basically, as part of the development of a psycho phenomenology, it aims to renew our conception of consciousness, to see it as organized by an infinitely cleavable intentional structure without loss in all its parts that make it up .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Times are changing, I’m going to give very few specific references, but they can be easily found on the net with keywords. For example if you type « Kant », « split of the ego, » you will find the passage, quotation, reference, and so on for everything you find interesting to deepen …

[2] At the same time, remember that this distinction act / content was not so easy to take in when it was introduced in the GREX, with phenomenology! Make the split between the two applications to separate precisely what is given (the aimed object) from the aimed act,  while two are always amalgamated.

 

[3]  Yet, I have often explained my position : many discoveries on subjectivity come from practitioners, especially practitioners of psychotherapy that had most freedom to create new techniques. No risk to find such advances in research! But once these techniques settled and taught, it is not obliged to restrict the framework for the care to the person, in a psychotherapeutic or spiritual sense. We can also read all these innovations as many means to discover and describe better subjectivity in action, and nurture the development of psychophenomenology !!

Split and intentional structure A better understanding of the concept of dissociation Pierre Vermersch (Publié en frança...

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Scission et structure intentionnelle. Mieux comprendre le concept de dissocié.

Scission et structure intentionnelle

Mieux comprendre le concept de dissocié.

Pierre Vermersch

(Publié dans Expliciter,2016, 110, p 34-42)

 

Résumé

L’idée principale de cet article est d’essayer d’améliorer la compréhension des concepts de « dissocié » et de « dissociation », concepts que nous utilisons depuis quelques années dans toutes les techniques de l’entretien d’explicitation où nous créons et déplaçons de nouveaux ego pour créer des changements de point de vue et se décentrer, dans le but d’acquérir de nouvelles informations et aider à pousser plus loin dans le détail l’explicitation de l’action vécue.

Mon objectif est de montrer que toute conscience réfléchie est  basée sur la création de scissions nouvelles, qui sont positivement autant de nouvelles discriminations, de nouvelles distinctions d’un tout. Les seules scissions qui séparent un tout de façon destructrice sont les scissions matérielles (quand on a coupé une planche, on a deux planches), pas les scissions réflexives.

Ces scissions peuvent être comprises en les envisageant dans le cadre de la structure fondamentale de la conscience : la structure intentionnelle, composée de trois éléments de base :  1/ un pôle égoïque qui vise, 2/ un acte assurant la visée, 3/ le pôle de ce qui est visé. Le complément de cette présentation de la structure intentionnelle, est de montrer qu’elle n’est pas toute faite chez l’adulte, mais qu’elle se construit par étape chez l’enfant. Cet aspect a été étudié par l’œuvre magistrale de Piaget, dans le cadre non pas d’une psychologie de l’enfant, mais d’une épistémologie génétique, qui selon moi, a poursuivi un programme transcendantal visant les conditions de possibilités de la connaissance. Une fois établis ces points, il est alors possible de faire jouer la structure intentionnelle, et en particulier de montrer que non seulement on peut sans cesse changer d’acte et d’objet visés, ce qui paraît tout naturel, mais que l’on peut faire varier tout autant l’ego qui vise. Un des enjeux est de clarifier la distinction entre identité personnelle et multiplicité des pôles égoïques. Les techniques de dissociation font varier les ego par des scissions ne touchant pas l’identité personnelle. A partir de là, j’illustrerais les possibilités pratiques de ces idées par des exemples de techniques convoquant ou créant des ego différents.

 

1/ Scission réflexive ou scission du moi ?

On trouve fréquemment chez les philosophes[1] l’idée d’une scission du moi, associée par exemple à la mémoire. Je me souviens de moi hier, et quand je me souviens de moi,  il semble qu’on puisse dire légitimement qu’il y a deux moi. Kant signale cependant que cette scission n’implique pas qu’il y ait deux personnes distinctes. Mais la confusion demeure par l’utilisation du mot « moi » qui semble poser immédiatement une identité unique et constante, et du coup il paraît plein de bon sens de se demander : comment puis-je me couper en deux ? Comment peut-il y avoir deux moi ?  Alors que la réponse est simple. Se souvenir est un acte double, l’un actuel qui est celui de se rappeler (moi, maintenant, je me rappelle) et l’autre passé qui n’est plus qu’une représentation, qui certes me concerne puisque ce dont je me souviens c’est précisément un moment que j’ai vécu hier. Cette représentation de moi n’est pas moi (mais son thème est attaché à moi), le moi représenté dans mon évocation ne peut plus rien changer à ce qui a été vécu, il n’a plus d’agentivité. Il n’est plus que l’image de moi. Il n’y a pas de scission du moi ! En revanche, il y a une scission fondamentale entre celui qui vise (moi maintenant) et ce qui est visé (mon vécu passé), par le biais d’un acte particulier (l’évocation). Dire qu’il y a une scission signifie que chacun de ces aspects ne se confond pas avec les autres, ils peuvent varier indépendamment l’un de l’autre. La scission désigne avant tout une série de séparations fondamentales qui conditionnent la possibilité même de la réflexivité et donc de la conscience réfléchie. Juste ça. Pas plus …

 

2/ La structure intentionnelle de la conscience

Un des apports important de Brentano, repris par Husserl, est d’avoir clairement formulé que la propriété fondamentale de la conscience est d’être intentionnelle, c’est-à-dire que « toute conscience est conscience de quelque chose ». Beaucoup de raffinements philosophiques ont été apportés à cette idée de base. Ce n’est pas mon propos de les développer ici. Je voudrais me servir de l’intentionnalité comme schéma de base pour comprendre les phénomènes de scission produits par la réflexivité, par la prise de conscience.

Dans l’énoncé de départ de l’intentionnalité, ce qui est mis en évidence c’est la visée « d’un quelque chose », Husserl a rajouté la distinction entre acte et contenu, ou dans son langage entre noèse et noème. Mais pour que le schéma soit fonctionnel, il faut y rajouter un troisième terme « un sujet », ou de façon plus vague un pôle égoïque (un ego pour faire court), c’est-à-dire une origine qui est le point de départ de la visée, de l’acte.

On a donc un schéma de base à trois termes :

Ego ➜ acte, visée ➜ objet visé, contenu visé.

L’appellation « ego » a l’avantage d’ouvrir un flou par rapport à la fausse précision du mot « moi », il s’agit d’un des deux pôles de la structure intentionnelle, d’un côté une origine : l’ego, source d’initiative ; à l’autre bout le pôle de ce qui fait l’objet d’intérêt. On peut appeler ce pôle égoïque  de nombreuses façons, suivant l’intérêt que l’on a : par exemple, « sujet », mais cela entraîne toutes sortes de considérations éthiques attachées à ce vocable ; un terme générique relativement neutre est celui d’ « ego », et dans ce texte je vais beaucoup m’en servir par pure commodité ; ou bien, si l’on veut insister sur la dimension dynamique, on peut l’appeler « agent », ce qui souligne la propriété fondamentale d’agentivité (d’être la cause) ; on peut encore l’appeler « co-identité » ou « sub-personnalité », ou « parties du moi », si l’on tient à souligner la dimension identitaire de ce pôle ; quelques fois on peut l’appeler « entité » pour signaler que contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce pôle n’est pas nécessairement personnalisé, mais peut être vécu comme un objet, un animal, un élément, qui a néanmoins une valeur et un rôle d’agent : on peut l’appeler « instance », pour souligner qu’il s’agit d’une occurrence parmi d’autres. Je considère ici que toutes ces appellations sont synonymes, et qu’elles se différencient par ce sur quoi elles veulent mettre l’accent et par le cadre théorique ou pratique psychothérapique ou spirituelle qui leur est historiquement attaché.

On pourrait complexifier ce schéma à trois termes en rajoutant le fait que tout acte est modulé par l’attention (type de focalisation, largeur du champ attentionnel, intensité), ou que toute visée est portée par une motivation, des croyances, et bien sûr, que tout cela s’inscrit dans une histoire, une culture, un contexte, un avenir… Mais pour ce texte,  je me limiterais au schéma de base à trois termes : ego/acte/objet.

Il paraît évident que je peux distinguer entre l’acte et le contenu qu’il vise[2]. Pour un même acte (voir, imaginer, raisonner) l’objet viser peut changer. Réciproquement pour un même objet visé (une pomme, le concept de pomme, le souvenir d’une pomme, l’image d’une pomme etc.) l’acte qui le vise est différent, vision, palpation, réflexion, mémoire, vision d’une photo etc. Attention au fait que le terme objet est pris dans un sens générique « ce qui fait l’objet de la visée », et pas nécessairement au sens d’objet matériel, je peux viser cet objet avec des actes différents. Simple.

Ce que je rajoute avec le troisième terme, c’est la possibilité de penser que le pôle égoïque  est lui aussi mobile, mutable, que les ego sont multiples. Pour un même acte, visant un même objet, l’origine de la visée peut être très différente suivant les caractéristiques de l’ego qui vise, suivant ses intérêts, ce qu’il croit être ses obligations, les exercices qu’il a pratiqués et qui ont construit son répertoire de schèmes, et on le verra plus loin, suivant sa position, distance, posture par rapport à ce qu’il vise. Donc au sein d’une même identité personnelle il y a une multiplicité d’ego possible. J’y reviendrai.

Mais pour bien faire apparaître le lien entre le thème de la scission et le schéma de la structure intentionnelle, il me faut d’abord faire une digression. En effet, ce schéma est celui du fonctionnement adulte, et les scissions fonctionnelles qu’il contient vont être plus apparentes si l’on voit comment elles se sont constituées progressivement dans l’enfance. Et pour ce faire, je vais mobiliser mon auteur préféré : Piaget.

 

3/ De l’enfant à l’adulte : l’épistémologie génétique de Piaget vu comme un programme transcendantal des conditions de possibilité de la connaissance.

On a toujours tendance à prendre Piaget pour un psychologue de l’enfant, alors qu’il a étudié l’enfant toute sa vie pour se donner la possibilité de montrer comment la capacité à connaître (l’épistémologie) se construisait par étapes dans l’exercice de l’enfant avec son monde (perspective constructiviste).

En résumé, si l’on prend les deux livres complémentaires sur le bébé, « La naissance de l’intelligence chez l’enfant », et « La construction du réel chez l’enfant », on a tout d’abord la mise en évidence de la distinction progressive entre l’enfant et le monde, c’est-à-dire la sortie de l’égocentrisme fondé sur une absence de distinction entre le sujet et l’objet. C’est donc une première scission fondamentale qui permet la distinction ego/objet. Et de façon complémentaire, ce qui est visé se stabilise par la construction progressive du schème de l’objet permanent. La permanence, c’est le fait que -par exemple- lorsqu’on cache un objet devant l’enfant, dans un premier temps celui-ci le recherche seulement à l’endroit où il a disparu, puis par étape il arrive au point où il continue à le chercher partout. Cette conduite montre que l’objet continue à exister pour l’enfant, même quand il est caché. Il ne manque pas de psychologues de l’enfant qui ont établi des faits d’observation équivalents, mais le génie de Piaget est d’en faire une lecture, que je qualifierai de transcendantale, même si lui n’utilise pas ce vocabulaire. Je veux dire qu’il se place dans une posture théorique qui n’est pas contenue dans les faits observés, mais qui leur fait revêtir un sens nouveau, révélant en quoi ils sont les conditions de possibilités de la connaissance. Sans la scission entre le sujet et le monde, sans la permanence de ce monde, il n’y a pas de connaissance du monde. Ces conclusions relèvent d’un point de vue transcendantal.

Si l’on prend l’étape suivante, synthétisée par le livre « La formation du symbole chez l’enfant », on voit cette chose prodigieuse qui va autoriser tous les développements de la sémiotisation : la mise en place de la représentation. L’enfant n’est plus dépendant de la réalité présente à lui, mais peut l’évoquer en son absence. Cela se manifeste progressivement par l’imitation différée (je reproduit un modèle en son absence, donc j’en ai une représentation) ou le jeu symbolique. Nouvelle scission, la distinction enfin possible entre un objet, un référent et son représentant (image, mime, mot), qui ouvre la possibilité d’un ego qui développe des actes qui s’étayent sur la représentation, comme le langage, l’imagination, le raisonnement abstrait.

Je ne vais pas développer toute la genèse de l’intelligence, mais la lecture que nous en propose Piaget met en évidence que la structure intentionnelle de la conscience repose sur tout un ensemble de distinctions, qui sont autant de scissions internes nécessaires, qui se construisent par étapes.

 

4/ Réciprocité des effets : toute scission a deux pôles !

Ce qu’il faut bien voir maintenant, c’est la réciprocité des effets de la scission sur les deux pôles. Toute conscience est conscience de quelque chose, donc on a une séparation évidente qui est la condition pour saisir le « quelque chose ». Ego ne peux saisir que ce qu’il distingue, et parce qu’il s’en distingue.

Mais réciproquement, pour qu’un quelque chose soit saisit, il faut un ego qui ait une compétence, un intérêt, un savoir pour le viser et le distinguer. Si l’on confond l’identité personnelle générique et la multiplicité des ego en charge, la question ne peut pas apparaître, puisqu’on postule que c’est toujours le même pôle égoïque, qu’il n’y en a qu’un, et qu’il se confond donc avec l’identité personnelle. Si en revanche, l’on admet qu’à chaque moment se pose la question : quel est l’ego actuel ? Alors de nouvelles perspectives s’ouvrent : ainsi chaque distinction nouvelle qui advient est le produit d’une modification, voire d’un changement d’ego. Autrement dit encore, pour distinguer de nouveaux points de vue, il faut qu’un nouvel ego advienne (c’est le sens de l’accès à « l’ego transcendantal » dont parle Husserl, il faut pour ouvrir une visée transcendantale, devenir un ego qui a des intérêts transcendantaux, qui pose des actes de visée vers le domaine du transcendantal).

On a tendance à mettre l’accent sur l’effet de la scission relativement à l’apparition, à l’émergence, à la discrimination d’un contenu nouveau ; mais l’inverse est vrai : par le fait qu’un contenu nouveau apparaît, le pôle égoïque  se modifie, s’ouvre à un devenir où même la transformation du pôle égoïque  est la condition de nouvelles saisies/discriminations.

Ce qui ouvre aussi à de nouvelles possibilités, chaque ego qui prend l’initiative change l’intérêt porté à l’objet et ouvre à de nouvelles prises en compte. Chaque ego qui pourra être activé, suscité, va permettre pour un même objet de faire apparaître de nouvelles propriétés, indiscernables autrement. C’est un point que je vais reprendre plus loin à partir des techniques de scission égoïque.

Toute prise de conscience est une transformation à double face, fondée sur la nouvelle scission qui s’opère. Par exemple, par le fait de lire une transcription d’un entretien d’explicitation où j’étais A, mon vécu passé d’interviewé m’apparaît à nouveau par la lecture, en tant que tel il est un nouvel objet. Mais si je veux y discriminer des éléments nouveaux, par exemple pour en faire un commentaire, il faut en même temps que je devienne quelqu’un d’autre, avec de nouvelles catégories, de nouveaux intérêts. C’est ce dont témoignait Sylvie Bonnelles dans le précédent numéro d’Expliciter. Je propose là une nouvelle lecture des effets des reprises dans le modèle de la sémiose que j’ai développé (Vermersch 2012).

 

5/ Viser l’ego : scission identitaire, multiplication des ego, double attention ?

Faisons un pas de plus. Cette idée de la scission permet de voir que parmi toutes les cibles que je peux saisir pour en prendre conscience, il y a certes le contenu, et bien entendu je peux aussi discriminer l’acte, mais je peux viser aussi le pôle égoïque lui-même tel qu’il se manifeste actuellement, ou tel qu’il s’est manifesté par le passé, ou encore tel que je peux l’imaginer. Suis-je pour autant retombé sur la scission du moi, la scission de l’identité personnelle ? Sur la psychopathologie des personnalités multiples ? Sur une forme bégnine de schizophrénie ?

Nous avons déjà vu que se rapporter au souvenir de moi, n’est pas un dédoublement de la personnalité. Mais quand, dans le présent, j’ai par exemple un observateur de moi-même qui suit ce qui se passe ? Avons-nos affaire à deux identités personnelles, à deux ego, à une double attention ?

Le concept d’identité personnelle est complexe et aucun point de vue ne recueille actuellement l’unanimité. Si je prends comme base conceptuelle l’identité comme ce en quoi je me reconnais à partir de ma mémoire autobiographique, c’est une définition généralement acceptée (Klein, S. B. and S. Nichols (2012)) . Se rajoute, pour de nombreux auteurs l’idée qu’il y a un sentiment d’identité plus profond, qui fonde un sens intime de « mienneté », et qui est pré réfléchi (voir  sur ce thème D. Zahavi et toute sa bibliographie). Dans la perspective où je me place, la prise de conscience de différents ego au fil du temps, la création de nouveaux ego en temps réel, ne touche pas à l’identité personnelle, sauf précisément quand le sujet ne reconnaît pas un ego comme faisant partie de son identité personnelle, et là nous rentrons effectivement dans la pathologie.

Dans le présent, si je veux porter mon attention sur moi en train de vivre ce présent, il faut que je crée/qu’il se crée un nouvel ego2 qui peut viser cet ego1 en train de vivre, sinon je suis juste absorbé dans mon vécu, c ‘est-à-dire le plus souvent absorbé par l’objet de mon attention, et mes actes qui s’accomplissent et je ne m’occupe pas de « qui de moi » le vit et comment.

Mais ce nouvel ego2 qui vise l’ego1 en train de vivre, d’agir, est de fait devenu l’ego en train de vivre et de viser l’ego 1. Il y a donc plusieurs ego actifs, il y en a un qui contient par sa visée le premier qui pour autant continue à poursuivre ses intérêts. Pour que ego2 opère sa visée, il faut d’une part qu’il sache reconnaître son nouvel objet : l’ego1 (là aussi, c’est progressif tout au long de la genèse de l’enfant, cf. le stade du miroir), qu’il s’en distingue et qu’il y porte attention, c’est-à-dire qu’il ait un intérêt à cela. Attention, quand ego2 vise le vécu d’ego1, toute la structure intentionnelle (S1) est là, ego/acte/objet, pour viser ego1 spécifiquement, il faut le discriminer des actes dans lequel il se manifeste, et des objets auquel il s’intéresse. On a alors deux ego et une double attention, l’une issue de ego2 qui porte sur l’ego 1 en train d’agir, l’autre, celle de l’ego1 qui porte attention à l’action en cours.

Par exemple, je suis en train d’observer comment je réagis à ce que me dit mon patient. Je fais attention à lui (ego1), je l’écoute, je l’observe, et dans le même temps je (ego2) fais attention à comment je (ego1) réagis à ce qu’il me dit. Ce qui est la base de la reconnaissance du contre-transfert dans la pratique psychothérapique. Dans l’écoute psychothérapique, il y a apprentissage d’une double attention, de façon à ne pas perdre de vue comment le professionnel est affecté par ce que dit l’autre, et apprend à ne pas mélanger ses affects et l’histoire de l’autre.

On a donc deux ensembles d’actes distincts : d’une part les actes d’écoute, d’observation mobilisés par ego1 et d’autre part un acte d’introspection simultané opéré par ego2.

Cette scission ne repose pas sur une scission de l’identité personnelle, mais sur la possibilité de prendre pour objet d’attention «ego1 » en tant qu’agent en cours d’activité. On a en fait, une scission au sens où par le fait de viser l’ego en cours, je crée une discrimination, donc une séparation, une distinction, mais au moment où cela se fait, l’ego2 est un nouvel agent qui contient deux cibles attentionnelles. Il n’y a pas deux moi, il y a un agent qui tient et coordonne deux objets attentionnels, dont l’un est un égo.

Cette idée de double attention est très familière quand  on pense aux objets d’attention habituels : ainsi, il est courant de téléphoner tout en conduisant, ou en consultant l’écran de l’ordinateur, il y a deux cibles attentionnelles simultanées. Mais ce n’est pas très différent quand il y a observation de soi simultanément à la conduite d’une activité. Pratiquement, tout est question de compatibilité entre les deux actes simultanés. Par exemple, il est relativement facile d’écouter tout en suivant du regard autre chose (téléphoner en conduisant), il n’est pas trop difficile de pratiquer l’introspection tout en faisant attention au monde extérieur, mais il est presque impossible de suivre deux cibles visuelles en même temps (taper un sms en conduisant ! ), au mieux on alterne rapidement entre les deux.

On voit qu’il y a tout un espace conceptuel à explorer avec la scission particulière qui crée un nouvel ego2 qui vise celui qui est déjà en action (ego1). On peut aller beaucoup plus loin sur ce thème, et des praticiens célèbres bien avant nous, nous ont ouvert la voie et nous ont formés indirectement par des formateurs qui eux-mêmes s’en sont nourris ; depuis nous l’avons beaucoup développé ces dernières années au sein du GREX.

 

6/ La multiplication des pôles égoïques.

Une fois rassuré sur le fait que la scission relative à la saisie du pôle égoïque  ne relève pas d’une pathologie… on peut alors comprendre toutes les techniques basées sur la dissociation de l’ego, que cette scission soit constatée ou créée. Je vais aborder successivement : a) la reconnaissance et l’identification de ce qui est appelé de façon générique la « multiplicité des moi » dans les techniques à vocation psychothérapique ou spirituelle (c’est le terme que l’on trouve partout, mais du coup ce serait plus juste de dire la multiplicité des ego)  ; b) d’autre part, non plus la constatation, mais l’actualisation d’ego non actuellement présents, soit qu’ils fassent déjà partie de mes ego, soit qu’ils soient créés pour les besoins d’un but particulier. Mais auparavant, je fais un petit récapitulatif historique.

 

a) La reconnaissance de la multiplicité des ego

Les publications sur le thème de la « multiplicité des moi » sont abondantes et relativement banales dans le domaine littéraire et en philosophie. Plus spécifiquement, dans le domaine psychothérapeutique de nombreux auteurs ont développé leurs propres appellations et techniques. L’idée principale qu’ils suivent est d’identifier dans des moments problématiques de la vie quel est l’ego qui s’exprime, qu’il soit appelé « sub-personnalité » (Stone) ou parties, ou sous-parties, ou moi (parties de moi, sous-moi).

Par exemple, dans la technique psychothérapeutique issue du Vedanta (A. Desjardins, Le Vedanta et l’inconscient), un aspect du travail hors des séances est de repérer des moments où la réponse à une situation banale est inadéquate, disproportionnée, comme signe de la manifestation d’un « autre moi-même » et d’identifier « qui de moi » à ce moment répond à la situation, c’est-à-dire qui d’autre que moi avec mon âge et mon expérience actuelle, répond de cette façon inappropriée (le plus souvent un ou des ego relevant de l’enfance). Le but est de se familiariser avec ces autres ego, d’apprendre à les reconnaître immédiatement dès qu’une réponse de ma part n’est pas congruente à la situation, de façon à reconnaître qui répond en moi,  dans le projet de désamorcer la réaction inappropriée et de revenir à l’ego non affecté.

Je pourrais prendre bien d’autres exemples dans d’autres techniques, mais d’une manière ou d’une autre elles visent toutes une régulation par la prise en compte d’autres parties de moi (d’autres ego) qui répondent à la situation présente, de façon à désamorcer leur influence pathogène. Mais, rappelez-vous que je ne cherche pas ici à rentrer dans la logique des stratégies de soin ou de développement personnel. Je continue à aller vers les pratiques de l’explicitation.

Tous les auteurs qui ont travaillé et développé cette prise en considération de la multiplicité des moi ont en même temps une théorie sur l’existence d’une instance plus centrale, plus permanente, que se soit le « soi », le « self », l’ « ego conscient », et dont la réhabilitation ou le libre fonctionnement est un but thérapeutique et/ou une quête spirituelle.

Ce qui m’intéresse, dans la perspective de l’aide à l’explicitation, c’est déjà d’attester que l’idée de la multiplicité des moi (des ego) est une idée courante, ancienne, reprise de sources multiples, en nous y référant nous ne faisons pas acte d’originalité. Notre originalité sera dans la façon dont nous mettrons en œuvre cette idée pour servir nos buts particuliers.

Techniquement, le point important, c’est que reconnaître dans son vécu cette multiplicité, n’est pas si facile. Cela rencontre comme difficulté principale, le fait que tout au long de notre journée nous passons d’un ego à un autre, sans nous en rendre compte, absorbé que nous sommes par la focalisation sur les tâches à accomplir, ou sur des spectacles qui nous captivent. Toutes les techniques qui travaillent avec la prise en compte de cette multiplicité d’ego, vont créer une condition de suspension, grâce à la médiation d’un tiers, donc par une transmission sociale. La condition est de suspendre le cours de l’engagement social habituel, c’est-à-dire de prendre un temps dédié à cette nouvelle activité, de telle façon que l’on crée les conditions pour faire coexister dans un même temps, des égo différents, qui s’aperçoivent enfin. Autrement dit pour que l’ego actuel puisse viser, reconnaître, donc prendre conscience d’autres ego qui eux, se manifestent à d’autres moments. Il faut rassembler les conditions d’un miroir subjectif, dans lequel le sujet découvre ses ego. Non pas que cette possibilité n’existe pas du tout dans la vie courante, mais elle est rare, et souvent liée à des circonstances problématiques (mais pourquoi j’ai réagi comme ça ? mais qu’est-ce qui m’a pris de … ? et autres) qui me font faire retour sur « qui de moi » a agi. Toutes les techniques que je vais passer en revue sont basées sur la réalisation de cette condition, créer un miroir, plus ou moins complexe, ce qui va permettre de reconnaître, de manipuler, voire de créer d’autres ego. Tout ce que je vais aborder repose donc sur une stratégie d’intervention de la part d’un tiers.

Le fil historique donnerait la primeur à la technique de la « hot chair » ou de la chaise vide, développée par Perls dans sa technique de la Gestalt. C’est-à-dire juste demander à quelqu’un de se lever de sa chaise pour aller s’asseoir sur une autre, de façon à avoir une vue différente de la personne qui a un problème et qui était assis sur la première chaise. C’est l’exemple même de créer un nouvel ego2 qui peut prendre pour objet d’attention le premier ego1 (celui de la première chaise) et tous les problèmes qui vont avec. C’est le premier thérapeute (à ma connaissance) à avoir introduit le déplacement spatial réel comme technique de scission, que l’on retrouvera systématiquement chez le formateur américain en PNL R. Dilts sous le concept de « psycho-géographie », mais que l’on trouve aussi chez les Stone de façon moins thématisée.

On a ensuite de nombreuses autres approches qui ont toutes créé des démarches d’identification de la multiplicité des egos, de leurs interrelations complexes et souvent conflictuelles. Ce qui est implicite dans ces démarches c’est le fait qu’elles visent toujours des egos supposés préexistants, ayant une racine biographique, comme dans le Système familial interne de Schwartz, ou le dialogue interne des Stone. Certaines de ces approches à base biographique, sont immémoriales parce qu’issues de traditions spirituelles (cf. Le vedanta et l’inconscient présenté par A. Desjardins par exemple, ou la multiplicité des moi chez Ouspenski).

D’autres approches récentes, comme l’analyse transactionnelle de Berne, ou certaines techniques de la PNL, ne vont pas chercher des ego préexistants, mais posent que par principe certains ego-types sont universels et donc existent chez tous le monde et peuvent être mobilisés. C’est le cas de la célèbre triade « Parent, Enfant, Adulte » en analyse transactionnelle, ou encore en PNL dans l’exercice de gestion de projets nommé par Dilts, le modèle de Walt Disney, dans lequel il propose de distinguer soigneusement un rêveur, un critique, un réaliste et de leur donner une place distincte en faisant attention à ne pas les confondre.

Dans l’entretien d’explicitation, formés que nous étions à toutes ces techniques, nous avons choisi de les mettre au service non pas de la résolution de problèmes personnels, ou de visée de développement personnel, mais comme toujours à l’amélioration de l’aide à l’explicitation du vécu passé.

Mais vous n’avez pas perdu de vue que chacune de ces techniques reposent sur la création d’une scission égoïque permettant soit la reconnaissance d’ego distincts préexistant en moi, soit la création de nouveaux ego permettant d’obtenir de nouveaux points de vue. Tout cela n’est possible que par la dissociation réflexive, c’est-à-dire par la scission permettant qu’un ego2 en vise un autre 1 et produise ce faisant de nouvelles informations. Ces techniques peuvent servir à des fins très différentes, pour nous il s’agit de créer les conditions d’une aide à l’explicitation de son vécu. Si l’on prend le temps de sortir de la cage des apprentissages dans lesquels les uns et les autres se sont formés (je parle pour moi aussi), si l’on quitte le souci du développement personnel, ou celui de l’aide à la résolution des problèmes psychologiques, alors on peut recomposer, remobiliser les différentes ressources qui ont bien souvent été historiquement créées et motivées par un cadre psychothérapique[3], pour les utiliser simplement pour expliciter le vécu d’une action finalisée !

De quelles ressources disposons-nous pour créer la scission du pôle égoïque ? L’efficacité du déplacement spatial, la création d’ego avec des missions particulières, la création d’ego avec des compétences inhabituelles, la création d’ego « surprises » répondant juste à une intention éveillante. Je vais reprendre quelques exemples pour illustrer ces techniques qui au GREX nous sont devenues familières, et qui font l’objet de la formation que j’anime en juillet en niveau 2 dans le but de les transposer à l’entretien d’explicitation.

 

- Appeler des compétences existantes : la fertilisation croisée, ou le Bateson de Dilts.

Classiquement on part d’une géographie spatiale définie, d’une part une place où la personne se situe pour parler de ce qui lui pose problème (ego1), puis la première scission se fait en trouvant une seconde place (ego2), distincte, choisie par la personne elle-même et dont on se souviendra (chaque place appartient à un ego différent, afin d’éviter les amalgames ou les contaminations, ce qui serait contre productif). C’est un canevas de base que l’on va retrouver souvent et qui est vraiment inspiré par Dilts. Sur cette seconde place, il est proposé à la personne de prendre le temps de contacter en elle un domaine de sa vie où elle se sait vraiment compétente, quel qu’il soit.

C’est-à-dire une compétence qui n’a aucun rapport avec le problème soulevé. J’ai un problème relationnel dans mon couple. Ok. Dans quel domaine êtes-vous particulièrement compétent ? La pêche à l’anguille. OK. (histoire vraie).

Donc la scission repose : 1/ sur une dissociation spatiale, 2/ sur l’actualisation d’un ego existant déjà chez le sujet mais qui n’était pas présent et dont la caractéristique principale est d’être compétent. Une fois installé ce cadre, on demande à l’ego2 de considérer le problème de l’ego1 avec ses propres filtres, et d’en imaginer une solution (et si c’était un problème de pêche à l’anguille ?). La procédure peut être répétée, avec la création d’un ego3, affecté à une nouvelle place, et ayant une autre compétence avérée. Pour finir il est possible de créer une nouvelle exoposition pour un ego4, qui prend du recul et évalue ce que ego2 et ego3 ont proposé à ego1, et peut-être aussi comment ego1 peut recevoir et utiliser ces propositions.

 

- Séparer fermement les points de vue sur un projet : le Walt Disney de Dilts.

On repart de la même disposition, une place est choisie ou ego1 se connecte cette fois-ci à un projet qu’il souhaite entreprendre. Mais au lieu de rendre présents des ego préexistants, on propose d’attribuer une place différente et d’investir successivement trois ego différents : la première place est celle du rêveur (ego2) qui peut tout s’autoriser en imagination, sans aucune limite ; la seconde est celle du critique (ego3) qui  juge l’intérêt, la possibilité, le sens, des propositions du rêveur relativement au projet ; la troisième est celle du réaliste (ego4) qui évalue les conditions pratiques, les moyens à rassembler pour réaliser le projet. La personne est déplacée et questionnée plusieurs fois dans les trois positions, en faisant bien attention à respecter précisément la correspondance entre les ego et ces positions (pas de flou, pas de contamination), et en observant attentivement le non-verbal, de façon à repérer qu’il n’y ait pas de contamination d’un ego par un autre. Toute la logique de la démarche est de séparer les ego, d’une part de la confusion globale de ego1, mais surtout, d’autre part, d’empêcher (ce qui est le plus habituel) que le critique n’intervienne dans la posture du rêveur et ne tue le projet avant même de l’avoir imaginé. Là encore, il est possible à la fin de rajouter une nouvelle position, un ego5, qui supervise les apports des autres ego et la réception qu’en a ego1.

Une fois de plus, on a mobilisé soigneusement la dissociation spatiale, une place différente pour chaque ego, et des ego ayant des fonctions précises, bien différenciées. Ce mode de travail repose sur l’idée que toute personne a en soi des ego mobilisables autour des caractéristiques du rêveur, du critique, du réaliste. Même si ces ego n’avaient jamais été clairement mobilisés en tant que tel, de façon distincte, dans la vie du sujet. A l’écrire ainsi, sous forme résumée, cela semble d’une simplicité enfantine, et ça l’est. A partir du moment, où vous avez compris la possibilité de créer de nouveaux pôles égoïques, il sera aisé de les mobiliser de façon adaptée en dehors du cadre de la PNL. Il s’agit bien à chaque fois d’installer de nouvelles scissions égoïques adaptées à des buts différents. Elargissons encore les possibles.

 

- Scission du pôle égoïque pour appeler des compétences inédites : le Feldenkrais de Dilts.

Sur le même canevas de départ : une position spatiale pour ego1 qui parle d’un problème, puis une seconde position pour ego2 qui va diagnostiquer le problème. Ce que l’on rajoute et qui a une valeur générique que l’on pourra transposer, c’est que l’on suggère de nouvelles compétences pour l’ego2, c’est-à-dire qu’ici on va exclure toute appréhension verbale du problème d’ego1, de telle façon qu’il puisse considérer le problème juste comme des formes, des couleurs, du mouvement. Cette idée est forte, il est possible de suggérer la mise en place d’ego qui ont des compétences particulières, inédites, inhabituelles, voire inconnues du sujet. La porte est ouverte à la transposition à d’autres compétences et dans le cadre du GREX nous ne nous en sommes pas privés.

La difficulté avec cette compétence percevant uniquement en termes de formes, de couleurs et de mouvement, c’est qu’une fois que le problème est ainsi diagnostiqué, il faut encore une traduction verbale pour en fournir le sens. Dans notre langage, une fois produit du N3, c’est-à-dire du sentiment intellectuel qui est l’expression directe du Potentiel sous une forme plus ou moins cryptée, il demande à être développé dans un langage qui en délivre le sens (qu’est-ce que ça veut dire que mon problème ressemble à une boule rouge en expansion depuis la base ? qu’est-ce que ça m’apprend sur mon problème? ). Bien entendu, là aussi, il sera possible de rajouter une seconde position ego3, donnant un autre point de vue, et à la fin une exoposition ego4 qui tire la leçon de ce qu’ont apporté ego2 et ego3.

 

- Scinder pour laisser venir d’autres ego : d’autres soi-même, d’autres personnes, d’autres entités, des jokers. La « marelle » de Dilts.

On peut aussi travailler plus largement avec des ego différents. Dans l’exercice de la « marelle », nommée ainsi parce qu’on utilise spatialement l’idée d’une grille à 9 cases, on place ego1 qui doit prendre une décision au centre (place 5 si on prend comme référence spatiale le clavier numérique d’un ordinateur avec le 1 en bas). Du coup la place 8, signera la décision positive, qui se traduira en fin de travail par le fait que ego1 fera (solennellement) un pas en avant pour rejoindre la case 8, si telle est sa décision. Sinon il décidera ne pas décider et restera en 1. A droite, on peut -par exemple- faire intervenir des ego qui seront autant de parties de moi, différenciées par l’âge. Ainsi, en 3 il y aura un ego2 plus jeune (c’est ego1 qui choisit l’âge), en 6 un ego3, de mon âge, qui se démarquera d’ego1 par une position extérieure à lui et/ou d’autres compétences, d’autres postures corporelles, et en 9 un ego4 de l’avenir (à déterminer par le sujet l’âge qu’il choisit pour voir sa décision depuis un avenir plus ou moins lointain). A gauche, on mettra successivement en place en 1, 4, 7 des personnes de références, de sa famille par exemple, ou des personnes qui ont été importantes pour nous dans d’autres cadres de vie (professeur, mentor, réels ou tirés de lecture). Et à chaque fois on prend le temps de voir, de sentir et de formuler qu’est-ce qu’elles peuvent dire sur la décision à prendre. Enfin, en 2, il y a la proposition de se laisser surprendre par un joker « ego8», imprévu. Le format de la grille peut laisser à penser qu’il s’agit d’une grille carrée bien orthogonale, mais ce n’est qu’un aide mémoire, il est possible pour chaque case de choisir sa situation (localisation, distance, hauteur, posture corporelle …) par rapport à la case centrale immuable. Au final, ego1, choisit de franchir le pas en 8 ou pas. A chaque moment il est possible de rajouter une méta position, qui évalue la relation entre un ego n, et l’ego1 ou autre. Cette exploration est très puissante psychologiquement. Mais le point important que je veux souligner avec cette exemple, c’est l’ouverture indéfinie des ego qui peuvent être mobilisés pour donner un nouveau point de vue, de nouvelles informations sur l’objet d’intérêt principal, serait-il tout simplement la description approfondie d’un vécu passé.

 

- Dans l’entretien d’explicitation

De fait, dans la pratique de l’entretien d’explicitation, dès qu’il y a une limitation, un blocage dans la capacité à détailler un moment, il est possible sans trop de difficultés, de proposer la mise en place d’un nouvel ego, ce que nous appelons « un dissocié », à une nouvelle place réelle ou imaginée.

Ce nouvel ego, ce « dissocié »,  sera investi d’une mission (on lui donne un but particulier) relativement à la description du vécu. Il peut viser, soit le vécu de référence passé V1 pour en décrire de nouveaux détails, soit s’intéresser au vécu d’explicitation actuel (V2) pour diagnostiquer, conseiller ego1 en train d’expliciter. Mais il faut bien voir que ce nouvel ego, peut être choisi, déterminé avec d’infinies possibilités de variantes : vais-je choisir un ego universel (parent, enseignant, enfant, critique, saboteur, rêveur etc. )  qui sera investi d’un rôle particulier ? vais-je choisir un ego pré existant dans ma vie qui se sait être particulièrement compétent et qui va regarder ce vécu sous un nouvel angle ? vais-je choisir de mobiliser une personne de référence réelle ou imaginaire ? vais-je choisir un autre moi-même mais d’un âge différent ? vais-je me demander de laisser venir n’importe quel ego joker qui sera particulièrement pertinent et utile pour décrire le vécu ?

Une fois que l’on a comprit le mécanisme de la scission de l’ego, le plus difficile est de trouver les mots justes pour guider la personne dans le choix d’une place, d’une posture, et dans l’accès à un autre ego qui va être une ressource. Le fait même de mettre en place un nouvel ego ne pose généralement pas de problème.

* * *

 

Cette réflexion sur la scission comme enrichissement du tout par l’accroissement des discriminations, essaie d’éclairer la cohérence de nos nouvelles pratiques dans l’entretien d’explicitation. En même temps, fondamentalement, dans le cadre de l’élaboration d’une psycho phénoménologie, elle vise à renouveler notre conception de la conscience, à la voir comme organisée par une structure intentionnelle infiniment scindable, sans perte dans toutes ses parties qui la compose.

 

 

[1] Les temps changent, je vais mettre très peu de références bibliographiques précises, mais tout peut être facilement retrouvé sur le net avec les mots clefs. Par exemple si vous tapez « Kant », « scission du moi », vous trouverez le passage, la citation, la référence, et ainsi de suite pour tout ce que vous trouverez intéressant à approfondir …

[2] En même temps, rappelez-vous que cette distinction acte/contenu n’a pas été si facile à assimiler quand on l’a introduite au sein du GREX, avec la phénoménologie ! Opérer la scission entre les deux demandes précisément de séparer ce qui est donné (l’objet visé) et l’acte qui le vise, alors que les deux sont toujours amalgamées.

[3] Je m’en suis déjà souvent expliqué : souvent les découvertes sur la subjectivité sont issues des praticiens, et tout particulièrement des praticiens de la psychothérapie qui avaient le plus de liberté pour créer de nouvelles techniques. On ne risquait pas de trouver de telles avancées dans la recherche ! Mais une fois ces techniques créées et enseignées, il n’est pas obligatoire de les restreindre au cadre d’aide à la personne, au sens psychothérapique ou spirituel. On peut aussi lire toutes ces innovations comme autant de moyen de mieux découvrir et décrire la subjectivité en action, et nourrir le développement de la psychophénoménologie !!

Scission et structure intentionnelle Mieux comprendre le concept de dissocié. Pierre Vermersch (Publié dans Expliciter,2...

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Apprendre les consignes dans l’entretien d’explicitation. Les comprendre, les dépasser, s’en libérer. La cohérence des effets perlocutoires

Apprendre les consignes dans l’entretien d’explicitation.

les comprendre, les dépasser, s’en libérer,

La cohérence des effets perlocutoires.

 

L’apprentissage de l’entretien d’explicitation passe nécessairement par l’acquisition de nouvelles formulations des questions et des relances, ce que je nomme ici de façon globale « les consignes ». Puisqu’il s’agit d’une technique d’entretien, l’outil principal est la parole adressée à l’autre, et la difficulté la plus fréquente est que les formulations qui viennent spontanément sont tout à fait inadéquates pour obtenir les effets perlocutoires recherchés spécifiquement par l’entretien d’explicitation.

[Effets perlocutoires, c ‘est-à-dire le résultat produit par les mots que j’utilise : Qu’est-ce que je fais à l’autre avec mes mots ? Intentions perlocutoires : Quels sont les effets que j’ai le projet de produire sur l’autre avec mes mots ? Outils perlocutoires : Quels mots utiliser pour produire des effets particuliers sur l’autre ?]

Exemples d’effets perlocutoires précis : créer les conditions permettant l’accès à la mémoire passive par la mise en évocation, assurer le guidage discret vers la description plutôt que vers le commentaire, mener un accompagnement non inductif (au sens de ne pas suggérer de contenu), mais précis, vers la fragmentation de ce qui est décrit pour accéder à la connaissance des détails qui rendent l’action intelligible…etc.

Dans ce billet, je vais décortiquer un exemple pour montrer à quel point il est important de bien apprendre les consignes proposées dans le stage de base, ceci dans le but de souligner non seulement l’importance des consignes, mais tout autant souligner l’importance des buts qu’elles visent, des effets recherchés par le fait de s’exprimer de telle façon et pas de telle autre. Dans un second temps, je reviendrais sur l’importance de comprendre expérientiellement les effets perlocutoires.

Mon message principal est qu’une fois que vous avez intériorisé, maîtrisé, la compréhension des effets recherchés, alors vous êtes libres d’utiliser d’autres formulations qui les produisent effectivement de façon à ce que vous puissiez vous adapter aux circonstances particulières et au public visé dans le cadre de votre activité professionnelle spécifique.

Je touche là un problème commun à tout apprentissage : dans un premier temps pour faire découvrir, pour être efficace, il faut donner des consignes précises, et ce faisant, … elles aliènent l’apprenant en l’enfermant dans une cage pédagogique qui borne son horizon. Aussi, une fois la compétence acquise, une fois l’aisance de la pratique répétée advenant, il est alors temps de prendre conscience des effets recherchés et de se libérer de l’apprentissage initial des consignes strictes, au risque sinon de rester dans la répétition étroite de recettes soi-disant intangibles, alors qu’il faut sans cesse s’adapter à de nouvelles conditions, à de nouveaux publics, à de nouvelles personnes ! Ce qui restera constant, intangibles, ce seront les effets recherchés, les moyens pour les obtenir doivent juste être adéquats ! Et pour cela, il faut avoir une vraie compréhension expérientielle des effets perlocutoires. Il faut en avoir fait l’expérience comme sujet visé par ces effets, avoir été témoin des réussites surprenantes, ou des détails des échecs, et réciproquement avoir accumulé des expériences comme personne visant à produire ces effets sur l’autre, avec toutes les variations de réussites/ échecs que l’on rencontre avec l’infinie variété des personnes réelles ! J’y reviendrais en conclusion.

 

(Rappel : Toute formation est une ouverture et une cage. Une fois l’acquisition maîtrisée, sortez de la cage.)

 

► Un exemple détaillé de consigne.

Prenons comme exemple la consigne de guidage vers l’évocation, enseignée dans tous les stages de base pour créer les conditions d’un démarrage de l’entretien qui respectent les fondements de la technique.

Le formateur va présenter cette formulation comme une consigne à respecter strictement.

Il va la faire ressentir dans ses effets subjectifs pour chacun, il va vérifier que la personne qui guide apprenne à la dire lentement, avec douceur et fermeté tout en observant les effets non verbaux sur l’autre de façon à lui permettre de juger du résultat avant même que la personne ne s’exprime.

Voilà la consigne :

« Je vous propose, …, si vous en êtes d’accord, …, de … prendre …le …temps, …., de … laisser…revenir…, …, un moment où vous étiez en train de faire x (x= l’activité qui va faire l’objet d’une explicitation),…… , et vous me faites signe quand ça y est …… »

(Les points de suspension suggèrent un ralentissement de la voix, une respiration, une pause légère, l’énonciation s’adapte à l’écoute de l’autre, à ses micro expressions non verbales : hochement de tête, regard qui s’abstrait, détente … etc. ce qui suppose que l’intervieweur regarde attentivement l’interviewé pendant qu’il parle).

 

À première vue, cette phrase est anodine, en faire une consigne stricte pour les débuts de l’apprentissage peut paraître excessif … Mais que contient-elle comme intentions perlocutoires ? Que cherche-t-elle à obtenir comme effets précis ? Que cherche-t-elle soigneusement à éviter comme effets indésirables ? (Se souvenir qu’il y a toujours à comprendre ce que l’on cherche à obtenir, mais aussi ce que l’on veut éviter ! Quelques fois ce que l’on cherche paraît bien banal, alors que ce qui prime c’est ce que l’on veut qui ne se passe pas !)

 

Reprenons étape par étape, et décortiquons.

 

►1/ « Je vous propose ». La motivation principale de cette formulation simple et directe est précisément d’éviter la confusion fréquente provoquée par le fait que l’intervieweur débutant n’a pas de formule toute prête pour démarrer, et improvise un discours plus ou moins compliqué et confus, qui laisse l’interviewé médusé, se demandant finalement ce qu’il doit faire et qu’est-ce qu’on lui demande au juste.

« Je vous propose », met simplement l’autre en attente d’une proposition ; il le suggère seulement, au sens où il n’exprime pas une contrainte, car il ne donne pas un ordre ; « Je vous propose » induit qu’une proposition venant de l’intervieweur va venir, il laisse déjà la place à ce que l’autre puisse considérer qu’il s’agit bien d’une proposition, et qu’il peut y consentir ou pas. On cherche donc un effet simple, direct, et doux : préparer une mise en mouvement, et de façon complémentaire, on cherche à éviter une réaction négative, soit de confusion, soit de rejet d’une autorité. Tout ça, juste avec : « Je vous propose … ».

L’effet perlocutoire recherché est donc un état particulier, c’est-à-dire une mise en attente ouverte et négociable dans son principe : ce n’est qu’une proposition qui va venir, et je vais exprimer cette proposition.

 

► 2/ Mais avant de donner un contenu à la proposition, il est important, qu’après une petite respiration qui souligne discrètement le passage, on glisse une demande de consentement : « Je vous propose … si vous en êtes d’accord … ».

Mine de rien, il y a là la tentative de respecter une condition cruciale, la condition de tout accès partagé à son monde intérieur, pour cela il faut y consentir, sinon ça bloque. Mais de plus cela prépare la proposition qui viendra ensuite et que l’on verra plus loin, « de laisser venir ».

Ce second temps, est là pour manifester le respect de l’autre par une demande d’accord, nul ne peut s’en dispenser, (quel que soit son statut social, et même s’il a un pouvoir hiérarchique !). C’est fondamental, on ne peut que s’appuyer sur le consentement de l’autre pour le guider dans l’exploration de son monde intérieur, ici son vécu passé ! Bien entendu, ce n’est pas exprimé de façon lourde, formelle, mais c’est le moment où il est possible de repérer dans l’expression non verbale si l’accord est donné ou pas. Et s’il ne paraît pas donné, il faudra y revenir et prendre plus de temps …

L’effet perlocutoire recherché est l’obtention du consentement de l’autre à partager sa vie intérieure, et pour cela, de marquer au passage que l’intervieweur en est bien conscient et y est attentif. On retrouve la fonction indirecte des questions de courtoisie : « Vous avez bien voyagé ? », « Vous n’êtes pas trop fatigué ? », qui ont pour but de manifester à l’autre qu’on lui porte une attention bienveillante. L’effet perlocutoire que l’on veut éviter, c’est de donner le sentiment à l’autre qu’il va être contraint ! Et l’on sait, qu’il ne peut pas être contraint sur ce point, on a besoin de son consentement.

 

► 3/ Puis, toujours dans ce langage incroyablement complexe … que nous avons appris à utiliser, on rajoute lentement, tranquillement : « de prendre le temps … de laisser revenir » …

Le moment est crucial, il s’agit de réussir une action paradoxale : induire de l’involontaire ; je ne peux absolument pas l’ordonner, puisqu’il s’agit de déclencher un acte involontaire de remémoration : ce que je nomme l’évocation. Pour cela, il faut à tout prix que j’évite directement ou indirectement de solliciter un effort de mémoire, je ne dis donc pas « essayez de vous rappeler, même si vous ne retrouvez pas tout tout de suite », je dis : « prenez le temps » (pas d’effort, tranquillité) « de laisser revenir », cette dernière formule est la porte d’entrée vers une passivité, autre façon de nommer l’involontaire. Je ne cherche pas à ce que l’autre se rappelle, je lui suggère qu’il consente à « laisser revenir ».

Mais comment « cela va-t-il revenir » ? En laissant revenir. Mais on m’a toujours appris à faire un effort de mémoire pour me rappeler ! Ben là, non, surtout pas d’effort. Mais alors je ne vais rien retrouver. Essayiez, laissez vous surprendre … laissez revenir ce qui revient …

Ce qui arrive souvent, c’est que l’intervieweur a peur que l’autre ne se souvienne pas, et veut le mettre à l’aise, en lui exprimant ce qu’il croie être des propos rassurants : « ça ne fait rien si vous ne vous rappelez pas de tout »…, « ne vous inquiétez pas » …, et toutes ces formulations ont un effet inverse à l’intention de celui qui les exprime. Elles visent un effet perlocutoire d’apaisement, et en fait, éveillent la possibilité d’être inquiet et de ne pas y arriver, du coup elles produisent un effet perlocutoire négatif. Exactement ce que l’on cherche à éviter !

Avec le « laisser revenir » (en prenant tout son temps), ce qui est proposé c’est le début d’une intention éveillante, je lance une intention en direction de ce qui en moi a mémorisé sans le savoir ce que j’ai vécu. Comprendre ces effets perlocutoires d’éveil de la mémoire passive ciblée, suppose que l’on ait une approche fine de la subjectivité agissante en suivant un point de vue en première personne ! Se rappeler et évoquer sont deux gestes mentaux exclusifs l’un de l’autre, le premier est basé sur un effort et un contrôle, le second sur un lâcher prise et une découverte.

Qu’importe la consigne, ce que nous voulons c’est induire un lâcher prise et une confiance tranquille dans ce qui va advenir.

Bien sûr, mon décorticage minutieux, fait que la phrase que nous venons d’examiner est incomplète : laisser revenir oui, mais quoi ? Il faut maintenant donner une cible à ce geste.

 

► 4/ Car ce mouvement de lâcher prise, ce geste intérieur de laisser revenir la mémoire passive, doit avoir une visée pour être utile, l’intention éveillante est éveillante d’un passé spécifié. Mais pour le viser, je ne peux pas le nommer en tant que tel, parce que je ne connais pas encore ce qui va se donner à l’interviewé. Si je le nommais précisément, je créerais une contrainte, qui d’une part risquerais de déclencher un effort (ce que l’on veut éviter à tout prix), d’autre part, risquerais d’induire mon propre choix d’intervieweur, et presque automatiquement la dimension involontaire ne serait pas mobilisée pour pouvoir répondre aux contraintes de ma demande. Je vais donc faire une demande relativement peu contraignante, je nommer cette cible comme un cadre en partie déterminé par un thème (un moment, un exercice, un stage, une période, un type d’activité), en rajoutant souvent un critère (ce qui vous a intéressé, ce qui a été important, ce qui se détache). Je vais donc dire :

« Je vous propose, si vous en êtes d’accord, de prendre le temps … de laisser revenir… un moment où … »

Et  là, on a beaucoup de choix de formulations suivant le but qui est poursuivi : par exemple dans les premiers exercices on désigne une qualité (agréable) et un cadre temporel (ce matin) « laisser revenir … un moment agréable de ce matin… », «  laisser revenir … un moment du trajet que vous avez fait pour venir au stage » ; plus tard dans la formation de base, après avoir fait un exercice, on va simplement désigner le cadre de cet exercice, mais on pourra rajouter un critère, « laisser revenir un moment où vous faisiez l’exercice et qui a été important pour vous », « laisser revenir un moment de l’exercice qui vous a posé question » ; dans une analyse de pratique, on va cibler un critère (intérêt) et un cadre temporel (dans le stage) « un moment qui vous a intéressé quand vous étiez dans l’animation du stage », ou peut-être : « un moment du stage où vous avez rencontré une difficulté » etc.

L’effet perlocutoire recherché est l’éveil involontaire d’un moment relativement ciblé du passé, la mise en contact, le revécu, avec un moment spécifié qui va se révéler, puis se déployer.

Ce que l’on cherche à éviter c’est un effort de rappel, mais aussi les risques de confusion entre différentes situations passées, ou les risques de généralisation à plusieurs situations.

 

► 5/ Une fois délivrée cette phrase, l’intervieweur a lancé une activité intime chez l’interviewé, il accompagne cette activité de sa présence attentive, mais n’a plus aucun pouvoir sur ce qui se passe ou pas dans la tête du sujet. Tout au plus, s’il voit l’interviewé se tourner vers lui, le regarder, il peut lui demander « qu’est ce qui se passe là, pour vous ? » avec le projet de l’aider à gérer ce qui est en train de se passer dans la tête de l’interviewé.

Donc une fois la consigne lancée, l’intervieweur rajoute : «  et vous me faites signe quand vous y êtes », de façon à clarifier pour l’interviewé comment se fera l’enchaînement du travail. Ce faisant il donne un signe complémentaire relativement à la qualité du processus involontaire du « laisser revenir un moment passé ».

L’effet perlocutoire recherché est tout simplement une gestion claire et simple de l’interaction qui indique à l’interviewé comment il va revenir dans le flux de l’échange. Consigne simple qui vise à supprimer les causes potentielles de malaise d’un interviewé qui se demande ce qu’il doit faire. Quand la situation passée se redonne à lui, il fait signe, et, commence alors une autre phase de l’entretien, qui va à la fois faire développer la description des actions de la situation passée, mais va aussi conduire à évaluer si l’interviewé est bien en évocation, s’il est bien en contact avec un vécu spécifié, etc. Bref, toute la suite d’un entretien d’explicitation.

 

* * *

Si vous m’avez suivi, vous avez constaté que je bascule sans cesse de la formulation des consignes à la prise en considération des effets perlocutoires recherchés et à éviter. Une fois que vous avez vécu vous-mêmes ces effets (pas seulement compris intellectuellement), une fois que vous les avez constatés dans l’accompagnement avec de nombreuses autres personnes, dans votre propre culture professionnelle, avec votre propre public habituel, alors sortez de la cage, si vous ne l’avez pas déjà fait ! Utilisez « n’importe quelle formulation » qui s’adapte à votre cadre et qui produira bien les effets qui fondent la cohérence de l’entretien d’explicitation.

Je pourrais prendre beaucoup d’autres exemples, on retrouvera à chaque fois la même cohérence, les consignes enseignées, les formulations de questions, ont fait l’objet de patientes mises au point, d’analyses et d’essais pour comprendre les effets perlocutoires recherchés et ce qui permettait de les obtenir par des formulations simples. Une fois que ces effets ont fait l’objet d’une expérience personnelle claire, l’espace est ouvert pour une improvisation … fidèle aux objectifs.

Dans un cadre professionnel habituel, cette adaptation des consignes aux conditions spécifiques s’engendre assez naturellement par ajustement spontané créatif au fil des répétitions.

En revanche, le problème maintenant bien connu, est de s’adapter à des personnes que l’on ne voit qu’une fois dans le cadre du recueil de données pour une recherche, pour une thèse. Depuis longtemps, on a au séminaire du GREX, des témoignages de chercheurs qui ont dû  tâtonner pour découvrir comment guider les interviewés vers la posture d’évocation ; que ce soient des managers, des étudiants en mathématiques questionnés par leur professeur hors du cours, et qui continuent à lui répondre sur le mode élève, de jeunes élèves en natation que l’on voit pour la première et dernière fois, chez des rugbymen, chez des coureurs, chez des soignants, chez des footballeurs, chez des publics en difficultés, chez des petits enfants en CP,  etc. plus d’une fois, il leur a fallu inventer un petit exercice pour que les interviewés fassent l’expérience de ce qu’on leur demande, alors qu’eux ont une préconception de la manière dont ils doivent répondre. Dans le cadre de la recherche cette consigne basique que je viens de décortiquer est rarement efficace tel quel, mais les buts poursuivis sont incontournables : donner une direction de travail simple et claire, demander le consentement, déclencher l’acte involontaire de l’évocation en direction d’une cible effectivement vécue par l’interviewé. La confusion ne produit rien, l’absence de consentement empêche le partage du vécu, l’inquiétude de réussir, la volonté de répondre, de bien faire, empêche totalement l’acte d’évocation.

► Mais précisément ! Ce qui devient crucial c’est votre compréhension des effets perlocutoires visés ? Alors, adaptez-vous aux circonstances particulières pour les obtenir ! Ne restez pas prisonnier de la formation de base et de la cage pédagogique des premiers apprentissages !

 

Mais du coup, toute la question de l’efficacité des consignes, des questions,

des guidages, des relances, des négociations,

repose sur ce critère :

Avez-vous compris ce que sont les effets perlocutoires ?

Avez-vous bien compris quels sont ceux visés par l’entretien d’explicitation !

 

Les « effets perlocutoires » sont d’abord un concept. Etes-vous au clair sur ce concept ? Sur la différence avec les effets illocutoires. Illocutoire : par le fait de dire je fais, par exemple si je suis le maire, par le fait de vous déclarer marier, vous l’êtes ; importance de la parole adossée aux lois, aux règlements, aux rituels. Perlocutoire : par le fait de dire je produis un effet.

Si je simplifie, je peux distinguer deux grandes catégories d’effets perlocutoires suivant qu’ils visent et produisent soit, 1/ des effets comportementaux, visibles, généralement volontaires, ou bien qu’ils visent : 2/ des effets intimes, des changements d’état interne, des actions mentales, et surtout la disposition à laisser faire, à laisser advenir, ces effets intimes sont largement invisibles, ou peu perceptibles, et il n’est pas facile de savoir s’ils sont mis en œuvre ou pas.

Les premiers sont plus évidents, même s’ils ne sont pas toujours faciles à obtenir (par exemple, les consignes pour mettre en place un exercice, ou enseigner une activité sportive) mais on peut voir immédiatement la réussite ou pas des mots que l’on emploie.

Les seconds visent un changement intime, invisible, comment les comprendre, les maîtriser ?

 

► La base de cette compréhension est de s’y être exercé, je veux dire et …  j’insiste lourdement, aucune lecture ne peut remplacer le fait d’en faire l’expérience, de l’avoir soi-même vécu. La compréhension intellectuelle est de peu d’aide sans la découverte de cette expérience dans sa propre intimité vécue. Pour aller plus loin, il faut distinguer et commenter trois postures de bases complémentaires : être le sujet, l’interviewé ; être l’auteur, l’intervieweur ; être observateur. Il y a à gagner dans chacune de ces postures.

- En avoir été le sujet (l’interviewé), c’est-à-dire découvrir ce que ça me fait, comment je réponds ou pas aux mots de l’autre, dans un cadre défini, avec des buts et sous-buts connus et qui sont explicitement visés. Le vivre, le vivre plusieurs fois, avec des intervieweurs différents, en rapport à des types de vécus différents, pour découvrir comment je réponds ou pas aux propositions qui me sont faites, quelles sont les variations pertinentes, quels les détails qui font que ça marche mieux ou beaucoup moins bien.

- En avoir été l’utilisateur (intervieweur), découvrir comment je rencontre les difficultés à me mettre en bouche de nouvelles formulations inhabituelles, et tout autant à retenir mes habitudes de langage que je découvre inappropriées. Je découvre la difficulté d’avoir des intentions perlocutoires claires (Qu’est-ce que je veux obtenir de l’autre ? Est-ce que je suis clair avec mes intentions ? Est-ce que j’ai des intentions ? ) Et je découvre quels effets j’obtiens effectivement, comment cela varie suivant les personnes, suivant le type de vécu, suivant ma familiarité ou pas avec ce dont parle la personne, suivant sa vitesse de réponse qui peut me tétaniser, qui me demande d’agir pour la guider vers un ralentissement, dont je sais qu’il est la condition de la mise en œuvre de l’évocation (comment changer délicatement son état interne ? ).

- En avoir été le témoin non impliqué, comme lorsque dans un groupe de trois on est l’observateur, détaché de la pression d’avoir à faire, à guider, ou à évoquer. Dans cette posture, je peux prendre conscience de ce qui se passe dans la relation, de la manière dont un autre que moi s’y prend pour guider l’entretien d’explicitation, de la facilité avec laquelle l’interviewé rentre dans les propositions ou pas, je prends conscience de comment s’incarnent les buts, les effets recherchés, quand ils sont poursuivis par d’autres que moi, des questions émergent, des remarques arrivent…

Ce sont là les trois positions de base de l’apprentissage de l’entretien d’explicitation : sujet, instrument, observateur. Elles sont complémentaires, elles alimentent mon capital d’expérience, et par la répétition, par l’exercice, je deviens habile, performant, malin, efficace. Ce qui veut dire qu’il peut s’agir d’une compréhension en acte, pas encore d’une compréhension thématisée, formulable, objet d’une réflexion possible, permettant une sortie pertinente de la cage pédagogique. Que faudrait-il de plus ? Opérer une, des, reprises de son propre vécu, c’est-à-dire s’enregistrer, transcrire, lire, relire, rerelire, rererereli… en même temps ajouter des commentaires, réfléchir, ajouter de nouveaux commentaires, les lire, les commenter, relire le tout tranquillement, réfléchir, se commenter, se relire, …. Devenir quoi !

- donc, dans mon expérience, l’étape suivante vers la compréhension est de devenir un commentateur de soi, se découvrir rétrospectivement, approfondir les vécus, la présence de différentes instances qui répondent plus ou moins bien aux propositions.

Rappelez-vous que chacun vis beaucoup plus de choses que ce qui apparaît dans la transcription des échanges verbaux !!

Les verbalisations sont là principalement pour servir l’entretien d’explicitation, mais pendant ce temps-là, je vis des dialogues internes, des mouvements de rejets, d’acceptations, d’oublis de moi, un observateur en moi commente, commente ce que fait l’autre, le juge, le rabroue, (silencieusement, mais pas toujours), l’approuve, le complimente. Le travail de transcription me fait redécouvrir la teneur des échanges, et le travail de relecture patiente de cette transcription me permet de découvrir la profondeur de mon vécu, les détails des effets perlocutoires, les manques, les absences, les silences prolongés peut-être riches de pensées non exprimées. Le travail de commentaire me fait changer de niveau de compréhension, et me prépare à pouvoir tenir un discours sensé sur les effets perlocutoires, à les thématiser !!! À les catégoriser !!!  Même qu’il y a un exemple de cette démarche dans ce numéro d’Expliciter. Un point clef de cette activité de commentateur de soi, à partir des transcriptions (mais ce peut être fait à chaud le soir même, de mémoire) est l’appropriation de catégories descriptives qui permettent de discriminer dans mon propre vécu des points particuliers. Sans la catégorie des co-identités, sans l’idée d’agentivité qui souligne comment je suis divisé à l’intérieur, sans l’idée que cette agentivité peut ne pas être personnalisée, qu’elle peut être un « ça », un « quelque chose en moi », sans la capacité de percevoir les absences de critères quand un jugement est exprimé, ou bien d’apercevoir un verbe d’action qui n’est pas fragmenté, les commentaires restent pauvres, comme si tout ce que j’avais vécu se résumais aux paroles transcrites ! Le commentaire final qu’à partagé Sylvie sur son parcours de commentatrice est important et précieux. Le travail de commentaire est un vrai travail sur soi, les très nombreuses reprises sont nécessaires pour changer de regard, pour discriminer ce qui apparaîtra comme déjà présent depuis le début, invisible à mes premières lectures. Pour pouvoir poser des questions sur le protocole que m’a envoyé Sylvie, j’ai dû le lire et le relire pour que se détache des manques, des incompréhensions de ma part, qu’elle pouvait documenter en allant plus loin dans la description de son vécu. Quand j’ai traité mes enregistrements vidéos sur le réglage de l’oscilloscope cathodique, pour ma thèse en 74, j’ai enregistré, j’ai transcris, et j’ai lu, je suis revenu pendant plusieurs mois sur les vidéos, et progressivement ce que je voyais depuis le début s’est organisé. Il y a dans ce travail de reprise un vrai travail de devenir de soi.

Mais peut-être, il y a là une forme de travail sur la subjectivité qui est indispensable pour développer une psychophénoménologie, dans la patiente reprise de sa propre expérience à travers non pas une analyse systématisée, mais un commentaire d’approfondissement patient qui ne sait pas d’avance ce qu’il va révéler.

Bien entendu, tout cela ne fonctionnerait que pour l’étude des effets perlocutoires ?

 

 

Apprendre les consignes dans l’entretien d’explicitation. les comprendre, les dépasser, s’en libérer, La cohérence des e...

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The paradox of « the dissociated evocation « . Proposals for a new concept.

The paradox of « the dissociated evocation « . Proposals for a new concept.

By Pierre Vermersch

For several years now, we are developing the exploration of the description of past lived experiences by introducing decentration techniques that appeal to changes of imaginary or actual positions, and which show every time a new subpersonality able to take into account and verbalize what is happening to the interviewee, often adding new information. Generically, I called these subpersonalities: dissociated, thus referring to normal and fundamental ability of consciousness to split as necessary without the subject losing the continuity provided by his relation to himself (maintaining the interexperiencial interconnection) and without getting in a dissociative pathology. Each of these subpersonalities has a perspective about the referenced past lived experience (V1), or sometimes about how it connects to V1 during the explicitation interview (V2), which, in the latter case, allows to create meta-positions illuminating the difficulties of the interview.

Exploring these external positions, or “exopositions” we discovered that the basic principle of explicitation interview, concerning the relationship to the past in remembering, i.e. evocation, seemed not respected in the same manner.

Evocation in its principle is an act based on a re-lived experience, on a nearby closeness with one’s past experience, making what was contained in the past release in a vividly, warm and close way. So evocation is characterized by its precise relationship to a specified past lived (there is no mention of an experience in general), by the lack of effort to recall (which would signaly the implement of other evocation acts and the loss of this evocation as an exclusive act), by verbalization in « I » (the personal nature of my past is actively present, as evidenced by the personalized address in “I”), and the awakening of internal states when they were imperative (bodily tensions, emotions, valencies, pains, proprioceptions, postures that update). So far, everything seemed clear and well defined to identify evocation.

But by implementing techniques of dissociated, with the multiplication of exo-positons, it appeared gradually to us during these dissociated positions remaining connected to the past experienced situation of reference (V1),that the internal states were much less imperative in their effects, or even absent. This does not prevent to »see » these into the past situation but precisely to see does not mean to feel these again.

However, the link to the past situation, the accuracy and the abundance of remembrance seemed to be maintained without additional effort. Worse, when we mobilized subpersonalities which are mentors, i.e. not self-co-identities, but by calling real or imaginary characters who see the past situation, they seemed quite well connected to the past, and even they observed in it and they described aspects that the interviewee, in the starting position , did not remembered or did not discriminated in his past.

We were faced to a “cold » evocation, without the heat of the subjectivity which is peculiar to the usual evocation. Nevertheless remaining evocation since the precise quality of the remembering of the lived experience is retained without effort (the criterion of effort is essential to distinguish between the act of evocation and other recall modes, the lack of effort signals the involuntary nature of remembering).
I suggest to name this sort of evocation a « dissociated evocation. »

This designation seems to me consistent with the implemented dissociation techniques, but also with the vocables and practices of NLP, in relation to notions of « associated positions » and « separated positions. »
An associated position, relative to the past, necessarily contains sensory elements, and always from more than the visual channel (e.g., auditory, of felt, olfactory). If the only information that comes is visual, this is a sign that the person is yet not really associated with the past, or she could be more related. The interviewer then is encouraged to guide her in order to recover other sensory impressions (eg with sensory overlap NLP techniques). Dissociated position is often synonymous with the mere presence of visual information, and one more step is taken in the degree of dissociation when the person not only « sees », but sees from the outside of herself (eg she sees herself).

There is at least one precise technique for the use of dissociated positions that aims to allow the return to past traumatic situations without the person being immediately drawn into a strong emotional reaction or more, a loss of consciousness. The technique is to propose to the person to imagine projecting the vision of her past (traumatic) on a digital medium that can be interrupted at any time with a remote control and view it on a TV screen (distancing, privileged visual channel, easy control). If necessary, it is possible to introduce a double dissociation, offering the person to protect herself by imagining to put « herself » in a far corner of the room, so that she’d be unaffected by what sees her body remained on the chair and watching television. Indeed, we have there a technique of dissociated evocation.

In our experiences of dissociated evocation, what surprised us is the same continued engagement with the past as when the evocation is warm, touching, sensory rich. The coldness of evocation, its distanced quality seems to change nothing to the possibility of operating the reflection of the past, its bringing to consciousness, while the subjective commitment seems at a lower degree.
Searching here to identify this behavior of dissociated evocation is for me like opening a door to new experiences in the next Summer University to check, discriminate and explore its properties.

 

 

The paradox of "the dissociated evocation ". Proposals for a new concept. By Pierre Vermersch For several years now, we...

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Considering the addressing modes in the explicitation interview : I, “I”, he, she, it, that : the agentivity in the center of self-reference.

Considering the addressing modes in the explicitation interview :

I, “I”, he, she, it, that : the agentivity in the center of self-reference.

By Pierre Vermersch

(english translation de : La prise en compte des modes d’adressage dans l’entretien d’explicitation : je, JE, il, elle, ça : l’agentivité au centre de l’autoréférence. http://wp.me/p4AqKY-4l

 

1/ During an explicitation interview, the initial stage of the evocation process as a condition of access to the relived remembrance is fundamental to our practice. In this framework, the interviewer is very attentive to the fact of the interviewee expresses as I, as a sign that he accesses to an embodied speech, indicating that he places from his point of view, and therefore, that he is well connected to his past experience. Another way of saying it is that we seek a sign of agentive speech, that is a speech in which the interviewee stands as agent (head, cause, source) of his actions : I do, I see, I think, I tell to myself etc …

This is a first approach to the meaning of the use of  I, based on the distinction between express one’s self as an agent or not. When the interviewee is expressing as « one », in « we » or in « you », he speaks of others or of the circumstances, he does not place as an agent rather as a witness, as a teacher who explains, and we know that in doing so, he can not have access to the remembrance of his past experience.
Yet:

2 / When we go into the world of intra psychic, that is to say, of the very detailed description of subjectivity in micro transitions proper to decision making (choice to move in one place rather than another for example), we’ll have to go more subtly and for that purpose differentiate different source of agentivity.
What I have named temporarily with the most neutral way as possible: the subpersonalities (in French, instance). Each subpersonality distinguished by the interviewee himself, is so because it is a source, a cause, a dynamic origin of agentivity. (But this does not mean that this subpersonality always works positively and propulsively, all scenarios are imaginable and we have already met: hard motionlessness, blocking, refusal force etc.)

In this second step, agentivity remains central to my argument, but it unfolds in a multiplicity of subpersonalities. These appear because there is negotiation, because several agentivity forces are perceived. A subpersonality of me wants to go on (eg, my body feels already turned, already moving toward …), another subpersonality is afraid, hesitant (« my head is wondering if that’s a good thing, and if it would’nt be better to retain the rising movement), and a third has a moderating influence and gives a subtle and positive tempo to the movement (in the example which I summarize here, the interviewee talks about his emotion which modulates movement in a gentle gradualness). All the examples I’ve experienced have resulted in the updating of a multiplicity of subpersonalities, which appear me the better as they are contrasted and impose some form or another to interior exchange (not necessarily with words).

Therefore, the addressing that allows to verbalize what is happening with each of the perceived subpersonality becomes unusual and may cause big problems of intelligibility. The most delicate example is the ambiguity of I, which we want to distinguish with a rating like « I ».

3 / From I to « I ».

In the first point of this post, I recalled the interest of seeing the appearance of the  addressing in I as a sign of the appearance of agentivity. But when agentivity is distributed across multiple subpersonalities, the I becomes insufficient. In the speech of interviewees appears the need to say that this is « he » that gives the impulse, and even sometimes the need is necessary to say that « that” (or “it)” is going on (we downright lost the personalizing dimension of he or she). But hear that it’s a way of saying that it is not I who is the cause.

When there are several sources of agentivity, several subpersonalities, the I loses its meaning, it is too comprehensive, it does not lend itself to differentiation.

In fact, this is to realize that the habitual I, if it is important to identify as a proof of agentivity in contrast with its overall absence, this I is only the convenient notation, usual of the inter-experiential consistency. I borrow this vocabulary to an Austrian author (W. Fasching, The mineness of experience.). I do not use the term « identity » or « me, » but the idea that all my experiences are assembled for me by continuity, whatever the transformations my body over the ages, my thoughts to my roles etc. The I refers agentivity rightly, but overall, undifferentiated, we need more information when we get into the detailed description of the intrapsychic.

In this case, the act of writing  « I » refers to one of the subpersonalities among others, usualy the most familiar subpersonality, the one from which my decisions and movement seem to originate most frequently. This does not prejudge, in general, that “I” is the head, the rationality or the thought ; the individual differences are large enough so that “I” could be  the body or a part of it, the emotion, the heart , or any subjective designation appropriate for each one.

The important point I want to emphasize is that noting I or “I” is not opposed to the usual notation I, otherwise it is in a different perspective: as soon as I’m using “I”, it is that the description takes into account the multi agentivity of the different subpersonalities. But then …

4 / Then, I must become vigilant in a new way to the use what the interviewee makes of the … I. Because in the description of intimate discussions, in the description of the powers of agentivity at a decision, it becomes important to check that the spontaneous I, does not mix with “I”, the subpersonality which is one of the domestic protagonists.

We must learn to say “I” is undecided (as one would say x is undecided), and not  I am undecided. The first refers to one of the subpersonalities, the second approriates all of the agentivity and we lose the subjective distinctions.
It’s difficult ! There is a training to undertake in order to stop assuming globally all the agentivity, and to speak whith « He » does not know yet; or « that » leads him to this place: in order to carefully respect the description of the different self subpersonalities.

5 / Finally, what fills this post and obtrudes since the 2015 Summer University  is the concept of agentivity. It becomes the mover of the discrimination between I and “I”, and further, it allows to take into account the different inner sources of agentivity in the making of a decision, in an intimate discussion.

Considering the addressing modes in the explicitation interview : I, “I”, he, she, it, that : the agentivity in the cent...

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Subjectivity and action : the explicitation interview

Subjectivity and action : the explicitation interview

By Pierre Vermersch

Ex CNRS researcher, author of the explicitation interview, founder of the GREX

(traduction en anglais du post déjà publié en français  « Subjectivité agissante et entretien d’explicitation » dont voici le lien http://wp.me/p4AqKY-4E)

 

Pierre Vermersch interviewed by Elisa CATTARUZZA and Alain MOUCHET

 

  1. Subjectivity is a central point in your course as a researcher. When and how has it begun ?

In fact I have not started (1969) by the notion of subjectivity. It only appeared, as such, latter, throught my contacts whith phenomenologist philosophers during the years 90. As a psychologist, I was motivated and I worked mainly to understand the cognitive functioning. So what did I do ? I started by adding Video to gather all available observable elements, and so to get visible traces of cognitive ongoing process, in addition to the final result. And then it was not enough: at the same time, traces were insufficient to infer in detail all the stages of thought, but again, many mental activities were not translated into visible behaviors and thus remained inaccessible to the researcher. It was then that I started to create the explicitation interview, and used retrospective introspection so that the subject could describe what appeared to him about his activity. And as I was developing this technique, I realized that it provided access to subjectivity in its detail, and in a way made inescapable to think subjectivity in addition to thinking about techniques. I came gradually to the idea of ​​a psycho phenomenology, as a discipline which would complete behavioral science in the third person position, by a subjective approach based on the collection in terms of first and second person position by introspective verbalization.

At the same time, I’ve realized that I had a restrictive use of the study of subjectivity, in the sense that I worked and I was still working mainly on the action in subjectivity. That is to say, in subjectivity, there are many different facets: emotion, beliefs, identity, imagination, physical and mental action, and I was only interested in the subjectivity of the individual engaged in a finalized and productive action. This choice of the primacy of the reference to the action, had absolutely extraordinary effects because, consequently, I avoided numerous pitfalls. All my objects of study are embodied in a finalized action, a process, a generation from the start to the result. It is clear that the philosophers who were interested in subjectivity have not considered the incarnation of subjectivity as expressed in the temporal progression towards achieving a goal. They take a small local example, summarized in an instant without genesis; that is to say decontextualized, not finalized, not involved in production, and therefore they do not catch much, and above all they learn nothing new … the examples then are only as illustrations, they are never sources of new knowledge. We see it clearly in the examples from Sartre, or Merleau-Ponty. I believe that it is really fundamental to take into account the action in subjectivity.

I did something quite innovative : I got interested in the progress of the action and in the subjectivity of mental actions, goals, intentions, schemes.

And also, I believe I came out onto subjectivity with this basic methodological idea: the explicitation allows for the explicitation of the explicitation. In doing so, we could approach the study in actions implemented by the explicitation, and be fully opened to an epistemological dimension. So basically, to answer the initial question, the concept of subjectivity did not interested me, I was not thinking about subjectivity, I was rather in the methodical exercise of accessing to subjectivity. I was in the action of aiming subjectivity and it is step by step that I targeted it and got innovative results; I began to thematize subjectivity. And consequently it has actually become a central concept in relation to my research activities.

 

2. In your book « Explicitation and phenomenology » you emphasize that the history of Western thought has always wanted to respond concretely to the creation of a science of subjectivity but could not do so until today. According to you what are the contextual conditions, in terms of scientific thought,that will permit to achieve this aim?

 

This is a question that interests me a lot, I was thinking about it for a draft article. I read, I have always been reading many ancient texts from late 18th, 19th century and early 20th century. Particularly I take up again the whole constitution of psychology in the nineteenth century to see how have emerged the favorable conditions for the recognition of subjectivity in psychology. For example, it has been forgotten that, from the point of view of scientific thought, these conditions were fully combined, in the early twentieth century in Germany. In particular by the Würzburg school between 1901 and 1910 (see Burloud 1927), the work of Binet in France (Binet 1922), the work of Titchener in the US (Titchener 1912), then was constituted the ability to describe the acting subjectivity. In fact, in the 1910s, when everything was starting to stop, and would be completely stopped by the First World War, all these researchers were just beginning to ask new methodological issues to refine the methods of collecting verbalizations. They were wondering about the possibility to ask questions, how, what risks? They would have inevitably resulted in one form or another of systematic interview. Then, twenty years later, there was an interesting resurgence in the years 25/30, but the Second World War halted all! And after the Second World War, the American style of thought, i.e. behaviorism, temporarily crushed any reference to subjectivity, and more, in fact, so introspection as a research method has become totally taboo. Thus, when I was studying psychology in Aix, in the late 60s, introspection was a forbidden concept, an aberration of the previous century. The word consciousness was of no use, and Piaget, to make it acceptable, spoke only of « awareness ».

 

We see, by stepping back, that the conditions for the a scientific study of subjectivity began to be combined in the late eighteenth century, especially with all the thought movements of the “Lumières” and the fact that people got released from constraints of religious thought. The nineteenth century was completely open to the questions posed by subjectivity connected to the experiments of magnetism, somnambulism, hypnotism, but with a dominant focus on mental pathology and some exceptional experiences. Then came the extraordinary emergence of « experimental introspection » in the early 20th century, and its premature cessation. Finally, in the twentieth century, one could say from the years 80-90, very marginal first, something really culturally new happened: the development of inner practices which were non religious, non spiritual, not curative referred, not facing the pathologies, wich were NLP (neuro Linguistic Programming), Ericksonian hypnosis, Gestalt, Guided waking dream, all kinds of inner practices that enabled to open secular experiment, without curative referrence, so, away from psychotherapy. And that has created, for example for me and for others, the conditions to turn to research integrating subjectivity, by familiarizing oneself with the “secular”experiences of one’s self. (I take the “secular” term loosely, to denote practices beyond any setting overlooking the practices, as are religion, spirituality, therapy, Sloterdijk would say « no vertical tension »). And so, in the 90s institutional conditions and the scientific advances conditions were finally reunited, it implied that there were scientists who had familiarity with experience ofinner practice, as well of others, which was outside therapy, apart from religion, outside militant ideological indoctrination. That is to say, they were not only researchers but also they had become expert practitioners of secular subjectivity; which is the condition for doing research which integrates subjectivity, and knows how to document about it. This last point is really important, because I’ve read lots of project ideas of thesis from people who said:  » Would it be a good idea to work on this or that which is right in subjectivity ?” and they found themselves destitute, that is to say in fact they did not know how to get the information for their plan. They had no method for collecting the description of subjectivity.

 

Moreover, with the 90, has emerged (and I contributed) a psychologizing of phenomenology, that is to say, we realized that Husserl was a resource to study subjectivity to categorize, provided you read him in a proper manner, that is to say to take phenomenology as a psychology in first person perspective, from what he has always vigorously defended for half-epistemological reasons, and half- institutional ones. This is when I started to work with Francisco Varela and the philosopher Natalie Depraz, we wrote a book and held together a seminar about practical phenomenology for several years. Later, we even had official requests on the theme  » propose us projects for institutional research programs on subjectivity. »

 

Finally, the hard sciences like neurophysiology, have found themselves faced with the need to know what the subject was experiencing, according to him, in order to relate neurophysiological signals and subjectivity, as these signals alone do not provide the semantics of the corresponding lived experience. If the subject is conscious, he must be able to tell! And that eventually causes, sooner or later, a mutation in the most serious science laboratories since one must learn to question the subject, to find out what he experienced according to him.

 

At the same time, we see the multiplication of international discussions on the possibility, the validity of introspection, the conditions taken into account in first person perspective (see among others the Journal of Consciousness Studies, but also all the update news daily online of articles, chapters, unpublished, available free on the academia.edu network or Research Gates).

 

So I just outlined how are built the conditions of inclusion of subjectivity, even if these conditions were already gathered in the early twentieth century, and it took 70 years, and the invention of the inner exercises, which are secular, unusual but normal, for the conditions be recreated again. I am fascinated by it all and I deeply believe that this is the first time in the history of Western culture that the conditions are gathered to conduct systematic research on subjectivity: we emerged from the grip of religion, mechanical crushing of positivism, rational scientism, and we have expert practitioners in the field of research.

 

3/ Indeed, you put light on the fact that the explicitation interview was not only a means among others; it was held by an epistemology of the study of subjectivity that exceeded its tool status.

 

I created an interview with researcher motivations. I was not a practitioner. What I wanted was to get information that I had not got before, even with the video. But as soon as I started to get this information, practitioners have come to me because they found that gathering information from the students, for example, was useful to them, it was completely suited to their goals on finalized mental acts (the exercises).

But I, as a researcher, what was I doing?

 

As soon as I got this new information, I realized that I was creating new knowledge and above all I was creating a new reflexive epistemological posture. That is to say, I positioned myself immediately into the explicitation of the explicitation. I could study the actions implemented in the explicitation interview (evocation, fragmentation, perlocutionary effects, direction of attention, mode of consciousness) by the explicitation itself! Once the tool has been developed, it has become a subject of study.

 

4. About that, how do you situate explicitation in relation to the analysis of practices? Under what conditions can this tool it be a training resource?

 

It is important to distinguish between gathering information and helping to change.

For me, practices analysis, coaching, supervision, are basically reflective practices which postulate that becoming aware of what we did can improve ourselves, can regulate ourselves, and opens up the opportunity to socialize our practice, especially in groups.

Socialize our practice, that is to say, to share practice with others and discover the practice of others. How extraordinary! There are so many relation practitioners that are alone by the time of their practice, alone with the person they care for. A teacher is alone in his class, a superviser, someone who intervenes, a counselor is alone with people he receives. The possibility to socialize our practice by group sharing is extremely important. And the explicitation interview allows to exchange something else than opinions and comments, it invites, guides, deepens the sharing of the acts effectively implemented, the catching of information, the goals, the speeches. To share at this level requires a facilitator who guides to an embodied speech position and does not let the professional in a meta discourse upon his practice (with his consent as always).

 

But it must be clear that the explicitation interview is only one side of the of practice analysis, that is to say, it fits only to document the existing fact. “What happened ?” “How have you been proceeding?”

The practice analysis often includes a second side i.e. help to change. And now that the activity has been documented, what will I do to help to change? Is it going to be an advice? But if there is a problem of limiting belief (“I am not able”, for example), the advice is not enough. If there is a problem of identity (« but who am I to do that? ») The advice is not enough either. For helping, it is necessary to implement techniques of help to change that are different from those of the explicitation interview. It is important to distinguish them.

 

Last, there are lots of techniques of help to change that does not take into account the awareness of what we did, as Focusing, or Ericksonian hypnosis, which are techniques that will help to change without using the description of the practice, without the need for the explicitation.

Help to change involves a different approach from the only descriptive explicitation of the lived experience.

 

What is your opinion about the conditions for using this tool as training resource?

 

1 / For the teacher, to know the subjectivity in action is part of the project of a reflexive pedagogy.

The fundamental resource is reflexivity, i.e. the explicitation interview will provide concrete means to practice a pedagogy of reflexivity. This is where I take place. The teacher will be able to get information about what the student is doing during his activity, not just the end result, and this is a revolution. At that point, the contribution of the explicitation interview is essential: learning to listen, of course, but also learn to ask the right questions, but equally changing habits, not being lead by spontaneity, so learning to refrain from asking certain questions that are counter-productive.
2 / For the student: to discover the way he thinks and the means to access to his thought.The student will discover that he can examine it, he can become self informed. And the teacher can help him to get aware of his inner cognitive world, for that, he will ask more questions not to inform himself more (sometimes he recognized immediately what it was about) but to help the student become aware of his actions. This is another facet of reflective pedagogy.

The teacher has understood, but he will not say it immediately to the student, he will continue to question him so the student discovers by himself what he did. He will ask him questions, but in addition to information, so doing, student will discover that he can go back to what he did, and that he can become aware of his own thought, his mental acts … wow, that’s amazing for people in difficulty who find they can get informed about themselves.

 

3 / For the trainings, the transfer effect.
And the third thing I find extraordinary is that when you propose, in a follow-up group to relate to your own thinking and find your own mind, you’re trying to build a transfer tool for any learning process, that is to say that maybe you do that in math, but you will discover that you could do it in technical, in french, in history … Because actually, I think that to question the trainee that way, more than discovering his own mind, it also leads him to discover the intellectual tools to find out his own thought. The transfer capacity is much broader.

 

5. Can you elaborate on the concept of lived experience as it is approached through the explicitation interview?


For me, the lived experience is initially what belongs to the life of a person (cf. Vermersch. 2014). This is the first fundamental point and more specifically to a single person (not a team or a group). It means that the lived experience is what belongs to me, what belongs to you, and it is linked to a single person. The second quality is that the lived experience concept is always bound to a specified time. The lived experience is lived only at the moment it is lived. « Every time you made coffee, » this is not an experience, it is an experience of a class of lived experience, it is an abstraction. These are the two fundamental criteria : it belongs to one person and it belongs to a specific time. It always belongs to a targeted time. After we can develop that any lived experience can be described, any lived experience is basically organized by its temporal structure. It has a beginning, a development, an end.

 

But what is interesting is not only the stated positive criteria but also their negative formulation. Take the first criterion, « it belongs only to one person. » It means negatively that if I talk about what others have done, I do not talk about my experience. If I say « we have done … » it does not inform the lived experience. The second criterion is that of the specified time, if I hear the person talking in general, I do not have her lived experience. If she comments, I do not have her experience, I have a speech about her experience. It’s always interesting to see the positive intrinsic criteria as well as the negative criteria, because often, what we need to train people is that they become aware of the negative criteria, because these are much easier to spot in listening. It’s part of our basic training, learn to spot what shows that the verbalization does not relate to a lived experience.

 

Under what conditions can this tool it be a training resource?

 To become a resource, the essential point is that we must make an experiential learning ; I, myself, must have become the resource, and therefore I need to become, me, a practitioner. Read, hear about it, is useless, because subjectivity can only be reached if I am practicing subjectivity. Then, you have to know how to question and learn as much how to refrain from asking certain questions. I must know how to listen, not just because I am empathetic, but listen to identify what information are missing, hollow listening: what have not yet been said? What is missing inside the speech?

 

Then, to become a training resource we must make it as a group culture, a school culture. In a school where you have a teacher practitioner of the explicitation interview, after a time, even teachers who do not use it know about it; even students not included are informed of it. And group culture is something extraordinary. For this being a training resource, it must ideally be a shared culture between the student and the teacher, which means that sooner or later students will ask similar questions to prof. « Sir or Madam, when you say that, you want to tell …? « And on the other hand, the entire school, including the principal, including the coaching staff, should know and share that vision. And there, really, it becomes an extraordinary educational resource.

 

6. This folder Research & Training brings together articles by researchers who show the interest to consider subjectivity as a resource within the training. In your opinion, what are the implications and prospects for research on education and training?

 

I would like to distinguish two types of research program: the first, direct, on what happens in the classroom if we introduce the explicitation: what is happening when …? The second, indirect or meta: for example, how the explicitation interview could help to document the subjective perlocutionary effects, that is to say, « What am I doing to the other with my words « , » do my words, my orders, produce the effects I want?  » But also become aware of my own perlocutionary aims:  » What effects I wanted to produce when I used a direction formulated in a certain way or another? « .

 

All relation practioners, such as teachers, for example, pass through the implementation of instructions, I ask things, I tell people what to do, people answer me. The teacher’s activity, the training activity, are based on it and linguistics has not worked much on the perlocutionary effects. With the explicitation interview, I can document the perlocutionary intention of the practitioner. And then I’ll go with the student to see how he received what I told him. That’s subjectivity. And then, still in the perlocutionary effects, I can discover and clarify why some formulations are undesirable, ineffective or against productive. Perlocutionary effects are the meta research program which we need as a matter of priority.

 

The second theme is to go really further in the discovery of the conditions of the becoming of awareness, and of the suitability of the experience. We must discover by going further in subjectivity, that experiencing an exercice is not enough. We must also operate its reflection, i.e. have a reflexive pedagogical activity. When the student, when the trainee, have exercised, we need to take the time to have him described, teach him to describe how he did what he did and learn from it, not necessarily to analyze some problems, but for him to discover that he can become aware of what he has learned and how he managed for it. And there, I find that there, really, is a huge program of research, that is to say to show that reflective teaching is not a luxury, it really is a necessary complement.

A final theme is the one about the effects of reflective activities in the long term? What transfer effects?

Here are some research themes that, I think, are important.

7. What would you like to say in conclusion?

 

I see two ideas that are close to my heart: 1 / researchers must become expert practitioners of subjectivity, 2 / purely exploratory research should be permitted.

 

I have already got this theme in the beginning of this interview, and often I have concluded my recent articles on this: whether the researcher or the user, if he wants to take into account the subjectivity, he must himself change, extend his experience to become an expert practitioner. While I’m practicing, I’m practicing, okay, I’m a trainer, I teach, I … OK. You want to take into account the subjectivity? So become an expert in subjectivity.

 

But becoming expert in subjectivity, what does that mean? It means exploring guided situations where we discover our inner possibilities, inner-exploration, which are unusual but without being stuck in therapy or spirituality. This can lead to training periods that give the opportunity to inner practice, as Guided waking dream, Focusing, NLP, rebirthing, meditation, mindfullness, TIPI, ISF and many other anthropotechnique ( inner techniques, I borrow this term to the German philosopher Sloterdijk). In doing so, I am discovering myself. I discover how the other is functioning. I discover the richness of subjectivity and the opportunity to explore it easily out of the usual daily experiences. But I do not discover through reading, I discover by doing, practicing, exercising me. And as I go multiplying this kind of experience, I also develope an experiential and methodological knowledge of subjectivity. And then I become an expert practitioner. There are so many researchers who wanted to do research on subjectivity and were unknowingly just naive and inexperienced. What does that mean, they were naive? That means they did not practice themselves. You can not study subjectivity if you do not have an inner-practice, and you get inner-practice by practicing with others!

 

The second idea is to promote, or at least allow, in the area of the discovery of subjectivity, merely exploratory academic research. i.e.research that seem a priori without widespread reach, with purely descriptive methodologies, without regard to the sample size, which will respond to seemingly modest questions: “what is it to …?” “What will happen when …?”

 

We are so late in the knowledge of subjectivity that we must explore, botanize, describe, identify alternatives and in doing that… upstream discover what is to describe, what are the descriptive categories which offer to get in the privacy of subjectivity. In the research work of GREX, we do not stop, year after year, to face the need to invent new descriptive concepts for simply name what appears to us in our exploratory activities.

 

Selected bibliography

 

Burloud, A. (1927). La pensée d’après les recherches expérimentales de H-J. Watt, de Messer et de Bühler. Paris, Alcan.

 

Binet, A. (1922). L’intelligence. Paris, Costes.

 

Depraz, N., Varela, F., Vermersch, P. , (2003). On becoming aware A pragmatic of experiencing. Amsterdam, Benjamin.

 

Sloterdijk, P., (2011). Tu dois changer ta vie.  De l’anthropotechnique, Libella-Maren Sell.

 

Titchener, E. B. (1912). « The schema of introspection. » American Journal of Psychology 23: 485-508.

 

Vermersch, P. (1994, 2014). L’entretien d’explicitation, ESF.

 

Vermersch, P. (2012). Explicitation et phénoménologie: vers une psychophénoménologie, Presses universitaires de France.

 

Vermersch, P. (2014). Le dessin de vécu dans la recherche en première personne. Pratique de l’auto-explicitation. Première, deuxième, troisième personne. N. Depraz. Bucarest, Zetabooks: 195-233.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Subjectivity and action : the explicitation interview

By Pierre Vermersch

Ex CNRS researcher, author of the explicitation interview, founder of the GREX

(traduction en anglais du post déjà publié en français Subjectivité agissante et entretien d’explicitation http://wp.me/p4AqKY-4E)

 

Pierre Vermersch interviewed by Elisa CATTARUZZA and Alain MOUCHET

 

  1. Subjectivity is a central point in your course as a researcher. When and how has it begun ?

In fact I have not started (1969) by the notion of subjectivity. It only appeared, as such, latter, throught my contacts whith phenomenologist philosophers during the years 90. As a psychologist, I was motivated and I worked mainly to understand the cognitive functioning. So what did I do ?  I started by adding Video to gather all available observable elements, and so to get visible traces of cognitive ongoing process, in addition to the final result. And then it was not enough: at the same time, traces were insufficient to infer in detail all the stages of thought, but again, many mental activities were not translated into visible behaviors and thus remained inaccessible to the researcher. It was then that I started to create the explicitation interview, and used retrospective introspection so that the subject could describe what appeared to him about his activity. And as I was developing this technique, I realized that it provided access to subjectivity in its detail, and in a way made inescapable to think subjectivity in addition to thinking about techniques. I came gradually to the idea of ​​a psycho phenomenology, as a discipline which would complete behavioral science in the third person position, by a subjective approach based on the collection in terms of first and second person position by  introspective verbalization.

At the same time, I’ve realized that I had a restrictive use of the study of subjectivity, in the sense that I worked and I was still working mainly on the action in subjectivity. That is to say, in subjectivity, there are many different facets: emotion, beliefs, identity, imagination, physical and mental action, and I was only interested in the subjectivity of the individual engaged in a finalized and productive action. This choice of the primacy of the reference to the action, had absolutely extraordinary effects because, consequently, I avoided numerous pitfalls. All my objects of study are embodied in a finalized action, a process, a generation from the start to the result. It is clear that the philosophers who were interested in subjectivity have not considered the incarnation of subjectivity as expressed in the temporal progression towards achieving a goal. They take a small local example, summarized in an instant without genesis; that is to say decontextualized, not finalized, not involved in production, and therefore they do not catch much, and above all they learn nothing new … the examples then are only as illustrations, they are never sources of new knowledge. We see it clearly in the examples from Sartre, or Merleau-Ponty. I believe that it is really fundamental to take into account the action in subjectivity.

I did something quite innovative : I got interested in the progress of the action and in the subjectivity of mental actions, goals, intentions, schemes.

And also, I believe I came out onto subjectivity with this basic methodological idea: the explicitation allows for the explicitation of the explicitation. In doing so, we could approach the study in actions implemented by the explicitation, and be fully opened to an epistemological dimension. So basically, to answer the initial question, the concept of subjectivity did not interested me, I was not thinking about subjectivity, I was rather in the methodical exercise of accessing to subjectivity. I was in the action of aiming subjectivity and it is step by step that I targeted it and got innovative results; I began to thematize subjectivity. And consequently it has actually become a central concept in relation to my research activities.

 

2. In your book « Explicitation and phenomenology » you emphasize that the history of Western thought has always wanted to respond concretely to the creation of a science of subjectivity but could not do so until today.  According to you what are the contextual conditions, in terms of scientific thought,that will permit to achieve this aim?

 

This is a question that interests me a lot, I was thinking about it for a draft article. I read, I have always been reading many ancient texts from late 18th, 19th century and early 20th century. Particularly I take up again the whole constitution of psychology in the nineteenth century to see how have emerged the favorable conditions for the recognition of subjectivity in psychology. For example, it has been forgotten that, from the point of view of scientific thought, these conditions were fully combined, in the early twentieth century in Germany. In particular by the Würzburg school between 1901 and 1910 (see Burloud 1927), the work of Binet in France (Binet 1922), the work of Titchener in the US (Titchener 1912), then was constituted the ability to describe the acting subjectivity. In fact, in the 1910s, when everything was starting to stop, and would be completely stopped by the First World War, all these researchers were just beginning to ask new methodological issues to refine the methods of collecting verbalizations. They were wondering about the possibility to ask questions, how, what risks? They would have inevitably resulted in one form or another of systematic interview. Then, twenty years later, there was an interesting resurgence in the years 25/30, but the Second World War halted all! And after the Second World War, the American style of thought, i.e. behaviorism, temporarily crushed any reference to subjectivity, and more, in fact, so introspection as a research method has become totally taboo. Thus, when I was studying psychology  in Aix, in the late 60s, introspection was a forbidden concept, an aberration of the previous century. The word consciousness was of no use, and Piaget, to make it acceptable, spoke only of « awareness ».

 

We see, by stepping back, that the conditions for the a scientific study of subjectivity began to be combined in the late eighteenth century, especially with all the thought movements of the “Lumières” and the fact that people got released from constraints of religious thought. The nineteenth century was completely open to the questions posed by subjectivity connected to the experiments of magnetism, somnambulism, hypnotism, but with a dominant focus on mental pathology and some exceptional experiences. Then came the extraordinary emergence of « experimental introspection » in the early 20th century, and its premature cessation. Finally, in the twentieth century, one could say from the years 80-90, very marginal first, something really culturally new happened: the development of inner practices which were non religious, non spiritual, not curative referred, not facing the pathologies, wich were NLP (neuro Linguistic Programming), Ericksonian hypnosis, Gestalt, Guided waking dream, all kinds of inner practices that enabled to open secular experiment, without curative referrence, so, away from psychotherapy. And that has created, for example for me and for others, the conditions to turn to research integrating subjectivity, by familiarizing oneself with the “secular”experiences of one’s self. (I take the “secular” term loosely, to denote practices beyond any setting overlooking the practices, as are religion, spirituality, therapy, Sloterdijk would say « no vertical tension »). And so, in the 90s institutional conditions and the scientific advances conditions were finally reunited, it implied that there were scientists who had familiarity with experience ofinner practice, as well of others, which was outside therapy, apart from religion, outside militant ideological indoctrination. That is to say, they were not only researchers but also they had become expert practitioners of secular subjectivity; which is the condition for doing research which integrates subjectivity, and knows how to document about it. This last point is really important, because I’ve read lots of project ideas of thesis from people who said:  » Would it be a good idea to work on this or that which is right in subjectivity ?” and they found themselves destitute, that is to say in fact they did not know how to get the information for their plan. They had no method for collecting the description of subjectivity.

 

Moreover, with the 90, has emerged (and I contributed) a psychologizing of phenomenology, that is to say, we realized that Husserl was a resource to study subjectivity to categorize, provided you read him in a proper manner, that is to say to take phenomenology as a psychology in first person perspective, from what he has always vigorously defended  for half-epistemological reasons, and half- institutional ones. This is when I started to work with Francisco Varela and the philosopher Natalie Depraz, we wrote a book and held together a seminar about practical phenomenology for several years. Later, we even had official requests on the theme  » propose us projects for institutional research programs on subjectivity. »

 

Finally, the hard sciences like neurophysiology, have found themselves faced with the need to know what the subject was experiencing, according to him, in order to relate neurophysiological signals and subjectivity, as these signals alone do not provide the semantics of the corresponding lived experience. If the subject is conscious, he must be able to tell! And that eventually causes, sooner or later, a mutation in the most serious science laboratories since one must learn to question the subject, to find out what he experienced according to him.

 

At the same time, we see the multiplication of international discussions on the possibility, the validity of introspection, the conditions taken into account in first person perspective (see among others the Journal of Consciousness Studies, but also all the update news daily online of articles, chapters, unpublished, available free on the academia.edu network or Research Gates).

 

So I just outlined how are built the conditions of inclusion of subjectivity, even if these conditions were already gathered in the early twentieth century, and it took 70 years, and the invention of the inner exercises, which are secular, unusual but normal, for the conditions be recreated again. I am fascinated by it all and I deeply believe that this is the first time in the history of Western culture that the conditions are gathered to conduct systematic research on subjectivity: we emerged from the grip of religion, mechanical crushing of positivism, rational scientism, and we have expert practitioners in the field of research.

 

3/ Indeed, you put light on the fact that the explicitation interview was not only a means among others; it was held by an epistemology of the study of subjectivity that exceeded its tool status.

 

I created an interview with researcher motivations. I was not a practitioner. What I wanted was to get information that I had not got before, even with the video. But as soon as I started to get this information, practitioners have come to me because they found that gathering information from the students, for example, was useful to them, it was completely suited to their goals on finalized mental acts (the exercises).

But I, as a researcher, what was I doing?

 

As soon as I got this new information, I realized that I was creating new knowledge and above all I was creating a new reflexive epistemological posture. That is to say, I positioned myself immediately into the explicitation of the explicitation. I could study the actions implemented in the explicitation interview (evocation, fragmentation, perlocutionary effects, direction of attention, mode of consciousness) by the explicitation itself! Once the tool has been developed, it has become a subject of study.

 

4. About that, how do you situate explicitation in relation to the analysis of practices? Under what conditions can this tool it be a training resource?

 

It is important to distinguish between gathering information and helping to change.

For me, practices analysis, coaching, supervision, are basically reflective practices which postulate that becoming aware of what we did can improve ourselves, can regulate ourselves, and opens up the opportunity to socialize our practice, especially in groups.

Socialize our practice, that is to say, to share practice with others and discover the practice of others. How extraordinary! There are so many relation practitioners that are alone by the time of their practice, alone with the person they care for. A teacher is alone in his class, a superviser, someone who intervenes, a counselor is alone with people he receives. The possibility to socialize our practice by group sharing is extremely important. And the explicitation interview allows to exchange something else than opinions and comments, it invites, guides, deepens the sharing of the acts effectively implemented, the catching of information, the goals, the speeches. To share at this level requires a facilitator who guides to an embodied speech position and does not let the professional in a meta discourse upon his practice (with his consent as always).

 

But it must be clear that the explicitation interview is only one side of the of practice analysis, that is to say, it fits only to document the existing fact. “What happened ?” “How have you been proceeding?”

The practice analysis often includes a second side i.e. help to change. And now that the activity has been documented, what will I do to help to change? Is it going to be an advice? But if there is a problem of limiting belief (“I am not able”, for example), the advice is not enough. If there is a problem of identity (« but who am I to do that? ») The advice is not enough either. For helping, it is necessary to implement techniques of help to change that are different from those of  the explicitation interview. It is important to distinguish them.

 

Last, there are lots of techniques of help to change that does not take into account the awareness of what we did, as Focusing, or Ericksonian hypnosis, which are techniques that will help to change without using the description of the practice, without the need for the explicitation.

Help to change involves a different approach from the only descriptive explicitation of the lived experience.

 

What is your opinion about the conditions for using this tool as training resource?

 

1 / For the teacher, to know the subjectivity in action is part of the project of a reflexive pedagogy.

The fundamental resource is reflexivity, i.e. the explicitation interview will provide concrete means to practice a pedagogy of reflexivity. This is where I take place. The teacher will be able to get information about what the student is doing during his activity, not just the end result, and this is a revolution. At that point, the contribution of the explicitation interview is essential: learning to listen, of course, but also learn to ask the right questions, but equally changing habits, not being lead by spontaneity, so learning to refrain  from asking certain questions that are counter-productive.
2 / For the student: to discover the way he thinks and the means to access to his thought.The student will discover that he can examine it, he can become self informed. And the teacher can help him to get aware of his inner cognitive world, for that, he will ask more questions not to inform himself more (sometimes he recognized immediately what it was about) but to help the student become aware of his actions. This is another facet of reflective pedagogy.

The teacher has understood, but he will not say it immediately to the student, he will continue to question him so the student discovers by himself what he did. He will ask him questions, but in addition to information, so doing, student will discover that he can go back to what he did, and that he can become aware of his own thought, his mental acts … wow, that’s amazing for people in difficulty who find they can get informed about themselves.

 

3 / For the trainings, the transfer effect.
And the third thing I find extraordinary is that when you propose, in a follow-up group to relate to your own thinking and find your own mind, you’re trying to build a transfer tool for any learning process, that is to say that maybe you do that in math, but you will discover that you could do it in technical, in french, in history … Because actually, I think that to question the trainee that way, more than discovering his own mind, it also leads him to discover the intellectual tools to find out his own thought. The transfer capacity is much broader.

 

5. Can you elaborate on the concept of lived experience as it is approached through the explicitation interview?


For me, the lived experience is initially what belongs to the life of a person (cf. Vermersch. 2014). This is the first fundamental point and  more specifically to a single person (not a team or a group). It means that the lived experience is what belongs to me, what belongs to you, and it is linked to a single person. The second quality is that the lived experience concept is always bound to a specified time. The lived experience is lived only at the moment it is lived. « Every time you made coffee, » this is not an experience, it is an experience of a class of lived experience, it is an abstraction. These are the two fundamental criteria : it belongs to one person and it belongs to a specific time. It always belongs to a targeted time. After  we can develop that any lived experience can be described, any lived experience is basically organized by its temporal structure. It has a beginning, a development, an end.

 

But what is interesting is not only the stated positive criteria but also their negative formulation. Take the first criterion, « it belongs only to one person. » It means negatively that if I talk about what others have done, I do not talk about my experience. If I say « we have done … » it does not inform the lived experience. The second criterion is that of the specified time, if I hear the person talking in general, I do not have her lived experience. If she comments, I do not have her experience, I have a speech about her experience. It’s always interesting to see the positive intrinsic criteria as well as the negative criteria, because often, what we need to train people is that they become aware of the negative criteria, because these are much easier to spot in listening. It’s part of our basic training, learn to spot what shows that the verbalization does not relate to a lived experience.

 

Under what conditions can this tool it be a training resource?

 To become a resource, the essential point is that we must make an experiential learning ; I, myself,  must have become the resource, and therefore  I need to become, me,  a practitioner. Read, hear about it, is useless, because subjectivity can only be reached if I am practicing subjectivity.  Then, you have to know how to question and learn as much how to refrain from asking certain questions. I must know how to listen, not just because I am empathetic, but listen to identify what information are missing, hollow listening: what have not yet been said? What is missing inside the speech?

 

Then, to become a training resource we must make it as a group culture, a school culture. In a school where you have a teacher practitioner of the explicitation interview, after a time, even teachers who do not use it know about it; even students not included are informed of it. And group culture is something extraordinary. For this being a training resource, it must ideally be a shared culture between the student and the teacher, which means that sooner or later students will ask similar questions to prof. « Sir or Madam, when you say that, you want to tell …? « And on the other hand, the entire school, including the principal, including the coaching staff, should know and share that vision. And there, really, it becomes an extraordinary educational resource.

 

6. This folder Research & Training brings together articles by researchers who show the interest to consider subjectivity as a resource within the training. In your opinion, what are the implications and prospects for research on education and training?

 

I would like to distinguish two types of research program: the first, direct, on what happens in the classroom if we introduce the explicitation: what is happening when …? The second, indirect or meta: for example, how the explicitation interview could help to document the subjective perlocutionary effects, that is to say, « What am I doing to the other with my words « , » do my words, my orders, produce the effects I want?  » But also become aware of my own perlocutionary aims:  » What effects I wanted to produce when I used a direction formulated in a certain way or another? « .

 

All relation practioners, such as teachers, for example, pass through the implementation of instructions, I ask things, I tell people what to do, people answer me. The teacher’s activity, the training activity, are based on it and linguistics has not worked much on the perlocutionary effects. With the explicitation interview, I can document the perlocutionary intention of the practitioner. And then I’ll go with the student to see how he received what I told him. That’s subjectivity. And then, still in the perlocutionary effects, I can discover and clarify why some formulations are undesirable, ineffective or against productive. Perlocutionary effects are the meta research program which we need as a matter of priority.

 

The second theme is to go really further in the discovery of the conditions of the becoming of awareness, and of the suitability of the experience. We must discover by going further in subjectivity, that experiencing an exercice is not enough. We must also operate its reflection, i.e. have a reflexive pedagogical activity. When the student, when the trainee, have exercised, we need to take the time to have him described, teach him to describe how he did what he did and learn from it, not necessarily to analyze some problems, but for him to discover that he can become aware of what he has learned and how he managed for it. And there, I find that there, really, is a huge program of research, that is to say to show that reflective teaching is not a luxury, it really is a necessary complement.

A final theme is the one about the effects of reflective activities in the long term? What transfer effects?

Here are some research themes that, I think, are important.

7. What would you like to say in conclusion?

 

I see two ideas that are close to my heart: 1 / researchers must become expert practitioners of subjectivity, 2 / purely exploratory research should be permitted.

 

I have already got this theme in the beginning of this interview, and often I have concluded my recent articles on this: whether the researcher or the user, if he wants to take into account the subjectivity, he must himself change, extend his experience to become an expert practitioner. While I’m practicing, I’m practicing, okay, I’m a trainer, I teach, I … OK. You want to take into account the subjectivity? So become an expert in subjectivity.

 

But becoming expert in subjectivity, what does that mean? It means exploring guided situations where we discover our inner possibilities, inner-exploration, which are unusual but without being stuck in therapy or spirituality. This can lead to training periods that give the opportunity to inner practice, as Guided waking dream, Focusing, NLP, rebirthing, meditation, mindfullness, TIPI, ISF and many other anthropotechnique ( inner techniques, I borrow this term to the German philosopher Sloterdijk). In doing so, I am discovering myself. I discover how the other is functioning. I discover the richness of subjectivity and the opportunity to explore it easily out of the usual daily experiences. But I do not discover through reading, I discover by doing, practicing, exercising me. And as I go multiplying this kind of experience, I also develope an experiential and methodological knowledge of subjectivity. And then I become an expert practitioner. There are so many researchers who wanted to do research on subjectivity and were unknowingly just naive and inexperienced. What does that mean, they were naive? That means they did not practice themselves. You can not study subjectivity if you do not have an inner-practice, and you get inner-practice by practicing with others!

 

The second idea is to promote, or at least allow, in the area of the discovery of subjectivity, merely exploratory academic research. i.e.research that seem a priori without widespread reach, with purely descriptive methodologies, without regard to the sample size, which will respond to seemingly modest questions: “what is it to …?” “What will happen when …?”

 

We are so late in the knowledge of subjectivity that we must explore, botanize, describe, identify alternatives and in doing that… upstream discover what is to describe, what are the descriptive categories which offer to get in the privacy of subjectivity. In the research work of GREX, we do not stop, year after year, to face the need to invent new descriptive concepts for simply name what appears to us in our exploratory activities.

 

Selected bibliography

 

Burloud, A. (1927). La pensée d’après les recherches expérimentales de H-J. Watt, de Messer et de Bühler. Paris, Alcan.

 

Binet, A. (1922). L’intelligence. Paris, Costes.

 

Depraz, N., Varela, F., Vermersch, P. , (2003). On becoming aware A pragmatic of experiencing. Amsterdam, Benjamin.

 

Sloterdijk, P., (2011). Tu dois changer ta vie.  De l’anthropotechnique, Libella-Maren Sell.

 

Titchener, E. B. (1912). « The schema of introspection. » American Journal of Psychology 23: 485-508.

 

Vermersch, P. (1994, 2014). L’entretien d’explicitation, ESF.

 

Vermersch, P. (2012). Explicitation et phénoménologie: vers une psychophénoménologie, Presses universitaires de France.

 

Vermersch, P. (2014). Le dessin de vécu dans la recherche en première personne. Pratique de l’auto-explicitation. Première, deuxième, troisième personne. N. Depraz. Bucarest, Zetabooks: 195-233.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Subjectivity and action : the explicitation interview By Pierre Vermersch Ex CNRS researcher, author of the explicitatio...

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The explicitation interview as limits exceedings !

The explicitation interview as exceedings of the limits!

 

Pierre Vermersch

 

True to its title, this article aims to present the course of the creation and of the
improvement of the explicitation interview in terms of multiple exceedings beyond usual limits, or in terms of transgressing historically dated limits, or passing into areas (as the exploration of dissociation or exo positions) where we are used to see immediately psychopathological or psychiatric connotations, whereas simply, this has been a century that we did not explore the natural subjectivity facets without prejudice, in a non-pathological framework (without religion, without spirituality, without disease, without drugs).

1 / The first transgression, if not the worse: exceeding the rejection of introspection.

The idea which founds the creation of the explicitation interview lays on a first overtaking, against the grain of everything I had been taught at the university, in opposition to the dominant ideology totally hostile to the use of introspection in cognitive research.

For me, this exceeding responded to a need of common sense that for psychological research, we had to know about what a person has lived according to her, avoiding the stupid and short sighted principle of not wanting to take it into account ! Therefore, this overrun was  aiming to restore in research the perspective in first person position. And this view can only be obtained by accessing to what has been lived and to the descriptive words for its implementation. In order to interfere not with the experience while it is lived, I preferred the retrospective access, the introspective verbalization will therefore lay on the ability to recall past  lived experiences.

This position and this decision are my starting point. They express my answer to a researcher’s need to have information for which there is just no other conceivable means than introspection! And all the countless ways to collect traces, observations, electrophysiological signals of any kind will never give these intimate information.

Introspection is of interest for research only by the production of verbalizations[1], and since the person involved is not the researcher (mostly), we need a technique to accompany the verbalization, a technique of interview, which will be the explicitation interview. We had to create a new technique because the interview techniques of the time did not fit my needs, neither the technique of non-directive interview, more for clinical data than for research, nor Piaget’s critical interview aimed primarily to verify the stability of invariants, using against proposals, and not also all the techniques of collecting representations and opinions.

To create a new technique, my first decision was to focus on the acted dimension of the lived experience because questioning a finalized and productive action (whether material, symbolic or mental) required to register any discourse within the constraints (physical, logical, chronological, causal) inherent in the aim of a result and this potentially allowed to triangulate verbalisations with all these objectivable constraints. The primacy of the reference to the acted experience permitted me to avoid questioning for example representations without even knowing how they were embodied! Furthermore, the inherent properties of the action sequences led me to think immediately about the possibility of fragmenting the description (I will resume this later).

2 / Exceeding the usual limits of remembering: the evocation.

The following exceeding was to found all the implementation of the explicitation interview upon the mobilization of an act of involuntary remembering: evocation. So I discovered the indirect techniques to initiate, to maintain, and produce much more and detailed information than anything we had achieved so far.

The major transgression was to reject the method and the results of all experimental psychology studies about memory that were only concerned in describing  their limits, so I reversed the process, in order to design an aid to remembering! We must realize that the enormous scientific literature on memory recognizes these limitations, notes that we can easily manipulate memories, and easily create false memories, but nobody has worked on how to assist in the remembrance and the ability to create the conditions to make no confusion.

Not that the technique of evocation be perfect, or complete, but it provides a wealth of information on the past lived experience that astounds the researcher, the practitioner, and even the one who lived it!

3 / Exceeding reflexive consciousness: the retrospective awareness of the contents of consciousness in action,  the pre-reflected consciousness .

This exceeding of the limits of remembrance was logically accompanied by a second overflow related to the structure of consciousness. If we make the assumption of a three-level structure of consciousness (Husserl), on one hand, we have a reflexive consciousness that knows what it is aware at the time it is lived, but represents little things in regard with the whole of what touches us, without knowing about it, and with the whole which is passively memorized. Then we have a conscience in action or pre reflected consciousness mobilizing many resources during the act, but the subject does not even know that he has put them into practice. And finally, a third layer can be described as unconscious which is active as a Potential of all the resources available by the subject as organized sedimentation of all his past lived experiences. By implementing evocation, we discovered that the subject who takes time to get into his his past relived, becomes aware (switches from pre reflected consciousness to reflected consciousness) of some of his past elements he discovers just when he speaks, to his astonishment. This new exceeding thus relies on the help to get the awareness of what the person lived!

So the explicitation interview is based on two deeply subjective and inter connected dimensions: an act of involuntary remembering (evocation) and an act of reflection allowing the retrospective awareness of one’s own past lived experience.

These are the subjective, psychological bases of the technique of the explicitation interview ;  then, all techniques leading to the access by evocation and to becoming aware will still be further developed.

4 – Exceeding the level of detail: fragmentation.

The first technical overtaking is the possibility to break (to go into more details) each set action. Each action verb statement alerts the interviewer about the possibility or the need to develop it into the most basic description of actions that compose it in order to make it fully intelligible. Then it becomes possible to hear what is too global, and restart on exactly what the person just said (without inducing nothing new on the part of the interviewer). Typically : “I do x”, « and when you do x, where do you start?  » or “when you do x,… what are you doing ?”. It does not look like much, but these are relaunch techniques I’ve never seen clearly elsewhere! As though many remained blind to the details of the description or could not set the themes of the method.

 

5 – Exceeding the deficient qualification: the expansion of the qualities.

The technical additional exceeding is the one which turns its attention to the judgments from two points of views:

a / if comes a verbalization of a judgment (eg: “it was fine”, “it was ok”) we have to identify the criterion (the information outlet which informs, which bases the judgment). Without knowledge of the criterion (“how you knew that…” ) the information given by the judgment rests on nothing, you are not informed, you have only one comment, not a description;

b / each qualifier can be picked up and amplified to be broken down into finer qualification, more discriminating. Almost as if someone tells you that this wine is fragrant, … and when it is fragrant how can one describe this perfume … The contribution of questioning techniques in sensory sub-modalities
developed by NLP can be invaluable for helping with this expansion.

6 / Exceed listening what is said to hear what is missing: listening and analyzing the activity (hollow listening).

The third technical exceeding is based on the task analysis[2], allowing to hear what is missing in the described course of the action. That is to say that for any type of task, there are compulsory ways , essential steps because of logical constraints (I need to know where to get information and for it, I must have taken the information relevant to what I have to do among all possibilities). Also physical constraints e. g. I must wear my socks before my shoes, I have to know where to go to buy my tickets, and if you arrive at the Gare de Lyon station … the question arises immediately about how you know where distributors are!) ; time constraints (for an oven being hot, you have to preheat, which lasts for an incompressible time; to go somewhere, it lasts the time to perform the moving).

The analysis of the task is to have constantly in mind scenario structures (scripts) to imagine constraints, essential steps to achieve the explicitation of the action. Not that the interviewer knows everything, but he understands that to achieve such action, it was necessary to be informed before, knowing where information is, to know what to be informed, same for the ending (think about the TOTE model). He has a logical idea of the potential causal structure of any action that allows, in the wire of the interview, to hear what is not said and will miss to rebuild sufficient intelligibility of the course of the acting. The task analysis gives keys to a « hollow listening » i.e. to hear what someone does not say, and therefore be able to relaunch, to question him accurately.
This is also why the description of little known mental acts requests to build for oneself a representation of functional conditions of their implementation. When, for the first time, we wanted to describe the evocation act, we did not know what was the fact of describing this act, and we only were able to describe the content of the act, not its stages, its development, its properties.

7 / Exceed indiscriminate acceptance of all types of speeches.

The fourth exceeding technique is based on the theory of areas of verbalization (Vermersch 1994, 2014) and on the attention to distinguish among these areas those which do not belong to the description of the action, unfitting in view of 1/ the
description, 2 / the action 3/ a specified time,  4/ a first person speech, in order to guide the person to this description. These four criteria must be met permanently. And there, again, a « hollow listening » is opening to be able to hear and distinguish the description from the comments, the lack of first person addressing, the statement of theories, and no more the description of one’s own action, but the one of the context or circumstances, or even the description of what others are doing while missing or forgetting what someone, oneself, is acting.

For these four exceeding techniques we have developed much know- how, many formulations of effective relaunchings, deleting many intuitively attractive but against productive formulations, and here I do not detail all of them, we must learn from experiential practice. We can not learn to dance the tango through correspondence courses.

What I just presented did put us in motion for about fifteen years, until discovering the limits of fragmentation, the expansion of qualities or the hollow listening. In actions of rapid decision-making, in the transitions between sub goals, we had difficulties in going into sufficient details for catching the real course of the action. So we sought for further exceedings with two techniques of “inner practices”: the dissociation (the co-identities) and the implementation of sub personalities.

8 / Exceeding by the techniques of dissociation and of perspective changings.
First psychological exceeding: taking into account the possibility of producing changes in retrospective points of views by means of different techniques that are all based on the normal ability of consciousness to dissociate itself to perceive itself as a reflection object exactly in what it was entangled without been able to go further. Consciousness is semiotization, it is based on the ability to work on what is reflected, so on a double, and therefore a normal duplication, which does not lose the person’s identity.

Basically these dissociation techniques are based on a release from the usual position of consciousness, to create new divisions. Not only, split between the egoic pole and the  target pole but also move the ego pole so that it takes as an object of attention and aiming the previous intentional structure (egoic pole +  first object of attention). These new splits can be obtained simply by changing the addressing, by the change of agent, as if only in passing from I to he, the point of view changes and new information appears on what « he » was doing. We may appeal to »the observer », « the witness » of oneself that is present in everyone, or we can still ask the person to get up and change places by finding a position that suits him better « see » « learn » what he did in the past. This position shift[3] can be done by imagination and be just equally effective. We may hold simultaneously a position change and the suggestion to convene another oneself according to many variants that I will not develop here. This exceeding by means of exploring new splits allowed us to see that new information on past lived experiences could be updated. We had not only the becoming of awareness, but a change of origin of the attentional radius which produced quite amazing effects and allowed to go beyond what we had done so far.

9 / Exceeding by taking into account the multiple sub personalities.
The second psychological exceeding, is linked to the consideration that one could have in oneself several sources of agentivity during an experience of decision making (agentivity means the fact to be an agent, to be involved, to be the driving force).
I am asked to make a choice, such as finding a new spatial position which suits me, a part of me (an agent inside me) has already chosen and gone to another place; another part of me (another agent) is reluctent and hinders the nascent movement, a third agent plays a regulatory role, so we named these parts of oneself, these agents, « sub personalities ».

We discovered that it was possible to become aware and to verbalize separately the role of each of these sub personalities when a micro transition occurred, which opens many more subtleties in the description of parts of oneself and the understanding of the course of intimate acts of deliberation and choice.

Furthermore, we opened a quite interesting and non-pathological distinction, because these sub personalities are not necessarily personalized, they can appear to me (in an  incomprehensible way if we do not accept the assumption of the Potential as an unknown source of my reflected consciousness), as totally impersonal as Sylvie said in her protocol “ that decides it is high enough”. During the Summer University we observed many examples of differentiation between  » my body chooses  » and  » that decides » or « something in me decides. » The “that” or “something in me” are not the result of a descriptive laziness, but the expression of a perception of agentivity which I do not feel as related to me,  but it expresses « through »me.

These two psychological exceedings on one hand has much improved our way to new
descriptive subtleties of the action, on the other, has led us to what really seems impenetrable to reach with the reflected consciousness. Acts are performing in us which unfoldings are not accessible directly by introspection.

Is it possible to exceed this limit?  Yes, that’s what we did in the last Summer University
(August 2015) in working more clearly on what was already opened in 2009 in a bit anecdotal way: intellectual feelings and their translation. But, by that time, we had only a
superficial view, while, now, we are entering in a transcendental vision. (See, in conclusion, this new theme).
10 / Exceeding by taking into account the Potential, the N3 and N4.
It has always been well known by philosophers and by « proto-psychologists » of the 19th century, long before the Freud’s theming of the unconscious, that « thinking is an unconscious activity of the mind » according to the beautiful formula of Binet (1905 ). Before any neurotic or psychopathological consideration linked to the fame of Freud’s work, there has always been a theoretical awareness of what was happening inside us, in our thoughts, in our actions, more than reflexive consciousness knew. (Some books clearly sum up the state of the question before Freud: Vaysse, JM (1999) L’inconscient des modernes, essai sur l’origine métaphysique de la psychanalyse, Paris, Gallimard. Whyte, L. L. (1971). L’inconscient avant Freud, Paris, Payot. Bres,Y. (2002), L’inconscient. Paris, Ellipses.).

The school of Würzburg (1901-1911) was one of the starting point of introspective studies of thought and immediately fell on descriptive statements from subjects that were not describing the content of their actions or of their thinking, but “images”, “impressions”” giving indirect evidence of the content,  “intellectuals feelings” showing indirect signs of the direction, of the adjustment on the current process without necessarily providing the details. The stupid rejection of introspection has not led to progress on these issues since the early 20th century.

I gathered all these indirect signals of cognitive processes in progress, and I chose to name them the Level 3 (N3) for the description of the lived action.
All we have presented, as far, as exceedings allowed to go further and further in level 2 description (N2), that is to say the factual description level, more and more detailed of each lived moment. N3 does not add an additioal level of details, it adds a signal, supposedly relevant, about the properties of the current process (now or in the remembrance). This signal can be expressed as a spontaneous manifestation of the Potential or could be deliberately sought by using various awakening intentions, through inner techniques as focusing (bodily feelings), or Feldenkrais and NLP (non-verbal input). This level of N3 description provides information on what happens in the unconscious activity of thinking. I proposed to name these activities: the Potential to leave the private characteristics and the neurotic connotations of the term “unconscious”.

What becomes interesting is the ability to switch from the signal to the meaning. Because, if in a first time, the N3 is a sign of the activity of the Potential, this sign does not give its sense, it gives only  a signal but we can, in a second time, move to a further step, by asking what does this sign “tells us more?”, “ what it says?”. In other words, by launching again an arousing intention towards the potential (by definition with no sense of reflective consciousness), in order to let emerge the meaning of these signals which explain some properties of the current process, N3.

In doing so, we access to a new level of description (N4), but a description of what?

In fact, within the Potential, we find sedimented, crystallized everything that affected the subject wether he knows it or not (with or without reflected consciousness), as well as all schemes that were generated by exercise, repetition, the adaptation to new situations (adequate assimilations, less successful accommodations). Therefore we have, with the Potential, an organizational dimension: the schemes at all levels of organizations of different cognitive functioning registers available (see Vermersch 1976). And the recognition of these patterns will not give us the details of the process, but the understanding of how, depending which model, this process has organized and
produced the observed result.

The N3 level tells us, informs us indirectly from the implementation of these schemes, and in retrospect gives us a track to make intelligible not the micro details inaccessible for the reflected consciousness of an action, but the organizing scheme(s) that was mobilized and which reports the organization of this action.

We exceeded the step by step description, detail by detail, for an update of the underlying organization of the action!

What may seem complicated is depending on how we question the N3, we can have
as a response not directly the tracking of the mobilized patterns, but what lies
upstream schemas (I have in mind the organization of the logical levels grid of Dilts): we can have an answer, not a scheme but the co-dominant identity that emerged, or
the dominant beliefs that motivated the action, or the emotions that bore the action or
were the dominant climate. And within the logic of the explicitation interview, it is always important to translate the information on the co-identity, beliefs or emotions into specific action patterns, still in the basic idea of returning to action. I can understand that my answer was organized by my responsible parent co-identity. Good. And in this co identity, what scheme, of which action organization was mobilized to respond to the situation ? Same in principle when it appears in first beliefs or emotional climate formulations. If we take as reference the alignment of logic levels grid from
Dilts, the N2 level is the one of the making, the N4 level is that of skills, available in organizing patterns(which would correspond to the N3 level, and is absent from the grid).

What is technically interesting is that it is possible by some techniques requesting the feelt experience (inspired from generalized focusing), or by nonverbal vision of what happened (Feldenkrais model coming from NLP see Dilt) or by the exploration of some exo positions, to help the interviewee to produce these signs (N3) and distinguish in a second time the organizational direction (the scheme N4).
Here we are today (2015).

What does the future hold?

 

11 / A possible track: take into account the transcendental !

In fact, over thirty years of practice, we have learned to practice countless inner exercises : evocation layout, dissociation, focusing, directed waking dreams, geniuses strategies (Walt Disney, Feldenkrais, Hopscotch, Cross-fertilization), aligning of logic levels and, personally, I have yet explored many others (source list, decreation, intensive illumination, meditation, chi techniques, overtone singing, etc.)

We have experienced all as a subject, as a guide, as an observer, as a transcripter and as a commentator.

The question for me now is: what does the fact of being able to achieve these practices tells us about the properties of subjectivity ?

In other words, by the fact to dissociate readily, to imagine oneself in the position of the creator, of the critic, of the realist; by the fact of making the experience of watching a problem without using language, just by seeing it as movement and color; by knowing to get in evocation and easily discover what I experienced; by the fact of knowing to answer without hesitate to an instruction that requests to « move our places of awareness » and I could still add a lot, what this tells me about subjectivity?.

By being able to perform inner acts, what does it teach us about the properties of
consciousness, the properties of remembrance, the properties of attention, the properties of the personal identity, all subjectivity properties.

►By the fact of achieving such acts, we are sent back to the conditions of possibility of such acts. These conditions of possibility are the fundamental properties of subjectivity.
►Thematize the conditions of possibility is to enter the field of the transcendental.
►Enter in this field of the transcendental, is developing a science of subjectivity
analyzing the consequences of being able to achieve them (reread slowly).

But consequently, you see, in the against-field, how it was, how it is, how it will be important, fruitful, necessary, to explore, to discover, to practice inner exercises!
By the fact of inner practice on oneself, in a setting that is not already strongly preempted by a religious, spiritual, psychopathological or militant ideology, we can finally see the horizon of the potentialities of subjectivity.
Transcendental reflection from our practices is what is awaiting us.
The main benefit that I imagine will result from the effect in return on our theoretical clarification about our practices. We practiced, we advanced, we have refined our tools, why do they succeed?  And if we would understand it, beyond the patiently developed tools, would not it be, again, another possible exceeding ?

 

[Note.  Of course, the explicitation interview, like all interview techniques is organized in the framework of an inter-subjectivity carefully adjusted, in respect to  ethics and deontology, with negotiated confidentiality, listening to others, paying carefull attention to the relational dimension.)  Furthermore, in addition to each of the points discussed in this paper, many technical details allowing their implementation are not discussed here and require the reading of my book, and most of all, a true experiential training.]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]As opposed to the sole expression, that is to say, the body language, singing, poetic, comic, which must, sooner or later, be re-translated in words in order to be used in research.

[2] In the field of Work Psychology, we distinguish the task analysis or analysis of what is required to properly perform the task, from the activity analysis, which is the description generated by the observation and / or the interview about what is actually done by a subject.

[3]The term « changes of position » contains two non-exclusive options which we exprienced: 1 / change of posture, 2 / switch places, in a physical way or by imagination.

The explicitation interview as exceedings of the limits!   Pierre Vermersch   True to its title, this article...

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L’entretien d’explicitation comme dépassements de limites !

L’entretien d’explicitation comme dépassements de limites !

Pierre Vermersch

 

1/ Dépasser le rejet de l’introspection.

L’idée qui est à la base de la création de l’entretien d’explicitation est fondée sur un premier dépassement, à contre courant de tout ce que l’on m’avait enseigné à l’université, en opposition à l’idéologie dominante totalement hostile à l’usage de l’introspection dans la recherche cognitive.

Pour moi, ce dépassement répondait à la nécessité pour la recherche en psychologie de pouvoir s’informer de ce qu’à vécu une personne selon elle, et du caractère stupide, borné, de ne pas vouloir en tenir compte par principe !  Ce dépassement visait donc à réintégrer dans la recherche le point de vue en première personne. Et ce point de vue ne peut s’obtenir que par l’accès à ce qui a été vécu et sa mise en mots descriptive. Pour ne pas interférer avec le vécu pendant qu’il se vit j’ai privilégié l’accès rétrospectif, la verbalisation introspective va donc reposer sur la possibilité de se remémorer le vécu passé.

Cette posture et cette décision sont mon point de départ. Elles expriment ma réponse à un besoin de chercheur d’avoir des informations pour lesquelles il n’existe juste aucun autre moyen concevable que l’introspection ! Et ce ne sont pas les innombrables moyens de recueils de traces, d’observables, de signaux électrophysiologiques de toutes sortes qui pourront jamais donner ces informations intimes.

L’introspection n’a d’intérêt pour la recherche que par la production de verbalisation, et la personne impliquée n’est pas le chercheur (la plupart du temps), il faut donc une technique d’accompagnement de la verbalisation : une technique d’entretien, ce sera l’entretien d’explicitation. Il fallait créer une nouvelle technique parce qu’aucune des techniques d’entretien de l’époque ne correspondait à mes besoins, ni la technique de l’entretien non directif, plus clinique que visant des données de recherche, ni l’entretien critique piagétien visant surtout à vérifier la stabilité des invariants par des contre propositions, ni toutes les techniques visant les représentations et les opinions.

Pour créer une nouvelle technique, ma première décision a été de la centrer sur la dimension agie du vécu, parce que questionner une action finalisée et productive (qu’elle soit matérielle, symbolique ou mentale) obligeait d’inscrire tout discours dans les contraintes (matérielles, logiques, chronologiques, causales) inhérentes à la visée d’un résultat et permettait donc potentiellement de trianguler les verbalisations avec toutes ces contraintes objectivables. Le primat de la référence au vécu de l’action me permettait d’éviter de questionner par exemple des représentations sans même savoir comment elles étaient incarnées !

 

2/ Dépasser les limites habituelles de la remémoration : l’évocation.

Le dépassement suivant a été de fonder toute la mise en place de l’entretien d’explicitation sur la mobilisation d’un acte de remémoration involontaire : l’évocation. D’avoir découvert les techniques indirectes permettant de la susciter, de la maintenir, et produire des informations beaucoup plus nombreuses et détaillées que tout ce qu’on avait obtenu jusqu’à présent.

Au lieu de me fier aux résultats de toutes les études expérimentales sur la mémoire en décrivant les limites, je me suis fondé sur l’aide à la remémoration et ce que l’on pouvait en obtenir. Il faut bien prendre conscience que l’énorme littérature scientifique sur la mémoire constate ces limites, constate que l’on peut manipuler les souvenirs facilement, que l’on peut aisément créer des fausses mémoires, mais personne n’a travaillé sur la manière d’aider à la remémoration et la possibilité de créer les conditions pour ne pas faire de confusion.

Non pas que la technique de l’évocation soit parfaite, ou totale, mais elle permet d’obtenir une quantité d’informations sur le vécu passé qui stupéfait le chercheur, le praticien, et celui là même qui l’a vécu !

3/ Dépasser la conscience réfléchie : la prise de conscience rétrospective des contenus de la conscience en acte, pré réfléchie.

Ce dépassement des limites de la remémoration s’est accompagné de manière logique d’un second dépassement lié à la structure de la conscience. Si l’on fait l’hypothèse d’une structure à trois niveaux de la conscience (Husserl), on a d’une part, une conscience réfléchie qui sait ce dont elle est consciente au moment même où elle est vécue, mais représente peu de choses. Ensuite, on a une conscience en acte, ou conscience pré réfléchie qui mobilise de nombreuses ressources pendant l’acte, mais dont le sujet ne sait même pas qu’il les a mis en œuvre. Et enfin, une troisième strate que l’on peut qualifier d’inconsciente qui est active en tant que Potentiel de la totalité des ressources disponible chez le sujet comme sédimentation organisée de touts ses vécus. Par la mise en œuvre de l’évocation, nous avons découvert que le sujet qui prend le temps de se mettre dans le revécu de son passé, prend conscience (passe de la conscience pré réfléchie à la conscience réfléchie) d’éléments de son vécu qu’il découvre au moment même où il en parle, à son grand étonnement. Ce nouveau dépassement repose donc sur l’aide à la prise de conscience de ce que la personne a vécu !

L’entretien d’explicitation repose donc sur deux dimensions profondément subjectives : un acte de remémoration involontaire (l’évocation) permettant la prise de conscience rétrospective de son propre vécu passé.

 

Ce sont les bases subjectives, psychologiques, de la technique de l’entretien d’explicitation, ensuite, il y a toutes les techniques qui vont faire que ce à quoi on a accès par la remémoration et par la prise de conscience vont être encore développés.

 

4 – Dépasser le niveau de détail : la fragmentation.

Le premier dépassement technique est celui de la possibilité de faire fragmenter (d’aller dans plus de détails) chaque action énoncée. Chaque verbe d’action énoncé alerte l’intervieweur sur la possibilité de savoir si l’on peut développer la description des actions plus élémentaires qui la compose de façon à la rendre plus complétement intelligible. Il devient alors possible d’entendre ce qui est trop global, et de relancer exactement sur ce que la personne vient de dire (donc sans rien induire de nouveau de la part de l’intervieweur). Typiquement : « et quand vous faites x par quoi vous commencez ? »… qu’est-ce que vous faites ? ». Ça n’a l’air de rien, mais c’est quelque chose que je n’ai jamais observé de manière claire ailleurs ! Comme si beaucoup restaient aveugles aux détails de la description ou n’en thématisaient pas la méthode.

5 – Dépasser la qualification déficiente : l’expansion des qualités.

Le dépassement technique complémentaire est celui qui porte son attention sur les jugements, de deux points de vue :

a/ s’il y a la verbalisation d’un jugement (c’était bien, ça allait) identifier le critère (la prise d’information qui apporte l’information, qui fonde le jugement). Sans la connaissance du critère (comment vous saviez que …) l’information donnée par le jugement ne repose sur rien, vous n’êtes pas informé, vous n’avez qu’un commentaire, pas une description ;

b/ chaque qualificatif, peut être repris et amplifié pour être décomposé en qualification plus fines, plus discriminantes. Un peu comme si quelqu’un vous dit que ce vin est parfumé, …et quand il est parfumé comment peut on décrire ce parfum …

 

6/ Dépasser l’écoute de ce qui se dit pour entendre de qui manque : écoute et analyse de l’activité.

Le troisième dépassement technique repose sur l’analyse de l’activité, ce qui permet d’entendre ce qui manque dans le déroulement de l’action décrit. Non pas que l’intervieweur sache tout, mais il entend que pour réaliser telle action, il a fallu nécessairement s’informer avant, savoir où s’informer, savoir de quoi s’informer. Il a une idée logique de la structure causale potentielle de toute action qui lui permet dans le fil de l’entretien d’entendre ce qui ne se dit pas et qui va manquer pour reconstruire une intelligibilité suffisante du déroulement de l’action.

 

7/ Dépasser l’acceptation indifférenciée de tous les types de discours.

Le quatrième dépassement technique repose sur la théorie des domaines de verbalisation (Vermersch 1994, 2014) et de l’attention portée à distinguer parmi ces domaines ceux qui sont étrangers à la description de l’action, pour pouvoir guider la personne vers cette description. Savoir entendre et distinguer les commentaires, l’absence d’adressage en je, l’énoncé de théories, la description non plus de sa propre action mais du contexte ou des circonstances, ou encore décrire ce que font les autres en omettant ou oubliant ce que l’on fait soi-même.

 

Pour ces quatre dépassements techniques nous avons mis au point de nombreux savoir faires, de nombreuses formulations de relances efficaces, la suppression de nombreuses formulation intuitivement séduisantes mais contre productives, et je ne les détaille pas ici, il faut les apprendre par la pratique expérientielle. On ne peut pas apprendre le tango par correspondance.

 

Ce que je viens de vous présenter nous a mis en mouvement pendant une dizaine d’années, jusqu’à découvrir les limites de la fragmentation, de l’expansion des qualités ou de l’écoute en creux. Dans les actions de prises de décisions rapides, dans les transitions entre sous buts, nous buttions sur la difficulté à rentrer dans suffisamment de détails. Nous avons cherché de nouveaux dépassements dans deux techniques de soi : la dissociation, la prise en compte des instances de soi.

 

8/ Dépassement par les techniques de dissociation et de changements de point de vue.

Premier dépassement psychologique : la prise en compte de la possibilité de produire des changements de point de vue rétrospectif par différentes techniques qui reposent toutes sur la possibilité normale de la conscience de se dissocier pour apercevoir comme objet de réflexion exactement ce dans quoi elle était empêtrée sans pouvoir aller plus loin.

Fondamentalement ces techniques de dissociation reposent sur une sortie de la position habituelle de la conscience, ce peut être simplement en changeant d’adressage, ne serait-ce qu’en passant du je au il, le point de vue change et de nouvelles informations apparaissent sur ce « qu’il » faisait.  On peut solliciter « l’observateur », « le témoin » de soi qui est présent chez chacun, ou on peut encore demander à la personne de se lever et de changer de lieu en trouvant une position qui lui convienne pour mieux « voir », « s’informer », ce qu’elle faisait dans le passé. Ce changement de position[1] peut être fait en imagination de façon tout aussi efficace. On peut cumuler un changement de position et la suggestion de convoquer un autre soi-même suivant de nombreuses variantes que je ne développe pas ici. Ce dépassement par dissociation nous a permit de constater que de nouvelles informations sur le vécu passé pouvait être mis à jour. On avait non seulement une prise de conscience, mais un changement d’origine du rayon attentionnel qui produisait des effets tout à fait étonnant et permettait d’aller plus loin que ce que nous avions fait jusqu’à présent.

 

9/ Dépassement par la prise en compte des multiples instances.

Le second dépassement psychologique, est liée à la prise en compte du fait que l’on pouvait avoir en soi plusieurs sources d’agentivité lors d’un vécu de prise de décision. Une part de moi a déjà choisis, une autre est réticente, une troisième joue un rôle régulateur, nous avons nommé ces parties de soi des « instances ». Nous avons découvert qu’il était possible de verbaliser séparément le rôle de chacune de ces instances lors d’une micro transition, ce qui ouvre à beaucoup plus de finesses dans la description des parties de soi-même et la compréhension du déroulement des actes intimes de délibération et de choix.

Ces deux dépassements psychologiques nous conduisent semble-t-il à une vraie limite descriptive de ce que l’on viser par l’introspection, nous touchons à ce qui est impénétrable à la conscience.

Est-il possible de dépasser cette limite ?

 

10/ Dépassement par la prise en compte du Potentiel, des N3 et N4.

Ce qui est bien connu des philosophes depuis toujours et des « protos-psychologues » du 19ème siècle, bien avant la thématisation de Freud de l’inconscient, c’est que « la pensée est une activité inconsciente de l’esprit » (Binet 1905). Avant toute considération névrotique, psychopathologique, il y a toujours eu une conscience théorique du fait qu’il se passait plus de choses en nous, dans notre pensée, dans nos actes que ce que la conscience réfléchie en connaissait. L’école de Würzburg qui a été le point de départ des études introspectives de la pensée est tombée immédiatement sur des déclarations descriptives des sujets qui décrivaient non pas le contenu ou les actes de leur pensée, mais des images sans relation directe, des sentiments intellectuels donnant des indications indirectes, manifestant des signes de la teneur, de la direction, de l’ajustement du processus en cours sans en donner nécessairement le détail.

Ce que, pour ma part, j’ai nommé le niveau 3 (N3) de description. Tous ce que nous avons présenté comme dépassement jusqu’à présent permettaient d’aller de plus en plus loin dans le niveau 2 de description, c’est-à-dire le niveau de description factuelle de plus en plus détaillé de chaque moment vécu. Le N3, exprimé spontanément ou qui pourra être recherché délibérément, donne une indication sur ce qui se passe dans l’activité non consciente de la pensée, ce que j’ai proposé de nommer le Potentiel pour sortir de la caractéristique privative et des connotations névrotiques du terme inconscient.

Ce qui devient passionnant c’est que si le N3 est le signe de l’activité du potentiel, il devient possible de passer à une étape supplémentaire, en demandant qu’est-ce que ce signe nous apprend de plus. Ce faisant, on passe à un nouveau niveau de description (N4), mais description de quoi ? En fait, dans le Potentiel, on trouve sédimenté, cristallisé, la totalité de ce qui a affecté le sujet qu’il le sache ou non, et tout autant la totalité des schèmes qui se sont engendrés par l’exercice, la répétition, l’adaptation à de nouvelles situations, l’échec des schèmes disponibles etc. On a donc une dimension d’organisation : les schèmes, à tous les niveaux d’organisations des différents registres de fonctionnement cognitif disponibles (cf. Vermersch 1976). Le niveau N3 nous signale, nous informe indirectement de la mise en œuvre de ces schèmes, et nous donne rétrospectivement une piste pour rendre intelligible non pas les micro détails inaccessibles d’une action, mais le schème qui a été mobilisé et qui rend compte de l’organisation de cette action. On a dépassé la description pas à pas, détail par détail, par une mise à jour de l’organisation sous-jacente de l’action !

Ce qui est intéressant techniquement c’est qu’il est possible par des techniques sollicitant le ressenti (inspiré du focusing généralisé), ou par la vision non verbale de ce qui s’est passé (modèle du Feldenkrais tiré de la pnl) d’aider l’interviewé à produire ces signes (N3) et à en dégager dans un second temps le sens organisationnel (le schème).

Nous en sommes là à cette date (2015)

Que nous réserve l’avenir ?

 

[Note. Bien entendu, l’entretien d’explicitation comme toutes les techniques d’entretien est organisé dans le cadre d’une intersubjectivité soigneusement réglée, respect éthique et déontologique, négociation de la confidentialité, écoute de l’autre, gestion attentive de la dimension relationnelle. De plus pour chacun des points abordés de nombreux détails techniques en permettant la réalisation ne sont pas abordés ici et nécessite la lecture de mon livre, mais surtout une véritable formation expérientielle.]

 

 

 

[1] Le terme de « changement de position » contient deux possibilités non exclusives et dont nous avons fait l’expérience : 1/ changer de posture, 2/ changer de lieu.

L’entretien d’explicitation comme dépassements de limites ! Pierre Vermersch   1/ Dépasser le rejet de l’introspect...

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Dissociation and reflexive activity

Dissociation and reflexive activity

By Pierre Vermersch

Dissociation and reflexive activity, two  ways to name the fundamental characteristicof consciousness

 

Since several years, while practicing the explicitation interview, we tried to widen the range of introspective access to lived experience by introducing techniques of “changing the point of view” or more, technics of dissociation (synonyms for me).

Basically, these techniques are inspired by psychotherapy practitioners who invented them with a benefic help from the extraordinary experiencial permissivity proper to this field. For instance, what Perls has invented in adding a second chair so that the patient could change places and speak of what is going on, what is the experience of “the other” still seated (in imagination) on the first chair; or all “the geniuses strategies” of Dilt, based always on proposing distinct spatial locations from the initial situation in order to let speak about what can be said by a mentor, one’s self to another age, or a part of one’self which is expert and will consider the problem from this expertise. Since the Stone’s work on sub-personnalities, co-identities of transactional analysis calling separatelyfor the adult, the child or the parent; the “Internalsystemfamily” of Schwartz; the dialogue witha characterof his dreaminactive imagination ofJung; the eventsanddialogue of the scenarios by directed waking dreams, (and I’m not trying to be exhaustive), all these techniques havemultipliedthe possibilitiesof involvingdifferent placesanddifferentselfinstances.

An important point I want to emphasize is the fact that these techniques are created in the field of psychotherapy at large, that fact does not assume that their job involves this framework. On the contrary, it is likely that this framework was ultimately only a means for exploring subjectivity in a first person perspective, and providing guidance on the possibilities of consciousness in general!

This transfer from psychotherapy to experiential study of subjectivity was possible because I trained myself to most of these techniques, I’ve experienced it, I guided others in their practice and learning, and above all, I did not stay in a limited perspective of a practitioner, but I spent my professional life to the insert them in research, in the experiential training of researchers who became practitioners experts.

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After this preamble, a bit long, my aim is about the concept of dissociation. In previous years, many resistances have expressed in the research group on the explanation (GREX) to use these concepts. The main argument being that they suggest a too negative connotation related to psychiatry, schizophrenia, multiple personalities, disease.

 

It is true that the concept of dissociation was mobilized mainly by psychiatry and psychopathology. This was inevitable, because for more than a century, psychology has completely abandoned the subjective experience, giving up the practice of directed introspection to document the first-person point of view! The only discipline that could not do without it is psychiatry and it remains only the categorization linked to the most serious mental illnesses. Along the same idea, the social success of freudian psychoanalysis connoted the concept of the unconscious with the ideas of censorship, of repression, of neurosis and pathology. While, before Freud, many philosophers had seen the functionning of a normal unconscious, tied to the usual activity of thought and actions (see Vaysse, L’Inconscient des Modernes, for example).

 

If we leave these pathological connotations, the concept of dissociation refers to a normal phenomenon, usual, non-pathological, showing a fundamental property of the consciousness: reflexivity. That is to say, the basic separation between the egoic pole and what it takes as an object (of thought, of referred perceptive, of imagination).

 

Consciousness is based on the ability to divide one’s self, to refer to an object that is the content of the own thinking of the subject. The symbol of the mirror, or the myth of Narcissus (see Legendre) are there to illustrate awkwardly this founding division of the possibility of becoming aware. Why awkward?  The reason is  that it seems to appear metaphorically a division that would be separating. The subject loses his unity by the introduction of a place that is not him (the mirror). Instead of being like a fold of oneself, which distinguishes but does not cut, the mirror introduces a divisive split. Yet, when I write a text, then I reread it, I take it back as an object of thought, I divide myself and both my identity unity is not threatened by this split, this folding. Mental pathology enters when the fold is experienced as a loss of the constituting unit and as introducing a stranger inside.

 

So the basic idea is that the division between an egoic pole which aims, and what is aimed, is the basis of the reflexivity, of the normality of the functioning of consciousness.

 

What experiential practice shows is that it is easy to vary the terms of this reflexivity (this dissociation which does not lose the person’s overall unity). It is for example possible to change the addressing: Instead of speaking as “I”, I can speak in the third person as he or she, or as plural with us, or use my first name, a nickname, and even more . What is interesting is that each of these adressings permits to describe different aspects of the experience. The next step is to introduce a spatial separation between an initial position where the subject was expressing as « I » and a new geographically distinct position (real or imagined) from which another « subject » speaks “in the name of the one who occupies this new place” and who intends to aim the first position to be informed. This other subject, can be “I” now taking some distance, but it is also possible to trigger »I » to other ages, or me in relation to particular roles, such as those related to an expertise I master well. It is still possible to position at this place other than me, real people of references (teacher, parent) or imaginary (a film or a novel character) . It is finally possible to convene a « wildcard » which we’ll discover the personality and skills when we get in the new place.

 

We are still in the context of reflexivity, simply we handle the filters, the points of view. What has profoundly astonished us is that each of these reflexive variations can produce new information! New subjective data describing the content of the referent experience which is being explicitated. I have no theory which could explain why these changes of positions, subpersonalities or adressings are so prolific and relevant. The most important point at present time is that they reveal the properties of the new reflective consciousness and must be taken into account by researchers, and equally by practitioners of relation as trainers, coaches, teachers, therapists etc …

 

 

Finally, to create dissociation, set up “a dissociated”, this is nothing less than creating reflexivity, consciousness (reflected awareness). There is nothing pathological, even though it may become so in individual cases.

But we are used to think of reflexivity as simply « thinking on our thinking”, the manipulation of places, co-identities, addressings, broadens the practice of reflexivity and awareness both in the normal way (without drugs, without disease, without initiation test, without prayer …) and in the creative way. The essence of consciousness is to be able to indefinitely modulate reflexive splits, folds, without the identity of the undergoing person being turned off. Consciousness has an extraordinary plasticity, it is possible to discover it, to explore it, without going on a retreat for years, without absorbing particular substances, without being sick. This opens a renewal of the conceptions of reflexive consciousness by taking into account the experience that one can make about it.

Dissociation is not a disease nor a cognitive operation to be feared, it is a way to boost the reflexivity of each and greatly increase what we can become aware about ourselves.

Let’s do it ?

 

 

Dissociation and reflexive activity By Pierre Vermersch Dissociation and reflexive activity, two  ways to name the funda...

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